• Révélations des Panama Papers et lutte des classes

    Révélations des Panama Papers et lutte des classes

    Il ne faut pas se tromper, c’est un scandale qui va bien au-delà de ce qu’on savait du fonctionnement des paradis fiscaux. Les révélations des Panama papers, à partir d’une analyse des fichiers d’une société financière panaméenne, Mossack Fonseca, font l’effet d’un coup de tonnerre. Certes son se doutait que les paradis fiscaux n’avaient pas disparu depuis 2008, mais on ne touchait pas encore du doigt l’étendue de ce système criminel d’évasion fiscale et de blanchiment de l’argent sale. Les conséquences politiques seront sans doute lourdes, même pour le secteur bancaire qui pourtant en a vu d’autres. Déjà les Islandais ont manifesté en masse le 4 avril pour réclamer la démission de leur premier ministre. 

    Révélations des Panama Papers et lutte des classes

    Les révélations de ces pratiques criminelles appellent deux remarques. La première est qu’à l’échelle mondiale il existe une oligarchie sans patrie ni famille qui se comporte en prédatrice de la richesse créée et qui est une des raisons de l’augmentation de la pauvreté dans les pays les plus riches. C’est un système de classes sociales dans lequel les mieux dotés en pouvoir et en argent peuvent agir en corrompant les autorités politiques qui ont un peu de pouvoir et qui le bradent au mieux disant. La seconde est que ce système déstabilise les Etats nationaux qui possèdent de moins en moins de liquidités pour faire face à leurs besoins courants et donc qui accroissent pour compenser ces pertes les impôts sur les plus pauvres via les impôts sur la consommation. Cette possibilité d’obtenir et de cacher des liquidités importantes aussi facilement explique aussi pourquoi la classe politique mondiale n’a jamais lutté vraiment contre les paradis fiscaux.

    Les pratiques de cette oligarchie conduisent naturellement au double langage. Parmi les chefs d’Etat le corrompu président argentin Mauricio Macri est très exposé. En effet, après avoir bradé la dette argentine aux fonds vautours américains dès son arrivée au pouvoir cette année, il s’est fait épinglé pour avoir justement utilisé des sociétés off-shore pour avoir planqué son pognon injustement gagné. Ces possibilités offertes par la déréglementation du système bancaire sont un outil facile à utiliser pour exploiter les plus pauvres. Elles sont aussi la face cachée des politiques d’austérité.

    Dans cette course à la cupidité on retrouve Jérôme Cahuzac, Michal Platini (encore la FIFA), le footbaleur Lionel Messi, le président islandais, Poutine évidemment. Le président ukrainien Porochenko, l’inévitable Balkany, le sulfureux Drahi le champion du LBO. Et encore il ne s’agit que d’une seule société de ce type. Il y en a bien d’autres, quoique celle-ci soit considérée comme la 5ème en importance au niveau mondial. Mais ces sociétés financières off-shore, ne seraient rien sans la complicité des banques du monde entier, puisqu’en effet, si elles servent de réceptacles aux turpitudes de l’oligarchie, elles ne peuvent agir qu’en liaison avec d’autres banques qui ont pignon sur rue. Ce ne sont donc pas les seules sociétés financières off-shore qui doivent être accusées comme corruptrices, mais bien l’ensemble du système bancaire qui est concerné.

    Révélations des Panama Papers et lutte des classes  

    Gabriel Zucman fait semblant de croire à une sorte d’étanchéité entre les sociétés off-shore et le monde bancaire ayant pignon sur rue. Cette approche est mauvaise, l’off-shore est seulement une partie du problème. En effet, sans la complaisance des Etats et sans le concours actif des banques les sociétés off-shore n’existeraient tout simplement pas. Si tout le monde sent très bien qu’il s’agit là d’un système criminel, bien peu analyse cela comme la conséquence de la mondialisation et de la déréglementation financière. Il y a une hypocrisie à peine voilée du journal Le monde qui parle à propos de ces révélations de nausée. Ce journal fait bien le délicat alors que lui-même a toujours encouragé la mondialisation qui sans la déréglementation financière n’existerait pas. Il suffit de rappeler que les amendes qui ont été données par le gouvernement américain aux banques qui ont fraudé dépassent plusieurs centaines de milliards de dollars dans le monde, impliquant aussi bien des banques américaines, que suisses, françaises ou allemandes. Le monde avait en juin 2015 avancé la somme monstrueuse de 190 milliards de dollars[1]

      Révélations des Panama Papers et lutte des classes

    Il faut considérer que ces sociétés off-shore sont partie intégrante de la pratique bancaire courante. Mais en outre il faut aussi bien se rendre compte que des sociétés comme la panaméenne Mossack Fonsecca sont légions de par le monde, et donc que nous ne sommes pas au bout de nos peines dans les révélations sur les turpitudes financières des grands de ce monde. Ces boutiques opaques sont le complément obligé du système financier traiditonnel.

    Notez pour bien comprendre l’étendue de ce désastre la déclaration de Ramon Fonseca Mora le cofondateur de Mossak Fonseca : «  c’est un crime et un délit », il ne parlait pas du fait de procéder à une évasion fiscale, ou au blanchiment d’argent sale, mais plutôt du fait que l’on trahissait ainsi le secret professionnel !  Laissant par ailleurs entendre que c’était le résultat d’une lutte sourde entre les pays désireux d’attirer chez eux la gestion de ces immenses fortunes.

    Hollande a réagi assez vite en disant que grâce à ces révélations il allait diligenter des enquêtes fiscales sur les Français mis en cause. On fera juste deux remarques sur ces velléités moralisatrices : d’une part Hollande ne pouvait pas ne pas être au courant en profondeur sur ce système, mais d’autre part, il faut souligner que la reprise en main des banques ne passe pas par des atermoiements. Il y a deux choses à faire : d’abord séparer les banques d’affaire et les banques de dépôt, mais aussi nationaliser le crédit pour le contrôler et éventuellement nationaliser un certain nombre d’établissements bancaires.

     Révélations des Panama Papers et lutte des classes 

    Carte des paradis fiscaux 

    Le goût du secret 

    C’est décidemment une maladie de la finance internationale de vouloir que ses turpitudes restent à l’abri des regards. C’est ainsi qu’au même moment, une autre affaire embarrassante, moins médiatisée, mettait aux prises le FMI et la Grèce au motif que Wikileaks a dévoilé les intentions de tordre un peu plus le cou au peuple grec à travers le rejet d’un énième plan d’austérité[2]. Dans tous les cas, il convient de faire en sorte que les mouvements financiers et leur contrepartie soient à l’abri de tout contrôle démocratique. Dans le même genre faux-cul, Le monde, est à la pointe du combat signifiant qu’il ne donnerait aucune information sur des personnes privées, étant donné que pour ce journal libéral du moment que la loi n’a pas été contournée, il n’y a aucun intérêt à s’interroger sur les origines douteuses des fortunes qui transitent entre les différentes places financières. Pourtant il va de soi que ces possibilités sont un des éléments importants qui permettent le creusement des inégalités et par suite renforcent le délabrement de nos sociétés. Autrement dit ce journal va livrer des informations au compte-gouttes en orientant les débats sur la moralisation du capitalisme et non sur son essence criminelle.

     


    [1] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/23/depuis-le-debut-de-la-crise-les-banques-ont-paye-190-milliards-de-dollars-d-amende_4659984_4355770.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/un-document-publie-par-wikileaks-seme-la-pagaille-entre-athenes-et-le-fmi-561420.html

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