• Yanis Varoufakis a-t-il trahi ?

    Des marges de manœuvre qui disparaissent

      

    Tandis que Varoufakis le ministre grec de l’économie pose bêtement pour Paris Match, beaucoup à Athènes commencent à se détourner du nouveau gouvernement. En effet, Varoufakis vient d’annoncer deux nouvelles en même temps qui ne vont pas dans le bon sens :

    - la première et la plus importante aux yeux des Grecs est qu’il repousse aux calendes grecques – c’est le cas de le dire – la mise en place de mesures sociales et de relance de l’économie ;

    - la seconde est que pour lui il n’y a pas de solution en dehors de l’Europe et de sa logique monétaire.

    En laissant entendre que Schaüble et Merkel ont gagné en imposant à nouveau la logique austéritaire, Varoufakis voit le soutien de la population au gouvernement s’effriter. Il donne à penser qu’au fond Syriza est un parti de politiciens comme les autres et qu’ils n’ont vécu que de promesses. La vérité est que pour l’instant Varoufakis est en position de soumission, puisqu’il a en effet accepté que les réformes de Syriza soient au préalable approuvées par la Troïka qu’on appelle plus Troïka mais les Institutions ! En échange il n’a rien obtenu de concret, juste un peu de temps – jusqu’à juin, mais la canaille bureaucratique de Bruxelles aux ordres de l’Allemagne maintient la pression et refuse à la Grèce tout financement sur la base de collatéraux. Il est clair que dans ce marché de dupes il n’y a que deux solutions, soit la Grèce se soumet – privatise encore un peu plus, renonce à une amélioration de la protection sociale – soit elle sort de l’euro et de l’Europe.

    Varoufakis semble en effet avoir été un très mauvais négociateur. En effet, en acceptant tout ce qu’on lui demandait d’emblée, et en espérant en un miracle qui verrait l’Allemagne venir à son secours pour aider la Grèce à relancer sa croissance, il s’est privé de toute marge de manœuvre. Or il est évident que l’Allemagne étant el pays qui a le plus besoin de l’euro, ou du moins le seul pays qui en profite vraiment, c’est elle qui a le plus à perdre dans sa disparition. La plus large partie de son commerce se faisant dans la zone euro, une dissolution de la zone mettrait en l’air son modèle mercantiliste. Il y avait donc là une forme de chantage – n’ayons pas peur des mots – que le timide Varoufakis n’a pas utilisé pour obtenir des concessions importantes. A l’heure actuelle, on en est du côté européen à dire que « la Grèce est libre de choisir ses réformes et de pratiquer la politique économique de son choix, à condition que celle-ci soit approuvée par les « Institutions ». Mais peut-être le défaut de Varoufakis est-il celui de n’être qu’un économiste ?

      

    Image tirée de Greek Crisis où Syriza est comparé à une mauvaise pastèque

    L’Europe de la haine

    Les chantres de l’Europe institutionnalisée dans la logique libérale est de nous la vendre comme ayant eu des résultats considérables. Evidemment en matière d’économie et d’avancées sociales, on repassera. L’échec est trop évident. Alors le plus souvent on se lance dans un discours lyrique selon lequel l’Union européenne a assuré une longue paix sur le continent. Cette idée aberrante qui ne peut abuser que des naïfs observateurs, est en train de s’effriter elle aussi. Je ne vais pas revenir ici sur les raisons qui ont permis la longue paix en Europe depuis 1945, mais il semble bien que cela soit dû essentiellement au niveau de prospérité qui était aussi le résultat d’un développement national en Allemagne comme en France ou en Angleterre largement fondé sur une augmentation régulière des salaires, de la protection sociale et une baisse des inégalités.

