• Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment, Les arènes, 2014. Réflexion sur un phénomène de société

     

    Le succès colossal du livre de l’ancienne compagne de Hollande accompagne celui-ci dans sa plongée aux enfers. Sa cote de popularité atteint quelque chose d’inédit. Et sans doute il restera dans l’histoire pour avoir été le président le plus détesté de la Vème république. Les sondages – que toutefois il faut savoir prendre avec des pincettes – montrent d’ailleurs que le principal reproche qu’on fait à Hollande est d’avoir trahi complètement ses promesses. C’est-à-dire d’avoir fait une politique opposée à celle qu’il avait promise, même si ces promesses étaient plutôt vagues. Hollande est aujourd’hui à 13% de satisfaits. Il est bon cependant de rappeler qu’il fut élu en 2012 assez difficilement, compte tenu des turpitudes de son adversaire, et que dès son élection la méfiance à son endroit s’était installée. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a jamais bénéficié, même au début de son mandat d’une confiance massive des Français. C’est d’ailleurs l’électorat de gauche qui s’est le plus méfié de lui, et c’est l’électorat de gauche qui massivement l’a lâché. La droite continuant à vivre avec cette fiction selon laquelle Hollande serait socialiste et dépensier, de gauche pour tout dire.

    Après avoir promis d’une manière très théâtrale qui avait impressionné les journalistes – mais à ceux-là il leur en faut peu – en revendiquant une « normalité » conforme avec son physique, il a stupéfié la France entière avec ses frasques sexuelles dignes d’un vaudeville. Ces turpitudes qui ressemblent à celles d’un Sarkozy semblaient être l’envers d’un président sans volonté, mou, indéterminé dans ses choix politiques.

      

    Peut-on faire confiance à un homme qui fait du scooter à trois roues ?

    L’ouvrage de Valérie Trierweiler, la maîtresse répudiée du président s’est vendu en quelques jours à des dizaines de milliers d’exemplaires. Au moment où j’écris ces lignes, il serait déjà en rupture de stock, il aurait été pourtant tiré à 200 000 exemplaires. Je ne sais pas si c’est elle qui a écrit cet ouvrage, ou si elle a été aidée par quelque nègre, mais l’écriture de ce livre est complètement désastreuse. Le ton oscille entre le ressentiment et la midinette toute étonnée de se retrouver à fréquenter les dorures de la République et des hommes qu'elle croie important. Il est vrai que Valérie Trierweiler n’était pas avant de sombrer dans la dépression consécutivement à sa rupture d’avec Hollande, un personnage sympathique. Détestée un peu par tout le monde, à gauche comme à droite, elle avait une image cassante et arrogante.

    Mais cet ouvrage est aussi un fait politique qui démolit un peu plus l’image de Hollande. Or on sait que dans la république moderne, il est impossible de gouverner sans gérer aussi son image. Deux extraits ont beaucoup circulé sur la toile, le premier a trait aux « sans-dents ». C’est l’expression qu’Hollande emploie en privé pour parler des pauvres. Il aurait pu tout autant les appeler les sans-couilles. Cette expression qu’il est difficile à entendre dans la bouche d’un homme qui se dit socialiste, renvoie d’ailleurs à cette facétie de Sarkozy qui prétendait en 2007 aller chercher la croissance avec les dents. Ou encore, on parle souvent des hommes politiques ambitieux comme des gens ayant des longues dents ou des dents qui rayent le parquet.  En tous les cas cette phrase est le marqueur, à l’évidence d’un discours de classe, et finalement va très bien à quelqu’un qui a fait de la compétitivité l’axe de sa politique économie. Les pauvres sont bien sûr ceux qui sont les moins compétitifs selon la doxa libérale. Hollande, au lendemain de la sortie du livre interviendra lors d’une conférence de presse pour réaffirmer qu’il aime beaucoup les pauvres et qu’ils sont le combat de toute sa vie. Mais qu'il ait besoin de se justifier est déjà une défaite.

