• Trump président des Etats-Unis, les raisons d’une défaite

    Trump président des Etats-Unis, les raisons d’une défaite 

    Victoire d’un homme ridicule 

    Trump président est une des extravagances que les Etats-Unis aiment se payer de temps en temps en envoyant à la Maison Blanche un personnage vulgaire et outrancier, raciste et corrompu. Dans le temps on s’était réveillé avec l’élection de Richard Nixon, la suite révéla que cet individu était à moitié fou et voleur. Il fut finalement sorti du jeu à cause du Watergate que le FBI, déjà avait couvert un petit moment. Puis vint le tour de Ronald Reagan, un semi-illettré, ancien syndicaliste à Hollywood, coaché par Ayn Rand, gourou ultra-libéral. Sa gestion économique fut catastrophique et fut le prélude à la mondialisation débridée du monde qui engendra crise sur crise. Si Nixon n’avait pas trop touché au compromis social entre les classes, compromis qui assurait une sorte de stabilité dans les inégalités, Reagan au contraire le détruisit, faisant de la pauvreté une nouvelle norme sociale pour son pays. C’est ce qu’on voit dans le graphique suivant qui prend comme mesure des inégalités la valeur de l’indice de Gini. L’Amérique s’est ensuite un peu mieux tenue – je veux dire avec plus d’efficacité et moins de vulgarité – avec la présidence de Bill Clinton. Si la présidence de  George Bush a sombré aussi dans le ridicule, avec la gestion des conséquences des attentats du 9/11 et la guerre ruineuse en Irak, elle s’est achevée spectaculairement par une crise économique de grande ampleur et par l’élection d’Obama, un homme du couleur. Et voilà qu’aujourd’hui Donald Trump, milliardaire vulgaire et sans envergure, prétend devenir président de ce grand pays. Peut-on expliquer la défaite d’Hillary Clinton d’une manière rationnelle ?  

     Trump président des Etats-Unis, les raisons d’une défaite

    La défaite du parti démocrate 

    La défaite d’Hillary Clinton c’est d’abord celle d’Obama. Certes le FBI, comme à son habitude, a donné quelques poussées à Trump pour que celui-ci soit élu, intervenant d’une manière inconvenante dans la campagne électorale. Mais les Etats-Unis ont l’habitude des tricheries des Républicains – la première élection de Bush a été le résultat d’un trucage électoral de première grandeur en Floride. En effet Obama n’a jamais saisi l’opportunité de changer sérieuse le système économique et politique en 2008. Il en avait les moyens à cette époque, Wall Street était à genoux. Il a laissé se reconstituer le pouvoir de la finance sur le pays. En outre la politique étrangère des Etats-Unis lors des deux mandats d’Obama a manqué de lisibilité.

    Le parti démocrate s’est enfoncé dans le déni, abandonnant le peuple à ses démons. Hillary Clinton est rapidement apparue comme la candidate de Wall Street, c’est ce qui a expliqué qu’elle ne s’est pas facilement opposée contre l’autre candidat de la primaire démocrate Bernie Sanders.  Nous avons plusieurs fois souligné ici le hiatus entre le peuple et le parti démocrate, ce n’est pas un phénomène récent[1]. Et en réalité, le parti démocrate revient au pouvoir qu’en contrepoint des turpitudes des républicains. C’est cette fausse alternance qui est ruineuse pour le pays.  

     Trump président des Etats-Unis, les raisons d’une défaite

    Hillary Clinton est apparue assez rapidement comme la candidate de Wall Street, institution honnie de l’Amérique. Et le fait que les instances du parti républicain ne soutiennent pas vraiment Trump a permis à celui-ci de renforcer son image – fausse bien entendu – de candidat anti-système. Sa vulgarité même et ses blagues douteuses l’ont servi. Se présentant comme une sorte d’homme des bois sorti de l’Amérique profonde, il a cultivé jour après jours sa grossièreté, peaufinant son statut décalé par rapport à la bienséance. Evidemment tout cela est faux : d’abord parce que Trump ne fera que ce que le Congrès, la CIA et le FBI, l’autoriseront de faire, ensuite parce qu’il n’est pas issu du peuple, c’est le fils d’un millionnaire qui n’a fait que faire fructifier son patrimoine en spéculant sur la hausse de l’immobilier.

