• Un clown à la tête des Etats-Unis

     Un clown à la tête des Etats-Unis

    Les commentaires sur l’élection de Trump sont souvent peu fondés, oscillant entre espérance et effroi. Pour les uns ce serait la réaction du peuple contre les élites, et donc un modèle pour Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy, pour les autres le Ku Klux Klan aux portes du pouvoir. On a vu Le monde réclamer face à Trump encore plus d’Europe dans un éditorial d’une rare stupidité[1], comme si on devait entrer à plus ou moins longue échéance dans une logique d’affrontement avec les Etats-Unis.  

     

    Les erreurs des éditocrates 

    Après s’être longtemps aveuglé sur l’importance de la percée de Donald Trump, les éditocrates continuent de se noyer en ne voulant pas mesurer correctement les causes et les conséquences de cette élection. On peut essayer de comprendre pourquoi les Américains ont voté pour Trump, sans pour autant tomber dans l’idée que Trump sera un président qui changera la politique des Etats-Unis. Nous savons bien que l’élection de Trump est aussi pour partie le résultat d’un mépris de l’oligarchie face au peuple, et que celui-ci s’est reconnu aussi dans la vision protectionniste de Trump. Après le Brexit, ce vote confirme une méfiance accrue face à la mondialisation et donc un retour de l’idée de nation[2]. C’est à peu près la seule chose certaine. Mais cette élection est la preuve évidente que les Etats-Unis ne sont pas une démocratie, non seulement parce que c’est le candidat qui a le moins de voix qui a été élu à cause d’un système électoral plutôt débile[3], mais aussi parce que à peine un peu plus de la moitié du corps électoral a été voter.

    Un clown à la tête des Etats-Unis

    On peut toujours tourner le problème dans tous les sens, mais c’est le candidat qui a obtenu le plus de suffrages qui a été battu. Ce simple fait doit être le point de départ de toute réflexion sur la signification des élections aux Etats-Unis. On voit jour après jour des commentateurs se dire catastrophés que le peuple ait pu se jeter dans les bras d’un clown, vulgaire autant que richissime. Mais non, l’Amérique ne s’est pas donnée à Trump. Les manifestations anti-Trump qui se multiplient aux quatre coins du pays le confirment : le pays est dangereusement divisé, et le nouveau président ne sera sans doute pas capable de refaire l’harmonie. C’est la jeunesse qui manifeste contre un personnage qui leur fait honte, cette même jeunesse qui a soutenu Sanders lors de la primaire du parti Démocrate. C’est donc déjà un président dévalué et contesté y compris au sein de son propre parti qui s’installera à la Maison Blanche en janvier. Mais ce sera probablement le président le plus faible que les Etats-Unis auront élu depuis les années trente. Trump n’est pas Reagan. Ce dernier était entouré d’une équipe qui pensait le changement et il pouvait s’appuyer sur un Congrès qui lui était acquis et qui le soutenait.  

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    Trump ne gouvernera pas 

    Comme je l’ai indiqué dans un billet précédent, mais cette idée n’a été que peu reprise, Trump ne gouvernera probablement pas. C’est le Congrès qui fera le travail à sa place. Non seulement parce que Trump est plutôt à ranger dans la catégorie des politiciens qui ne connaissent rien à rien – ils sont nombreux dans ce cas – mais parce que le parti Républicain qui le déteste et qui ne voulait pas de lui, ne le laissera pas faire, quitte à s’allier avec les démocrates pour cela. Le plus probable est donc que rien ne changera vraiment, sauf quelques petites réformes cosmétiques histoire de dire que ceux qui ont voté pour les républicains sont récompensés. Le Ku Klux Klan s’est bruyamment réjoui de l’élection de Trump[4]. Mais cette joie va être de courte durée. Même si le nouveau président a affiché des positions racistes – un peu à la manière de Ronald Reagan – il n’aura jamais la possibilité de mettre en œuvre celles-ci à travers des lois. Par exemple on peut prendre les paris que le mur qu’il se proposait de construire et de faire payer par les Mexicains ne verra jamais le jour. Il faut bien comprendre que Trump ne pourra mettre en œuvre que ce que le congrès l’autorisera. Il est tout de même incroyable que les éditocrates de profession ne soulignent pas ce qui découle simplement de la lecture de la constitution. Contrairement à ce qu’il promettait, il ne sera sans doute pas capable non plus de démanteler l’Obamacare[5]. Presqu’aucune des idées de Trump ne se transformera concrètement. 

