• Scandales bancaires en série

     

    Le métier de banquier se confond ouvertement aujourd’hui avec l’idée de délinquance en bande organisée. Plus rien ne semble distinguer un banquier de haut niveau et un chef mafieux. Et la question qui se pose est de savoir si justement on ne ferait pas mieux de se passer de cette calamité pour retrouver un peu de calme et d’harmonie dans nos sociétés.

     

    Amendes record

     

    Depuis 2008 il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu’on parle de la conduite délinquante des banques. Aux Etats-Unis c’est environ 150 milliards d’amendes que les banques ont dû payer. Ces amendes ont été données soit parce que les banques – plus elles sont grosses plus elles sont impliquées – avaient profité de la crédulité de leurs clients, soit parce qu’elles avaient maquillé des comptes, et soutenu des entreprises comme celle de Madoff. Standard and Poor la fameuse agence de notation qui passe son temps à dégrader la note de la Grèce pour faire plaisir aux Allemands a également dû payer une amende record de 1,37 milliards de $. La BNP banque française a elle aussi écopé d’une amende de 8,9 milliards $.

     

     

    En Europe on est beaucoup plus timide, et on n’ose pas s’attaquer au pouvoir des banques même pour leur demander des comptes sur leurs pratiques douteuses. Le plus loin qu’on a été c’est 1,7 milliards € dans le scandale de la manipulation des taux d’intérêt, et encore cette somme concerne un ensemble de 6 banques.

     

    Evasion fiscale et blanchiment

     

    Ces jours-ci les banquiers se sont fait remarquer de plusieurs façons. D’abord c’est le sinistre Juncker, président de la Commission européenne qui a été pris la main dans le sac pour avoir organisé du temps qu’il était premier ministre du Luxembourg, et avec la complicité des banques luxembourgeoises l’évasion fiscale des entreprises multinationales qui opèrent en Europe et qui veulent minimiser leurs impôts. Ça n’empêche pas Juncker de continuer à faire la leçon aux Grecs pour qu’ils respectent les traités pourris européens. Les parlementaires européens qui sont tout autant pourris que Juncker n’ont pas cru bon de le désavouer, non plus que de développer une commission d’enquête sur ce qui est pourtant au moins une collusion d’intérêts. Le Luxembourg a réagi assez vite : d’une part en disant qu’il n’était pas question de remettre en cause le « tax ruling », et d’autre part qu’il allait poursuivre celui qui avait révélé le scandale.

    Je rappelle ici que le Luxembourg s’était illustré par le passé dans un autre scandale, celui de la première affaire Clearstream – la grande lessiveuse des fonds douteux du monde entier – révélée elle par le journaliste Denis Rober dont le livre Révélation$ vient d’être porté à l’écran sous le titre de L’enquête. Denis Robert avait été menacé de mort, mais aussi poursuivi en justice pour essayer de le faire taire. On l’a oublié un peu, mais cela se passait au Luxembourg autour d’une boutique – Clearstream – qui était une chambre de compensation entre grandes banques du monde entier

     

     

    Mais le scandale qui fait couler le plus d’encre aujourd’hui est celui d’HSBC. Cette banque anglo-saxonne a organisé une évasion fiscale à l’échelle industrielle entre la France et la Suisse. Elle s’est faite épinglée. Là encore les faits ont été porté à la connaissance du public et de la justice par un salarié d’HSBC qui a dénoncé ces pratiques et qui a photocopié des listings de personnes très friquées qui planquent leurs sous et visent à éviter de payer l’impôt. Ce serait 6000 personnes qui seraient ainsi concernées. On y trouve un sénateur UDI, une ancienne gloire du football ou encore un comique un peu défraichi. Pierre Bergé, par ailleurs propriétaire du journal Le monde avec Mathieu Pigasse, banquier de profession qui en connait un sacré bout, s’est déclaré scandalisé par cette pratique qui vise à dénoncer – il a employé le mot de délation comme si les rupins qui planquent leur pognon étaient assimilables aux Juifs des ghettos qu’on pourchassait pendant le dernier conflit. Ces gens-là n’ont peur de rien ! On sait évidemment qu’HSBC pratique ce genre de sport pour ses clients qui peuvent être localisés ailleurs qu’en France.

     


    En 2012 HSBC avait payé une amende record de près de 2 milliards $ pour échapper à des poursuites de blanchiment aux Etats-Unis. On remarque plusieurs choses : d’abord que ces banques qui étaient à l’agonie en 2008 peuvent payer sans sourciller des amendes extrêmement élevées. Ces amendes sont le résultat de transactions destinées à éviter des procès qui sans doute couteraient encore beaucoup plus chers aux banques. Ensuite, que toutes les grandes banques du monde entier sont impliquées dans des scandales financiers plus ou moins importants. Le système bancaire est donc bien un système criminel, ce n’est pas un hasard si ces gens-là trichent et contournent la loi. C’est leur raison d’être ! Un article assez récent du Monde signalait, preuves à l’appui que les banquiers trichaient par culture !!

