• Voyage au pays de la macronnerie

     Voyage au pays de la macronnerie

    C’est sans doute le personnage le plus emblématique de la dérive politicarde de François Hollande, le meilleur symbole d’une droite aussi arrogante que honteuse qui se moque comme d’une guigne de suicider le P « S » anciennement parti de gauche. Tous les jours qui passent permettent à Macron de faire la preuve non seulement d’une grande ignorance, mais aussi d’une grande bêtise méprisante. Il dirige la politique économique au nom de la recherche de la compétitivité de l’économie française. Le succès n’est évidemment pas au rendez-vous parce qu’il met en pratique ce que ses profs lui ont appris à l’ENA et qui comme par hasard correspond à ce que lui demande de faire le MEDEF.  

    Mais contrairement à ce qu’on peut croire ce n’est pas seulement sa politique éconoique qui reflète le comportement d’un homme de droite, c’est aussi son attitude dans la vie de tous les jours. Il aime s’afficher dans les hebdomadaires Closer et VSD avec son professeur de français qui semble au final ne pas lui avoir donné les bonnes leçons. Et après on s’étonne que la presse n’intéresse plus personne ! L’image qu’il donne de lui, c’est le positionnement d’un petit bourgeois qui défend l’intérêt de sa classe en espérant une récompense.

     Voyage au pays de la macronnerie

    En dehors de ses productions douteuses à la une des hebdomadaires pour garçon coiffeur, il met en scène une présentation prétentieuse et arrogante où les petites phrases stupides font suite aux sentences sans appel qui ne veulent rien dire. Malgré son incompétence ou son jeune âge pour un ministre de l’économie, du haut de ses diplômes, il n’hésite pas à faire le malin et à donner la leçon à ces cons de Français qui ne comprennent rien ni à l’économie, ni à ce qu’il dit. Sa bouffonnerie semble tirer sa justification du fait qu’en très peu de temps il a gagné beaucoup d’argent sans travailler, ce qui n’est pas une preuve de compétence, ni de malice, seulement la preuve de l’efficacité des réseaux et de son entregent. 

    La taxe sur les hauts revenus

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    En 2012, l’insupportable Macron était conseiller de François Hollande pour l’économie, on voit déjà de quel succès il peut se targuer pour ensuite accéder au poste de ministre de l’économie. C’est à ce moment-là qu’il s’est permis de critiquer l’idée d’une taxe sur les revenus supérieurs à 1 millions €. Comme si cela était plus désastreux qu’une hausse de la TVA destinée à ponctionner les petits revenus. Non seulement le bouffon voulait dire qu’en taxant les très très riches on allait sombrer dans un communisme totalitariste, mais que Cuba, petit pays avec lequel les Etats-Unis sont en train de se rabibocher, n’avait que le soleil pour lui. Comme parallèlement le FMI[1] et l’OCDE[2] ont publié des études montrant que plus d’égalité engendrait plus de croissance, on peut dire que le jeune Macron qui a appris l’économie dans les manuels du XIXème siècle, n’est pas du tout à la page, car on ne voit pas comment aller vers plus d’égalité sans alourdir la progressivité de l’impôt sur le revenu. Macron est le dernier avec Pierre Gattaz et François Hollande à croire au théorème de Schmitt selon lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain.

    Les illettrées de chez Gad

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    En septembre 2014, il expliquait que le problème des employées de Gad était qu’elles étaient illettrées et donc qu’il fallait les aider à se recaser par exemple en leur facilitant l’obtention du permis ce qui leur ferait trouver du travail à 50 ou 60 kms de chez elles. Cette approche fut commentée comme une insulte – Macron ne semblant pas vraiment connaître le sens du mot illettré. Comme à son habitude il s’est excusé de ses propos malencontreux. Mais derrière ces provocations délibérées, il y a une méconnaissance de ce qu’est le chômage : son propos suggère que le chômage ne provient pas de l’insuffisance de création d’emplois par les entreprises, mais plutôt du manque de mobilité et de formation des chômeurs. En vérité le chômage ne dépend pas du niveau des allocations perçues par les chômeurs, ni même de leur absence de mobilité, mais, comme le montre le graphique ci-dessous du taux de croissance : quand la croissance est forte, le taux de chômage baisse, quand elle recule ou qu’elle est proche de zéro, le taux de chômage augmente. On voit par exemple qu’entre 1995 et 2000, le taux de chômage recule très nettement, et que la croissance est soutenue. L’attitude chômeurs ou leur mobilité défaillante n’a aucun rapport avec la question. Mais cette manière de rendre les chômeurs responsables de leur triste sort est tout à fait dans les manières de la droite, cette droite d’avant Keynes qui pensait que le chômage était volontaire. Ce n’est pas une analyse, ni même une réflexion, c’est la vision déformée d’une classe sociale qui ne veut pas assumer ses responsabilités. C’est typique de la droite, cette droite qui croie que les lois du marché existent comme des choses immanentes. 

