• Vers un renouveau de la gauche ?

    La parole du peuple dévalorisée

    Vers un renouveau de la gauche ? 

    On remarque que de glissement sémantique en glissement sémantique, on ne sait plus de quoi on parle. Ainsi on laisse croire que le PS est encore un parti de gauche et on emploie la terminologie de « gauche radicale » pour désigner des partis très rose pâle comme Syriza ou le Parti de gauche en France, partis qui ne vont pas au-delà d’un keynésianisme tempéré et qui surtout affichent des timidités de jeunes filles dès qu’il faut enfin parler sérieusement de l’Europe, des migrants ou de l’absence de démocratie dans les pays musulmans.

    La thèse social-démocrate – façon Terra Nova – est que l’évolution des sociétés occidentales ne permet plus de faire de la politique comme par le passé, et que les idées politiques fondées sur la lutte des classes sont obsolètes. Donc pour ces gens-là dans une économie mondialisée, l’économie de marché est vue comme un état de quasi-nature qui ne peut pas évoluer, il ne s’agit plus de se battre sur le terrain des inégalités sociales et de la collectivisation des moyens de production, mais plutôt pour les droits des minorités : les homosexuels, les migrants, les femmes, ou les musulmans. Il y a eu beaucoup de travaux universitaires pour appuyer ce genre d’analyser à commencer par le philosophe allemand Jürgen Habermas, un ancien de l’Ecole de Francfort qui a abandonné Marx et le prolétariat au milieu du gué pour devenir bêtement un farouche défenseur de l’Union européenne. Supposant que celle-ci ferait mieux avancer la démocratie de proximité que les Etats nationaux.

    Ces idées ont été plus ou moins reprises par tous les anciens partis sociaux-démocrates qui ont été peu à peu colonisés par des « experts » issus des grandes écoles ou des universités prestigieuses. Le système électoral en Europe est tel que des candidats issus de la classe ouvrière ou des classes moyennes inférieures ne peuvent accéder à la députation : ils n’ont tout simplement pas la possibilité de devenir des politiciens de profession. Ce qui veut dire que par définition ils appartiennent à la haute bourgeoisie et donc qu’ils n’ont aucune connaissance ni de près ni de loin de ce que peuvent vivre les salariés et les petites gens livrées pieds et poings liés aux lois du marché. La conséquence de ce mouvement est que depuis la fin des années soixante, malgré les beaux discours des intellectuels, c’est la parole du peuple qui est dévalorisée. Au mieux on la regarde avec condescendance. Depuis la défaite du mouvement révolutionnaire au début des années soixante-dix, on s’est appliqué un peu partout à culpabiliser les petites gens sur leur manière de penser. C’est ainsi que régulièrement des hommes et des femmes politiques de gauche revendiquent des limitations sérieuses à l’exercice de la démocratie : ils avancent par exemple que trop de démocratie aurait empêché le vote de l’abolition de la peine de mort ; ou encore qu’il faudrait peut-être en finir avec le Front National en l’interdisant. Ces propositions sont non seulement des aveux de faiblesse, mais aussi la manifestation d’une prétention démesurée : pourquoi nos représentants seraient-ils plus qualifiés que nous pour débattre et trancher de tel ou tel sujet ?

     Vers un renouveau de la gauche ? 

    Bernie Sanders en meeting 

    En vérité, l’effondrement de la social-démocratie est le complément de la mise en place de systèmes politiques post-démocratiques. Ce n’est pas un hasard si elle s’est perdue corps et biens dans le développement du projet européiste, accélérant ainsi les débris des vieux mouvements staliniens en les entraînants dans leur chute. La crise de 2008 dont on n’est pas sorti encore, aurait dû être le révélateur de l’erreur de direction des partis sociaux-démocrates. En effet, cette crise a été assez facilement identifiée à l’accélération du développement d’un modèle libéral mettant au cœur de la vie civile les lois du marché – ce sont les fameuses réformes que le patronat, Macron et Hollande réclament à cor et à cris. On aurait pu croire que cette crise allait amener une révision du logiciel politique des partis sociaux-démocrates : il n’en a rien été, ils en ont profité au contraire pour accélérer leur conversion en détruisant les services publics, en aidant à abaisser les salaires et à démanteler toutes les avancées en matière de protection sociale. Et c’est ce qu’ils payent aujourd’hui.

     Vers un renouveau de la gauche ? 

    Manifestation de Podemos 

    En vérité l’erreur de la social-démocratie européenne est à la fois stratégique et tactique : stratégique parce que les propositions de ces partis considérés comme de « gauche » sont incapables de sortir les pays considérés de la crise – on ne peut espérer soigner le mal par plus de mal encore. Mais l’erreur est aussi tactique parce que les hommes politiques qui ont soutenu de tels errements sont régulièrement balayés et n’arrivent pas à s’imposer aussi bien sur la scène internationale qu’à l’intérieur des frontières de leur propre pays. C’est encore ce qui est en train d’arriver à Tsipras, et c’est pourquoi le PS est promis à la démolition après 2017. 

    Ecouter le peuple 

    Les mouvements comme Syriza, Podemos, le renouveau du Labour en Angleterre, ou encore la montée de Bernie Sanders, candidat socialiste à la présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, montrent qu’il y a une possibilité très forte pour que des idées de gauche deviennent majoritaires dans un pays et entraînent un changement social important. Encore faut-il savoir ce que sont ces idées de gauche. J’ai défini par ailleurs ce minimum qui irait dans le sens du progrès social :

    - réduire les inégalités de revenus, limiter l’enrichissement ;

    - limiter l’emprise de la propriété privée sur les domaines de la santé publique et l’éducation ;

    - maintenir un secteur public important dans le domaine des monopoles naturels ;

    - édicter des normes sanitaires et sociales dans la production des biens et des services ;

    - lutter contre la concentration du capital ;

    - revenir à la souveraineté populaire dans le cadre national.

    C’est un programme minimum sur lequel une majorité peut se dégager. A condition que les propagandistes de la gauche intellectuelle cessent de tourner autour du pot et de se perdre dans des combats incertains. Cela veut dire évidemment donner la parole au peuple et suivre ce qu’il indique. Même à gauche on a souvent une idée limitée de la démocratie.

    Cependant il va de soi que ces mouvements qui naissent un peu partout ne sont pas forcément la garantie qu’on aille dans le bon sens en votant pour ces partis. En effet leur émergence montre surtout la répulsion qu’inspire leur virage droitier et européiste. La logique voudrait qu’on ne fasse pas confiance à leur leader, parce que ceux-ci quoi qu’on en dise non seulement se croient les dépositaires d’une volonté qu’ils ne comprennent pas toujours, mais surtout ce comportent comme s’ils savaient, comme s’ils se situaient un peu au-dessus du peuple par leur compréhension de la vie sociale et politique. Ce faisant, ils profitent consciemment ou non, de la paresse du peuple qui leur délègue son pouvoir.

    Il faudra bien s’attaquer un jour à ce cancer de la vie politique qui est la professionnalisation de ses élus.

     

    Liens 

     

    http://rue89.nouvelobs.com/2013/11/19/institut-montaigne-terra-nova-iris-finance-les-think-tanks-247607 

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