     

    Un clown à la tête des Etats-Unis

     

    L’homme fort sera sans aucun doute Paul Ryan, l’ennemi le plus farouche de Trump. C’est lui le chef de la chambre des représentants. C’est un libéral, et comme tel il va défendre le libre-échange et l’ouverture des frontières. Je ne sais pas s’il ira jusqu’à défendre TAFTA, je crois qu’il ne le peut pas. Mais en tous les cas il défendra une vision de l’Amérique inverse de celle de Trump : l’interventionnisme à tout va. Les rapports entre les deux hommes promettent d’être animés, d’autant que Ryan se croyait le mieux qualifié pour représenter le parti Républicain aux élections de 2016. En tout il est l’inverse de Trump, que ce soit en ce qui concerne l’isolationnisme, ou même que ce soit la relocalisation de l’industrie sur le territoire américain, ou encore que ce soit le programme de relance étatique via les investissements d’infrastructures.

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    Une élection pour rien ? 

    Dans le délire des commentaires, on a vu aussi des gens pourtant positionner clairement à gauche en France souhaiter l’élection de Trump au motif qu’il serait moins guerrier que Clinton. C’est un raisonnement très spécieux. Dans son programme Trump nous dit qu’il accroîtra encore le budget de l’armement, ce qui fera sans doute plaisir aux lobbies de ce secteur qui arrosent à qui mieux mieux les parlementaires américains, mais qui sous-entend qu’il n’entend pas abandonner l’interventionnisme américain à l’étranger. Il ne faut pas croire que l’oligarchie américaine a été battue, c’est seulement un clan, une partie de celle-ci qui a gagné. On l’a vu avec le FBI qui est intervenu massivement pour soutenir son candidat – il semble qu’à l’inverse la CIA soutenait Clinton. Dès l’élection de Trump actée, les marchés boursiers ont progressé très fortement saluant l’élection d’un milliardaire.

    Il est bien évident que certains lobbies vont essayer de profiter de l’aubaine pour faire avancer leurs idées. Les climato-sceptiques, appuyés par les lobbies pétroliers notamment vont tenter de revenir sur la signature de la COP21. Mais les chances de succès de ce mouvement paraissent assez faibles tout de même.

     

    Si rien de fondamental ne devrait donc changer dans la politique américaine, cette élection aura donné un coup de projecteur non seulement sur les fractures de la société américaine – on les connaissait – mais surtout sur le fonctionnement d’un système électoral qui d’une manière ou d’une autre produit un consensus assez mou autour des thèmes favoris des oligarques.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/10/face-au-defi-trump-europe-first_5028852_3232.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/international/victoire-de-trump-un-echec-de-la-mondialisation-financiarisee-614948.html

    [3] La constitution des USA est faite essentiellement pour éviter tout changement qui irait dans le sens de plus d’égalité. C’est pour cela qu’elle est la constitution la plus ancienne encore en fonction dans les pays dits modernes.

    [4] http://www.francesoir.fr/politique-monde/victoire-de-trump-le-ku-klux-klan-se-rejouit-et-va-defiler-pour-feter-son-election. On disait aussi que le père de Donald Trump avait été proche du KKK, http://www.courrierinternational.com/dessin/etats-unis-donald-trump-le-ku-klux-klan-connais-pas

    [5] http://www.latribune.fr/economie/international/trump-veut-supprimer-l-obamacare-mais-peut-il-le-faire-615254.html

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  • Commentaires

    1
    Samedi 12 Novembre 2016 à 08:22

    Paradoxalement, ce sont souvent des présidents républicains va-t-en-guerre qui règlent les problèmes pour les européens, enfin pas tout le temps. J'espère que Donald ira botter le cul à Daech !

    2
    Samedi 12 Novembre 2016 à 10:36

    Tout-à-fait d'accord avec tes conclusions. D'autant plus que président aux U.S.A est contrôlé par le congrès. Ses pouvoirs sont plus limités que chez nous, où hélas, ils sont pratiquement illimités. Vive de Gaulle !!!

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