• Tensions communautaires

     Les tensions communautaires se traduisent par une montée radicale des discours de plus en plus loufoques et contrefactuels. Le but n’étant pas de défendre et de produire une vérité, mais plutôt d’occuper le terrain médiatique et de disqualifier ceux qui sont moins extravagants, tout en resserrant les rangs de ce qu’on suppose être son camp. Cette tendance est évidemment l’inverse de l’idéal républicain, bien malmené ces temps-ci, qui suppose qu’un discours doit d’abord rassembler autour des valeurs relativement simples avant que d’opposer les différences absurdes autour d’analyses aussi hâtivement construites que mal fondées 

    Macron et la laïcité  

     Tensions communautaires

    Macron est le champion toute catégorie du discours clivant aussi bien que contrefactuel. Pire président que la France ait connu depuis les débuts de la cinquième République, il s’amuse à opposer toutes les catégories sociales au nom d’un communautarisme éclairé qui s’élèverait au-dessus de la forme nationale des institutions. Homme sans culture lui-même, semi-ignorant diplômé de l’ENA, le voilà qu’il multiplie les encouragements aux communautés religieuses pour se structurer et s’opposer à la République et à la laïcité. Il y a quelques jours il recevait en ce qu’il croit être son palais des représentants des communautés religieuses. Pour faire semblant qu’il respecte la neutralité de l’Etat, il aura donc convié des représentants de la religion catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste.

    Selon François Clavairoly, "Il a dit : +C'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public+"[1]. Dans une phrase qui, comme à son ordinaire est obscure, Macron fait donc le pari que la République et la société sont deux choses bien différentes. Cette affirmation n’est pas seulement stupide, elle est d’abord un encouragement au communautarisme. Mais ce jeune cuistre ne s’en est pas tenu là. Il a également ajouté qu’il serait vigilant quant à « une radicalisation de la laïcité ». On suppose que le représentant des musulmans sera rassuré : ce n’est pas demain la veille que Macron s’attaquera à l’Islam radical. C’est un discours propre à encourager les revendications des musulmans dans la vie civile. Cela encouragera aussi des personnages douteux comme Jean-Louis Bianco ou Asif Arif qui supposent que la laïcité se borne à garantir les droits des différentes communautés religieuses à exercer leur religion comme elles l’entendent, même si cela est en contradiction avec l’intérêt général. Mais la grossièreté de Macron ne s’arrête pas là : en parlant d’une laïcité radicale – on ne sait trop où il l’a rencontrée – il désigne l’ennemi commun des religions, l’ennemi à combattre en priorité[2]. A quelques jours de la Noël, il envoie un message très clair. La France du futur sera fondée sur le communautarisme religieux. L’insulte est d’autant plus insupportable que les laïques n’ont jamais tué au nom de leurs idées, ils n’ont pas non plus bravé les libertés individuelles comme peuvent le faire tous les jours les musulmans qui voilent leurs fillettes en bas âge. On n’a jamais vu depuis longtemps des laïques déposer des bombes dans des journaux qui ne leur plaisaient pas. 

    Diplôme de laïcité  

    Tensions communautaires

    Comme on le voit avec la position réactionnaire de Macron, la laïcité est en train de se refermer sur les religions. Les athées n’ont plus le droit à la parole. Ils sont pourtant les plus nombreux en France. Convoquer des représentants des religions comme le fait Macron est plus qu’une faute, c’est une manière de gouverner une fois de plus contre le peuple. Les Français qui se disent religieux ne représentent qu’un gros tiers de la population[3]. Or les politiciens aiment, pour montrer leur ouverture d’esprit, se faire voir dans des diners ou des réunions en compagnies de représentants des religions.

    Voilà que le niveau d’imbécilité s’est élevé encore un peu plus ces jours derniers. L’université de Rennes a eu l’idée loufoque de mettre en place un diplôme de laïcité[4]. Les candidats à ce diplôme reçoivent une formation de 125 heures, puis ils doivent rédiger un mémoire et ensuite passer un oral pour montrer qu’ils ont bien compris. Ces candidats sont choisis parmi des religieux, histoire de leur expliquer ce qu’ils ont le droit de faire et ce qu’ils ne doivent pas ni faire, ni enseigner. L’idée de base est qu’il vaut mieux les convaincre par l’enseignement, que de les réprimer pour leurs débordements.  

