• Rüdiger Safranski, Quelle dose de mondialisation l’homme peut-il supporter ? Actes sud, 2004

     Rüdiger Safranski, Quelle dose de mondialisation l’homme peut-il supporter ? Actes sud, 2004

    La mondialisation est questionnée ici dans ses dimensions anthropologiques. Que devient l’homme dans ce contexte ? En quoi en est-il responsable ? Rüdiger Safranski est un philosophe allemand, ayant fait sa thèse sous la direction d’Adorno, ce qui n’est pas rien et qui l’affilie indirectement à l’Ecole de Francfort. Mais il s’est surtout fait connaître en France par des travaux de vulgarisation sur des sujets porteurs, potentiellement vendeurs. La mondialisation en est un. En effet, cette mondialisation provoque des dégâts économiques et écologiques tellement évidents qu’elle pose des problèmes de conscience et de positionnement.

    Parmi les idées qu’il avance pour définir le problème et tenter d’y répondre, il y a le rapport entre la nature première et la nature seconde de l’homme, comme si la question était le passage de l’une à l’autre. L’autre idée importante et décisive, c’est que la mondialisation c’est une discussion sur les frontières puisqu’elle se fixe pour vocation de les abolir. Mais nous dit Safranski l’expérience humaine ne peut se réaliser pleinement que sur des espaces étroits, sensibles à nos capacités physiques d’appropriation. Et bien sûr les longs déplacements finissent par nier cette expérience. Safranski pose une question capitale : peut-on faire comme si le monde était seulement un village ? Non répond-il car à ce moment-là la culture va disparaitre.

     Rüdiger Safranski, Quelle dose de mondialisation l’homme peut-il supporter ? Actes sud, 2004 

    Touristes à Venise 

    Extrait :

    « Le développement des techniques de maîtrise virtuelle de l’espace - télévision, téléphonie, internet - ne nous empêche pas de continuer de voyager physiquement, et de voyager toujours plus. Pour affaires ou pour passer le temps, on arpente infatigablement l’espace. Cette vie itinérante, on le sait, n’est pas pour rien dans la dévastation de l’espace. C’est comme si le temps dépensé se vengeait sur lui. Pour franchir de longues distances en un minimum de temps, on construit des routes, des voies ferrées, des aéroports, moyennant le grignotage des paysages. La grande vitesse condamne à tracer des routes où l’on puisse se déplacer sans rencontrer ni obstacle ni sollicitation importune. L’espace arpenté perd toute signification. Entre le départ et l’arrivée, c’est une sorte de tunnel ; le temps qu’on y passe doit filer comme une flèche, c’est-à-dire, si possible, sans expérience qui ait trait au voyage en tant que tel. C’est ainsi qu’on fait l’article : sur telle route, dans telle voiture ou dans tel train express, vous arriverez comme vous étiez partis, impeccablement mis, frais et dispos. Ce qui doit disparaître, c’est l’ef­fort que nous coûte l’acheminement vers un lieu éloigné. » 

    On en viendrait presque à un éloge de l’immobilité ! Or en effet, c’est la frénésie de déplacement, suréquipé de techniques diverses et variées, qui non seulement déracine l’humaine, mais qui en outre accélère la destruction de la planète. On peut s’en prendre à l’industrie touristique qui est non seulement génératrice de pollution, mais qui participe de la destruction des cultures et de l’uniformisation du monde, mais également des formes modernes de la mondialisation, le développement de l’Union européenne, ou le possible TAFTA qui en ouvrant le marché renforce les possibilités de déplacement en concentrant du même coup le capital.

     

    Le principal défaut du petit livre de Safranski est de considérer que finalement la mondialisation est presqu’une tendance naturelle, le résultat d’un comportement humain – d’une nature – et non pas la conséquence du développement d’un système économique singulier qui a déraciné les hommes en les séparant de la mère nature. 

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