• Un programme anti-européen de gauche

     Un programme anti-européen de gauche

    Il faut en finir avec cette timidité qui nous empêche, on ne sait trop pourquoi d’affirmer les choses d’une manière carrée et directe. Même Sapir dans un billet récent a encore du mal à dire que c’est bien plus que l’euro qui doit être démantelé, c’est l’Union européenne dans son entier. Une pétition circulait ces derniers jours sur la toile à l’initiative d’un collectif de militants venant du PCF, du PR, mais aussi du PS et du MRC. A contrario de la logique des partis dits de gauche traditionnels (PCF, PS et même PG) ils considèrent que ce n’est plus un tabou que de poser la question non seulement de la sortie de l’euro, mais aussi de la sortie directe de l’Union européenne. Tirant les leçons de la sinistre farce grecque et de la capitulation sans honneur de Tsipras, ils ne réclament pas la mise en œuvre d’une hypothétique « autre Europe » ou d’une « Europe sociale » ou encore d’autres bêtises du genre. Cette initiative tombe à pic. Je rencontre en effet de plus en plus souvent des militants de gauche qui n’en peuvent plus des reculades et des tergiversations.

      Un programme anti-européen de gauche

    Il va de soi qu’une telle pétition ne peut pas avoir d’effet directement sur le cours de la politique. Même si nous sommes des millions à la signer. Mais elle a un autre intérêt : d’abord celui de montrer que des militants de gauche admettent maintenant que la sortie de l’UE est nécessaire et qu’elle ne signifie pas comme on nous le rabâche à longueur d’année un repliement sur soi. En effet, on n’a pas attendu la construction de l’Union européenne et la multiplication de ces traités maudits pour commercer avec nos voisins. La Suisse qui n’est ni dans l’Union européenne, ni dans l’euro commerce avec tous ses voisins et n’est finalement pas plus coupée du monde que nous.

    Les raisons de sortir de l’euro sont maintenant bien connues. Elles se répandent comme une trainée de poudre et de moins en moins de gens sont intimidés par l’idée de revenir à la souveraineté nationale. Il faut le dire clairement, nous avons pris un chemin erroné en construisant l’Union européenne et ses différentes succursales, il est temps de revenir en arrière. La gestion de la crise grecque a ouvert les yeux à beaucoup. On est passé de la nécessité d’une dissolution harmonieuse et consensuelle de l’euro – solution proposée il y a encore quelques mois par Sapir – à l’idée d’une sortie unilatérale de l’Union européenne en utilisant l’article 50 du Traité de Lisbonne. C’est d’ailleurs aujourd’hui la seule parcelle de souveraineté qu’il nous reste. 

    Un programme pour l’après-UE 

    Si on veut avoir du succès il faut que le programme politique soit à la fois simple et cohérent. Il faut donc hiérarchiser les priorités. Le but est bien entendu de satisfaire les besoins élémentaires des populations : l’emploi, l’alimentation, le logement, la santé et l’éducation.

     

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    Comme l’Union européenne vise à en finir avec l’Etat et revenir à l’application la plus stricte des lois du marché, il est logique qu’elle mette en  avant les vertus de la concurrence. Bien évidemment c’est un œuvre de mort que de s’y livrer puisque la concurrence finit toujours par tuer justement les plus faibles. Ainsi les grosses entreprises pour survivre face aux autres grosses entreprises, doivent détruire les plus petites qu’elles, d’une manière ou d’une autre. Cette guerre de tous contre tous qui est déjà pensée comme un état de sous-développement des sociétés humaines par Thomas Hobbes, mène naturellement au chaos. Il faut donc partir du principe inverse et mettre en œuvre la solidarité et le partage.

    Pour cela on peut proposer les solutions suivantes dans un ordre approximatif, ce ne sont peut-être pas des conditions suffisantes, mais elles sont sûrement nécessaires et nécessitent l’intervention de l’Etat, à condition que celui-ci veuille bien revenir à sa mission de protection de la société et abandonner ses idées de soumission à la classe des oligarques. Il va de soi qu’on ne transformera pas la société dans un sens positif sans que ces transformations soient approuvées par le plus grand nombre. C’est bien pour cela qu’il faudra d’une manière ou d’une autre revenir à plus de démocratie, soit en multipliant les référendums et en suivant leurs résultats, soit en modifiant radicalement  l’expression de la démocratie dans les modalités de représentation par exemple :

     

