• Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris

     Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris

    Comme dans les années qui suivirent la guerre civile en Espagne, la gauche européenne a choisi de soutenir un pays étranger pris dans la tourmente. C'est qu'en Grèce se joue une partie de l'avenir de la gauche et de la transformation sociale. Au-delà de la compassion qu'on peut avoir pour un peuple opprimé et détruit par une logique financière sordide, ce qui se passe dans ce petit pays nous interroge sur ce que nous sommes capables de faire concrètement pour que les choses changent un peu.

    Il y a quelques jours Gabriel Colletis et Ioannis Margaris signaient un texte qu’ils appelaient à soutenir et à signer. Une sorte de pétition contre l’application des orientations de l’Eurogroupe en Grèce. Ils analysaient correctement que les mesures d’austérité non seulement accéléraient la polarisation de la société, mais en outre ne permettraient pas de sortir la Grèce du pétrin où elle se trouve.

    Il demande donc à ce que soit mis en œuvre un nouveau projet pour la Grèce qui s’appuierait sur les principes suivants :

    « Cinq principes nous semblent devoir guider la définition d’un tel projet :

    – Recouvrer la souveraineté politique et économique du pays
    – Développer la démocratie dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale,

    – Répondre aux besoins fondamentaux du peuple grec, en valorisant le travail et les compétences de tous,

    – Protéger la nature et plus généralement tous les biens communs,
    – Favoriser le développement des territoires, les économies de proximité. »

    En gros ce texte réclame plus de souveraineté pour la Grèce. Ce texte lénifiant est plus qu’insuffisant, il est autiste et refuse de prendre parti dans la bataille politique qui s’engage en Grèce pour les prochaines élections. Expliquons-nous.

     Le premier point est que ce que réclament Colletis et Margaris est ce qui doit être aussi obtenu pour les autres peuples. Donc on ne voit pas pourquoi ce texte ne traiterait que de la Grèce. Mais passons sur ce détail qui n’en est pas un.

     Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris 

    Le second point est que ce texte ne dit pas que c’est l’Union européenne et l’euro qui sont en elles-mêmes de mauvaises choses, aussi bien pour la Grèce que pour toute l’Europe, et que la Grèce ne peut pas obtenir sa souveraineté en restant dans l’Europe. C’est, comme l’Eurogroupe l’a bien expliqué à Tsipras, contraire aux traités européens.

    La troisième critique qu’on peut faire à ce texte est qu’il refuse de trancher dans les élections grecques à venir entre Syriza et Unité populaire. Refuser de discuter de la rupture entre Syriza et Unité populaire est complètement inconséquent. C’est nier le problème central : Tispras a trahi ses électeurs – ceux de janvier comme ceux de juillet – et s’est vendu à l’Eurogroupe. La conséquence de cela est que son audience a baissé en Grèce – des derniers sondages le donnent à peine devant ND – entre janvier 2015 et fin aout Syriza a perdu plus de 10 points. Or cela va avoir des conséquences assez prévisibles : la première est qu’il devra gouverner avec le PASOK et ND car il suffirait qu’Unité populaire fasse seulement 5% pour qu’il n’ait plus de majorité. La seconde conséquence est que l’idée des élections anticipées est une idée de l’Eurogroupe parce que ceux-ci savent que si le pillage de la Grèce ne se fait pas très vite, avec un gouvernement complaisant, il ne pourra plus se faire.

    Le texte de l’appel écrit par Colletis et Margaris passe à côté du problème : il ne veut pas voir que le retournement de veste de Tsipras a enclenché à son endroit une véritable haine, on seulement de Lanfazanis qui a lancé Unité populaire, mais aussi de Zoé Kostantopoulou, la présidente du parlement grec.

    Le dernier billet de Panagiotis Grigoriou parle justement de cette haine qui est en train de se développer en Grèce contre Tsipras et la bureaucratie de Syriza. En lisant ce texte attentivement, on se rend compte que les sondages grecs sont comme d’habitude mensongers et que Tsipras va faire un mauvais score. Ceci est la preuve que le peuple grec était prêt à accepter des sacrifices pour retrouver la dignité et la souveraineté.

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    Or le texte de Colletis et Margaris ne discute pas du point fondamental suivant : il n’y a pas de solution sans une dissolution totale de l’Union européenne et de l’euro. Même des économistes très modérés comme Stiglitz l’ont compris. C’est pourtant capital. Mais je suppose que Colletis et Margaris font toujours le pari qu’on peut changer le fonctionnement de l’Europe et que sortir de l’euro serait une mauvaise chose. Bref ils n’osent pas franchir le pas.

    On ne peut pas signer un tel appel aussi confus. C’est d’ailleurs de cette confusion qu’est mort l’espoir mis dans Syriza. Tsipras s’est démonétisé si vite et si inconsidérément qu’on ne peut pas le soutenir. Dès janvier 2015 j’avais mis l’accent sur le manque de clarté du programme de Syriza, mais je restais sur mon Aventin, parce que je ne comprenais pas bien les motivations de Tsipras. Après tout on aurait pu penser qu’il visait à ce que l’Eurogroupe n’accepte plus la Grèce et la mette dehors parce qu’elle refusait de s’aligner. La reddition de Tsipras ne permet plus le doute. Il s’est rallié au courant austéritaire dominant. Le tort du texte de Colletis et Margaris est coupable de ne pas dénoncer cette supercherie, mais il est surtout coupable de laisser planer le doute sur les solutions : il n’y a pas d’avenir dans la mondialisation sauvage et donc pas d’avenir non plus dans l’Union européenne. Pourquoi ne pas dire que c’est aujourd’hui Tsipras qui envoie la police contre les manifestants qui protestent contre le pillage programmée de la Grèce ? Il fait aujourd’hui ce que faisait avant lui Samaras qu’il a si vivement critiqué.

      Soutenir la Grèce, mais comment ? Critique de Colletis et Margaris

    La perte rapide de popularité de Tsipras depuis juillet 2015 montre deux choses, la première est que les Grecs qui avaient voté en masse et avec enthousiasme non au référendum, ne sont pas dupes. Même en suivant les sondages, on se rend compte que Syriza aujourd’hui ce n’est même pas le quart de l’électorat. C’est peu pour un parti qui prétend ne pas s’allier avec le PASOK et ND. A sa grande époque le PASOK faisait 49 % des voix à lui seul. La seconde est que contrairement à ce qu’on dit ici et là les Grecs auraient massivement suivi Tsipras pour la sortie de l’Union européenne. En se reniant Tsipras a fait le choix d’une politique de la peur : c’est lui et plus Samaras qui fait le travail de l’épouvante en essayant de dire – mais bien sûr sans le démontrer – que la sortie de l’euro serait une catastrophe encore pire que d’y rester.

    Le meilleur moyen d‘aider la Grèce est me semble-t-il de reprendre le combat où Tsipras l’a abandonné. Dire haut et fort, qu’en Grèce comme en France ou ailleurs, il y a eu une vie avant l’Union européenne et l’euro, il y en aura une après et qu’en sortir ne peut pas être une catastrophe, d’autant plus qu’on veut rétablir un peu de justice sociale et reconstruire les services publics, sortir de cette économie du pillage et de la compétition qui détruit à peu près tout sur son passage. 

    Liens

    http://www.unavenirpourlagrece.com/

     

    http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0460.html#deb 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-pourquoi-syriza-recule-dans-les-sondages-502343.html

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