     

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    Macron et l’idéal de la jeunesse 

    «Les jeunes Français doivent avoir envie de devenir milliardaires » dit-il dans un entretien au journal Les échos du 6 janvier 2015.

    Cette phrase dérange, non seulement parce qu’elle signifie que l’horizon de la jeunesse se devrait d’être borné par ces réalités bassement matérielles, mais encore parce qu’elle définit l’accumulation de richesses sans raison comme une bonne règle de vie. Ce type de débilité rappelle les vieilles imbécillités de François Guizot qui au moment de la Monarchie de juillet lançait son fameux mot d’ordre : « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ».

     

    Mais depuis Guizot l’économie politique a fait des progrès, et on sait – à moins d’être bête comme Macron – que non seulement les inégalités nuisent à la croissance comme l’expliquent le FMI et l’OCDE, mais que pour qu’il y ait des milliardaires il faut aussi et d’abord multiplier le nombre des pauvres ! C’est ce qu’on enseigne dans les cours de 1ère année de sciences économiques : la pauvreté et la richesse étant des réalités très relatives, les écarts entre les riches et les pauvres ne peuvent pas être neutres.

    On rappellera au passage à Hollandreou et à Macron qui pourront en faire profiter leur petit copain Valls, que la première bataille de la gauche et du socialisme c’est de lutter contre les inégalités et non pas de les faire croître. Macron a-t-il été jeune un jour ? Le doute est permis. 

    Le spectre de la dame de fer 

     

     Voyage au pays de la macronnerie

    En avril 2015 Macron a été faire la retape au Royaume-Uni. Lors d’une émission sur la BBC2, il s’est fendu d’une apologie de Margaret Thatcher, sans toutefois la citer directement. Voici ce qu’il dit à cette occasion :

    « Quand on compare [la France] avec la Grande-Bretagne des années 1980, la grande différence, c’est que nous n’avons pas fait ce qui devait être fait. Nous sommes les seuls à ne pas avoir réformé. » Et d’ajouter, confiant : « Je pense que les gens pensent que nous avons besoin de réformes. Nous voulons faire des réformes, alors nous allons faire des réformes. » 

    Dans le contexte du french bashing qui caractérise les relations entre la France et le Royaume-Uni, ces déclarations s’apparentent à une forme de soumission, une forme même de trahison par rapport à son pays. Son apologie indirecte oublie que la mort de Margaret Thatcher a été l’occasion de scènes de liesse en Grande-Bretagne, mais que cette femme qui par ailleurs buvait sec et qui fut par l’intermédiaire de son fils impliquées dans des scandales financiers de grande ampleur s’était donné comme objectif de briser les syndicats et de détruire le modèle social hérité de l’après-seconde guerre mondiale. En se livrant à ce genre de provocation il accrédite l’idée qu’il n’y a pas d’alternative (TINA) au modèle libéral prôné par le couple infernal Thatcher-Reagan qui a mené le monde à la crise de 2008, à l’explosion des inégalités sociales et à la faible croissance qu’on sait. 

    Macron et Syriza 

    Une des dernières macronneries en date – mais il va y en avoir d’autres d’ici à ce que les élections de 2017 mettent fin à ses pitreries – est que Syriza est en Grèce l’équivalent du Front National. Ça date du 6 juillet, c’est tout frais, et c’est publié sur le site du journal La Provence.

     «Il est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d'extrême droite. Mais, d'ailleurs, vous voyez cette coagulation des contraires se faire: qui adore Syriza chez nous? Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Avec qui s'allie Alexis Tsipras en Grèce? Avec son extrême droite souverainiste»

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    Peu importe à l’ignorant que Syriza ait refusé de s’allier avec Aube Dorée, l’idée est de mettre dans le même sac du populisme des formes de révoltes très diverses dont les tenants et les aboutissants ne sont jamais analysés. Outre que ce genre de débilité – Macron est revenu sur ce qu’il a dit pour s’excuser – ne repose sur rien d’autre que sur une critique indirecte de la Grèce accusée de faire capoter les négociations avec les « gentils » de l’Eurogroupe, il a été rejoint dans ce genre de « fine » analyse par l’inénarrable Pierre Lellouche qui a dit « Tsipras et le gouvernement grec, c’est comme si en ce moment en France vous aviez un gouvernement composé de Mélenchon et de Le Pen ». Pierre Lellouche étant un sarkozyste grand teint, on voit bien la convergence pour ne pas dire la connivence qui existe entre l’UMP rebaptisé par antiphrase Les républicains, et un PS complètement dégénéré. 

    Macron et la monarchie 

    Il les aura toutes faites ! Dans une interview récente du 8 juillet 2015 à un obscur hebdomadaire, Le 1, rien que ça, il revient sur le fait que la démocratie en France est quelque chose d’incomplet : selon lui il manquerait un roi, et qu’au fond les Français regrettent bien ce manque et d’avoir usé de la guillotine pour régler la question. L’idée plus que bêtasse selon laquelle les Français seraient au fond des monarchistes frustrés, est vieille comme la République. Il confond le fait que les personnels des salons de coiffure soient abonnés à Jours de France avec le fait que cela fasse une opinion politique. Mais comme Macron est sensé avoir fait des études de philosophie, il couvre cela d’un discours assez niais sur les déficits de la démocratie. Cette approche est vraiment risible. Certes il y a un déficit de démocratie et c’est pour cela que le peuple vote de moins en moins, mais on ne voit pas en quoi un roi comblerait ce vide. C’est même l’inverse. Il semble qu’au contraire les peuples reprochent aux institutions, notamment aux institutions européennes, de confisquer leur avenir et de ne pas ouvrir un peu plus l’espace à l’expression d’une vraie démocratie.   