    1. d’abord nationaliser la monnaie qui est un bien commun et qui a ce titre ne peut pas être produite par des banques de second rang. On peut bien entendu laisser à celles-ci la possibilité de distribuer des crédits sur la base d’une collecte d’épargne ou sur la base des fonds propres qu’elles engagent effectivement. C’est le contrôle étatique de la création monétaire qui avait permis aux pays développés d’éviter pendant de longues décennies des crises financières violentes et destructrices. A l’inverse c’est la déréglementation des marchés financiers et la possibilité de créer de la monnaie dans des quantités illimitées qui a conduit à l’endettement généralisé des économies avec les conséquences que l’on sait. Il va de soi qu’il est nécessaire de séparer nettement les banques d’affaires et celle de dépôt. Il n’est pas forcément besoin d’aller jusqu’à une nationalisation totale de tout le secteur bancaire pour le mettre sous tutelle. La banque centrale doit à la fois contrôler l’émission de la monnaie – donc par suite le taux d’intérêt – et les mouvements de capitaux. On pourrait même dire que si on veut que l’économie de la nation change, elle doit commencer par contrôler les mouvements de capitaux pour éviter la spéculation, autrement dit mettre sa volonté de transformation économique et sociale à l’abri de la guerre financière, ce que n’a pas fait Tsipras lorsqu’il est arrivé au pouvoir.

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    2. réglementer l’agriculture en imposant des normes à la fois sanitaires et de protection de l’environnement. L’interdiction des OGM est une nécessité primordiale. Le but étant aussi bien de produire une alimentation saine et autosuffisante, mais aussi de défaire l’agriculture industrielle notamment en luttant contre la concentration de la propriété agricole qui pousse à la production de quantités énormes pour faire baisser les prix et qui pour cela sacrifie la qualité. Le complément de cette idée est de contrôler les importations de produits agricoles et de les limiter au strict nécessaire, soit aux produits que nous ne pouvons pas produire chez nous. On note qu’une telle politique pourrait amener à la création de 2 millions d’emplois. On doit dans le même genre d’idée lutter contre ces fermes industrielles de volailles ou de vaches qui sont non seulement vouées à produire de la mauvaise qualité, mais qui sont aussi une honte dans la façon dont les animaux sont traités. Là encore c’est bien la théorie de l’offre qui est coupable : en cherchant à abaisser en permanence les coûts de production on en arrive à des aberrations, une agriculture qui ne ressemble plus à rien. Les fermes industrielles montrent des animaux emprisonnés, mal nourris et mal traités et renvoient l’image des camps de concentration. Ce sont des animaux malades, stressés, médicamentés qu’on nous propose à manger.

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    3. nationaliser les monopoles de fait. On pense ici à tout ce qui est en réseau, la distribution de l’énergie, de l’eau, mais aussi aux autoroutes à péages dont l’exploitation s’apparente aujourd’hui à un racket : si des entreprises privées font des bénéfices colossaux ceux-ci s’apparentent à un détournement de l’usage des biens publics qu’ils n’ont jamais financés. Cette mesure de simple bon sens qui serait n’en doutons pas approuvé par plus des 2/3 de la population, non seulement permettraient de financer les besoins de l’Etat, mais également de limiter la concentration des profits. Cette idée est ancienne, elle se trouve chez Léon Walras, le père de l’économie mathématique et du modèle de concurrence pure et parfaite, qui expliquait que les nationalisations devaient porter sur tous les biens de production où la concurrence ne peut pas s’exercer. Il allait même plus loin qu’on l’imagine puisqu’il souhaitait que la terre agricole soit aussi nationalisée parce qu’elle était porteuse de rentes. Walras pensait aussi, et on l’a longtemps pensé en France avant 1983,  que l’Etat devait conserver la mainmise sur les secteurs stratégiques de l’économie. Par exemple, même si cela n’était pas rentable directement, il fallait conserver des industries lourdes comme les chantiers navals, la sidérurgie, dans le cadre national quitte à les nationaliser. Les raisons sont les suivantes : d’abord c’est une manière d’assurer son indépendance vis-à-vis de l’offre étrangère et donc de mieux guider l’économie nationale, ensuite cela permet de démultiplier les emplois. En effet dans l’industrie lourde, le multiplicateur d’emplois est souvent compris entre 5 et 10. Ce qui veut dire qu’un emploi créé dans l’industrie lourde peut engendrer la création de 5 à 10 autres emplois. C’est pour cela qu’il n’est pas important de savoir si tel ou tel secteur est subventionné : ce qui est important c’est le bénéfice global que la nation en retire du point de vue du bien-être et de l’emploi. C’est évidemment un refus de la logique de la mondialisation et de la division internationale du travail. 

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    4. lutter contre les inégalités. 

    Les inégalités de revenus apparaissent d’autant plus inacceptables qu’il est évident que celles-ci n’alimentent pas l’investissement et la croissance, mais plutôt les profits et la spéculation. Au fond tout le monde se rend compte que le théorème de Schmidt selon lequel les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain, relève plutôt de l’escroquerie intellectuelle et que l’application avec brutalité de ce slogan a engendré la situation que l’on connait aujourd’hui : une faible croissance, des salaires très bas, des emplois précaires et des surprofits pour les banques et les multinationales. Les arguments visant à resserrer les inégalités sont très nombreux, à commencer par la nécessité de lutter contre la pauvreté, mais aussi en pensant que ce sont les inégalités qui minent et divisent le corps social. Je n’emploierai pas ici l’argument un peu fallacieux de l’OCDE ou du FMI qui avancent que la lutte contre les inégalités est nécessaire à la croissance, parce que la croissance n’est pas le but : le but reste l’amélioration du bien-être.

