• Résultats du second tour et la suite

     Résultats du second tour et la suite

    L’échec du Front national 

    Macron élu, comme prévu, l’oligarchie et ses journaux ont célébré leur lâche soulagement, avec l’idée de commencer à mettre en scène un vote d’adhésion à la personne du nouveau président.  Le résultat est donc sans surprise : comme les sondages l’indique depuis plusieurs années, 2 Français sur 3 ne veulent pas du Front national, même quand celui-ci tente de se dédiaboliser et de se donner une allure respectable. Autrement dit Marine Le Pen qui a fait une très mauvaise campagne n’a pas réussi à briser « le plafond de verre ». C’est d’ailleurs pour cette raison que Marien Le Pen été Florian Philippot ont annoncé dès hier soir que le Front national allait se transformer en une nouvelle force politique, donc changer de nom : encore que Marine Le Pen aura du mal à changer son nom qui reste attaché aux turpitudes de son père. Néanmoins, on peut considérer que si son score est très bas par rapport aux attentes, c’est aussi le résultat d’une très mauvaise préparation : c’était flagrant lors du débat de second tour, elle n’était pas capable de défendre clairement un programme de rupture sur la question européenne. Et ce n’était pas parce que Macron était particulièrement brillant, essentiellement c’est parce qu’elle n’y croyait pas et qu’elle n’avait pas assez travaillé ses dossiers. Néanmoins cet échec peut être tempéré par le fait que le Front national n’a jamais été réuni autant de voix sur son représentant : en 2002 Jean-Marie Le Pen réunissait 5 millions et demi de suffrages, soit 17,8%, sa fille double quasiment ces chiffres, passant la barre des 10 millions de voix, soit près de 34%. 

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    Elle avait pourtant très bien commencé sa campagne du deuxième tour en allant soutenir les travailleurs de Whirpool envoie de délocalisation, marquant ainsi son ancrage dans un vote populaire. Mais elle a été incapable de continuer ainsi. Elle a été d’un côté de l’autre, ajoutant à la confusion sur l’Europe, notamment dans une espèce der valse-hésitation sur la question de l’euro, notamment quand elle a présenté son accord avec Nicolas Dupont-Aignan. Les médias ont eu alors beau jeu de souligner ses incohérences. Elle paye aussi la légèreté de ses déclarations sur la Rafle du Vel’ d’Hiv, ce qui est pain béni pour les soutiens de Macron[1]. En effet on a plus remarqué cette bévue que l’hypocrite visite du jeune banquier au Mémorial de la Shoah qui était pourtant tout aussi choquante[2].

     

    La victoire en demi-teinte de Macron 

    Macron élu, c’est un peu comme si on avait reconduit Hollande à l’Elysée. En effet, la politique économique du nouveau président sera exactement la même que celle de l’ancien. Et pour cause, puisque c’est Macron qui a dirigé la politique économique de la France depuis 2012 ! D’abord comme conseiller économique, puis comme ministre de l’économie, ce sont ses initiatives qui ont été retenues, que ce soit en ce qui concerne la non réforme du système bancaire, le CICE ou encore la trop fameuse loi El Khomri. Tout comme Hollande, Macron est en effet libéral, c’est-à-dire pour le démantèlement de l’Etat et un gouvernement par les marchés, et un européiste, c’est-à-dire qu’il admet, en bon collaborateur, la nécessité de répondre positivement aux injonctions de l’Allemagne en matière de réformes structurelles (ces réformes qui vont toutes dans le sens d’une déflation salariale mortelle). Il a été adoubé par l’Allemagne conservatrice la pire qui soit, celle de Schaüble, celle qui s’applique à piller la Grèce jour après jour, ce même Schaüble qui s’est nommé lui-même à la tête de la cellule de défaisance des biens publics grecs pour faire des affaires[3].