    Tensions communautaires

    La responsable de ce programme, Brigitte Feuille, nous dit qu’il s’appuie sur une vision particulière de la laïcité : ce serait selon elle, la neutralité de l’Etat par rapport à l’exercice de la religion. C’est la même idée stupide que celle de Macron qui suppose que les problèmes se règlent par le droit et son application, soit par une judiciarisation de la vie civile. Mais ce programme donne droit à un diplôme, et ce diplôme donne droit à des avantages. On sait que dans les prisons, à l’armée, ou encore dans les hôpitaux, l’Etat entretient des « aumôniers », or ceux-ci ne pourront plus être recrutés que s’ils sont en possession de ce diplôme controversé.   

    Tensions communautaires

    La polémique a éclaté quand on s’est rendu compte que Rachid Abou Houdeyfa venait d’obtenir son diplôme[5] de cette formation. Or cet imam salafiste s’est fait remarquer par ses prises de positions radicales pour le coup : selon lui l’écoute de la musique pourrait vous amener à devenir comme des cochons – avec le chien, le cochon est l’animal le plus détesté des islamistes. Il a inondé la toile de vidéos toutes plus débiles les unes que les autres, mais qui vont toutes dans le sens d’un islam rigoriste et intransigeant, par exemple en déclarant qu’il était normal de violer les femmes non voilées car elles n’ont pas d’honneur[6]. Cependant, certains font semblant de croire à sa conversion républicaine parce que Daesh a lancé une fatwa sur lui parce qu’il aurait trahi le salafisme. Mais la virulence de ses prêches qui aurait dû l’amener à être expulsé puisqu’il est marocain, laisse planer un doute sur la sincérité de cette conversion à l’idéal laïciste, d’autant que les imams ont parfaitement compris l’avantage qu’ils pouvaient retirer de ce diplôme pour pénétrer des associations pour obtenir des subventions ou d’autres postes honorifiques. Rien ne les empêchera une fois ce diplôme obtenu de reprendre leur litanie mortifère dans leurs sermons. 

    Antoine Griezmann  

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    La mode est aujourd’hui au mélange des genres, et voici que c’est le footballeur Antoine Griezmann qui est la cible d’attaques d’une violence inouïe pour avoir eu l’audace de se déguiser en noir et en basketteur. Il a tout de suite été accusé d’être raciste par le CRAN qui tente d’exister par tous les moyens en s’inspirant de la posture victimaire des musulmans[7]. Ils parleront de négrophobie dans un parallèle des plus douteux. Mais en quoi se déguiser en noir serait-il raciste ? Beaucoup de noirs se sont d’ailleurs posé la question et se sont faits en retour traité de « nègre de maison ». La polémique est obscure et ses bases sont floues puisque cela voudrait dire que Griezmann est mauvais petit blanc qui dévalorise les noirs en les comparant avec des basketteurs ! La querelle est stupide, comme toutes les querelles que déclenchent le CRAN qui a bien du mal à exister dans un pays où la négrophobie n’est pas affirmée. Mais l’indignation feinte du CRAN a déjà débouché sur une victoire, Griezmann a reculé et s’est excusé. Le CRAN porte en bandoulière sa susceptibilité maladive et rêve sans doute d’une France semblable aux Etats-Unis où le racisme pourrait justifier son ressentiment et ses prétentions à défendre une communauté singulière. Loui-Georges Tin, indigné de profession, s’est même appuyé sur cet imbécile de Jacques Toubon qui a avancé que « nul n’ignore que le fait de se grimer en noir renvoie à une vision péjorative et humiliante des personnes noires ». Autrement dit se grimer en blanc en meunier, ou en basketteur, n’est pas humiliant pour les blancs et les basketteurs, mais se grimer en noir, le serait, Toubon n’explique pas pourquoi.  

