• Ukraine

     

    L’Ukraine préoccupe l’opinion à juste titre, petit pays déchiré, on ne sait pas de quoi son avenir sera fait. Les grands médias ont réveillés sans grande imagination le spectre de la Guerre froide, assimilant sans trop de précaution Poutine à ses prédécesseurs du Kremlin du temps du communisme. Mais évidemment la Russie d’aujourd’hui n’est pas communiste, elle serait même plus proche que nos pays occidentaux d’un capitalisme sauvage tel que le souhaitaient les chantres de la révolution libérale comme Friedman ou Hayeck.

    La situation en Ukraine révèle également le manque de cohésion pour ne pas dire plus de l’Union européenne. Si les instances de cette curieuse boutique ont soutenu les « révoltés » de Maidan, elle ne semble plus quoi faire face au risque d’éclatement. Comme les Etats-Unis qui eux aussi ont jeté de l’huile sur le feu, l’Europe agit sans plan d’ensemble, sans vision à long terme. Mais comment en serait-il autrement ?

     

    L’origine du chaos

     

    L’Ukraine est un pays très pauvre, profondément divisé du point de vue économique comme du point de vue linguistique. Pour aller vite, disons que l’Est et le Sud sont russophones et ont l’habitude de travailler avec la Russie. L’Ouest dans sa pointe extrême retient le principal des vrais Ukrainiens, c’est-à-dire ceux qui parlent cette langue. Plus on va vers l’Est plus le pays est pauvre, et ce n’est pas un hasard si c’est d’ici que sont partis les mouvements pro-européens. Là on espère recevoir le prix de cette allégeance et bénéficier de la prospérité de l’Europe. A la base il y a la stagnation économique de l’Ukraine et l’explosion des inégalités dans ce pays.

    Evidemment le président Ianoukovitch était un très mauvais président, corrompu et incapable de diriger le pays vers la voie de la prospérité. Et c’est probablement cela qui a incité les Ukrainiens à la révolte encore plus que la volonté de rejoindre le bateau ivre de l’Union européenne. A partir de ce moment-là, ce mouvement de contestation a été débordé par les mouvements pro-nazis – plus que nationalistes puisque ces mouvements sont les descendants des collaborateurs de l’Allemagne lorsque celle-ci organisa la destruction et le pillage systématique de l’Ukraine. Le pouvoir a alors géré l’insoumission d’une manière désordonnée, alliant la répression féroce à l’irrésolution, pour finir par s’évaporer.

     

    Les partis nazis, souvent soutenus par l’UE et par les Etats-Unis, ont commencé à montrer leur véritable visage. D’abord en déployant toute ;la panoplie du parfait petit nazi, croix gammées, poursuite des Juifs qui sont encore nombreux en Ukraine. Puis en présentant Pourine comme l’instrument de la juiverie internationale et l’affublant d’une étoile de David.et encore en formulant l’idée d’obliger tous les Ukrainiens à adopter l’ukrainien pour bannir la langue russe.

    Cette évolution inquiète un peu partout. Israël en a profité pour demander aux Juifs ukrainiens de rejoindre la mère patrie. Mais les populations russophones se sont soulevées : on a vu de très nombreuses mairies hisser le drapeau russe comme un appel à une protection de la part de Poutine. Les grands médias comme Le Monde font semblant de croire que ce mouvement est téléguidé par Poutine. C’est une erreur car évidemment le spopulations russophones ne veulent pas se détacher de la Russie et craignent l’évolution des événements. Egalement on a présenté Poutine comme un envahisseur, mais c’est ne pas tenir compte de la diversité de la population ukrainienne que de tenir de pareils propos.

    Depuis quelques jours des informations circulent sur le fait que la révolte de Maidan a été manipulée pour en faire un coup d’Etat, par exemple en multipliant les provocation : des tireurs d’élite s’en prenant simultanément aux forces de l’ordre et aux manifestants pour faire monter la tension. Mais ceux qui ont ajouter cette tension quels buts poursuivent-ils ? Forcer les Américains et les Européens à prendre fait et cause pour les révoltés ? Aboutir à la partition rapide de l’Ukraine ?

     

    Vers la partition de l’Ukraine

     

    L’Ukraine semble aujourd’hui au bord de l’éclatement. Cela nous rappelle la guerre en Yougoslavie. Cette guerre qui dura dix – de 1991 à 2001 – se passait aux portes de l’Union européenne. Et les diplomates européens ont cherché pendant dix à préserver l’unité de la Yougoslavie – je me souviens encore d’Hubert Védrine, le ministre des affaires étrangères de Mitterrand répétant jour après jour qu’il n’y avait pas de solution militaire, ni de solution dans la partition – jusqu’à ce que les Etats-Unis interviennent et admettent la partition entre des nations aux frontières délimitées par les positions militaires des uns et des autres. 

     

    Le sort de la Crimée semble aujourd’hui scellé. Il devrait y avoir un référendum à la mi-mars pour lui assurer une autonomie entière par rapport à tout ce qui peut se passer ailleurs dans le pays. Reste l’ensemble du pays. Qui a intérêt à la partition ? Jacques Sapir dont par ailleurs je partage très souvent les analyses pense qu’il faut préserver l’unité de l’Ukraine. Oui, mais au nom de quoi ? On voit bien, que selon les cartes mêmes que Sapir utilise que l’Ukraine est profondément divisée. Or une nation c’est aussi bien une langue qu’une culture commune qu’un avenir commun.

