• Retour sur le New Deal

     

    Controverse sur le New Deal et son efficacité

    Prenons le taureau par les cornes. Très souvent, à gauche, on entend dire que le New Deal a été un échec et qu’en réalité la sortie de la crise aux Etats-Unis a été son entrée en guerre et qu’ensuite ces résultats ont été consolidés par les besoins de la reconstruction d’après-guerre. Cela a amené une forte croissance – les Trente glorieuses – et le plein emploi, soutenu par une politique monétaire laxiste dont nous payons maintenant l’addition en termes d’endettement excessif.

    Cette lecture est idéologique, elle ne tient pas compte de la réalité empirique. Certes on peut avoir des opinions divergentes sur le New Deal, et s’il est clair que le New Deal a sauvé le capitalisme de l’effondrement, il est tout aussi clair qu’il a changé le système en profondeur, non seulement pour désigner les voies d’une sortie immédiate de la crise, mais également dans le futur, puisque la prospérité des pays occidentaux s’est perpétuée vaille que vaille jusqu’au début des années quatre-vingt.

    Il est curieux d’ailleurs que cette approche négative du New Deal soit partagée par des auteurs marxistes aussi bien que par des économistes libéraux. Ils se soutiennent les uns les autres. En tous les cas pour ces deux courants de pensée au mieux le New Deal n’a été qu’un palliatif qui a reculé le moment de la vérité. Pour les marxistes c’est le moment de la crise finale qui a été repoussé, et pour les libéraux, les excès du New Deal ont plombé la croissance sur le long terme.

     

    Le contenu du New Deal

      

    Chantier financé par le New Deal 

    C’est une politique radicale de relance de l’emploi et de la consommation. L’Etat fédéral lance des programmes de grands travaux, mais aussi des programmes destinés à embaucher dans tous les secteurs d’activité. Par exemple l’écrivain de romans noirs Jim Thompson – communiste par ailleurs – va être embauché dans un programme de soutien développé dans l’Oklahoma. En échange d’un revenu il s’agit en quelque sorte d’enseigner et de diffuser des techniques de lecture et d’écriture. En même temps l’Etat fédéral développe une politique de protection sociale, aussi bien en ce qui concerne la santé, le chômage que la mise en place de sections syndicales sous la protection de l’Etat justement. La liste de toutes les interventions serait trop longue à développer ici.

    Le plus intéressant est sans doute que cette débauche de projets va être financée par une sorte de nationalisation de fait du crédit. Des décrets sont pris pour obliger les banques des différents Etats de fournir les liquidités nécessaires. On peut dire que c’est d’une nationalisation du crédit qu’il s’agit, et ce d’autant plus que l’on va séparer les banques d’affaires des banques de dépôt, non seulement pour limiter les risques de retour d’une crise financière, mais aussi pour que ce soit l’Etat via la FED, dirigée à l’époque par Mariner Eccles qui garde la main sur la création de monnaie.

     

    Comment évaluer l’efficacité du New Deal ?

    Voyons cela du point de vue des statistiques. Certes les statistiques mentent parfois, mais on peut leur faire confiance en matière de PIB et de chômage, si ce n’est pour les chiffres absolus, au moins pour les tendances exhibées.

    Les deux graphiques suivants montrent clairement que l’économie américaine se redresse dès la fin de l’année 1932 et qu’ensuite elle retrouve grosso modo son allure tendancielle. Il y a certes une petite crise en 1937, mais elle est rapidement combattue. Or les Etats-Unis ne vont rentrer en guerre qu’à la fin de l’année 1941. Mais en vérité il n’y a pas de vraie inflexion, au mieux une légère accélération de la croissance. Il est donc complètement faux de dire que c’est seulement avec l’entrée en guerre des USA que l’économie se redresse. Qui peut avoir intérêt à défendre une telle contre vérité ? Les libéraux évidemment qui vont essayer de démontrer que si le New Deal n’avait pas eu lieu, la reprise eut été encore plus forte et donc qu’en quelque sorte la gabegie de l’Etat rooseveltien a fait plus de mal que de bien. Mais c’est un raisonnement par l’absurde puisque Roosevelt a été élu 4 fois et qu’auparavant les politiques austéritaires des républicains en 1929, 1930 et 1931 avaient plongé l’Amérique dans un chaos qui l’amenait au bord de la guerre civile. C’est un peu comme quand les bureaucrates de l’Union européenne nous disent que certes les résultats économiques ne sont pas brillants, mais qu’ils seraient pire encore si on n’avait pas fait l’Europe. C’est juste de la malhonnêteté politicienne. Je fais remarquer au passage que la politique de Roosevelt a eu des effets moins d’un an après son entrée en vigueur. La politique austéritaire d’Hollande, Merkel et autres européistes coincés n’a toujours pas de résultats cinq ans après sa mise en route. Il est donc probable que la politique austéritaire a prolongé la crise, l’a aggravée.

