• Résultats des élections européennes 2014

     


    Le nouveau parlement européen

    La victoire du Front National

    Ceux qui nous lisent savent que nous nous attendions à ce genre de résultats. Je pensais même que ce serait pire et que le Front National passerait la barre des 30%. Si le FN n’a pas fait mieux que ses 25%, il le doit à trois raisons :

    - le matraquage habituel  des journaux et des partis qui disent que le FN est un parti fasciste, et que l’Europe est tout de même un grand projet humaniste et que de s’y soustraire est une faute grave ;

    - les imbécilités de Jean-Marie Le Pen qui en piètre tacticien mine les tentatives de rénovation de sa fille et de Florian Philippot en mettant en avant une ligne identitaire dont les gens finalement ne veulent pas ;

    - et enfin que les gens se méfient de ce parti qu’il considère à juste titre encore comme un parti fasciste.

    Depuis dimanche soir il y a des mines désolées, affolées, pensant  que les Français qui ont voté pour le FN sont des identitaires (vocabulaire très peu clair d’ailleurs). Les éditorialistes jouent à se faire peur et voient dans ce vote le retour programmé de la « bête immonde ». Pourtant tous les sondages à la sortie des urnes le montrent, les électeurs qui ont donné leur voix au FN, lui permettant ainsi d’arriver très largement en tête des élections, l’ont fait d’abord pour des raisons économiques. Ils rejettent la politique libérale de l’Union européenne, ils rejettent l’euro et réclament un Etat qui protège la nation de son délitement. C’est pour ce parti que les ouvriers et les jeunes – les deux catégories les plus maltraitées – ont voté quand ils ont voté. Les autres se sont abstenus massivement. Je rappelle que le Front National a fait campagne aussi contre TAFTA tandis que dans le même temps Hollande proposait d’accélérer les négociations, avant que l’opinion ne s’empare du débat.

     

    L’effondrement spectaculaire du PS

    Il va de soi que ce résultat était attendu, et même on peut dire que les élections municipales l’avaient anticipé. On note que c’est dans les pays où les difficultés économiques sont les plus pressantes que les « socialistes » sont en voie de disparition. Si le premier résultat est que le peuple confirme son refus de l’Europe et de l’euro, le second résultat est que la gauche ou du moins ce qui se prenait pour la gauche, s’est perdue dans son soutien à l’entreprise néo-libérale de l’Europe. En Espagne, ou pourtant les conservateurs sont très mal en point, le PSE, variante ibérique du hollandisme, n’arrive pas à sortir la tête de l’eau. En Grèce le PSAOK est en train de disparaître encore plus vite que le PS français.

    Ce qui est condamné une nouvelle fois, c’est la gauche libérale, cette gauche qui a abandonné l’idée d’un meilleur partage des richesses, l’idée d’une limitation des inégalités. C’est en France la faillite de la ligne Terra Nova. On ne voit plus maintenant ce qui peut faire revenir le PS sur le devant de la scène : Hollande l’a suicidé, et en même temps il a entraîné dans la débâcle toute la gauche.

    Comme on l’a souligné, les autres partis ne s’en sortent pas mieux. L’UMP et le PS les deux principaux partis de gouvernement qui disposent de 95% des sièges à l’Assemblée nationale, ne réunissent qu’un tiers des votants ! C’est une condamnation sans appel de la politique qui est menée en alternance depuis 40 ans. Les écologistes continuent de payer leur attachement irrationnel à l’Europe, alors même que l’Union européenne est un obstacle au développement durable et à la mise en place d’une politique économique autre que productiviste. Mais le Front de Gauche n’arrive pas à percer. La raison est assez simple, il paye ses louvoiements en matière de positionnement sur l’Europe. Ainsi les communistes sont devenus complètement illisibles, ils sont passé en 30 ans d’un rejet viscéral de l’Europe des banquiers et des multinationales, à la défense d’une « autre » Europe tellement imprécise qu’elle ne saurait se trouver.

