• Trump : commentaires d’après élection

    Trump  : commentaires d’après élection 

    Comme il est naturel, les commentaires vont bon train après la défaite de Clinton, que ce soit pour se lamenter ou au contraire pour se féliciter de l’élection d’une sorte de clown à la tête du plus riche et plus puissant pays du monde. En vérité cette élection est le résultat d’une campagne des plus crasseuses qui semble mettre en évidence le déclin social et politique de l’Amérique. Certes Hillary Clinton avait beaucoup de handicaps, notamment le fait d’être une femme, et d’appartenir ouvertement à l’oligarchie – alors que Trump n’en est membre que par la bande. On savait depuis la percée de Sanders et la montée de Trump qu’une certaine révolte contre les élites allait être déterminante dans l’élection. Que l’on fasse semblant de croire que Trump représente le peuple et plus particulièrement les pauvres est une vision complètement erronée. Trump qui a toujours menti – notamment sur ses origines, prétendant que ses ascendants étaient d’origine suédoise, alors qu’il est d’origine allemande – a eu un parcours sinueux, commençant du côté démocrate pour aller vers les Républicains. Certes il a un peu violé ces derniers par ses manières grossières savamment cultivées. Mais après tout Ronald Reagan qui est son modèle avait aussi cette réputation de plouc.

     

    Le rôle du FBI est rarement commenté

     

    Trump  : commentaires d’après élection 

    Il faut mettre en garde ici des commentaires aussi rapides qu’excessifs. Certains ont commencé par dénoncer les sondages qui auraient été faux, et donc avancé que le peuple finalement retrouvait son autonomie en votant dans l’indépendance des médias. En vérité les sondages en faveur de Clinton se sont effondrés avec le sale coup porté par James Comey, directeur du FBI, qui est intervenu pour soutenir un candidat en perdition[1]. Certes il s’est rétracté ensuite, mais le mal était fait. Autrement dit, si ce ne sont pas les médias qui ont fait l’élection, c’est une autre partie encore plus obscure de l’oligarchie, le FBI. Une boutique habituée depuis Hoover à fomenter des coups tordus dans tous les sens depuis ses origines. Le coup fut particulièrement bien monté : James Comey, le grand vainqueur de l’élection présidentielle, annonce le 28 octobre que l’enquête sur les mails de Clinton est relancée. Pourquoi cette date ? Essentiellement parce que Clinton n’a plus la possibilité de monter une contre-attaque. Pour se donner le beau rôle, Comey va cependant dire que rien ne prouve que ces nouveaux mails – plusieurs dizaines de milliers qui n’ont même pas été analysés – ne sont pas des anciens mails, ou qu’ils prouveraient quoi que ce soit. Que ce soit en affirmant que l’enquête était relancée, et peut-être plus encore que finalement il n’y avait rien de neuf, Comey savait très bien qu’il portait un coup mortel à la candidate du Parti démocrate. Pourquoi le FBI a-t-il décidé de soutenir Trump ? On ne le saura jamais, sauf à dire que le FBI est un Etat dans l’Etat, et qu’aujourd’hui ils tiennent Trump dans leur main.

     

    Le parallèle hâtif entre Trump et la droite française

     

    Trump  : commentaires d’après élection 

    D’autres ont commencé à faire des parallèles hâtifs entre la droite française et l’élection de Trump. On a vu les sarkozystes avancer dans ce sens, comme si leur petit candidat s’était imposé à un parti qui le rejette. C’est exactement le contraire. S’il y en a un qui s’imposera comme candidat contre son propre parti, c’est Juppé, car quoi qu’on en pense, s’il s’agissait d’une primaire fermée, réservés aux seuls militants de LR, Sarkozy l’emporterait. De même Marine Le Pen peut toujours espérer que les Français suivront le même chemin et l’éliront, l’espérance n’est pas un programme politique. En effet, elle est la candidate sans partage d’un parti en plein expansion qui a pignon sur rue. Mais on ne peut ignorer au motif que les sondages se sont trompés sur Trump que, même si elle fait un score excellent en 2017, elle se qualifiera semble-t-il facilement pour le second tour, les Français aux deux tiers, ne veulent pas d’elle comme présidente[2]. Même chose pour Sarkozy qui est rejeté par 80 % des Français[3] !

