• Syriza au pouvoir

     

    Syriza a obtenu le pouvoir en Grèce, sans avoir toutefois la majorité absolue. D’après les premiers décomptes il obtiendrait 36,5% des voix contre 29% au parti de droite de Samaras. La victoire est donc nette. Après le choc monétaire infligé par Mario Draghi, c’est la preuve que les choses changent en Europe, même si nous souhaiterions que cela aille un peu plus vite. Cela indique une modification de la donne politique, et en même quelles sont les difficultés qui attendent le peuple grec et nous.

     

    Leçons

     

    La première leçon qu’on peut tirer de ces élections c’est que l’idée de « gauche » contrairement à ce que croient les politologues du PS n’est pas morte, et qu’une rupture nette avec la pensée dominante permet de rassembler une large partie de l’électorat. Le PASOK, l’équivalent de notre PS est condamné et marginalisé. Il obtiendra moins de 5% des suffrages. C’est la première leçon qu’il faut retenir : depuis vingt ans tous les partis de gauche, soi-disant socialistes, mais ouvertement libéraux et de droite, bref tous ces partis qui ont rallié les thèses économiques de la droite, c’est-à-dire la politique de l’offre, sont aujourd’hui marginalisés voire en voie de disparition. C’est le cas du Parti travailliste britannique qui sous l’impulsion de Blair a été un des premiers parti de gauche à adopter les thèses de la droite. C’est aussi le cas du SPD qui sous l’impulsion de Gerhard  Schröder a fait le même pari et n’est plus que le triste supplétif de la CDU de Merkel, mais encore du PSOE de Zapatero qui a maintenant du mal à exister en Espagne avec l’émergence de Podemos.

    Ce qui est condamné, ce sont les choix stratégiques de ce qui était jadis la gauche européenne. Vous noterez que dans un premier temps, Blair, Zapatero ou Schröder ont été des leaders très charismatiques. Ils apparaissaient comme modernes, adaptés à la mondialisation. Et le discours asséné au rouleau compresseur par les médias faisait le reste : pout avoir de la croissance et de l’emploi, il fallait libéraliser, abaisser les charges, flexibiliser le marché du travail, donner plus d’importance à la logique des marchés mondiaux en s’y adaptant.

    En vérité si les partis dits de gauche disparaissent peu à peu lorsqu’ils se rallient à la pensée de droite, c’est parce que la théorie de l’offre ça ne marche pas : non seulement son darwinisme ne permet ni la croissance, ni l’emploi, mais elle ne peut pas lutter non plus contre les inégalités et produit une société de la haine. Les partis de gauches, y compris le PS, ne progressent et n’accèdent au pouvoir qu’en s’opposant au libéralisme. Hier c’est le PASOK qui, jadis tout puissant, a sombré en Grèce, demain ce sera sans doute le PS.

    La seconde leçon tirée du scrutin est le message envoyé aux instances européennes sous domination allemande. Les réformes imposées par une troïka imbécile ont appauvri radicalement le pays et détruit le processus démocratique encore un peu plus. Les partis favorables à cette politique n’ont recueilli qu’un tiers des suffrages. Ce qui signifie que les Grecs sont prêts à faire sécession avec l’Europe si celle-ci veut leur imposer la poursuite de sa politique mortifère. On remarquera que dans ce contexte très dégradé, les néo-nazis d’Aube dorée n’ont pas réussi leur pari et restent à 6%. Ce qui signifie qu’il y a une marge pour s’opposer à la logique européenne sans forcément virer à droite ou à l’extrême droite.

     

    Les enjeux 

    Il y en a aux moins trois. Le premier est tactique, comme Syriza ne va pas obtenir la majorité absolue au parlement, il lui faudra rallier à elle un petit parti. Les communistes du KKE ne se rallieront pas, vexés sans doute de voir qu’un des leurs, Tsipras, s’en est allé et a réussi ce qu’ils ne sont pas arrivés à réaliser en cent ans de vie politique. Ils ont toujours dénoncer une dérive droitière de Syriza – nos communistes français, du moins ce qu’il en reste, semblent l’avoir oublié. Une alliance avec le PASOK défunt semblant impossible, il ne reste qu’une alliance avec l’ANEL parti de droite ou To Potami refuge des déçus du PASOK !! Mais conne Syriza n’est pas un parti de la gauche radicale et que les postes ministériels vont être recherchés, je ne me doute pas que le parti de Tsipras va trouver des alliés.

    Le second enjeu est bien sûr la réaction des bureaucrates de l’Union européenne. Déjà Benoît Coeuré, économiste obscur, membre du directoire de la BCE, et accessoirement copain de Jean Pisani-Ferry, a affirmé que sa boutique n’aidera pas les Grecs et que si ceux-ci veulent de l’argent pour faire face à leurs obligations de payer leurs créanciers, ils devront se plier aux règles imposées par la troïka, qu’elle n’acceptera pas une restructuration de la dette. Autrement dit ce grand démocrate de Coeuré explique que voter ne sert à rien et que la politique ça passe tout de même après le pognon qu’on doit aux banquiers !! Coeuré s’est d’ailleurs retranché derrière des arguties juridiques. David Cameron, premier ministre conservateur de Grande Bretagne a lui aussi menacé la Grèce de la sanction des marchés.

