• Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

     

    Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    Les élections anticipées en Grèce apparaissent comme la précipitation de Tsipras pour sauver son poste. En effet, l’Eurogroupe et lui savent que plus le temps passe et plus il sera difficile de mettre le nouveau plan d’austérité en route, l’opposition pouvant très bien finir par se structurer et monter qu’une voie différente est possible. 

    La vente de la Grèce à la découpe 

    Plus le temps passe et plus les critiques envers Tsipras se font dures sur ce qu’il faut bien appeler une trahison. Le premier ministre grec a accepté et au-delà ce que les partis mémorandaires qui l’ont précédé au pouvoir n’avaient pas osé accepter. En échange d’un nouveau prêt  à la Grèce de 85 milliards d’euros, la Grèce s’engage a opéré des réformes sites structurelles et qui sont une mise en conformité du pays avec la logique néo-libérale dénoncée pendant des mois et des mois par Tsipras lui-même. Ces réformes sont en gros de trois ordres : baisse des retraites, hausse de la TVA et privatisations pour un volume de 50 milliards d’euros. Les deux premières réformes plombent évidemment la demande et vont entraîner un peu plus le pays dans la misère et la récession, comme l’ont fait les deux mémorandums précédents. La troisième permet à la cellule de privatisations, cellule dirigée par l’affairiste Wolfgang Schaüble lui-même, de faire profiter les amis de prix de braderie.

    En effet, Tsipras en violant la signification du résultat du référendum du 5 juillet, a carrément livré son pays au pillage organisé par l’Allemagne. A commencer par Lufthansa qui va sans doute acquérir pour une bouchée de pain, aux conditions de vente imposées par l’Eurogroupe, bras armé des Thénardier de l’Europe. L’Allemagne engrange d’énormes excédents grâce à l’euro, et ceux-ci se retrouvent recyclés pour partie dans les privatisations de la Grèce.

    Pourquoi Tsipras après avoir pendant des mois et des mois raillés les traîtrises des partis mémorandaires, le PASOK et ND, s’est-il allié à eux ? C’est un mystère. Mais on peut avancer des hypothèses sur ce retournement : soit c’est un imbécile et il croie vraiment à l’impossibilité de sortir de l’euro, soit il est complètement corrompu. C’est cette deuxième idée qui commence à courir à Athènes où on présente Tsipras comme le plan B de l’Eurogroupe. Tout le monde a remarqué que Tsipras après sa reddition inattendue avait profondément changé physiquement, représentant le malaise de son corps face à la trahison.  Du reste si Tsipras avait refusé les conditions de l’Eurogroupe, il aurait été obligé d’engager la Grèce sur la voie du défaut vis-à-vis de la BCE, plongeant celle-ci dans l’embarras. On peut même dire que ce défaut aurait signé le début de la fin de l’euro et de la dictature de l’Eurogroupe sur l’économie européenne.

    On sait déjà que le nouveau plan – le troisième – ne sera pas plus efficace que les deux précédents pour sortir la Grèce de son marasme. Alors pourquoi persister dans l’erreur ? Sauf parce que les banquiers craignent justement une faillite de la Grèce : l’argent avancé par les créanciers, les Grecs n’en verront pas la couleur, il servira juste à renflouer les institutions financières européennes en faillite. 

    La gauche grecque face à Tsipras 

    Syriza a fini sa mutation et devient un parti social-démocrate comme un autre, comme un vulgaire SPD ou un PS. Le PASOK va sans doute pouvoir se refaire une santé sur le thème : « nous vous l’avions bien dit, il n’y a pas d’autre solution que de plier aux exigences allemandes ». Le KKE, le parti communiste grec, avait déjà de longue date appelé à se méfier de Tsipras. Au moins sur ce point l’histoire leur a donné raison. Le parti qui va tenir un congrès en septembre 2015 va se casser obligatoirement en deux : ceux qui restent sur la position du référendum de juillet, la plateforme de gauche, et qui représentent un tiers environ des députés de Syriza vont sans doute créer un nouveau parti. On estime que les deux tiers des députés de Syriza sont seulement des godillots qui vont suivre leur chef, jusqu’en enfer s’il le faut pour continuer à conserver leur poste et les avantages qui leur sont liés. Les personnalités qui vont se séparer de Tsipras sont assez nombreuses et ont commencé à franchir le pas d’une sortie de l’euro. Il y a d’abord la charismatique Zoe Kostantopoulo. Elle a été la première et la plus virulente critique des errements de Tsipras face à l’Eurogroupe. Elle a pris position dès le 20 juillet devant le parlement en appelant à la Résistance de la Grèce face aux diktats européens. Elle a critiqué aussi Tsipras sur deux autres points fondamentaux : d’une part l’abandon de l’audit de la dette grecque qui devait définir si oui ou non elle était légitime, donc la remettre au moins en partie en question, et d’autre part l’abandon de l’idée de demander le remboursement de ce que doivent les Allemands à la Grèce suite à l’emprunt forcé de 1943. Ce qui sous-entend que Tsipras a été bien au-delà des desiderata de l’Eurogroupe, offrant à l’Allemagne une victoire symbolique inespérée au-delà de l’acceptation de la logique austéritaire.