     

    Panos Kammenos, ministre grec de la défense 

    Or par un curieux retour de l’histoire, l’Allemagne redevient à l’évidence le pays ennemi des autres nations européennes. Les Grecs s’attaquent maintenant vivement à la question de la dette de l’Allemagne vis-à-vis de leur pays. Le ministre grec de la défense, Panos Kammenos, a insisté sur ce point. Cette question de la dette allemande envers la Grèce est un problème à multiples entrées. Il s’agit principalement d’un emprunt forcé qui date de 1943 jamais remboursé et qui n’aurait pas disparu dans l’accord de 1953 qui a vu les Américains pour des raisons géostratégiques travailler à effacer l’énorme dette de l’Allemagne : je le rappelle ici, cette dette a été diminuée de 63%, mais elle a été étalée sur trente ans. En décembre 2014 l’Allemagne qui n’a pas changé et qui aime toujours donner des leçons à tout le monde, a enfin fini de rembourser ses dettes de la Première Guerre mondiale ! En réclamant cet argent au pays maintenant le plus riche de l’Europe, non seulement les Grecs démontrent que l’Allemagne a dû sa prospérité actuelle aux largesses et aux accommodements de ses créanciers – ce qu’elle refuse à la Grèce, mais aussi que cette égoïste nation est détestée dans toute l’Europe et que les rapports de coopération sont très difficiles avec elle. Les revendications de la Grèce à propos de cette vieille dette ont trouvé un écho favorable en Allemagne du côté de la gauche, mais évidemment Schaüble et la CDU ont au contraire avancé que l’Allemagne ne devait plus rien aux Grecs depuis longtemps. On le voit clairement, entre la Grèce et l’Allemagne c’est bien d’une guerre économique dont il s’agit, et cette sale guerre économique est d’abord et avant tout le résultat de la mise en place des institutions européennes et de la monnaie unique.

     

    Conclusion toute provisoire

    En Grèce une partie de la polémique avec l’Allemagne vient de ce que l’horrible Schaüble aurait jugé Varoufakis « terriblement naïf ». C’est peut-être insultant, mais cela semble pourtant être assez juste – Paris Match est là pour nous en donner la preuve par ‘limage. Pour ne pas avoir compris que la Grèce était dans une situation de guerre économique avec l’Allemagne, Varoufakis a fait une erreur stratégique et une erreur tactique. Stratégique d’abord parce qu’en s’enfermant dans le carcan des institutions européennes il ne peut attendre son salut que de la bonne volonté de l’Allemagne qui viendrait à son secours pour financer le développement de l’économie en Grèce. Il ne se rend pas compte que le principal des maux de la Grèce provient de son entrée dans la zone euro. Tactique ensuite, parce qu’en annonçant qu’il resterait dans la monnaie unique, il se prive de toute alternative et il va de soi que les Thénardier de l’Europe – Schaüble et Merkel – vont lui faire payer ce ralliement au prix fort. Comme je l’ai dit, il reste à arriver à juin pour faire le bilan d’étape de la volonté de Syriza de renverser la table. Au fond ce n’est pas important de repousser de quelques mois les mesures sociales envisagées par Syriza durant sa campagne électorale. Ce qui est décisif c’est la volonté de suivre une voie claire qui ait le soutien de la population. Il reste encore à Tsipras la possibilité de se passer des services de Varoufakis et de refuser un compromis humiliant avec l’Allemagne, même si cela demande des sacrifices, le peuple grec suivra certainement et trouvera du contentement à reprendre le chemin de la liberté et de l’indépendance.

     

    Liens

    http://www.greekcrisis.fr/2015/03/Fr0418.html#deb

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grexit-la-polemique-s-envenime-entre-athenes-et-berlin-460963.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20150314.AFP1660/la-grece-disposee-a-repousser-l-application-de-promesses-electorales.html

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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Mercredi 18 Mars 2015 à 11:33
    Vafourakis
    "Comme je l’ai dit, il reste à arriver à juin pour faire le bilan d’étape de la volonté de Syriza de renverser la table" C'est le titre de mon dernier bouquin"Pour une économie humaine, renversons la table" Ton analyse est juste : est-ce que le soi-disant réaliste l'emportera sur le courage ?
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