    A l’évidence l’Ouest du pays n’a pas intérêt à la partition parce que ce pays nouveau hériterait de la pauvreté de l’Ukraine et serait privé de la possibilité de travailler avec les Russes, l’ultra-droite apparaîtrait très rapidement pour ce qu’elle est. L’Union européenne n’a pas non plus intérêt à cette partition, elle n’a pas les moyens financiers de soutenir l’Ukraine.

    Les Américains et le gouvernement français auquel l’ineffable Alain Juppé emboîte le pas, veulent d’une confrontation avec la Russie de Poutine présenté comme le fauteur de troubles, mais une confrontation purement économique. On voit bien que ni les USA ni les pays européens qui ont une armée comme la France et le Royaume Uni ne sont prêts à une aventure militaire. A l’évidence l’OTAN aimerait bien poursuivre l’encerclement et l’isolation de la Russie en construisant des bases militaires qui restreignent sa puissance militaire. Tout semble montrer que le soutien des Américains et de l’Union européenne aux révoltés ukrainiens s’est fait dans une improvisation totale – preuve supplémentaire de la décomposition du personnel politique en Occident.

    Les sanctions économiques proposées par les Occidentaux – même Jean-Marc Ayrault a haussé le ton fasse à Poutine,  ce qui fait bien rigoler – ont-elles quelque chance de succès ? C’est-à-dire sont-elles suscpetibles de faire plier Poutine ? Non seulement ça ne semble pas le cas, mais les sanctions économiques contre la Russie se retourneraient contre les pays occidentaux. Ces sanctions seraient un refus d’acheter du gaz russe. Mais le problème est :

    1. que ce gaz manquerait rapidement aux Occidentaux

    2. qu’en retour les Russes refuseraient de rembourser les crédits contractés ce qui plongerait tout de suite l’Occident dans une tourmente financière dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’en a pas besoin.

    Il est envisagé de geler les capitaux russes placés à l’étranger, mais aussi de refuser des visas aux citoyens russes. Si la seconde mesure n’a guère de sens, la première mettrait du temps à se mettre en place.

    Le dernier point mais qui est important, c’est le coût de la recontruction de l’Ukraine. L’Union européenne se propose d’aider ce pays à hauteur de 11 milliards d’euros, crédit étalé jusqu’en 2020. Or, financièrement au bord du gouffre, les calculs indiquent qu’il en faudrait au bas mot trois fois plus pour le renflouer. Mais comment agir dans un pays aux frontières incertaines ?

     

    Issues

     

    Pour l’instant un conflit militaire semble exclu avec la Russie. Mais rien ne dit que cela ne changera pas si une partie extrêmiste des nouveaux partis au gouvernement en Ukraine cherche le rapport de force à l’intérieur du pays. Les Européens semblent viser une voir diplomatique, des négociations. Mais sur quoi porteraient-elles ? Quelles concessions faire aux populations russophones pour les rassurer ? Sur qui s’appuyer dans la nouvelle Ukraine où le pouvoir paraît plutôt instable ?

    En France les ractions ont été sans surprise, d’un côté le bloc libéral UMPS qui dénonce Poutine comme le faiseur de guerre, et de l’autre Mélenchon et Marine Le Pen prenant une position plus claire en mettant en avant les intérêts géostratégique de la Russie.

    Evidemment ce n’est pas parce qu’on se méfie de Poutine qu’il faut se ranger directement du côté du bloc ultranationaliste ukrainien. Il est probablement encore trop tôt pour se faire une idée précise de l’évolution de la situation, mais à moins d’un conflit militaire de grande ampleur que les Occidentaux ne semblent pas vouloir entamer, on ne voit pas très bien ce qui permettrait à la Russie de sortir vainqueur de cette crise majeure.

     

    Conclusion

     

    L’Union européenne évidemment va avoir du mal à faire la preuve de son unité. Mais au-delà deux questions se posent :

    - Comment faire pour éviter un long conflit du type de celui qui a sévi pendant dix ans en Yougoslavie ?

    - L’Union européenne qui a l’ambition de devenir une puissance politique ne doit elle pas tirer les leçons de ce rassemblement de populations culturellement, socialement et économiquement hétéroclites qui finti toujours par se défaire ?

     

    Liens

    http://russeurope.hypotheses.org/2039 

    http://russeurope.hypotheses.org/2045

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/03/05/bruxelles-promet-11-milliards-d-euros-pour-l-ukraine_4378274_3214.html

    http://www.globalresearch.ca/the-big-lie-of-the-maidan-revolution-the-organizers-of-the-coup-detat-hired-the-snipers/5372048

    « Le brutal retournement du FMIL'Ukraine (2) »
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 6 Mars 2014 à 17:01
    Les partis nazis soutenues par l'UE et les américains.
    Toujours aussi neutre et objectif, mon René ! Tout ça me rappelle l'affaire géorgienne, lorsque la propagande pro-Poutine nous disait que la Géorgie et ses 4 millions d'habitants, avec beaucoup de ne néo-nazis, menaçaient l'intégrité de la Russie, un peu comme si un pays tiers voulait renverser la France via le Luxembourg ...L'affaire de Crimée ? Ca me rappelle l'affaire des Sudètes ...et j'espère que nous accélèrerons notre transition énergétique pour ne plus dépendre de mini-dictateur à la Poutine.
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