     

    La banque et la dette

     

    La question qui se pose est la suivante : pourquoi une telle organisation criminelle reste-t-elle impunie ? Pourquoi ne la poursuit-on pas plus vigoureusement ? Les uns diront que la finance est essentielle, qu’elle met de l’huile dans les rouages de l’économie et que sans elle on en reviendrait au troc, quasiment à l’âge de pierre. En vérité cette description des bonheurs de la finance est fausse. La prospérité de ce secteur, son importance politique est le résultat de la formidable dérégulation financière qui a eu lieu à la fin des années soixante-et-dix. Cette dérégulation financière a été le fer de lance de la mondialisation qui a détruit la demande dans les pays riches comme la protection sociale, mais également le début d’un cycle infernal d’endettement des Etats, des entreprises et des ménages.

       


    Le graphique ci-dessus montre l’explosion de l’endettement à partir du big bang financier de la fin des années 70 aux Etats-Unis : ce sera une croissance fondée d’abord sur l’endettement généralisé des agents économiques. C’est du reste à partir de cette époque que la croissance économique va faiblir très nettement dans les pays développés, avec son cortège de chômeurs et toutes les difficultés sociales qu’on peut imaginer. Il est facile de comprendre que les excès de la finance sont responsables de la crise financières de 2008

    On en arrive à cette aberration qui fait que les dettes dans le monde sont supérieures aux créances pour un montant d’environ 30 000 milliards de dollars !  Cela semble incroyable car on se dit que normalement les dettes des uns doivent être les créances des autres et donc qu’au niveau planétaire l’ensemble des dettes doit être égal à l’ensemble des créances. Pour comprendre comment cela est possible, il faut partir de la possibilité que les banquiers créent maintenant de la monnaie autant qu’ils en veulent : personne ne les contrôle plus depuis justement ce fameux big bang financier qui a mis fin à la tutelle de l’Etat dans l’émission de crédits. Pratiquement 90% de la production de la monnaie, via le crédit, est d’origine privée. Les banques centrales ne sont là que pour garantir – plus ou moins bien d’ailleurs – la viabilité de ce système prédateur. En effet, la monnaie que les banquiers produisent à partir de rien, ils n’engagent jamais un capital existant, il faudra bien la rembourser : ils avancent des fonds qu’ils n’ont pas, mais que les emprunteurs devront verser à plus ou moins long terme. Voilà un système qui est malin ! Comme Jésus multipliant les petits pains, les banquiers multiplient les signes monétaires… pour leur propre profit.

     

    Des banquiers partout

     

    Cette histoire – un peu simplifiée – est bien connue. Mais on se demande pourquoi elle continue. Autrement dit on sait que les banquiers trichent et fraudent, mais on les laisse continuer. Certes aux Etats-Unis, où ils sont encore plus détestés qu’ailleurs, ils doivent faire face à des amendes sévères, mais ça ne les touche guère parce que cette monnaie qu’il rembourse, ils la recréent presqu’immédiatement en développant de nouveaux crédits aux Etats, aux ménages ou aux entreprises.

    C’est que les banquiers en fabriquant de l’argent ont pu ainsi corrompre à grande échelle le personnel politique et même obtenir des postes de haut niveau dans des institutions politiques ou financières. Comme on le sait des banquiers se sont retrouvés à la direction de pays – sans être élus d’ailleurs – en Grèce, en Italie. Mais on retrouve aussi les anciens de Goldman & Sachs à la tête de la BCE (Mario Draghi) de la Banque centrale d’Angleterre, de la Banque du Canada. Contrairement à l’idée répandue, l’importance de la finance est bien plus grande en Europe qu’aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs ce qui va expliquer que l’Eurozone est incapable de mettre en place une réforme un peu sérieuse pour réguler l’activité bancaire. On sait que le lobbying des banquiers a été particulièrement efficace surtout auprès du gouvernement « socialiste » de François Hollande – qui toute honte bue ne craint pas de se dire « de gauche » et « ennemi de la finance ». On sait que la Commission européenne avait avancé un projet visant à séparer les banques d’ « investissement », lisez spéculation, des banques de dépôt, et que ce sont les hommes de François Hollande qui ont fait capoter ce projet, comme ils ont fait capoter le projet de « taxe Tobin » sur les transactions financières. Et d'ailleurs le sinistre Hollande, pourtant estampillé « homme de gauche », n’a-t-il pas nommé un petit banquier à la tête du ministère de l’économie ?

