• Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde

     Retour sur le bilan de François Hollande (II) : la place de la France dans le monde

    « L’international fait beaucoup pour la trace qu’on laisse. »[1] Voilà ce que pense Hollande qui sait que son bilan intérieur est déjà jugé catastrophique par les Français. Comme pour tous les présidents avant lui, on doit donc aussi juger du bilan de François Hollande sur la manière dont il s’y est pris pour défendre le rang de la France dans le monde. Si tout n’est pas complètement négatif, il y a bien peu de choses à mettre à son actif. Voilà ce que lui semble retenir de son action de chef de l’Etat sur la scène internationale :

     

    « Ce que je retiens de ce quinquennat sur le plan international, ce sont quatre événements marquants : l’acte d’intervention au Mali, le 11 janvier 2013 ; le discours que je fais devant les ambassadeurs pour l’intervention militaire en Syrie après l’utilisation par le régime d’armes chimiques, en août 2013 – même s’il n’y a pas eu, finalement, d’intervention. Il y a la nuit du 12 février 2015 à Minsk où nous avons négocié avec Angela Merkel et les présidents russe et ukrainien un accord pour le cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine. Il y a enfin cette nuit à Bruxelles qui a décidé du sort de la Grèce. »[2]

     

    L’européisme hollandais 

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    On décèle deux axes : d’une part une politique étrangère qui s’inscrit dans le cadre de la logique d’intégration européenne, et d’autre part une continuité atlantiste avec Nicolas Sarkozy. En ce qui concerne le premier axe, Hollande va suivre, même si c’est avec réticence, l’idée d’imposer des sanctions économiques à la Russie dans le cadre de l’annexion de la Crimée. Dans ce cadre, il ne s’est pas montré le plus jusqu’auboutiste. On sait aussi que depuis maintenant un an il milite pour la levée de sanctions, sans grand résultat.

    En ce qui concerne la crise grecque qui a vu la       capitulation en rase campagne de Tsipras, il semble bien que Hollande ait eu une influence décisive sur la reddition de Tsipras. On remarque que curieusement ce dernier faisait confiance à Hollande, alors que dès le début de son quinquennat, il avait appelé clairement à voter contre Syriza ! Bien que la Grèce ait tout perdu dans cet affrontement avec l’Eurogroupe, Hollande considère que le plus important n’était pas de sauver les Grecs et la Grèce, mais cette abstraction qu’on appelle l’euro et conséquemment l’Union européenne. Et donc pour lui il était important que la Grèce reste dans l’Union européenne et dans l’euro. C’est évidemment un désastre qui ajoute l’ignominie et l’humiliation au malheur. Hollande a essayé de faire pression pour éviter le Brexit, mais sans résultat.

     

    Engagement au Mali 

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    Hollande a eu un peu plus de chance en Afrique. L’engagement de l’armée française au Mali, au début de l’année 2013, à travers l’opération Serval a été couronné de succès. Rappelons qu’il s’agissait d’aider les forces régulières de ce pays qui a des traités d’assistance militaire avec la France, ce qui légitimait l’intervention armée, à se débarrasser des milices djihadistes qui commençaient à prendre peu à peu le contrôle du Nord du pays. L’opération n’a que peu duré, un peu plus d’une année, et elle a été relativement peu coûteuse, l’armée a perdu très peu de soldats et a démontré son savoir-faire. Surf le plan intérieur, Hollande a dû balayer les doutes sur l’utilité de cette opération, Mélenchon, Juppé, Villepin et Giscard avaient critiqué cet engagement, accompagné évidemment du NPA. Cette opération militaire qui a reçu l’appui d’une douzaine de pays, dont les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume Uni, s’inscrit dans une guerre plus vaste en Afrique et au Moyen Orient de l’expansion de l’islam radical comme forme nouvelle de l’organisation politique. C’est en quelque sorte le pendant africain de l’opération plus compliquée en Syrie. En tous les cas ces succès militaires au Mali ont permis à Hollande d’être reçu comme un héros à Bamako. Un bain de foule qu’il a apprécié au regard de la chute spectaculaire de sa popularité. La position de la France en Afrique a été consolidée. 

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    La guerre en Syrie est compliquée 

    L’intervention française directe en Syrie qui a commencé il y a juste un an pose bien plus de problèmes. Non pas parce que l’idée d’une intervention ne serait pas populaire, c’est même l’inverse[3], mais parce que les objectifs ne sont pas très clairs. En effet, il semble bien que les Français comme les Américains aient confondu la nécessité de lutter contre Daesch avec celle de se débarrasser de Bachar el-Assad. Si Obama a encouragé Hollande à intervenir en Syrie, il semble que lui-même ait hésité. C’est ainsi que dans un premier temps la ligne Fabius a triomphé et la France a commencé à armer le Front al-Nosra qui, opposé à el-Assad n’en est pas moins proche de Al Qaïda ! 