    Tensions communautaires

    Mais cette affaire a donné des idées revendicatives. Voici que la brigade anti négrophobie se mobilise contre la nuit des noirs du carnaval de Dunkerque[8]. Ils demandent purement et simplement l’interdiction de la nuit des noirs qui a une cinquantaine d’années et qui doit avoir lieu en mars 2018 pour le Carnaval. Là encore il s’agit de se déguiser en noir, La brigade anti négrophobie suppose et affirme que de se déguiser en noir est une manière de prolonger l’esclavage. Le maire de Dunkerque a refusé d’interdire cette manifestation. A quand l’interdiction du Carnaval tout court ? Mais au-delà des indignations feintes, il faut comprendre la logique de ces mouvements ultra-minoritaires et communautaristes. La Brigade anti négrophobie est une boutique concurrente du CRAN pour obtenir une part de marché communautariste. C’est la même logique que le PIR, leur radicalisme supposé qui les fait s’habiller avec des uniformes, les apparente à une sorte de milice hargneuse dans la lignée de Louis Farakhan[9] ou des Black panthers, les amène à se disputer avec le CRAN les membres d’une communauté qui n’existe pas vraiment. C’est ce contexte concurrentiel sur un marché étroit qui pousse à l’extravagance des prises de position. On a vu récemment Louis-Georges Tin, bateleur d’estrade semi-instruit, réclamer l’éradication des noms de rue portant un patronyme plus ou moins lié à l’esclavage. Libération, un journal qui ne s’améliore pas vraiment, lui a offert une tribune[10], alors qu’il ne représente rien. C’est une aubaine pour lui car cela lui permet de se présenter face à l’Etat comme un interlocuteur, encore lui faudra-t-il trouver un sujet sur lequel négocier ! 

    Féminisme et communautarisme 

    Les féministes médiatisées donnent une image médiocre et risible de leur combat. Elles sont la preuve vivante que le féminisme n’est pas en soit un combat, mais un repli sur leur communauté. Evidemment on peut souligner qu’il existe encore, malgré les avancées, des inégalités choquantes entre les genres, et que dans certains cas il y a bien une discrimination. Mais ce combat doit être portée non pas au nom des femmes, mais plutôt au nom de la liberté et de l’égalité qui sont des principes universels qui fondent le combat politique. On a vu récemment des féministes estampillées par elles-mêmes féministes d’avant-garde, se lancer dans des combats douteux qui les mènent sur des terrains douteux. D’abord cette idée de modifier l’écriture et donc de forcer le bon peuple – même s’il ne le veut pas – d’écrire en écriture inclusive. Non seulement les féministes communautaristes dénoncent la neutralité du masculin lorsqu’il représente un ensemble regroupant des éléments masculins et féminins, mais ils veulent modifier la graphie en insérant un point qui allonge inutilement la phrase. Par exemples on pourrait lire dans une circulaire : Mesdames les directrices et messieurs les directeurs ce qui s’appelle en jargon l’écriture épicène, ou encore utiliser le point pour séparer le masculin et le féminin, ce qu’on appelle le point milieu. Ce qui pourrait donner cela : « Les instituteur·rice·s conseillent à leurs nouveau·elle·x·s élèves d’être travailleur·euse·s »[11]. On se demande ce que voudrait dire cette cuistrerie à l’oral ! Essayez de lire cela à haute voix, ça va vous filer des démangeaisons ! L’histoire du point est intéressante, parce que grammaticalement le point c’est celui de la séparation. En réalité cette position asociale des féministes qui défendent ce type d’idiotie, vise à la séparation et non à la réunification de la société. C’est une forme de communautarisme de genre.

    Cette tentative d’intimidation, ce terrorisme grammatical, tournera rapidement court, non seulement parce cela rend la langue utilisée laide – imaginez Les misérables en écriture inclusive ! – et difficile à manier, mais encore parce que cela correspond à une négation de l’histoire, cette histoire que porte la langue française. Certes, il va de soi que la langue a toujours évolué, mais là ce n’est plus une évolution, c’est un massacre à la tronçonneuse. D’un autre côté on ne peut pas se plaindre que les enfants ne sachent plus lire, ni écrire, et leur rajouter des règles absconses en décalage avec le quotidien. Si une telle démarche aboutissait, elle renforcerait les clivages de classe par le biais du langage. Mais je ne pense pas que cette imbécile soit autre chose qu’un effet de mode pour des gens qui s’ennuient. 314 enseignants ont lancé une pétition pour imposer cette maniaquerie. Cette pétition n’a recueilli malgré le battage qu’un peu plus de 32 000 signatures[12], ce qui est évidemment très peu. Et ce qui veut dire que même les féministes militantes ne croient pas à l’avenir de cette fantaisie. 