      

     

    Mais le pouvoir politique des banquiers tient aussi à leur force de frappe. Ils peuvent acheter n’importe quel fonctionnaire européen, par exemple en leur faisant miroiter un poste important lorsqu’ils auront atteint le sommet de leur évolution salariale. L’Obs se lamentait dans un article récent sur le fait qu’il y a auprès de la Commission européenne environ 400 fonctionnaires chargés de réguler le monde de la finance, face à 1700 lobbyistes du secteur financier qui s’incrustent à Bruxelles pour y faire leurs affaires. Cette consanguinité va très loin. Le même article signalait que Tony Blair – canaille social-traitre – émargeait maintenant comme conseiller de la banque J.P. Morgan, une des plus grande banque américaine dont le parcours a été jalonné de crimes et de fraudes, ou encore que Gerhard Schröder, encore un autre social-traitre, avait été récompensé pour ses services rendus, non seulement en devenant « conseiller » de Gazprom, mais aussi celui de la banque Rothschild, cette même banque qui a employé l’arrogant petit Macron.

    Solutions : comment se libérer de la finance ?

     

    Il est urgent de se libérer de la finance. Les banquiers dominent donc le monde aujourd’hui. Ils ont même acheté le journal qui porte ce nom. Mais ce sont des colosses au pied d’argile. En effet, il suffirait de reprendre le pouvoir politique pour détruire leur puissance. Mais si leur pouvoir est aujourd’hui si fragile c’est surtout parce qu’ils ont un effet néfaste sur l’économie réelle. Tant que celle-ci ne voit pas sa marche en avant entravée par les turpitudes de la finance, elle ne se rebelle pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La croissance est partie, le chômage et les dettes s’accroissent. Trop souvent on ne parle que des dettes des Etats avec l’idée derrière la dette selon laquelle les Etats peuvent faire des économies s’ils sont bien gérés. Mais c’est faux les autres agents économiques sont tout autant endettés, comme le montre le graphique ci-après.

     

     

    Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a connu trois périodes différentes :

    - 1945-1975, une croissance forte et soutenue, avec une inflation sous-jacente importante qui empêchait l’endettement de croître ;

    - 1975-2008, une croissance ralentie avec un endettement croissant des agents économiques et une baisse radicale de l’inflation ;

    - 2008-2015, une croissance très faible, quasi nulle dans les pays de l’Union européenne, avec une déflation, une croissance de l’endettement et du chômage.

    Les solutions sont très simples et faciles à appliquer.

    - tout d’abord renationaliser la production de la monnaie. Donc raffermir le contrôle des Banques centrales sur la création monétaire ;

    - ensuite, contrôler la circulation des capitaux, ce qui privera la finance de son arme favorite, la concurrence entre les systèmes fiscaux et économiques dissemblables. Ceci privera les banques d’une partie de leurs revenus liés à la fraude fiscale à grande échelle ;

    - également, séparer radicalement les banques de dépôt des banques d’investissement, de façon à ne pas mélanger les prises de risque des banquiers avec les fonds des déposants ;

    - enfin on pourrait exiger que les fonctionnaires des institutions financières comme les banques centrales ne soient pas autorisé à pantoufler. Ce qui était la règle antérieurement.

    Il se pourrait que ces solutions doivent s’appliquer rapidement car les banques sont assez mal en point, sous-capitalisées, elles vivent sous perfusion de ce qu’on appelle le Quantitative Easing. Mais une nouvelle crise financière risque bien d’emporter la voilure et le bateau. On peut également nationaliser les banques qui sont en faillite, les racheter pour 1 € ou 1 $ symbolique. C’est ce qu’on aurait dû  faire en 2008, ce qu’aurait dû faire Obama, dans ce cas les autres pays développés lui auraient emboîté le pas. Mais comme il n’a fait que ravauder le système pour plaire aux banquiers, il a du même coup renforcé le secteur financier dans sa domination sur l’économie réelle et sur nos vies. Notez que tous les maux qui ont conduit à la crise de 2008, sont aujourd’hui les solutions qu’on met en avant pour sortir de la crise !

    Je rappellerai que si le New Deal a été possible en 1930 aux Etats-Unis, c’est essentiellement parce que la finance était à genoux, qu’elle n’avait plus les moyens de relever la tête. Le corps des économistes, toujours généralement réactionnaire, était du reste globalement hostile aux mesures prise par l’administration Roosevelt. C’est seulement quelques années après, la guerre étant passé qu’ils devinrent par miracle et par nécessité de carrière « globalement keynésiens ».

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/07/14/les-dix-plus-grosses-amendes-infligees-par-les-etats-unis-aux-banques-en-trois-ans_4456986_3234.html

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/02/03/97002-20150203FILWWW00202-supbrimes-amende-d-137md-pour-sp.php

    http://www.liberation.fr/economie/2013/12/04/cartel-des-taux-l-ue-inflige-17-milliard-d-euros-d-amendes-a-8-banques_964103

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/12/11/hsbc-paie-une-amende-record-pour-echapper-aux-poursuites-aux-etats-unis_1804423_3234.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/19/les-banquiers-tricheurs-par-culture_4526122_3234.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20150205.OBS1751/lobbying-consanguinite-complaisance-le-livre-noir-des-banques.html

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