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe 

    C’est elle qui a présenté les premiers résultats de l’audit sur la légitimité de la dette grecque. Cette question est capitale et on ne comprend pas que Tsipras ne se batte pas au moins là-dessus. En effet la BCE qui est en train de devenir le premier créancier de la Grèce, a racheté entre 2010 et 2012 sur les marchés tout ce qui traînait de la dette grecque. Elle a opéré sur la base des prix du marché, mais elle se comporte aujourd’hui comme un fond vautour et réclame à la Grèce la valeur nominale de cette dette !

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    L’autre opposant très déterminé à Tsipras au sein de la Vouli est Panagiotis Lafazanis. L’ancien ministre démissionnaire de l’énergie est celui qui incarne le mieux le slogan « la liberté ou l’euro ». En effet, les interminables négociations de Tsipras et Varoufakis ont au moins servi à une chose, à montrer qu’il n’y a rien à négocier avec l’Eurogroupe, et donc que malgré les concessions grecques, il vaut mieux finalement en sortir plutôt que d’y rester. De ce point de vue il est plus radical que Zoe Kostantopoulo. Il critique également Tsipras sur le non-respect de la démocratie. En effet, on regarde souvent les manquements aux principes les plus élémentaires de la démocratie du côté de l’Europe, comment les eurocrates se sont assis sur les résultats des référendums, ou comment ils ont usé du relais de la BCE pour étrangler la Grèce. Mais on remarque moins facilement que Tsipras, comme un vulgaire Hollande, a trahi ses électeurs, non seulement ceux qui ont voté pour Syriza en janvier, mais ceux qui à 61% ont dit non aux propositions de l’Eurogroupe. Certes on comprend bien que ce n’était pas facile pour Tsipras de s’appuyer sur cette large majorité pour œuvrer dans le sens d’une sortie de l’Union européenne, mais on ne voit pas comment il peut justifier de rester dans l’euro aux conditions aberrantes qui lui sont faites.

    Reste Varoufakis, le populaire ministre de l’économie qui, s’il n’a pas ménagé les critiques finalement assez pointues adressées à Tsipras – c’est bien lui qui a dit que Tsipras n’avait jamais envisagé sérieusement une sortie de l’euro – ne l’en ménage pas moins, le présentant lui aussi comme une victime de la rapacité des créanciers. Il est probable qu’il restera du côté de la majorité de Syriza qui soutiendra Tsipras, ses convictions sont plutôt à géométrie variable en ce qui concerne l’Europe. 

     

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    Parmi les ennemis de Tsipras à gauche, on trouve encore Costas Lapavitsas dont on attend la publication imminente de son ouvrage co-écrit avec Heiner Flassek sur l’austérité dans la zone euro. Il est à la fois professeur d’économie à la London School of Economics et député de Syriza. Durant toute la comédie des négociations avec l’Eurogroupe il n’a pas ménagé ses critiques envers Tsipras et Varoufakis. Il a défendu une ligne assez claire, celle de la sortie unilatérale de l’euro. Ce qu’il a reproché à Tsipras c’est le manque de clarté dans ses objectifs. Quel était le but de Tsipras, sauver cette abstraction qu’on appelle l’euro ou sauver la Grèce ? 

    Comme on le voit si l’avenir de Syriza est scelle à moyen terme, les combinaisons politiciennes vont sans doute retarder le moment où émergera nécessairement un mouvement de fond qui balayera la logique mémorandaire. 