     

    Le rôle de l’abstention et les voix de Clinton

     

    Trump  : commentaires d’après élection 

    Parmi les raisons de la défaite de Clinton, il y a le haut niveau d’abstention, ce qui n’est pas une raison en soi, mais qui indique que le parti démocrate, que ce soit à travers la présidence d’Obama ou la campagne de Clinton, a déçu. En même temps, le haut niveau d’abstention indique forcément que Trump ne suscite pas l’enthousiasme. C’est le moins qu’on puisse dire. Cette défiance qui n’est pas nouvelle aux Etats-Unis, annonce des lendemains difficiles pour Trump et son gouvernement. Le haut niveau de l’électorat de Sanders au moment des primaires démocrates rend très probable le retour de la lutte des classes aux Etats-Unis. Au fond en élisant Trump comme président, les Américains se privent d’un président plus consensuel. Mais en outre Clinton a obtenu plus de voix que Trump : 50,9 millions contre 50,06 ! Ce qui veut dire que l’élection de Trump n’est pas un triomphe, mais juste le résultat d’un système électoral compliqué et finalement assez injuste[4]. Ce qui fait qu’en définitive l’élection de Trump ressemble bien plus à la première élection de Bush qui n’avait triomphé d’Al Gore qu’au prix de magouilles et de décomptes scabreux[5] Par rapport à l'élection d'Obama, Clinton perd environ 6 millions de voix ! Et comme elle en récolte plus que Trump cela suffit à prouver que le vote Trump n'est pas un vote d'ahésion.

     

    Les orientations de la politique internationale des Etats-Unis

     

    C’est sans doute le point le plus difficile à appréhender. En effet, Trump a tenu un discours isolationniste, refermant en quelque sorte la parenthèse 1941-2016 qui a vu les Etats-Unis s’investir aux quatre coins du monde dans des programmes très coûteux d’action militaire. Jacques Sapir pense que l’ère Trump va modifier en profondeur les relations des Etats-Unis avec le reste du monde en deux sens, d’abord avec l’abandon des grands traités de libre-échange comme TAFTA, mais ensuite dans les modifications des relations avec l’Europe et avec la Russie[6]. C’est sans doute seulement dans ce domaine que la présidence Trump pourrait innover. Mais rien n’est sûr. En effet que pèseront les intentions de Trump face aux lobbies de l’armement, face à l’OTAN dont les Etats-Unis pourraient perdre le contrôle en cas de changement de politique vis-à-vis de la Russie, ou face à la CIA ? De la réponse à ces questions dépendra probablement l’avenir des relations internationales dans les années à venir. Cela risque d’être d’autant plus pénible que Trump aura beaucoup de mal à faire tomber les réticences des autres dirigeants. Ce que personne ne prend en compte dans les analyses de la future politique américaine, c’est le décalage probable qu’il y aura entre Trump lui-même et le Congrès dominé par des Républicains qui le détestent cordialement. 

    Trump  : commentaires d’après élection

     

     

    Conclusion

     

    La présidence Trump ne sera pas facile, ni pour lui, ni pour les Américains. D’abord parce que Trump est sous la menace d’affaires judiciaires qui risquent de l’empêcher d’aller au bout de son mandat. Aux Etats-Unis les présidents ne sont pas protégés comme chez nous par une immunité liée à leur fonction[7]. Ensuite parce qu’il a promis de grandes créations d’emplois qui seraient le résultat d’un plan de relocalisation des entreprises américaines, mais cela demande la coopération des entrepreneurs américains qui ne sont pas forcément des soutiens inconditionnels du protectionnisme. Pour le reste cette élection a donné un spectacle des plus misérables et a ruiné un peu plus l’idéal démocratique auquel les électeurs des pays développés aspirent. S’il est facile de moquer et de dénigrer les turpitudes de Trump, cela n’exonère en rien Hillary Clinton de ses propres fautes.

     



    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/31/james-comey-directeur-fbi-dans-la-tourmente-emails-hillary-clinton/

    [2] http://www.economiematin.fr/news-presidentielle-2017-un-sondage-donne-marine-le-pen-championne-du-premier-tour

    [3] http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/primaires/79-des-francais-ne-veulent-pas-que-sarkozy-redevienne-president-24-08-2016-6065271.php

    [4] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/09/6-idees-recues-sur-la-victoire-de-donald-trump-a-la-presidentielle-americaine_5028302_4355770.html

    [5] On se souvient qu’un juge de la Cour suprême – proche des républicains - avait interrompu le recomptage des voix en Floride pour qualifier Bush en 2000, alors que de graves irrégularités avaient été enregistrées. Ces irrégularités étaient suffisamment nombreuses pour qu’on puisse parler de tricherie à grande échelle.  

    [6] http://russeurope.hypotheses.org/5406

    [7] http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/04/etats-unis-les-affaires-judiciaires-qui-menacent-donald-trump_5025707_829254.html

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