• Sous Macron la braderie de l’industrie française continue

    L’industrie et le multiplicateur d’emploi 

    Sous Macron la braderie de l’industrie française continue

    L’industrie, d’une manière ou d’une autre est importante du point de vue de la souveraineté d’un pays. Mais depuis quelques années, les capitalistes français obsédés par la finance ont décidé de s’en débarrasser. Ce mouvement tout à fait conscient a été encouragé par les hommes politiques français. L’industrie représente aujourd’hui environ 12% du PIB français quand elle est de plus de 21% en Allemagne. Or le développement industriel est important dans la création d’emplois. Dans le graphique ci-dessous, on voit que la France perd d’une manière continue dans emploi dans ce secteur d’activité. C’est d’autant plus dramatique que cela a un effet direct sur la balance commerciale. Moins un pays est industrialisé dans une économie mondialisée, et plus il aura une balance commerciale déficitaire. Ajoutons qu’un emploi créé dans l’industrie a plus d’importance pour lutter contre le chômage qu’un emploi dans le secteur des services. C’est ce qu’on appelle le multiplicateur d’emploi. Le multiplicateur d’emplois se calcule par branche à partir du fait qu’un emploi créé dans une industrie génère des emplois en amont et en aval de la filière, mais aussi des emplois indirects par le fait qu’un emploi crée un salaire qui sera ensuite dépensé. Pour obtenir le multiplicateur d’emploi, on additionne ensuite les emplois créés directement par l’activité de la filière et ceux qui sont générés indirectement par les revenus distribués[1]. Par exemple dans les services informatiques, 1 emploi créé engendre 1,1 emplois. Mais dans les chantiers navals ou la sidérurgie, 1 emploi créé peut engendrer jusqu’à 8 ou 9 emplois ! C’est d’ailleurs l’importance de la valeur de ce multiplicateur qui pendant longtemps justifiait que l’Etat subventionne des activités comme les chantiers navals ou la sidérurgie, jusqu’à ce que Laurent Fabius en tant que ministre de l’industrie, puis en tant que premier ministre commence à lâcher l’industrie lourde de la France au début des années quatre-vingt. Les autres suivront cette malencontreuse initiative qui fut prise au nom de l’Europe et de la logique du marché. 

    Deux affaires en cours qui en disent long 

    Sous Macron la braderie de l’industrie française continue 

    Le gouvernement Macron-Philippe n’aime pas l’industrie et le fait savoir, il n’aime pas non plus les prolétaires qui vont avec. Avant même que ne s’engage les grandes soldes des privatisations, le voilà qu’il vient de décider de l’avenir de deux entreprises importantes de l’industrie française. Le premier projet est celui de la vente des chantiers navals STX au groupe italien Fincantieri. L’idée que le journal Le monde qui a toujours le mot pour rire est ce qu’on appelle un montage subtil[2]. L’italien Fincantieri possédera 50% du capital. Mais comme il veut avoir la mainmise sur l’ensemble de l’entreprise, l’Etat français, c’est-à-dire le couple infernal Macron-Philippe, va lui prêter 1% du capital ! Comme on sait que l’opinion publique française n’appréciera guère, on a trouvé cette astuce qui n’abusera que les imbéciles. En effet, c’est une première étape, mais si Ficantieri prend la maitrise des chantiers navals STX, il va vite les couler pour ne plus avoir de concurrent, au passage il est probable qu’il pillera le savoir-faire et aussi le fond de roulement. On connaît ce genre de montage. 

    Sous Macron la braderie de l’industrie française continue 

    Plus dramatique est la vente annoncée d’Alstom, disons sa partie ferroviaire, celle qui permettait de fabriquer les TGV et qui longtemps a été un fleuron de l’industrie française. Le dépeçage d’Alstom ne date pas d’aujourd’hui. On sait qu’une partie, celle qui concerne la fabrique des turbines pour les centrales nucléaires, a été vendue dans des conditions douteuses en 2015 à l’américain General Electric[3]. Sans doute Macron en tant que ministre de l’économie a joué un rôle là-dedans. Mais il y avait en France même tout un groupe de personnes représentant le capitalisme financier qui poussait dans ce sens. On peut lire sur ce sujet l’article ignoble de l’ignoble Edouard Tétreau[4] qui se félicite de ce qui devait arriver.