    Voyage au pays de la macronnerie 

    Voilà ce notre apprenti philosophe qui rejoint ici le semi-débile Lorent Deutsch, dit :

    « La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif: le Roi n’est plus là! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures: ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace ».

    Vous remarquerez que pour faire le savant, le cancre use du mot incomplétude comme si cela pouvait ajouter de la profondeur au vide de sa réflexion.

    Plutôt que de relire les vieux numéros de La veillée des chaumières, Macron devrait relire Victor Hugo qui écrivait dans Les misérables : « Les Révolutions ont le bras terrible et la main heureuse ; elles frappent ferme et choisissent bien. Même incomplètes, même abâtardies et mâtinées, et réduites à l’état de révolution cadette, comme la révolution de 1830, il leur reste presque toujours assez de lucidité providentielle pour qu’elles ne puissent mal tomber. Leur éclipse n’est jamais une abdication. »

    Voyage au pays de la macronnerie

    Conclusion provisoire 

    Il y a sûrement bien d’autres macronneries à débusquer, le bonhomme est capable de tout. L’ensemble des provocations de Macron interpellent. On se demande s’il est stupide où s’il le fait exprès. Sans doute un peu des deux. Parce qu’en effet il espère passer ainsi pour un homme qui veut réformer et qui a son franc-parler pour dénoncer les archaïsmes et les rigidités. 

    Le problème est que non seulement les idées débiles de Macron ne se traduisent pas dans les faits par un retour de la croissance et de l'emploi, mais qu’en outre le regard des Français sur les « réformes » a changé. Il apparaît maintenant que l’austérité est un remède encore plus terrible que le mal. Mais par son attitude Macron certifie que l’UMPS est un seul et même parti, discrédité comme le montre les derniers résultats électoraux. Le PS étant plus hypocritement de droite que l’UMP, c’est lui qui s’effondrera le premier. Macron sera emporté dans la tempête. Pire encore, sa communication pourrie sur les populismes, sur la nécessité de défendre l’euro à tout prix, vont faire apparaître le FN finalement comme un parti tout à fait présentable et raisonnable, et c’est à ce titre qu’on peut dire que Macron participe à la montée en puissance du parti d’extrême-droite. Il n’a pas été formé par la deuxième gauche de Rocard et Attali pour rien. Mais pire que tout, les errements farceurs du petit Macron montrent à quel point le PS qui le tolère est devenu le refuge de la petite bourgeoisie bien-pensante. Bien qu’Hollande le pense jeune et qu’il l’ai mis sur le devant de la scène pour ça, ses idées sentent la naphtaline et le petit vieux. 

    Macron est un symbole, depuis qu’il se produit dans les mass médias, on ne traite plus les gens de con, mais de macron. Il arrive aussi qu’on dise « j’ai marché dans un macron », ou encore qu’on jure : Macron-de-ta-mère !

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    PS On vient d’apprendre que le Macron a introduit subrepticement dans la loi qui porte son nom un amendement sur les déchets radioactifs, pensant sans doute que les députés comme à l’ordinaire ne le verraient pas et voteraient tout de même le 49-3 qui les rend encore plus inutiles que d’ordinaire. 

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/09/17/macron-s-excuse-pour-ses-propos-sur-les-illettrees-de-gad_4489071_823448.html 

    http://www.leparisien.fr/economie/macron-et-les-jeunes-milliardaires-la-phrase-qui-consterne-la-gauche-07-01-2015-4425649.php

    http://www.20minutes.fr/television/1565987-20150319-video-catastrophe-emission-bbc-france-laquelle-pen-macron-lachent

    http://www.leparisien.fr/une/emmanuel-macron-qualifie-le-fn-de-syriza-a-la-francaise-06-07-2015-4923993.php

    https://unsansculotte.wordpress.com/2015/07/07/emmanuel-macron-diagnostique-un-deficit-de-monarchie/

    http://www.lemonde.fr/energies/article/2015/07/10/tolle-apres-l-irruption-des-dechets-radioactifs-dans-la-loi-macron_4678426_1653054.html


    [1] Jonathan D. Ostry, Andrew Berg, and Charalambos G. Tsangarides, Redistribution, Inequality, and Growth IMF, February 2014

    [2] Federico Cingano, (2014), “Trends in Income Inequality and Its Impact on Economic Growth", OECD SEM Working Paper No. 163

    « La capitulation de TsiprasL’ingérable crise grecque et le déclin inéxorable de l’Allemagne »
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