    Tensions communautaires 

    Mais les féministes de profession ont trouvé un nouveau combat supplémentaire pour se ridiculiser. Depuis quelques mois, elles ont infiltré les médias et développent un argument spécieux sur la taille des femmes par rapport aux hommes. En s’appuyant sur une thèse de Priscille Touraille, considérée comme fumeuse par les spécialistes, elles avancent que la différence de taille entre les genres n’est pas naturelle mais construite, et que ce serait parce que les hommes leur ont confisqué la viande dans les temps les plus reculés, que les femmes sont plus petites[13]. Cette thèse est triplement idiote :

    - parce que cela voudrait dire que du temps du paléolithique les mâles avaient un degré d’instruction suffisant pour savoir comment construire leur pouvoir sur les femmes en les privant de viande ;

    - que lorsque les femmes qui auraient été aussi fortes si ce n’est plus que les hommes en ce début des âges, n’auraient pas réagi face à cette spoliation. On se demande bien pourquoi.

    - que seule une alimentation carnée donne force et santé ! Les végans apprécieront cette assertion ubuesque sans fondement.

    On pourrait construire en réalité une thèse machiste symétrique tout aussi stupide : les femmes vivent plus longtemps que les hommes, c’est un fait. Pourquoi ? On pourrait avancer avec la même inconscience, la même cuistrerie que Priscilla Touraille que c’est parce qu’avec leurs querelles incessantes au sein du couple, elles fatiguent les mâles au-delà du possible, ou encore que c’est parce qu’elles obligent les hommes à travailler plus qu’elles ne le font elles-mêmes, elles les usent plus rapidement en les exploitant.

     

    Il y a pourtant des différences dans l’espérance de vie qu’il faut bien expliquer. Par exemple dans les pays musulmans les femmes vivent plus longtemps que les hommes de deux ou trois années. L’Algérie est un cas particulier où cette différence est régulièrement inférieure à 2 ans. Or dans un pays comme la France cette différence monte au-dessus de 6 ans. Il semble assez évident que cette différence est d’autant plus faible que les femmes sont maltraitées. Mais sur ce genre de question qui interroge directement une religion rétrograde et mortifère, les féministes sont le plus généralement aux abonnées absentes. Même chose pour les femmes battues, c’est une règle répandue par l’Islam, et les imams ne s’en cachent pas qui donnent des conseils pour battre sa femme ou ses femmes[14]. Il est donc un fait que les féministes de profession ne se battent pas contre une religion qui asservie les femmes et leur accorde un statut inférieur. Elles préfèrent déconner avec des hypothèses fumeuses et invérifiables selon lesquelles l’homme est fondamentalement mauvais et incapable d’être éduqué. Cette misère intellectuelle, si elle permet de souder un lobby, n’a évidemment aucune efficacité pratique.

     

    [1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/12/21/97001-20171221FILWWW00309-macron-vigilant-face-au-risque-de-radicalisation-de-la-laicite-cultes-religieux.php

    [2] https://www.marianne.net/politique/face-aux-representants-des-religions-emmanuel-macron-s-inquiete-d-une-radicalisation-de-la 

    [3] http://revolutionetlibertes.fr/2016/10/16/latheisme-france-63-de-non-religieux/

    [4] http://www.letelegramme.fr/bretagne/rennes-premiers-diplomes-de-laicite-05-09-2017-11650754.php

    [5] https://francais.rt.com/france/46764-accuse-pour-ses-preches-radicaux-imam-brest-recoit-diplome-universitaire

    [6] https://la-voie-de-la-raison.blogspot.com/2016/04/Rachid.Abou.Houdeyfa.html

    [7] http://www.leparisien.fr/societe/pourquoi-le-blackface-d-antoine-griezmann-fait-polemique-18-12-2017-7460670.php

    [9] Leader de Nation Of Islam. Raciste et antisémite il était arrivé à réunir des foules énormes, la fameuse million march, en 1995, puis son organisation avait périclité. Elle existe encore, mais en mode mineur, et seulement comme une source de revenus pour Louis Farakhan.

    [10] http://www.liberation.fr/debats/2017/08/28/vos-heros-sont-parfois-nos-bourreaux_1592510

    [11] Exemple emprunté à Causeur https://www.causeur.fr/ecriture-inclusive-orthographe-sexisme-147305

    [12] https://www.change.org/p/nous-ne-voulons-plus-que-le-masculin-l-emporte-sur-le-f%C3%A9minin

    [13] http://m.slate.fr/story/155300/patriarcat-steak-existe-pas 

    [14] https://www.yabiladi.com/forum/est-il-autorise-frapper-femme-islam-80-3043911.html ou encore https://francais.rt.com/international/21328-battre-femme-autorise-conseil-islamique

    « Combattre les inégalités, le rapport Piketty-ChancelBonne année 2018 ! »
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