• Voter ou ne pas voter, là est la question

     Voter ou ne pas voter, là est la question

    La médiocrité des candidats connus pour l’élection présidentielle permet que l’on se pose sérieusement la question. En effet nous pensons  que la seule politique possible à mettre en place est une politique qui rompe directement avec l’imbécilité de la théorie de l’offre, et donc avec l’idée débile autant que peu efficiente de la compétitivité. Nous avons dit dans un précédent billet que le maintien de la France dans l’Union européenne ne le permettrait pas[1]. Et cela pour deux raisons : la première est que l’Union européenne est composée d’Etats nationaux très disparates aussi bien dans leur trajectoire économique que dans leur histoire, la seconde est que ces disparités pourraient effectivement tendre à disparaitre à la condition de faire de l’Union européenne un véritable Etat fédéral, ce à quoi personne ne tient vraiment.

    Il faut bien comprendre que si nous critiquons avec virulence la théorie de l’offre ce n’est pas par coquetterie intellectuelle, c’est aussi bien parce que celle-ci ne marche pas, n’a jamais marché nulle part – c’est bien elle qui est à l’origine des réformes que le chancelier Brüning mis en mouvement et qui amenèrent Hitler au pouvoir – que parce que l’enjeu d’aujourd’hui n’est pas l’accroissement continu de la production, mais plutôt le partage de la richesse et le partage du travail. Dès lors les candidats potentiels vont se diviser en deux, soit on est conscient de la nocivité de l’Union européenne, soit on en accepte les règles. Les seconds sont des libéraux plus ou moins convaincus de la justesse de cette Europe. On y mettra Fillon, Macron, Valls (s’il passe les primaires du PS) et peut être Bayrou s’il se décide. Les premiers sont représentés par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg s’il passe l’obstacle des primaires du PS. Quelle que soit l’incomplétude de leur programme respectif, ils sont au moins conscients du fait que l’Union européenne est devenue un cauchemar. 

    Le libéralisme en campagne

      Voter ou ne pas voter, là est la question

    Quelle que soit sa forme, les pro-européens assument tous l’idée d’une compétition et donc que le redressement de la France ne peut se réaliser qu’en accélérant les réformes dites de structure qui amélioreront les performances de la France sur les marchés extérieurs. Cette logique bloque obligatoirement toute « réforme sociale » qui se trouve en opposition avec les réformes de structure. Quand vous lisez le livre signé par Emmanuel Macron, Révolution, vous êtes surpris par la cuistrerie du personnage. Le voilà qu’il se présente lui-même comme la crème de la crème de l’élite. Il nous dit qu’il a beaucoup étudié la littérature, l’histoire et l’économie. En vérité on subodore qu’il n’a jamais étudié correctement ces matières, fut-ce dans des Que sais-je ? Faisons lui grâce du fait qu’il confonde Révolution et Contre-révolution, puisqu’en effet, ce qu’il nous propose c’est d’abord un retour en arrière avec les recettes éculées du XIXème siècle[2]. Mais on ne peut pas lui pardonner le fait qu’il ignore complètement les effets de la politique qu’il préconise. Certes c’est un banquier, il n’a jamais travaillé de sa vie, mais tout de même. Une analyse historique de la crise de 2008 montre qu’elle a ses racines dans la déréglementation des marchés en général et des marchés financiers en particuliers. Autrement dit, c’est la purge néo-libérale qu’on a commencé à appliquer à la fin des années soixante-dix qui a engendré le monde sans croissance, sans emploi des années 2000. En outre si Macron avait étudié correctement l’histoire économique, il aurait compris, même en étant un peu bête, que ce sont les mesures austéritaires du Chancelier Brüning – baisse du nombre des fonctionnaires, baisse des salaires, coupes drastiques dans le budget – qui ont prolongé la dépression en Allemagne et amené in fine Hitler au pouvoir.

    Macron est prétentieux et avance pour expliquer le peu de reconnaissance du ventre qu’il manifeste face à Hollande, qu’il a été entravé dans sa volonté réformatrice. C’est une manière sournoise de se débarrasser d’une interrogation sur son bilan plutôt négatif en tant qu’initiateur de la politique malheureuse de Hollande. Il fait en effet semblant d’oublier qu’Hollande a beaucoup réformé : que ce soit le CICE qui coûte 20 milliards d’euros à l’Etat par an et que les contribuables devront financer ou que ce soit le dé-tricotage avec la maudite loi El Khomri. En bref, Macron n’a plus de grande réforme de structure à proposer et c’est sans doute pour cela qu’il est plutôt muet et flou sur son programme véritable.