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    Il semblerait que maintenant al-Nosra se détache d’Al Qaïda[4], mais ce n’était pas le cas il y a quelques années. Le jeu en Syrie est extrêmement trouble. D’une part parce que les occidentaux ne semblent pas très pressés de liquider Daesch, le plus gros du travail a été fait par les Russes, et d’autre part parce qu’on ne sait pas qu’est-ce que sera l’après-Daesch qui est aujourd’hui bien avancé. Les occidentaux semblent maintenant s’être résignés à se contenter d’abattre Daesch et ne visent plus que le rétablissement des frontières. La divergence initiale des buts de guerre entre la Russie et les Etats-Unis a fait avancer l’idée que ce conflit non seulement avait un enjeu précis en ce qui concerne le pétrole, mais aussi prolongeait la Guerre froide entre les deux pays comme on le voit aussi en Ukraine[5]. On remarque que les médias occidentaux ont relayés la propagande anti-russe[6] tendant à démontrer que les Russes bombardaient plus volontiers les rebelles anti-el-Assad que Daesch proprement dit. Mais cette propagande a fait long feu parce que c’est clairement à partir de l’intervention des Russes que le territoire contrôlé par Daesch s’est rétréci.

    Les choses se compliquent un peu plus avec l’entrée ne scène de la Turquie qui poursuit des objectifs singuliers, facilitant la vente du pétrole de Daesch, faisant du chantage à l’Union européenne à propos des réfugiés syriens pour obtenir des subventions, profitant aussi de la guerre pour tenter de réduire les positions kurdes. Pour toutes ces raisons, même si Daesch perd tous les jours du terrain (ce qui explique que pour conserver son aura les attentats en Europe sont une nécessité), les résultats de l’action de la France sur le terrain sont très mitigés.

     

    La COP21 

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    C’est le grand succès diplomatique de Hollande et de Fabius. 175 pays ont signé l'accord de Paris qui s’est tenu à l’initiative de la France sous l’égide des Nations Unies. Même les journaux de droite l’ont salué[7]. En effet la nouveauté est que la Chine et les Etats-Unis[8], même s’ils n’ont pas encore ratifié l’accord de Paris, l’ont approuvé, ce qui a demandé évidemment de remanié le texte pour éviter qu’il n’apparaisse comme trop contraignant. L’accord ne sera mis en œuvre qu’en 2020 lorsqu’au moins 55 pays l’auront ratifié. Pour l’instant seulement 15 pays l’ont fait, mais l’Union européenne le fera certainement après que les 28 pays l’aient à leur tour ratifié. Mais pour les observateurs l’entrée en vigueur de cet accord pourrait aller beaucoup plus vite que prévu[9].

    Cette victoire diplomatique est-elle cependant suffisante pour contenir le réchauffement climatique ? Certains ont émis des doutes sérieux sur la possibilité de tenir ses engagements parce que le processus ne dispose pas de moyens, et surtout de contreparties contraignantes[10]. S’il est en effet assez facile de se rendre compte des limites de ces engagements, on soulignera cependant qu’ils donnent un contenu juridique aux Etats signataires pour agir eux-mêmes directement. Et donc il est assez clair qu’il s’agit d’une avancée sérieuse. Bien entendu cet accord pourrait être remis en question par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, ou même par le retour au pouvoir de Sarkozy qui a récemment fait part de ses sentiments climato-sceptiques[11].

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    [1] Antonin André et Karim Rissouli, Conversations privées avec le Président, Albin Michel, 2016

    [2] Antonin André et Karim Rissouli, Conversations privées avec le Président, Albin Michel, 2016 

    [3] http://sixactualites.fr/actualites/syrie-56-des-francais-sondes-sont-en-faveur-dune-intervention/17748/

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/08/12/31001-20160812ARTFIG00339-al-nosra-al-qaeda-fath-al-sham-qui-se-cachent-vraiment-derriere-les-rebelles.php

    [5] http://www.slate.fr/story/107781/russie-etats-unis-guerre-procuration

    [6] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20151030.OBS8583/frappes-en-syrie-la-russie-epargne-largement-daech.html

    [7] http://www.lepoint.fr/environnement/cop21-un-immense-succes-diplomatique-mais-un-echec-climatique-13-12-2015-1989602_1927.php

    [8] http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/09/03/01008-20160903ARTFIG00053-cop21-la-chine-et-les-etats-unis-ratifient-l-accord-de-paris-sur-le-climat.php

    [9] http://www.natura-sciences.com/environnement/cop21-ratification-accord-paris975.html

    [10] https://reporterre.net/Climat-qu-y-a-t-il-vraiment-dans-l-accord-de-Paris

    [11] http://www.marianne.net/hallucinant-virage-climato-sceptique-nicolas-sarkozy-100245751.html

    « Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016.Lire Debord, coordonné par Laurence Le Bras & Emmanuel Guy, L’échappée, 2016 »
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