    La manière de lutter contre les inégalités est assez connue, elle peut passer par deux canaux, le développement de la puissance de négociation de syndicats, et la réforme de l’impôt. On note que la puissance des syndicats est d’autant plus faible que l’économie est dépendante des marchés internationaux et donc que le chômage est élevé. La réforme de l’impôt est assez simple : le principe est que l’impôt progressif sur le revenu corrige les inégalités de revenus tandis que les impôts indirects comme la TVA ou le TIPP sont dégressifs justement en fonction du degré de richesse puisqu’ils portent sur les consommations. En outre l’impôt sur la consommation procède de la logique de la théorie de l’offre qui est une logique de concurrence et de compétition, c’est une logique erronée qu’il n’est pas étonnant de la voir adopté par François Hollande qui disait regretter d’avoir supprimé la TVA « sociale »[1]. Pour des raisons qu’il nous ne voulons pas analyser ici, Hollande a fait le pari des inégalités, pensant que celles-ci en s’aggravant vont ramener la croissance et l’emploi.

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    5. limiter la taille des commerces. Autrement dit mettre au pas les grandes surfaces de la distribution qui non seulement tordent les prix en imposant leurs marges aux producteurs, mais qui en outre ont les moyens de développer des achats massifs sur l’ensemble de la planète et détruisent ainsi les productions locales. Cette limitation a au moins deux vertus : d’une part elle permettrait de créer des emplois, puisqu’un pour un emploi créer dans un hypermarché, c’est 5 ou 6 emplois qui disparaissent dans le commerce de proximité ; et d’autre part elle diminuerait les coûts de franchissement de l’espace, les produits consommés faisant bien moins de chemin, ce qui est bon pour l’environnement. Cet abaissement des frais de distribution est nécessaire, il était déjà justifié au XVIIème siècle par les Physiocrates qui voyaient dans les frais de distribution un détournement de valeur. On remarque que les grandes surfaces concentrent trois défauts rédhibitoires :

    1. elles prennent beaucoup d’espace pour s’installer et nécessitent une multiplication des axes routiers ce qui augmente évidemment la pollution et les encombrements ;

    2. elles développent une fausse concurrence en laissant croire qu’il y a un vrai choix pour les consommateurs entre des marques qui sont le plus souvent des produits similaires se distinguant seulement par l’emballage et la présentation ;

    3. elles sont aussi les championnes du gaspillage alimentaire. Tous les jours ce sont des tonnes de nourritures qui sont détruites. Certes ce sont des produits de qualité inférieure, mais c’est tout de même choquant.

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    J’ajouterais que la diminution de la taille des entreprises de distribution faciliterait le redéploiement des anciennes formes de commerce de proximité comme les marchés par exemple qui n’en finissent pas de s’étioler. 

    6. en matière d’éducation, il faut  revenir à des principes « sains ». Limiter le nombre des filières et mettre l’accent plus sur la culture générale que sur l’apprentissage d’un métier. En effet, quand on forme des étudiants à des métiers il y a de fortes chances qu’à la fin de cette formation ces métiers soient devenus obsolètes : c’est la culture générale – apprendre à apprendre – qui permet au contraire de s’adapter. Il serait bon également de fermer les Ecoles de commerces à commencer par HEC qui ne forme que des imbéciles qui ne rêvent que de s’enrichir – le président Hollande vient hélas d’HCE. La simplicité devant être la norme, il serait bon également que cesse la multiplication des réformes. Dans le même état d’esprit: 1. Il ne faut pas prolonger indéfiniment l’âge de sortie du système éducatif – qu’apprend-on dans les Universités ? 2. Il faut refuser la privatisation rampante du système éducatif. Comme pour ce qui concerne la santé, l’éducation doit échapper au souci de rendement immédiat. Dans l’enseignement primaire on refusera toute intrusion des lobbies d’entreprises qui viennent faire la réclame pour la logique du marché, comme on refusera dans l’enseignement secondaire et supérieur que les hommes politiques, les religieux et le patronat placent des hommes à eux dans les conseils d’administration.  

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    Evidemment on peut détailler un peu plus, et on peut aussi analyser d’autres pistes à creuser. Cette première approche n’a rien d’exhaustif elle est seulement une ouverture à la réflexion sur les changements nécessaires pour changer la vie

     

    Lien 

    https://www.change.org/p/pcf-pg-mrc-ps-nouvelle-donne-ouverture-d-un-grand-d%C3%A9bat-sur-les-questions-europ%C3%A9ennes-et-la-souverainet%C3%A9https://russeurope.hypotheses.org/4291

    https://russeurope.hypotheses.org/4291


    [1] http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/01/hollande-l-admet-il-n-aurait-pas-du-supprimer-la-tva-sarkozy_1373772

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