      Voter ou ne pas voter, là est la question

    Mais alors peut-on dire qu’il y a une différence entre Macron et Fillon ? Sur le fond il n’y en a pas : c’est le même programme de déflation salariale et de transfert vers le privé de tout ce qui peut représenter un service collectif. La différence se joue dans la présentation de ce sinistre programme. Macron se présente comme un jeune cadre moderne et innovant qui réclame une adhésion  à sa personne, il le fait à la manière d’un gourou, et ses meetings ressemblent tout à fait à cela. Il hurle, il trépigne, c’est tout juste s’il ne termine pas ce triste spectacle la bave aux lèvres. Il a un sourire aussi bizarre que faux qui rappelle un peu les Témoins de Jéhovah qui viennent le dimanche matin vous réveiller pour vendre leur soupe aigre. Fillon joue le rôle du mauvais, planqué derrière ses gros sourcils, il nous promet la trique pour les années à venir : la baisse des salaires, la baisse de la  couverture sociale et la hausse des durées travaillés. Il veut également limiter l’activité syndicale et promet d’envoyer les gendarmes à qui protesterait[3]. Au passage je fais remarquer que si c’était Marine Le Pen qui avait avancé cette idée, on aurait crié au fascisme, à juste titre, mais comme c’est l’homme aux gros sourcils qui le dit, on laisse glisser, et au besoin « on » votera pour lui pour faire barrage à Marine Le Pen si elle se retrouve en face de lui au second tour des élections présidentielles. On note que lui non plus n’a pas à se plaindre de la couverture médiatique, l’oligarchie a bien aujourd’hui deux fers au feu.

      Voter ou ne pas voter, là est la question

    Le troisième candidat du parti libéral est Manuel Valls. L’homme qui voudrait bien que le P « S » change de nom afin qu’on ne le confonde plus avec un parti anticapitaliste qui viserait à limiter les lois du marché. Il est pro-européen et pro-business, ce qui est au fond la même chose. Contrairement à ce qu’on pourrait croire il est le membre le moins dangereux de cette sinistre trilogie. Si Macron joue les truands et Fillon les brutes, Valls se verrait bien dans le rôle du bon. Certes il a le handicap d’avoir fait passer la loi El Khomri à coups de 49-3, mais il ne propose pas de démanteler la Sécurité sociale et de tout privatiser. 

    L’avenir de la gauche et le candidat du P « S »

     Voter ou ne pas voter, là est la question

    La gauche des ténèbres ! 

    On se pose la question de savoir si la gauche peut arriver au second tour. La réponse est positive, la droite n’a pas encore gagné. Des signes avant-coureurs montrent même que cela va lui être difficile. On se rend compte par exemple que les sondages sont très volatiles. Ces dernières semaines, passé l’euphorie de la victoire des primaires LR, Fillon a lourdement reculé[4]. On suppose même que Macron pourrait le devancer ! C’est en réalité la primaire du P « S » qui va en décider. En effet, si le P « S » adoube comme candidat Valls, les votes de droite se perdront entre Fillon, Macron et Valls. Dans ce cas-là Mélenchon a une chance d’arriver au deuxième tour et de battre Marine Le Pen. On pourrait avoir un résultat du premier tour comme suit : Fillon à 19% Macron à 15% et Valls à 12% et Marine Le Pen à 31%. Dans ce cas de figure Mélenchon à 20% ce n’est pas déraisonnable. Par contre si le P « S » choisit Montebourg comme candidat, alors il est clair qu’au mieux Mélenchon finira troisième et l’abominable Fillon sera élu. 

    Bien que les sondages soient incertains, la primaire P « S » va se jouer entre Montebourg et Valls. Ce dernier est en tête des sondages, cependant il risque de perdre au deuxième tour en cas d’une alliance entre Hamon et Montebourg. Dans ce cas-là les voix de gauche se disperseraient et on aurait un deuxième tour entre Fillon et Marine Le Pen qui serait favorable à l’homme aux gros sourcils.

     Voter ou ne pas voter, là est la question 

    Les primaires du P « S » quoi qu’on pense de ce parti sont en train de mettre de l’ordre. Des candidats comme Hamon ou Peillon se sont rapidement ridiculisés, et chaque fois autour de la question du communautarisme et de la place de la religion dans la cité. Hamon qui se targue de lutter contre l’islamophobie a relativisé l’empreinte de la religion dans certaines zones de la banlieue parisienne où la communauté musulmane est importante et où les femmes ont des difficultés à s’affirmer[5]. Peillon s’est fait reprendre vertement pour son approche contestable de la laïcité allant jusqu’à dire que les juifs ont souffert durant l’Occupation d’un excès de laïcité[6] ! Vous remarquerez que ce sont deux anciens ministres de l’éducation qui ont sorti de pareilles âneries et qui montrent à tout le moins qu’ils ne sont pas très fermes dans leurs convictions politique. 

    Mélenchon encore un effort ! 

