• Retour à la politique ordinaire

     Retour à la politique ordinaire

    La politique cependant impose son calendrier. Macron doit nommer un premier ministre qui sera capable de réunir une majorité afin de pouvoir gouverner comme il l’entend. Bien que les sondages donnent une majorité possible pour le mouvement En Marche, il n’est pas du tout assuré que l’Assemblée lui soit acquise[1]. En effet si les Français sont légitimistes, ils ne sont que 22% à vouloir voter pour un candidat de La République En Marche. Ce n’est pas un raz de marée, c’est à peine si LREM arrive en tête devant les autres partis. Au passage on remarquera que LREM, nouvelle coquille pour un nouveau parti destiné à produire une nouvelle majorité, reprend deux éléments de marketing politique : les deux premières lettres (LR) sont volées au parti de la droite traditionnelle, et les deux autres sont les initiales du président lui-même ! Le culte de la personnalité qui repose évidemment sur la gestion des images n’est pas près de s’arrêter !

    Revenons au sondage qui circule. En vérité il indique que le paysage politique est largement éclaté : on aurait à peu près les résultats suivants :

    1. En Marche avec 22% ;

    2. Les Républicains avec 20% ;

    3. Le Front National aussi avec 20% ;

    4. La France Insoumise avec 19%.

    Le P « S » étant quasiment condamné à la disparition. Ces chiffres ont à peu près les mêmes que lors du premier tour des élections présidentielles. Mais à partir d’eux il est très difficile d’en tirer des conclusions sur ce que sera l’Assemblée Nationale le 18 juin, après le deuxième tour. D’abord parce que c’est un scrutin à deux tours qui peut démultiplier les triangulaires dans un système politique en voie de recomposition. Ensuite parce que ce sondage a eu lieu juste après l’élection de Macron. Or, depuis le 7 mai, l’image du nouveau président se dégrade tous les jours un peu plus et le ramène à un politicien ordinaire qui magouille d’un côté à l’autre. L’épisode où on l’a vu tenter de tuer définitivement Manuel Valls qui est pourtant exactement sur la même ligne politique, est assez symptomatique de son caractère rancunier[2]. 

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    Les contours d’une majorité ne peuvent pas encore émerger aujourd’hui, ni même d’ici au 18 juin. En effet non seulement il semble que Les Républicains soit plus solide que prévu, mais les candidats LREM risquent d’avoir du mal à s’imposer quand ils ne sont pas des vieux chevaux de retour. Bayrou est monté au créneau pour rappeler à Macron ce qu’il lui devait et donc de réclamer des circonscriptions pour son parti, le MODEM. Pour calmer la colère de Bayrou on a donc fait des entorses à la soi-disant règle édictée par Macron, on ne donnerait pas d’investiture à ceux qui avaient exercé trois mandats. Ainsi Marielle de Sarnez a été sauvée au prix de circonvolutions lexicales : comme elle se présente à la députation pour l’Assemblée Nationale on dit que les mandats de député européen ça ne compte pas ! Donc avec Macron si on veut faire une carrière politique, il faut savoir changer de mandat en cours de route ! 

    La farce de la société civile 

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    Histoire de moraliser la vie publique Macron promettait d’investir des personnalités issues de « la vie civile ». Comme on le voit, ce concept est flou quand il est mis en œuvre. L’exemple de Gaspard Gantzer est éloquent. Il devait être investi au nom de la cette fumeuse société civile en Île-et-Villaine. Mais devant le tôlé engendré par une telle annonce, il a dû renoncer. C’est qu’en effet il était surtout connu comme le grand communiquant de François Hollande à l’Elysée. Outre qu’on ne peut pas dire que dans cette fonction il ait fait preuve d’une grande compétence – à moins que son but ait été de plomber l’ancien président, il aurait été en effet présenté à Hollande par Macron – il est difficile de le faire passer pour autre chose qu’un politicard qui vit de la politique et qui s’en sert. 

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    Les candidatures dites de la société civile tournent rapidement à la peopolisation – ce qui semble être le mot d’ordre de Macron pour tout son quinquennat. On va trouver par exemple Cédric Villani, un mathématicien habitué des plateaux télévisés où il revend en tranches successives sa médaille Fields[3]. Ou encore Marie Sara, une grande habituée de la tauromachie, ce qui ne va pas faire plaisir à ceux qui défendent la cause animale. Cette farce de la société civile à mon avis va vite retomber une fois les élections passées, entre autres choses parce que Macron va comprendre que pour faire de la politique comme il l’entend, c’est-à-dire pour avoir une majorité de godillot à l’Assemblée, il a besoin des pros de la politique. Et du reste c’est ce que nous allons voir avec la nomination du premier ministre Edouard Philippe. 

    Un barbu à Matignon, pour quoi faire ?  