      

    Il est donc clair que l’oligarchie ne va pas faire de cadeaux à une forme de pouvoir qui ne lui plait pas, qui ne peut pas lui plaire. Mais le pognon, c’est le pognon, il est donc probable qu’elle va négocier un rééchelonnement de la dette, et c’est d’autant plus probable que d’un peu partout – sauf d’Allemagne – revient l’idée que les politiques austéritaires ça ne marche pas, la croissance dévisse, les rentrées fiscales se raréfient et au bout du compte la dette s’accroit encore et toujours. Comme le montre le graphique suivant, et sans même parler des dégâts sur la vie quotidienne des Grecs, on voit facilement que ces recettes ne marchent même pas du point de vue étroit de l’économie et de la bonne gestion comptable : les politiques d’austérité ont aggravé la dette. Cinq ans de sacrifices n’ont rien amélioré. L’idée selon laquelle l’austérité et la restauration des équilibres comptable sont les préalables au retour de la croissance est une idée fausse et dangereuse qui n’a été appliquée qu’en Europe et dans la zone euro sous l’impulsion de l’Allemagne et de la bureaucratie bruxelloise.

      

    Syriza, contrairement à la propagande intéressée des médias n’appartient pas à la gauche radicale. En effet la gauche radicale serait une gauche un peu décomplexée qui bousculerait l’idée selon laquelle le marché est la loi et la propriété privée des moyens de production un tabou. La question qui se pose est la suivante : peut-on rompre avec les politiques austéritaires en restant dans l’Europe et dans l’euro ? Selon moi, non. Et cela pour deux raisons :

    - la première est technique, l’Union européenne et l’euro sont fondées sur l’idée de concurrence libre et non faussée, non seulement entre les entreprises, mais aussi entre les Etats. Or, en restant dans l’euro, la Grèce se mettrait dans l’impossibilité de regagner des parts de marché, de retrouver de la compétitivité parce qu’elle ne pourrait pas dévaluer sa monnaie pour ajuster son cours à son niveau de déséquilibre commercial et budgétaire. On l’oublie trop souvent, mais dans la logique économique classique – disons Ricardo et n’en parlons plus – le cours de la monnaie sur les marchés n’est pas fixé a priori, mais il est la sanction des déséquilibres commerciaux. C’est ainsi que la monnaie allemande devrait être réévaluée de 18% par exemple, la monnaie française dévaluée de 2% ou encore la monnaie grecque devrait être dévaluée de 30 à 40%.

    - la seconde est qu’une politique de relance de type keynésien comme se propose de la réaliser Tsipras – relance par une hausse du salaire minimum et des dépenses publiques – ne peut pas marcher dans un pays ouvert aux quatre vents. Dans le cas contraire elle alimentera les importations, plombera les exportations et augmentera le déficit commercial sans doper ni la croissance, ni l’emploi. Sauf si évidemment toute l’Europe se lançait simultanément dans ce type d’aventure. Mais on sait que ce ne sera pas le cas. La raison est simple c’est que les pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou encore la Pologne n’en ont pas besoin et n’en veulent pas. J’ajouterais du reste qu’une relance par la demande ne peut pas marcher sans un contrôle drastique des mouvements de capitaux.

     

    Conclusion

     

    Le jeu de la droite libérale va devenir très simple : renégocier la dette en allongeant par exemple les délais, tout en faisant tenir des discours débiles à Schaüble pour faire croire que l’oligarchie européiste cède sur quelque point mineur. Comme ce sont les investisseurs institutionnels qui en détiennent plus de 70% cela est tout à fait possible. Avec dans l’idée que si Tsipras applique un programme de relance sans sortir de l’euro, il échouera pour les raisons qu’on a dite. Les élections d’hier ont engendré beaucoup d’espoir, notamment en Espagne où Podemos pourrait suivre le même chemin que Syriza et remporter les prochaines élections. Mais évidemment le chemin est semé d’embûches, non seulement parce que l’oligarchie ne souhaite pas la réussite de Syriza, mais aussi parce que la voie du compromis choisie pour l’instant par Tsipras et qui lui a permis de gagner les élections, ne semble pas suffisante pour faire face à la gravité de la situation.

     

    Liens

     

    http://www.lalibre.be/economie/actualite/benoit-coeure-bce-il-est-impossible-d-accepter-une-restructuration-de-la-dette-grecque-54c5e4383570af82d5140548

    « Nouvelle politique monétaire dans la zone euroMise en perspective de la situation en Grèce »
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