    Mais au-delà la victoire de Macron est d’abord celle d’un énorme coup de chance – l’élimination de Fillon – et d’un marketing parfaitement bien rodé. Candidat des milliardaires, Bolloré, Arnault, Niel, Drahi, Niel et quelques autres, il avait avec lui l’essentiel de la presse, des radios et des chaînes de télévision. Maniant le mensonge avec constance, cette presse aux ordres s’est particulièrement illustrée par sa bassesse. La palme revenant sans doute à Libération qui manipulait les chiffres d’une manière grossière pour faire voter les électeurs bien comme il faut. Alors même que les sondages donnaient une large avance à Macron, Libération, le journal du milliardaire Drahi, continuait à jouer sur la peur, sans même analyser la réalité de cette « menace ». Ce journal qui a commencé sa résurrection par un maoïsme flamboyant, est devenu au fil des années le véhicule de la bien-pensance la plus grossière. Certes il n’a plus beaucoup de lecteurs, mais la façon dont il se vautre dans la soumission pour véhiculer la peur est tout à fait symptomatique d’une profession complètement faisandée. Qu’on ne m’accuse pas de complaisance avec le FN ou Marine Le Pen, je ne vote pas pour le FN, je l’ai dit  et répété des dizaines de fois, mais j’ai du mal à admettre cette violence à son endroit qui s’accompagne le plus souvent d’une incapacité intellectuelle à analyser sa progression.

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    Macron a fait une campagne tout à fait digne de Sarkozy en 2007. En effet, il a réussi à se présenter comme un homme nouveau, en rupture par rapport à Hollande, comme Sarkozy l’avait fait par rapport à Chirac. Les électeurs qui ont voté pour lui ne se sont guère posé la question suivante : sur quels points précisément Macron est-il différent de son mentor ? Sur la destruction du droit du travail ? Sur la question des rapports avec l’Allemagne, sur l’Europe ? Ils seraient bien incapables de répondre. Il est d’ailleurs remarquable que les économistes qui soutenaient Hollande aient dans le même mouvement soutenu Macron de la même manière, avec les mêmes arguments qui le plus souvent frisaient imbécillité. 

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    Malgré cette débauche d’entre les deux tours, les résultats ne sont pas vraiment à la hauteur pour Macron. Jacques Chirac en 2002 décrochait la timbale avec 25 millions de voix et plus de 82% des suffrages. En 2017 Macron dépasse à peine les 20 millions, alors qu’entre temps le nombre d’inscrits a augmenté de 4 millions. La première évidence est que l’antienne de la lutte antifasciste commence à être éculée : la parodie de fascisme du FN mérite-t-elle une parodie de lutte anti-fasciste ? Ce n’est pas un vote d’adhésion, loin de là. La figure suivante, résultant d’un sondage de sortie des urnes montre que le vote Macron est d’abord un vote de rejet de Marine Le Pen, et très peu d’une adhésion à son programme. Avant même que de prendre ses fonctions la semaine prochaine, il a déjà le statut d’un président minoritaire, comme Trump ! 

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    C’est en effet l’autre événement important : si on additionne les abstentions, les votes blancs ou nuls, on arrive pratiquement à un tiers de l’électorat, soit plus de 14 millions de voix. C’est dire évidemment qu’une grande partie de la population qui rejette Marine Le Pen se méfie, à juste titre, de Macron et de son programme. La presse dite de gauche s’est fait remarquer par son soutien indécent autant qu’indirect au banquier Macron, avec l’idée qu’il est plus urgent de stopper Le Pen que le petit banquier, alors même que tous les sondages donnaient Macron largement vainqueur. Cette gauche-là n’est pas prête de se remettre de ses errements : en effet, il est difficile d’appeler à voter pour Macron le dimanche et de mobiliser pour les luttes sociales le lundi. Il faut souligner aussi l’irresponsabilité de Philippe Martinez qui a appelé à voter contre Marine Le Pen[4], ce qui prouve, outre que ce sont des pratiques de l’ancien temps, qu’il connait bien mal sa base ! Qu’on ne vote pas pour la candidate du Front national cela se comprend, mais qu’on vote pour le représentant du grand capital financier, c’est au-delà de toute analyse sérieuse, cela ressort plus de la posture que de la tactique politique. 

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    C’est ici qu’on mesure à quel point le peuple est abandonné par les soi-disant élites qui prétendent parler pour lui : si la gauche avait été unanime à appeler à l’abstention, les résultats auraient été différents : on aurait sans doute eu Macron élu avec 55% des suffrages et une abstention à 40%. Ce qui évidemment aurait été un atout supplémentaire pour les luttes qui sont à venir. Le maximum de la confusion est sans doute atteint par la position du PCF qui n’a même plus l’idée de ce qu’il doit faire pour les élections législatives à venir : prendre une position claire et nette contre Macron, ou passer encore des alliances troubles avec le P « S » pour sauver quelques sièges. En tous les cas on remarque que des millions d’électeurs ont tenu bon et ne se sont pas laissés avoir par les injonctions à aller voter pour « le moins pire ». Parce que dans la mesure où Marine Le Pen elle-même ne croyait pas à la victoire, aller voter pour Macron revenait simplement à adouber le candidat de l’oligarchie européiste. L’abstention a été la plus élevée des élections présidentielles depuis 1969, et les bulletins blancs ou nuls ont battu des records. La gauche sans idée, cette gauche qui d’une manière ou d’une autre ne combat plus contre le capitalisme, n’a plus que l’antifascisme comme horizon, et c’est ce qui explique sa vacuité.  

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    Les luttes à venir 

    Les électeurs ont donc envoyé trois messages :

    - le premier est un message de grande méfiance au nouveau président ;

    - le second est un rejet de Marine Le Pen et du Front national pour son incohérence programmatique autant que tactique ;

    - et le troisième est une sanction à l’endroit de la gauche – celle de Mélenchon – pour son manque de clarté dans ses perspectives et l’application de son programme. C’est de ce point que nous devons partir si nous voulons sortir de la confusion.

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    Nous savons que les luttes à venir vont être difficiles et que Macron et sa clique vont agir rapidement par ordonnances pour détruire ce qu’il reste du droit du travail et de la protection sociale. Pour cela il peut compter sur les députés qui vont sortir des urnes en juin prochain. En effet Les Républicains et les députés P « S », du moins ce qu’il en restera, viendront se joindre facilement au nouveau parti de Macron, En Marche, qui va recycler tout le ban et l’arrière ban de ces députés qui ont gouverné la France depuis 1983. En Marche en effet sera représenté par une multitude de députés venant de la droite du P « S », du MODEM et de l’UDI, ou encore des juppéistes lassés de se retrouver dans l’oppositions. Les quelques petits nouveaux seront de toute façon imprégnés de cette pensée unique qui nous dit qu’en dehors de l’Europe et de ses contraintes de déréglementation des marchés, il n’y a pas de salut. Les élections sont sans doute terminées, et Macron obtiendra une majorité pour gouverner, quel que soit le spectacle que les uns et les autres tenteront de monter autour de l’idée d’opposition. Place est donc à la lutte dans la rue pour les cinq ans à venir puisqu’il faudra bien se mobiliser pour lutter contre « la loi El Khomri multipliée par 10 » que le jeune banquier veut imposer, il n’est pas assez intelligent pour y aller comme Hollande par petits pas. Pour le reste il est clair que la politique économique de Macron échouera, comme celle de Sarkozy et de Hollande ont échoué avant lui, parce que c’est la même logique qui la sous-tend, parce qu’elle se plie aux injonctions de Bruxelles, alors même que l’Union européenne et l’euro sont de plus en plus rejetés. Et comme Macron est un vrai libéral, il est très probable qu’il aggravera les choses par une politique migratoire débridée – ce que Hollande avait tout de même évité en refusant de se plier sur ce point aux diktats allemands – c e qui plaira sans doute à Libération mais qui le privera rapidement d’un socle populaire. On va revoir sans doute fleurir l’idée que « l’immigration est une chance pour l’économie » et donc par suite il est facile de prévoir une nouvelle montée du Front national, ou du parti qui va lui succéder aux prochaines élections. 

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    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [2] http://www.causeur.fr/emmanuel-macron-memorial-shoah-44081.html

    [3] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/13/en-allemagne-le-conservateur-schauble-lache-fillon-pour-macron_5110589_4854003.html

    [4] http://www.leparisien.fr/economie/philippe-martinez-la-cgt-demande-de-voter-contre-le-front-national-30-04-2017-6902889.php

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