     

    L’expression les « sans-dents » va faire des ravages dans l’opinion 

    Le second passage qui a été très commenté a trait aux handicapés, Hollande avançant qu’il n’aimait pas les handicapés qui font commerce de leur handicap. Même si pour une fois on comprend ce qu’il veut dire, cette nouvelle facétie l’a fait apparaître comme quelqu’un qui méprise les handicapés, alors qu’il a déjà l’image d’un homme qui déteste les pauvres. Trierweiler dans son ouvrage avance que si Hollande a été attiré par Julie Gayet, une actrice de seconde catégorie pourtant – c’est aussi parce que celle-ci a des parents très riches qui possèdent un château, alors que Trierweiler, elle, vient d’un milieu très modeste. 

    Un autre image qui a fait le tour de la toile, Hollande à contretemps de ses collègues de l’OTAN

    L’ouvrage est sorti en même temps que les sondages signalaient que la cote de confiance d’Hollande était au plus bas – et encore ces sondages-là ont été faits avant que ne sorte l’ouvrage de son ex-concubine. L’affaire est tellement importante que le président a été obligé de signaler qu’il irait jusqu’au bout de son mandat, comme si la chose n’allait pas de soi.

    Curieusement les jorunalistes politiques ont très mal réagi à la sorti de ce livre, lui déversant un tombereau de boue pour le discréditer. Ce qui n’a servi à rien puisque la population s’est précipitée dans les librairies – pour une fois. Les arguments  contre ce livre ont été autant de coups d’épée dans l’eau, alliant la stupidité à un moralisme qui n’est plus de saison, la palme revenant sans doute à Renaud Dely du Nouvel Observateur qui considère que le livre détruit les institutions, bref que Trierweiler n’aurait jamais dû l'écrire. Mais enfin elle n’est pas la première femme à publier un mauvais livre sur le monde politique, sur ce segment du marché de la librairie, c’est tout de même la règle.

    Certains libraires ont aussi très mal réagi à ce battage publicitaire. Un peu comme s’ils soutenaient que dans leur librairie ils ne vendaient que des bons livres. Ce qui est idiot. Certes on peu comprendre le choix de certains libraires de ne pas céder à cette tentations de l’argent facile, mais l’ouvrage de Trierweiler n’est pas pire qu’un livre de Guillaume Musso ou de Marc Lévy. Plus inquiétant, certains lecteurs de ce livre ne vont lire cette année que lui et même pas le Goncourt. Hélas, l’argent manquant dans les librairies menacées on ne voit pas pourquoi ils afficheraient cette volonté d’hâter leur disparition.

    Une affichette qu’on pouvait voir dans certaines librairies

    Le succès du livre s’explique par au moins trois raisons :

    - d’abord par le fait que certains vont y rechercher quelque raison supplémentaires de détester Hollande qui jusque là, même s’il était vu comme incompétent, conservait un certain capital de sympathie. Ces lecteurs pourront se trouver à gauche comme à droite d’ailleurs, identifiant le comportement d’un homme à sa politique. C’est ce qui fait d’ailleurs hurler lesjournalistes politiques – cette curieuse engeance – qui ne supportent pas qu’on trouve un rapport entre un caractère, un comportement, et une politique. Mais le peuple est plus sage qui considère avec Nietzsche dans Le crépuscule des idoles que ce qui importe n’est pas ce qu’un homme dit ou écrit, mais ce qu’il fait.

    - ensuite, le public de ce livre est très féminin, il est probable que beaucoup de femmes y chercheront des comparaisons avec leur vie conjugale plus ou moins difficile, comme si le comportement de Hollande était généralisable au genre masculin en France.

    - enfin, il y a aussi bien sûr cette obsession malsaine de connaître les coulisses du pouvoir et donc d’une certaine manière d’en démystifier la réalité de l’exercice. 

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  • Commentaires

    1
    Alex
    Mardi 9 Septembre 2014 à 12:43
    Trierweiler
    Trés bonne analyse comme d'habitude
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