• Socialisme ou barbarie (1946-1967)

     

    Groupe d’ultra gauche qui créa la revue du même nom. C’est d’abord une tendance à l’intérieur du parti communiste internationaliste (PCI) d’obédience trotskiste. Animée par Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, elle se définit comme marxiste et antistalinienne. Son titre est emprunté à Rosa Luxemburg. Il s’agit en quelque sorte de donner une autre dimension à l’idée communiste. Rapidement le groupe va désigner l’URSS non pas comme un communisme autoritaire, mais comme un capitalisme d’Etat.

      

    A partir de 1949, le groupe va publier une revue, Socialisme ou barbarie. Cette revue aura 40 numéros entre 1949 et 1965. Les articles sont de haute tenue, et peu à peu la revue se déplace vers l’ultra-gauche, se rapprochant des communistes de conseil hollandais dont Anton Pannekoeck.

    Les thèmes qui sont développés de façon récurrentes dans le revue sont : l’analyse de la révolution bolchévique comme une contre-révolution qui a confisqué le pouvoir des soviets et produit un capitalisme d’Etat (la bureaucratie est assimilée à une classe au sens marxiste du terme) où le but reste le même, l’asservissement des masses laborieuses ; l’aliénation des masses dans la sphère de la production et de la consommation ; l’organisation révolutionnaire que SOB tente de définir en dehors des structures hiérarchisées et autoritaires.

      

    La revue va devenir rapidement un point de référence du fait de la qualité de ses contributions. Castoriadis, Lefort, Lyotard sont des intellectuels brillants qui tous feront une grande carrière à l’université. Cet aspect est aussi un de ses défauts majeurs car SOB ne parviendra jamais, malgré ses intentions, à se faire entendre, à communiquer avec la classe ouvrière, il restera à la marge des grands mouvements de masse.

    Dans les milieux intellectuels de l'extrême-gauche, SOB eut une influence considérable, notamment sur les situationnistes et sur les petits groupes libertaires qui joueront un rôle non négligeable en Mai 68, donnant à ce mouvement un aspect singulier et inédit, puisque la majorité des révoltés de Mai 68 militaient pour un communisme non autoritaire et décentralisé, existant en dehors des partis.

    Guy Debord adhérera à SOB en 1960, payant ses cotisations jusqu’en 1961. Cette adhésion survient à un moment où Guy Debord se détourne du combat des avant-gardes artistiques. Que croyait-il trouver dans cette adhésion ? Il pensait tout d’abord que c’était un moyen indirect pour que l’IS rencontre enfin la classe ouvrière qu’il percevait comme étant seule capable de réaliser la révolution sociale. Mais il est probable qu’il y trouvait aussi des analyses théoriques qui non seulement confortaient ses positions, mais qui en outre lui ouvraient des perspectives nouvelles sur les modalités concrètes de la révolution.

    La jonction entre Guy Debord et SOB se fit en 1959 par l’intermédiaire de Daniel Blanchard avec qui il rédigera Préliminaires pour une définition de l’unité du programme révolutionnaire. Blanchard participera également au tournage du film de Debord, Sur le passage de quelques personnes à travers de courtes unités de temps. Par là on voit bien ce qu’on put s’apporter les deux hommes. D’un côté Blanchard a permis à Debord d’avoir une meilleure connaissance des tendances autogestionnaires dans les mouvements révolutionnaires du passé, et de l’autre Blanchard a pu apprécier l’acuité de la critique radicale de Guy Debord au niveau de la vie quotidienne. On note que le texte qu’ils ont rédigé en commun insiste sur le caractère non-neutre de la technique dans les modalités d’exploitation de la classe ouvrière. C’est une idée de SOB, mais ils parlent aussi du « spectacle » comme d’une relation de pouvoir des hommes entre eux ce qui est un apport de Debord qui développera plus particulièrement ce point de vue dans La société du spectacle.

    Debord s’éloignera de SOB sur la pointe des pieds. Les raisons sont faciles à imaginer, d’une part Castoriadis contrôle d’une manière étroite son organisation, empêchant par là-même Debord d’y jouer un rôle décisif, et d’autre part, le style ouvriériste ne peut guère lui convenir longtemps. Mais il faut dire aussi que SOB connait à ce moment-là des luttes d’influences en son sein qui amèneront des scissions, puis sa disparition pure et simple. Or Debord cherche plutôt sa place dans une organisation de petite taille où dominent les relations non-hiérarchiques.

    Quoi qu’il en soit, SOB aura eu une influence considérable sur les nouvelles orientations de l’IS qu’on peut percevoir au début des années soixante et qui l’entraîneront à se définir comme une organisation révolutionnaire mettant en son centre le prolétariat, ce qui sera décisif pour sa reconnaissance publique dans les années postérieures à mai 68.

     

    Bibliographie

     

    Philippe Gottraux, « Socialisme ou Barbarie », un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre, Lausanne, Payot, 1997

    Daniel Blanchard, Debord, "dans le bruit de cataracte du temps" - Suivi de Préliminaires pour une définition de l'unité du programme révolutionnaire, Sens&Tonka, 2000.

    Bernard Quiriny, Socialisme ou Barbarie et l’Internationale situationniste. Notes sur une « méprise », in, Archives et documents situationnistes, n°3, 2003

    « Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite, Agone 2008Anonyme, Debord, etc., Editions 13 bis, 2013 »
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 1er Septembre 2013 à 08:52
    Bureaucratie inévitable.
    En même temps difficile de ne pas créer une bureaucratie dans un pays qui institue la centralisation des décisions et le plan comme mode de gestion. Tous les pays dits, "socialistes", ont connu le même problème avec le développement d'une bureaucratie parasite. Et toute organisation a tendance à vouloir se pérenniser.
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