    La gauche française au milieu du gué 

     

     Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

    Comme je l’ai rappelé dans un billet antérieur, Tsipras dans la dernière ligne droite des négociations était conseillé par Hollande et son équipe d’économistes de l’Elysée. Ça veut tout dire ! Mais trop occupé à faire de Tsipras une malheureuse victime de l’ordre financier allemand, certains à gauche ont fait semblant de ne pas le voir. On ne comprend pas pourquoi Tsipras est épargné alors qu’on accable l’Allemagne. En vérité celle-ci ne pourrait jamais piller la Grèce sans l’assentiment de Tsipras. C’est bien de ça qu’il faut rendre compte. L’Allemagne fait ce qu’on lui permet de faire. Sa politique et son succès est la somme des lâchetés de gauche et de droite qui permettent cette infamie.

    C’est particulièrement le cas du PCF. Celui-ci fait semblant de ne pas se rendre compte que maintenant l’Eurogroupe, la Troïka si on veut, soutient fermement Tsipras, faisant apparaître celui-ci comme le plan B de l’Eurogroupe. Autrement dit, on a une vision schizophrène de la crise grecque : d’un côté l’Eurogroupe est mauvais et veut pousser la Grèce à sortir de l’euro pour la ruiner, et de l’autre on a le bon Tsipras qui, pour éviter le Grexit fait tout ce qu’il peut. Cette vision des choses est erronée pour le moins, et mensongère. Erronée parce que ce que ne dit pas le PCF c’est que la sortie de la Grèce de l’euro aurait deux conséquences défavorables pour l’Allemagne. Le première est que ses banques essuieraient des lourdes pertes parce qu’un Grexit conduirait à un défaut qui priverait pour longtemps la BCE de marges de manœuvres. La seconde est qu’à moyen terme un Grexit amènerait inévitablement à la désagrégation de la zone euro. Or c’est bien de l’euro que vit l’Allemagne, c’est parce que l’euro existe, interdisant tout réajustement des taux de change à l’intérieur de la zone que ce pays peut engranger des forts excédents qui lui servent ensuite à acheter à bas prix des pans entiers de l’économie grecque.

    Tsipras, le plan B de l’Eurogroupe

     

    Syriza ouvre la voie… à un troisième plan d’austérité 

    La démonstration est maintenant faite qu’il n’y a pas d’alternative à une politique d’austérité dans le cadre de l’euro et donc de l’Union européenne, prétendre le contraire est un mensonge qui renforce le camp de la droite et les politiques libérales. Si on anticipe facilement que le PCF ne changera pas de position sur la crise grecque, il n’en est pas de même pour le Parti de gauche. De nombreux militants de ce parti commencent à comprendre que la gauche n’a aucun avenir dans l’Europe et que celle-ci est une machine à broyer dans le sens des intérêts de la finance et des multinationales.

    La première étape à gauche est au moins de reconnaître que Tsipras par son européisme obtus a joué un méchant tour à la Grèce et à la gauche en général. Arrêtons de lui trouver des excuses ! Il n’en a pas plus que Pétain à Montoire qui refusa de continuer le combat au prétexte que la France avait perdu une bataille. On sait comment cela a tourné. Déjà l’Eurogroupe prétend imposer un plus son autorité sur la Grèce. Ils promettent bien d’alléger la dette – de combien, on n’en sait rien – à condition que le gouvernement de Tsipras soit bien docile et fasse exactement ce qu’on lui demande. Le simple fait que les partis mémorandaires maintenant soutiennent Tsipras est en soi la preuve que celui-ci a trahi ses engagements. Essayer de voir les choses autrement reviendrait à tordre la réalité.

    Si la gauche veut avancer et être de nouveaux crédible, elle doit abandonner la logique européiste, revenir à ses fondamentaux. Car contrairement à ce que racontent les médias et beaucoup d’hommes politiques, il y a une majorité en formation de partout en Europe pour mettre en place des politiques alternatives à l’austérité, pour mettre au pas la finance, pour resserrer les inégalités, pour remettre en question les orientations productivistes des multinationales. Mais cela passe par une sortie organisée ou non, unilatérale ou négociée, des institutions européennes. 

    Liens

    http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0457.html#deb

    http://cadtm.org/Discours-de-Zoe-Konstantopoulou-en

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-la-bce-s-est-elle-comportee-comme-un-fond-vautour-498418.html

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