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    La nomination d’Edouard Philippe, le maire du Havre, peut étonner. En effet, on peut se demander à quoi servira ce médiocre politicard issu des rangs de LR. On sait qu’en tant que député il a été plutôt absent que présent[4], et que par ailleurs il est dans des relations d’affaires assez compliquées avec Areva, au point d’être accusé de participer au pillage de l’uranium en Afrique[5]. Venant de la mouvance rocardienne, il a suivi le programme de décervelage des Youngs leaders. Mais surtout quelques mois plus tôt dans un article publié par Libération, il crachait son venin sur… Macron[6]. Je passe sur le fait que Macron racontait à qui voulait l’entendre qu’il voulait nommer une femme premier ministre. Le journal Les Inrockuptibles se délectait de cette bonne nouvelle[7]. C’est tellement moderne ! C’est pour cela qu’on appelle Edouard Phillipe la femme à barbe, et Macron le mari de la femme à barbe. Macron ajoutait cependant – pour ne pas passer pour un menteur intégral – qu’il privilégierait la compétence. Soit, il n’y aurait donc pas de femme compétente dans son entourage. Il serait bien mal entouré, ou encore on pourrait dire que les femmes compétentes désertent son entourage ! 

    Retour à la politique ordinaire 

    Rapidement les informations sur Edouard Philippe ont commencé de circuler. On l’a décrit comme un parlementaire absent, sans envergure, un mauvais écrivain, mais aussi comme un anti-écologiste et surtout avec des problèmes de déclaration de patrimoine[8]. Bref pour le renouvellement et la moralisation de la vie politique on repassera. Les Français ne semblent pas convaincus par cette nomination, c’est le moins qu’on puisse dire[9]. Mais il y a pire, c’est que des journaux comme Le monde ou L’Obs semblent très déçus par cette orientation très droitière, affairiste et anti-écologiste. Le monde vient de sortir deux articles ravageurs sur Edouard Philippe, le premier sur le peu d’appétence de Philippe pour la transparence[10], et le second sure les accointances du nouveau premier ministre avec le lobby du nucléaire[11].

    Cette nomination semble déjà ratée parce qu’elle est un repoussoir assez facile pour l’opposition à Macron qui va s’organiser. Le but avoué de Macron est d’utiliser Philippe non pas pour ses compétences de premier ministre, mais plutôt pour briser la droite. C’est du moins ce que vendent les journaux qui le soutiennent[12]. Deux remarques doivent être faites à ce sujet : le première est que Macron ne veut pas briser la droite, mais la reconstruire autour de son parti LREM. Cette droite serait la même que l’autre sur le plan économique et social, mais elle valoriserait un peu plus le libéralisme intellectuel, le cosmopolitisme et l’européisme ; la seconde est qu’il n’est pas certain que ce pari aboutisse et que Edouard Philippe soit le bon homme au bon endroit. Je pense pour ma part qu’il s’agit clairement de la fin de l’UMP devenu LR, dont l’ambition était de créer un parti unique de droite. On va donc s’acheminer sans doute vers une droite dure – tendance Wauquiez qui va tenter de récupérer des voix sur le FN – et une droite dite molle comme l’était dans le temps la droite giscardienne qui sera incarnée par LREM, le MODEM et l’UDI disparaissant purement et simplement. Le temps presse, et il n’est pas certain que cette recomposition se fasse d’ici le mois de juin, auquel cas, LR pourrait avoir suffisamment de députés pour contrarier l’ambition de Macron.

    En tous les cas on peut parier que cette tambouille électorale à l’ancienne va refroidir les enthousiasmes pour le nouveau président, et celui-ci va vite apparaître comme un candidat élu par défaut. Les pitreries de sa femme qui aime afficher ses toilettes ridicules, ne suffiront pas longtemps à masquer tout ça.

     

     


    [1] http://www.francesoir.fr/politique-france/macron-legislatives-en-marche-aurait-une-majorite-avec-une-courte-avance-selon-un-sondage-sondages-assemblee-nationale-deputes-resultat-legislative

    [2] http://www.lepoint.fr/legislatives/pour-valls-macron-est-mechant-et-n-a-pas-de-limites-14-05-2017-2127245_3408.php

    [3] Villani est impliqué depuis plusieurs années dans le think tank pro-européen Europa-Nova, boutique de propagande financée par l’Union européenne, il a fait aussi partie de la promotion 2012 des Youngs leaders financés par la French-American Foundation.

    [4] https://www.marianne.net/politique/edouard-philippe-premier-ministre-un-cancre-de-l-assemblee-pour-diriger-la-majorite-de

    [5] http://laminedinfos.fr/2017/05/16/declaration-de-patrimoine-lobbying-chez-areva-absenteisme-les-casseroles-dedouard-philippe/

    [6] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/05/15/ce-qu-edouard-philippe-ecrivait-sur-macron_5128029_823448.html

    [7] http://www.lesinrocks.com/2017/03/news/emmanuel-macron-veut-nommer-une-femme-premier-ministre-sil-est-elu/

    [8] https://francais.rt.com/france/38360-declaration-patrimoine-lobbying-chez-areva-absenteisme-casseroles-edouard-philippe

    [9] http://www.ouest-france.fr/politique/edouard-philippe/un-francais-sur-trois-approuve-la-nomination-d-edouard-philippe-4994760

    [10] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/05/16/le-peu-d-appetence-d-edouard-philippe-pour-la-transparence-de-la-vie-publique_5128676_823448.html

    [11] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/05/16/edouard-philippe-un-chef-de-gouvernement-pas-tres-vert_5128693_3244.html

    [12] https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/edouard-philippe-premier-ministre-comment-emmanuel-macron-veut-fracturer-la-droite_473551

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