    Mais les marxistes se laissent également contaminé par ce discours négatif et cela pour deux raisons au moins :

    - la première est qu’ils ne veulent pas admettre même sur le plan intellectuel que la fin du capitalisme n’est pas inéluctable, et que les possibilités de sortie de crise sont nombreuses et variées. C’est ce qu’exposait Marx lui-même d’ailleurs dans les Gründrisse ou dans Un chapitre inédit du Capital.

    - la seconde c’est qu’en s’appuyant sur des analyses d’économistes libéraux reconnus, ils se donnent à bon compte un label de sérieux et de scientificité. Et puis cela leur permet de critiquer vertement les keynésiens ancienne manière qui au fond présentait un modèle alternatif à la fois au marché dérégulé et à une économie planifiée. J’admets volontiers qu’on combatte le modèle keynésien pour des tas de motifs, notamment parce qu’il est fondé sur la marchandise, mais ce n’est pas la même chose que de nier son efficacité.

     

    Les deux graphiques suivants montrent par ailleurs que l’effet sur l’emploi a été direct et durable, et cela toujours avant l’entrée en guerre des Etats-Unis. Et d’ailleurs on peut même ajouter que cela explique pourquoi par la suite, disons jusque dans les années soixante-dix, le plein emploi a été quasiment assuré. C’est parce que le système n’avait pas globalement changé, et que tous les gouvernements, démocrates comme républicains, ont continué à défendre et à étendre le New Deal jusqu’à Reagan. Certes il y a des raisons au fait que Reagan ait mis un terme à toutes les avancées du New Deal et ait livré l’économie américaine au banques privées, nous y reviendrons.

    Les libéraux ont tenté de démontrer qu’en réalité la baisse du chômage n’avait pas eu vraiment lieu, et que les emplois créés par el New Deal étaient en quelque sorte de faux emplois subventionnés qui ne créaient pas de valeur. Là encore le raisonnement respire la mauvaise foi puisqu’il est facile de contester ici et là l’efficacité des emplois dans telle ou telle partie de la sphère privée. Après tout à quoi servent les employés des banques et des assurances ? A quoi servent les policiers et les militaires ? Si on s’en tient à la seule création de valeurs d’usages, il est probable que 90% de l’emploi au moins est du chômage masqué.

    La fin du New Deal

    Les critiques du New Deal, et principalement les libéraux - les économistes de profession étaient d'ailleurs largement hostiles à sa logique, considèrent que son efficacité a reposé sur un endettement massif qui a ensuite généré de l’inflation et de l’endettement. Là encore les chiffres montrent que tout cela est faux. Certes la dette de l’Etat américain a augmentée durant les mandats de Roosevelt. Mais en réalité elle n’a augmenté vraiment que durant la période de la guerre, l’inflation et la croissance forte vont venir à bout de cette dette assez facilement.

    Cependant il n’est pas pertinent de regarder l’endettement que du côté de l’Etat. En effet il est tout aussi grave, si ce n’est plus, que les agents économiques privés, entreprises et ménages, agissent sur la base d’un endettement croissant. Or si nous nous en tenons strictement aux chiffres, nous nous rendons compte que la croissance américaine va à partir des années quatre-vingt, sous l’ère Reagan, se réalisée sur la base d’un endettement croissant. C’est à ce moment-là qu’on dérégulé le système bancaire, c’est-à-dire qu’on a permis aux banques privées de créer autant de monnaie qu’elles pouvaient prêter, et cela sans aucun contrôle de l’Etat. Le graphique ci-dessous montre clairement qu’à partir des années quatre-vingts, tout est fait pour la dette : d’ailleurs les salaires n’augmentant pas, étant bloqués de façon autoritaire – on a brisé les syndicats – les ménages vont faire appel de plus en plus souvent au crédit.

    Ce n’est donc pas le New Deal qui a engendré la dette, mais c’est au contraire l’économie d’endettement qui a permis de mettre un terme au New Deal. Les salaires ont baissé, les profits ont explosés et il a fallu que les ménages paient leurs dettes. A partir de là, il est facile de comprendre que cette compréhension radicale de la demande – aggravé en Europe avec l’idée allemande et lugubre de faire rembourser les dettes jusqu’à la mort – va entraîner le ralentissement de la croissance, le chômage structurel et la crise financière.

     

    Conclusion

     

    Un New Deal serait-il possible aujourd’hui ? Oui et non. Oui, à condition que l’économie se démondialise pour reprendre l’expression de Sapir, parce que sans cela il ne peut pas y avoir d’Etat responsable aux yeux des citoyens. Non si on pense à une croissance de type industriel où la consommation du toujours plus serait le moteur de ce nouveau modèle. Mais une voie peut être trouvée en repensant le travail et le partage de la valeur. 

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