    Hamon s’est trompé de cible, il a enfourché le cheval de bataille du revenu universel pour tenter de démontrer qu’il était bien de gauche. Mais c’est raté, d’abord parce qu’une partie de la droite revendique elle aussi un revenu universel qui remplacerait toutes les autres allocations sociales, ensuite parce que cette mesure figerait les inégalités sociales telles qu’elles sont aujourd’hui. Je passe sur le fait que le déploiement d’une telle mesure n’entamerait en rien la nocivité de la loi des marchés[7]. Cela apparaîtra rapidement comme une mesure démagogique. Manuel Valls ne s’y est pas trompé qui lui aussi pour se donner une image de gauche avance que le revenu universel est une bonne mesure.

    Il reste donc que Mélenchon apparait comme le seul candidat effectivement de gauche. Le seul ennui est son manque de clarté vis-à-vis de la question européenne. La situation économique et sociale demande aujourd’hui des mesures fortes et rapides. Quelles que soient les bonnes intentions de nos partenaires européens, la France ne peut pas perdre 5 ou 10 ans dans la discussion d’une refonte des traités européens. Il faut prendre des mesures fortes qui soient en rupture avec la théorie de l’offre et l’imbécilité d’une compétition entre les nations par l’abaissement du coût du travail. S’il est vrai que Mélenchon manifeste une vraie critique de l’Union européenne et de son fonctionnement, il n’a fait que la moitié du chemin en cinq ans, il est passé de l’idée d’une Europe sociale à l’idée d’un plan B par la voie de la renégociation des traités.

     Voter ou ne pas voter, là est la question
     

    Nous connaissons la Commission européenne et l’Eurogroupe pour savoir comment leurs bureaucrates sont capables de faire traîner les choses en longueur pour finalement durcir de plus en plus leurs exigences. On les a vus à l’œuvre avec Tsipras. Et ils commencent à montrer les dents contre le Royaume-Uni qui a osé l’émancipation. Leur logique est de punir, comme ils ont puni les Grecs d’avoir élu Tsipras et de voter non aux propositions mortifères de l’Union européenne. Tout cela pour dire que si Mélenchon élu président perd son temps à discutailler avec la Commission européenne et qu’il ne sorte pas d’un bloc d’un seul et tout de suite de la monnaie unique, il n’aura aucun résultat économique et social valable et son action sera présentée comme un échec. Il faut être très clair dès maintenant pour sortir de l’euro et de l’UE, il faut une alliance large de tous les anti-européens sans restriction. Non seulement c’est la condition nécessaire pour refaire de la politique, mais c’est la condition nécessaire pour faire une politique dite de gauche contre les inégalités, contre la finance et pour une transformation de notre vieux modèle de production archaïque axé sur la croissance et l’industrie.

    Ainsi que l’a souligné plusieurs fois Sapir, les anti-européens sont majoritaires dans notre pays, c’est également démontré par les sondages du Pew Research Center. Mais la séparation entre les différents courants permet depuis des années à la même ligne politique de s’imposer, qu’elle prenne le masque de Sarkozy, celui de Hollande ou encore celui de Fillon et Macron. Je pense que si on veut revenir au programme du CNR, ce que beaucoup à gauche voudraient, il faut avoir une vision large et patriotique, sans exclusive de la défense de l’intérêt général.

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/la-porte-entre-ouverte-des-presidentielles-de-2017-a127913586

    [3] http://www.boursorama.com/forum-politique-fillon-promet-d-envoyer-la-gendarmerie-443819541-1

    [4] http://www.atlantico.fr/pepites/francois-fillon-en-baisse-dans-sondages-2927155.html

    [5] http://www.marianne.net/hamon-les-femmes-interdites-cafes-religion-beauferie-gauche-100248775.html

    [6] http://www.marianne.net/vincent-peillon-relie-laicite-au-port-etoile-jaune-impose-aux-juifs-100248967.html

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/revenu-de-base-revenu-universel-revenu-sans-condition-etc-a117198154

    « La porte entre-ouverte des présidentielles de 2017Coralie Delaume et David Cayla, Michalon, La fin de l’Union européenne, 2017 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Charles Deryl
    Samedi 7 Janvier à 11:58
    Donc, sans le dire, une large alliance… Avec le Front National ! Bravo.
    2
    Samedi 7 Janvier à 12:16

    une alliance avec le FN n'est pas à l'ordre du jour, par contre nous pensons que ceux qui votent pour le FN ne sont pas dans leur majorité des nazis et des racistes. Si aucune alliance n'est possible avec le FN c'est parce que son encadrement est effectivement raciste. Je crois que cela est clair. Ce qui est aussi très clair c'est que de considérer le combat contre le FN comme prioritaire est un leurre qui conduira des "gens de gauche" à voter au deuxième tour pour Fillon qui a mon sens est encore pire que le FN.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :