• Vive la banqueroute, sous la direction de Thomas Morel et François Ruffin, 2013

    Comme dans tous les pays européens que ravage la politique européenne, les livres sur la crise, la dette et la question de le pertinence de poursuivre avec acharnement une politique qui a échoué du point de des critères les plus prosaïques de la croissance économique, de l'emploi et du pouvoir d'achat se vendent plutôt bien, les autres ouvrages d'économie n'intéressant en fait plus personne, même pas les étudiants en économie. Ce qui tendrait à prouver que l'économie ne doit pas être traitée par les économistes de profession, comme la politique ne devrait pas être laissée aux mains des politiciens qui vivent de l'exercice de mandats électoraux.

    Ce petit livre rassemble quelques exemples pris dans l'histoire de la France pour démontrer que lorsque les dettes publiques deviennent trop importantes, d'une manière ou d'une autre, elles sont répudiées. Ça commence avec Philippe le Bel et ça se termine avec le général De Gaulle. Ce n'est pas un livre d'historiens, c'est plutôt un recueil d'anecdotes qui servent à montrer que la gestion de la dette n'est pas un problème monétaire, ni même technique, mais un problème politique et que la résolution de celui-ci dépend évidemment du rapport des forces en présence. Si la tendance est en Europe à payer les banquiers et les rentiers, donc en pillant le petit peuple, c'est bien parce que le rapport de forces - protégé par les traités européens - est favorable à la bourgeoisie financière, même si c'est au prix d'une croissance qui s'effondre et d'un appauvrissement général de la société.

    Le cas du général De Gaulle est intéressant. En effet, en 1944, il choisit l'expansion monétaire - l'inflation - pour aller de l'avant, mettre en place un Etat-providence, remettre l'économie en route, etc. Il est d'ailleurs amusant qu'il s'oppose à ce moment-là à Pierre Mendès-France, la figure phare de la deuxième gauche, cette deuxième gauche qui passe son temps à mettre en place des politiques qui étranglent le peuple au nom de la rigueur et qui se révèle la plus efficace pour la gestion des intérêts particuliers de la bourgeoisie. On relève également qu'en 1944, la dette publique de la France était bien supérieure à 200% du PIB, mais qu'elle fut finalement assez vite apurée, d'une part grâce à l'inflation, et d'autre part grâce à la forte croissance des années d'après-guerre. Mais ce même général De Gaulle, lorsqu'il reviendra aux affaires en 1958, cédera aux sirènes du très libéral Jacques Rueff, anti-keynésien féroce et mettra en place une politique d'austérité qui fera de l'auteur de l'Appel du 18 juin un président finalement très détesté par le peuple.

    L'ouvrage est complété d'une interview de Frédéric Lordon qui est bien connu maintenant pour remettre en question l'idée curieuse autant que lugubre selon laquelle l'économie serait une science. 

     

    « DIX CITATIONS SUR L'EUROPEPierre Mauroy est décédé le 7 juin 2013 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :