• Retour sur le bilan de François Hollande (I) : l’économie de la France

     Retour sur le bilan de François Hollande (I) : l’économie de la France

    Maintenant que la campagne pour les présidentielle est lancée, il est temps de commencer à dresser le bilan de la politique de Hollande[1]. Contrairement à beaucoup, je suis de ceux qui pensent que Hollande a été un président très actif, très volontaire. On le présente comme quelqu’un de mou, c’est faux, c’est quelqu’un d’obstiné jusqu’à l’entêtement imbécile qui suit d’ailleurs une ligne politique bien construite, même si cette ligne ne nous plait pas et même si elle n’a pas de résultat positif. On ne suivra pas cet imbécile de Macron qui s’est paré en même temps que des plumes du paon, du costume du traître de service et qui raconte partout que finalement si les choses ont mal tourné, ce n’est pas que la politique économique dont il est le concepteur depuis 2012 était mauvaise, mais qu’elle a été insuffisamment approfondie. C’est au contraire parce qu’il a écouté bêtement Macron qu’Hollande a conduit une politique catastrophique. Le noyau de cet échec est bien entendu la politique économique parce que c’est cela que les gens ressentent en premier lieu, le chômage reste élevé, la croissance est faible et les salaires stagnent. Mais Hollande a aussi engagé d’autres réformes qui sont toutes des échecs ou inutiles.

     

    Des réformes tout azimut 

    Trois réformes phares ont été engagées par Hollande : la réformes des collectivités territoriales, le mariage pour tous et enfin la loi dite El Khomri.

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    Cette réforme des collectivités territoriales a été présentée essentiellement à travers le regroupement des régions, 22 régions avant la réforme et 13 réformes ensuite pour ce qui concerne la métropole. Deux idées soutenaient la réforme : d’une part cela générerait des économies budgétaires, on parlait de 10 à 15 milliards par an d’économie, et ensuite cela améliorerait l’attractivité des régions dont la taille se rapprocherait des Länders allemands, car les gouvernements successifs ceux de Sarkozy aussi bien que de Hollande n’ont pas d’autre horizon que de vouloir copier l’Allemagne. En réalité cette réforme mal taillée non seulement n’économisera rien du tout – en personnel ou en investissements puisqu’il faudra toujours assurer les mêmes missions – mais elle aura un coût supplémentaire dans un premier temps environ 300 millions d’euros par an[2]. Cette réforme des collectivités territoriales apparaît essentiellement comme le produit d’une bureaucratisation croissante de l’Etat : elle a sans doute été présentée à Hollande comme une possibilité d’apparaître comme une sorte de grand modernisateur et aménageur du territoire.

    La loi El Khomri est une loi très dure, même Sarkozy n’avait pas osé faire ce genre de réforme, craignant une mobilisation de la gauche et des syndicats : comme on s’en souvient le cœur de la loi est l’inversion des normes, c’est-à-dire la possibilité quasiment infinie de négocier des accords de branche et d’entreprise qui seraient inférieurs à la loi générale. C’est évidemment une réforme très à droite qui remet en question le droit du travail, sans doute la réforme la plus à droite en France depuis le Maréchal Pétain. Cette loi qui a déchaîné les passions et qui a mobilisé la gauche comme jamais, a entraîné un mouvement de contestation qui a duré des semaines et des semaines – ce que Hollande n’avait sans doute pas prévu. Il a ravivé le spectre de Mai 68 avec ses prolongements de type Nuit debout. Mais en tous les cas il a clairement classé le P « S » dans le camp des partis de droite. Le discrédit a atteint bien au-delà du P « S », il a aussi désavoué la CFDT qui est maintenant qualifié de syndicat jaune. On note enfin que cette loi a remis en selle la CGT comme un syndicat revendicatif. Et cerise sur le gâteau l’obstination du gouvernement à faire passer cette loi pourrie à coups de 49-3, a refondé une unité syndicale qui n’existait plus depuis longtemps et qui marginalise comme jamais la CFDT qui apparait comme le seul soutien important du P « S » façon Hollande. Cette loi a montré plusieurs choses :

    - d’abord que Hollande avait de la suite dans les idées, car contrairement à ce que dit la droite officielle, Sarkozy en tête, le cœur de la loi a bien été préservé malgré les manifestations massives et les critiques[3] ;

    - ensuite que le gouvernement Hollande était directement au service du MEDEF. Car tout économiste ayant fait un peu des études sait très bien qu’il n’y a aucun lien entre flexibilité du marché du travail et emploi. Sinon évidemment la Grèce ou l’Espagne aurait un chômage bien plus faible que la France. En vérité, le but de cette loi était principalement de restaurer la hiérarchie patronale et de combattre la démocratie dans l’entreprise et éventuellement d’accroître les profits.

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    Cette loi disqualifie totalement Hollande pour se présenter comme le héraut de la gauche, fut-elle réformiste. Elle a, de fait, brisé la possibilité de rassembler la gauche au premier tour des présidentielle. C’est plus qu’une faute stratégique, c’est une erreur tactique qui fait que Hollande restera sans doute le président le plus impopulaire de la Vème République et qu’il n’a aucune chance de passer le premier tour. La colère populaire engendrée par la loi El Khomri a déclenché une violence récurrente contre les permanences du parti au pouvoir. Le désaveu de la population est tel que les socialistes ont dû renoncer à tenir leur université d’été[4] obligeant les élus qui restent à raser les murs.

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    L’échec de la politique économique 

    L’échec économique de Hollande et de ses gouvernements est d’abord dans le fait qu’il a suivi exactement la politique de Sarkozy en l’aggravant. Le graphique ci-dessous montre clairement que la tendance à la hausse continue du chômage suit la même pente depuis l’élection de Sarkozy. Bien évidemment on ne niera pas le fait qu’en 2016 il y a une amélioration de la situation, mais comme nous l’avons déjà dit, cette amélioration est conjoncturelle – elle est le résultat de la baisse du coût des matières premières et de la baisse de l’euro – et surtout elle est insuffisant pour effacer les années de hausse continues. La raison de cette inefficacité de la politique hollandaise (inspirée par le faible Macron) provient d’abord d’une erreur de diagnostic. Depuis 2008 nous sommes face à une crise de la demande, et on ne soigne pas une crise de la demande en relançant l’offre. Le CICE coûte ainsi 20 milliards d’euros à l’Etat par an. Ce transfert des ressources publiques vers le secteur privé était censé créer 1 million d’emplois. En trois ans c’est donc 60 milliards qui ont été transférer vers le secteur privé. Les études ne sont pas très sûres, mais il semblerait que le CICE ait permis la création nette de 20 000 emplois par an. Ce qui veut dire que chaque emploi créé grâce au CICE coûte environ 100 000 € ! Ce qui est exorbitant, en tous les cas bien plus cher pour les finances publiques que d’embaucher des fonctionnaires, policiers ou enseignants. L’exemple du CICE montre clairement que l’allègement des charges n’est pas la bonne voie pour créer massivement des emplois[5]

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    Evidemment la France paye chèrement l’adoption des politiques européennes d’austérité et l’adhésion à l’euro qui va avec. Comme nous le voyons dans le tableau ci-dessous, la croissance de la France est faible par rapport à l’ensemble de la zone euro, mais la croissance de la zone euro est bien plus faible que celle de la Suède et du Royaume-Uni qui n’utilisent pas l’euro et donc qui ne sont pas pénalisés par les politiques restrictives budgétaires imposées par la Commission européenne, et qui, ayant conservé leur souveraineté monétaire, peuvent défendre l’idée d’un équilibre du commerce extérieur en modifiant le taux de change de leur monnaie. La France paye donc à la fois les politiques austéritaires, mais également l’appartenance à la zone euro.

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    La soumission de la France aux impératifs abscons de l’Union européenne se traduit évidemment par un solde commercial déficitaire. Curieusement alors qu’on se préoccupe de déficit budgétaire, on ne se préoccupe guère du déficit commercial. Or ce dernier est pourtant un guide plus sûr pour la politique économique. En effet lorsque nous sommes en déficit commercial, cela signifie clairement que nous transférons des emplois directement à l’étranger. Regardons le tableau ci-dessous, nous voyons que c’est directement à partir de l’entrée de la France dans l’euro que le solde commercial se dégrade sérieusement. C’est la conséquence du fait que la monnaie ne plus être dépréciée. Les économistes classiques (à la suite de William Petty) enseignaient que lorsque la balance commerciale était excédentaire, la valeur de la monnaie devait grimper, freinant les exportations et facilitant les importations, à l’inverse un déficit du commerce extérieur devait être corrigé par une baisse de la valeur de la monnaie et donc relancer les exportations et freiner les importations qui devenaient alors plus chères. C’est évidemment le plus gros défaut de l’euro que d’empêcher que la valeur de la monnaie utilisée s’ajuste à la compétitivité du pays. C’est ce qui engendre la ruine des pays du sud de l’Europe – la Grèce en particulier – et les énormes excédents de l’Allemagne. Ajoutons que le déficit commercial équivaut à un transfert d’emplois du pays déficitaire vers le pays excédentaire. On compte que depuis l’entrée de la France dans l’euro, nous transférons chaque année 20 000 emplois vers l’Allemagne – il n’est donc pas étonnant que ce pays ait besoin d’une main d’œuvre abondante.

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    On voit dans le graphique ci-dessous que la santé du commerce extérieur en France ne s’est pas vraiment améliorée durant le quinquennat de François Hollande. Deux lectures peuvent être données de cet échec : la première est une lecture de droite qui suppose que la mondialisation est sans retour, et donc que le déficit commercial est la marque d’un manque de compétitivité. C’est la lecture de Hollande qui se lance donc dans une politique de stagnation de salaires et donc une restauration des profits. C’est toujours la même chanson depuis Raymond Barre en 1976 : les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Cette politique presqu’universelle et constante dans le temps montre 40 ans après qu’elle est erronée, la croissance n’en finit pas de décliner et le chômage structurel apparaît comme impossible à faire reculer. La seconde lecture consiste justement à considérer que non seulement la crise dans laquelle nous sommes embourbés est une crise de la demande, et donc qui ne peut pas être combattue par une relance de l’offre, mais qu’elle est aussi le résultat de la mondialisation, et que celle-ci peut être combattue.

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    Ainsi, si on se fixe l’équilibre du commerce extérieur comme objectif prioritaire, alors il faut en finir avec la mondialisation, sortir de l’Union européenne et restaurer la souveraineté de l’Etat. Toute politique de l’offre qui viserait par une baisse des charges pour retrouver de la compétitivité, est vouée à l’échec électoral comme à l’échec économique, ainsi le prouvent les quinquennats jumeaux de Sarkozy et Hollande. On remarque incidemment que c’est cette politique de l’offre en matière de produits agricoles qui est à l’origine de la ruine des agriculteurs français qui subissent la déferlante des produits allemands issus des fermes industrielles.

    Le dernier point que nous examinerons aujourd’hui est la question lancinante de la dette publique. Il est clair que le solde budgétaire s’est nettement amélioré sous le quinquennat de Hollande pour se rapprocher des exigences de Bruxelles, les fameux 3%. Cependant, on note que compte tenu de la faible croissance économique, cela ne pouvait pas permettre un recul sérieux de la dette publique qui a continué mécaniquement à augmenter et frise maintenant les 100%. On note en outre que cette amélioration du solde budgétaire a été obtenue avec un retrait sensible de l’Etat dans des domaines importants. Les coupes dans les dépenses sociales sont toujours le contrecoup des politiques de l’offre.

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    Les différents candidats de droite aux élections présidentielles de 2017, histoire de se démarquer de Hollande qu’ils tentent de faire passer pour un « socialiste » ont tous affirmé qu’ils allaient poursuivre la voie du « choc fiscal ». Évidemment une baisse des impôts – lesquels ? –  ne peut exister dans des compensations, soit on coupe dans les dépenses de l’Etat, soit on laisse filer les déficits. La première solution est difficile, parce qu’on a déjà beaucoup taillé dans les dépenses sociales et continuer dans cette voie risque d’engendrer des mouvements populaires violents. Sarkozy prétend mettre en œuvre une réduction de 100 milliards de dépenses publiques, et en même temps une baisse des impôts de 25 milliards[6]. Outre que ces 100 milliards seront difficiles à trouver, il cible ces baisses de 25 milliards essentiellement sur les plus favorisés : c’était l’erreur fiscale de son début de mandat, le fameux TEPA. Mais laisser filer le déficit n’est plus possible avec le fameux traite européen dit « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG) approuvé par Sarkozy ratifié par Hollande. La seule solution restant est de sortir évidemment de l’UE et de dénoncer ce traité.

     

     


    [1] J’avais déjà commencé à le faire en avril dernier http://in-girum-imus.blogg.org/bilan-du-quinquennat-de-francois-hollande-a125573248, mais on peut le faire plus complètement aujourd’hui.

    [2] http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/regions-le-prix-de-la-reforme-30-09-2015-5141403.php

    [3] On rappelle que 70% de la population reste opposée à la loi

    [4] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/07/03/le-premier-secretaire-du-parti-socialiste-souhaite-reporter-ou-suspendre-l-universite-d-ete-du-ps-prevue-a-nantes_4962801_823448.html

    [5] https://jscheffer81.wordpress.com/2016/07/21/credit-impot-pour-la-competitivite-et-lemploi-cice-un-cout-exorbitant-sans-creation-demploi/

    [6] http://www.latribune.fr/economie/france/le-big-bang-fiscal-et-social-de-nicolas-sarkozy-resiste-t-il-aux-faits-548620.html

    « L’islamo-fascisme existe bel et bien, la preuve par Lesquen !Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser, Flammarion, 2016. »
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