    Le positionnement d’Hillary Clinton du côté de l’establishment a fait que les minorités noire et hispanique ne se sont pas beaucoup mobilisées pour la sauver face à un candidat pourtant ouvertement raciste. Obama avait l’avantage d’être ni une femme, ni un blanc. Il est trop tôt pour analyser dans le détail le vote américain, mais il est à peu près certain qu’une partie de celui-ci a été motivé par le vote d’une sorte d’alternance : après l’élection d’un noir démocrate, votons pour un blanc, blond, peu éduqué et milliardaire.  

     

    Trump président des Etats-Unis, les raisons d’une défaite

    Un vote contre la mondialisation 

    En vérité ce qui est condamné par les Américains à travers le vote Trump c’est d’abord la mondialisation. Les Américains, et la classe ouvrière américaine, considèrent généralement que la mondialisation est mauvaise pour l’emploi et pour les salaires, et que cette ouverture nuit à l’industrie américaine et par conséquence aux ouvriers. Les syndicats sont généralement hostiles au libre-échange, et ils ont été en pointe dans la lutte non seulement contre TAFTA, mais antérieurement contre NAFTA[2]. On l’oublie trop souvent, l’opinion publique américaine est hostile au libre-échange, en ce sens elle est en divorce avec ses « élites ». C’est pourquoi lorsque Trump prétend construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis, même s’il ne le fera pas, cela va au-delà du racisme ordinaire envers les Mexicains. C’est un symbole fort du refus de la mondialisation. 

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    C’est aussi parce que les Américains sont hostiles à l’interventionnisme très coûteux de leur pays un peu partout dans le monde[3] qu’ils ont voté pour Trump. En effet celui-ci a présenté une politique étrangère en rupture aussi bien avec le parti républicain – traditionnellement va-t’en-guerre – qu’avec le parti démocrate. Non seulement il conteste les aventures militaires américaines au Moyen-Orient, mais aussi l’idée du retour d’une guerre froide avec la Russie, au point que Poutine et ses services d’information faisaient de Trump leur candidat[4]. Beaucoup considèrent à gauche, en France, notamment lorsqu’ils sont proches du Parti communiste, que Trump est moins dangereux pour la paix mondiale qu’Hillary Clinton. 

    Des leçons à tirer 

    L’élection de Trump, quelles que soient les combines d’arrière-cuisine du FBI qui font du nouveau président leur obligé, est une grande leçon pour la social-démocratie à l’échelle planétaire. Sa rupture est consommée avec les classes pauvres et moyennes. En ayant défendu plus que nécessaire le programme d’un cosmopolitisme économique et politique à travers les traités de libre-échange, elle a creusé sa tombe. On voit également que la façon dont le Brexit est défendu aujourd’hui par le parti conservateur britannique va dans le sens d’une fermeture de l’espace politique et économique. C’est seulement dans le retour de la nation qu’une évolution sociale est possible. En effet, en s’alignant sur les principes libéraux de la droite affairiste, la social-démocratie a perdu forcément le goût de faire de la politique. L’effacement progressif de la social-démocratie et le retour de la nation ne sont pas forcément de mauvaises nouvelles. Il serait en effet erroné de croire que la fin programmée de la mondialisation sera un retour sur le devant de la scène des idées de droite. C’est même assurément l’inverse. Mais les idées de droite ne sont pas toujours incarnées par des partis de droite, c’est le cas lorsque la social-démocratie croit se mettre à la page en adoptant les réflexes économiques de la droite affairiste, c’est-à-dire la théorie de l’offre.

     



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/thomas-frank-pourquoi-les-pauvres-votent-a-droite-agone-2008-a117198084

    [2] NAFTA North American Free Trade Agreement, accord de libre-échange signé par Bill Clinton avec le Mexique et le Canada, et qui promettait la création de plusieurs millions d’emplois. Les syndicats commanditèrent des études qui montreront que le NAFTA avait participé à la destruction de 600 000 emplois justement sous les effets d’un renforcement de le concurrence.

    [3] Les Américains sont très sensibles au coût de la guerre en Irak, guerre dont les résultats sont très contestés sur le plan politique http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130314trib000754033/6.000-milliards-de-dollars-le-cout-total-de-la-guerre-en-irak.html

    [4] Les Russes annonçaient depuis longtemps la victoire de Trump aux élections présidentielles. http://www.france24.com/fr/20160727-trump-russie-lien-election-presidentielle-etats-unis-commerce-russie-poutine-amitie

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