    Aujourd’hui Macron et le lobbyiste Philippe qui à mi-temps est aussi premier ministre, vendent par l’intermédiaire du groupe Bouygues Alstom ferroviaire à Siemens. Le motif invoqué est d’augmenter le poids de l’entreprise européenne pour concurrencer les Chinois par exemple[5]. C’est toujours un peu la même chanson on fait semblant de croire qu’on sera plus fort alors même que la France va perdre un peu plus de son autonomie.

    En échange Siemens s’est engagé à maintenir l’emploi et les sites français…  sur 4 ans. Mais 4 ans c’est vite passé. Ensuite tout le monde aura oublié, et nous irons acheter nos rames de TGV à l’Allemagne qui rapatriera les unités de production chez elle. Ce qui alourdira un peu plus le déficit commercial et qui engendrera une nouvelle hémorragie d’emplois qualifiés. En vendant Alstom aux Allemands, on renforce la puissance industrielle de l’Allemagne, et on s’affaiblit. 

    La France sous la tutelle du capitalisme financier 

    Le couple Macron-Philippe apparaît ainsi comme les porte-parole du capitalisme financier français. Je ne suis pas le premier à avoir remarqué que dans la division internationale du travail, l’Allemagne tend à devenir un capitalisme industriel haut de gamme, tandis que la France devient un capitalisme financier, affairiste et cosmopolite. On trouve une analyse de ce type chez Duménil et Lévy[6] ou encore chez Cédric Durand[7]. C’est la recherche de l’accumulation du profit en dehors de l’industrie et donc de la production de valeur qui fait que la France en perdant son industrie perd aussi ses capacités à créer des emplois en quantité suffisante.

    Le capitalisme à la sauce Macron-Philippe nous inflige une double peine, non seulement il détruit les possibilités d’emploi et prend appui sur le chômage de masse pour défaire le droit du travail au profit des riches, mais en outre, il rend la France de plus en plus dépendante des marchés extérieurs et plus particulièrement vassale de la puissance allemande. Mais comme ils sont d’abord européistes avant que d’être français comme l’a bien précisé le discours de la Sorbonne[8] c’est le cadet de leur souci. C et inflexion du capitalisme français vers la finance se traduit dans l’évolution de la fiscalité. En effet la prochaine loi des finances va avantager particulièrement les gros contribuables, sauf ceux qui ont des placements dans l’immobilier, et donc les détenteurs d’actions, ceux qui tirent leurs revenus de la finance justement[9]. Malgré le caractère amateur du gouvernement et ses foucades, il y a bien un but qui est assumé : détruire l’industrie et favoriser le capitalisme financier.

     

    Ces deux affaires en tous les cas montrent que le gouvernement actuel s’il met en place une politique orientée vers la défense du capitalisme financier n’a strictement aucune idée en ce qui concerne la politique industrielle. Jeudi soir, dans l'émission politique de France 2, la prestation du premier ministre Edouard Philippe masquait derrière l'obsession de défendre les riches et de réduire les déficits un vide abyssal en la matière.

     

     


    [1] Voir Wasilly Leontief & F aye Duchin, The future impact of automation workers, Oxford University Press, 1986.

    [2] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/27/stx-macron-invente-la-privatisation-a-l-elastique_5192124_3234.html

    [3] https://www.la-croix.com/Culture/TV-Radio/dessous-vente-dAlstom-General-Electric-2017-09-25-1200879439

    [4] https://www.lesechos.fr/30/04/2014/LesEchos/21679-043-ECH_pourquoi-vendre-alstom-serait-une-double-bonne-nouvelle.htm

    [5] https://www.lesechos.fr/30/04/2014/LesEchos/21679-043-ECH_pourquoi-vendre-alstom-serait-une-double-bonne-nouvelle.htm

    [6] Gérard Duménil et Dominique Lévy, La grande bifurcation. En finir avec le néolibéralisme, Paris, Éditions La Découverte, 2014

    [7] Le capital fictif, Les prairies ordinaires, 2014.

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/les-propositions-de-macron-pour-relancer-l-europe-a131937298

    [9] http://mobile.francetvinfo.fr/economie/impots/reforme-fiscale/reforme-fiscale-les-plus-riches-beneficieront-d-une-hausse-de-revenus-18-fois-plus-importante-que-les-plus-pauvres-note-oxfam_2388414.html#xtref=acc_dir

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