    Le succès très relatif tout de même du Front national (25% de 43% ça fait à peine 11% du corps électoral) s’est fait sur la question de l’abandon de l’euro et de l’Union européenne. C’est pour avoir refusé de s’emparer de ce thème dès 2012 que Mélenchon s’est marginalisé.

    Un système électoral en miettes

    Cela fait tout de même quelques années qu’on constate un divorce croissant entre les « élites » qui ont la prétention de diriger le pays et le « peuple » qui vote toujours et systématiquement de travers. On nous a fait le coup en 2005 avec le référendum que Sarkozy et le PS se sont empressés d’enterrer. Il ne fait aucun doute que ce douloureux souvenir a encore joué un rôle dans le vote du 25 mai. Ce divorce est aujourd’hui encore plus fort. Le peuple n’est plus écouté, il est méprisé. Il est absolument hallucinant de voir encore des cadres du PS et de l’UMP expliquer leurs mauvais scores par le fait qu’on aurait manqué de pédagogie. Ce qui veut dire en clair que la faute n’est pas d’avoir mené une politique inepte et mortifère, mais seulement de l’avoir mal expliquée, les électeurs étant particulièrement bouchés.

    Cet autisme de la classe dirigeante risque de durer encore longtemps. Car en effet on ne voit ni Terra Nova, ni l’UMPS capables de défendre une autre politique que cette politique libérale qui nous tue. Il contribue à donner l’image d’un système politique en décomposition. Avec un tel taux d’abstention, avec une telle défiance vis-à-vis des partis dits de gouvernement, nous sommes arrivés à un point de blocage. C’est-à-dire que la moindre crise économique en Europe va emballer la machine et emporter le tout. La montée des inégalités, le chômage, l’absence de croissance, demanderaient effectivement une politique plus participative des populations, une meilleure prise en compte de leurs problèmes. Bref, cela réclamerait une politique inverse de celle qui est préconisée en Europe aujourd’hui.

    Abstention et montée des « populismes » de partout

     

    Jean-Claude Juncker, sans doute le prochain président du parlement européen, vieux conservateur, vieux bureaucrate, un habitué des combines et des couloirs, a averti qu’on ne tiendrait pas compte de l’abstention. Mais quelle légitimité peut avoir une institution pour laquelle les électeurs ne veulent pas voter ? Déjà que les institutions comme la BCE, la Cour de Justice Européenne ou la Commission européenne, ont une mauvaise image, représentent des formes d’autoritarisme plus ou moins apparentes.

    Globalement l’abstention est de partout très élevée, 57% en moyenne dans l’Union européenne. Au Portugal elle culmine à 65%. Dans les pays où l’abstention est moins forte qu’attendue, la Grèce, la France, ou le Royaume Uni, ce sont les partis eurosceptiques ou europhobes qui progressent, ce qui est bien la preuve que massivement on ne croit plus à l’Europe. Globalement Les conservateurs (PPE) et les « socialistes » perdent des sièges. 75 environ pour le premier et une trentaine pour le second. Ce sont les partis souverainistes ou eurosceptiques qui engrangent 130 députés de plus.

    Les résultats des élections de dimanche confirment ce que nous avions écrit dans notre post du 1er décembre 2013 Les sondages, la gauche et le changement social. Ce n’est pas plus d’Europe dont les gens veulent, les partis ouvertement fédéralistes se sont effondrés, mais au contraire de moins d’Europe car ce qu’ils veulent au fond c’est qu’on puisse retrouver un cadre dans lequel on puisse faire de la politique, un cadre dans lequel ils puissent faire entendre leur voix et réfléchir sur la refondation du lien social dans l’abandon des politiques libérales. On a parlé de séisme, en effet, c’en est un parce que les électeurs maintenant se sont libérés du chantage de l’UMPS de mal voter ou de voter pour les extrêmes. Et il est probable qu’ils vont encore un peu plus réfléchir à ce que veut dire faire l’Europe.

    N’est-il pas temps de comprendre qu’au fond l’Europe personne n’en veut ? N’est-il pas temps pour la gauche de retrouver le peuple et ses aspirations ?

     

    Liens

    http://www.marianne.net/Laurent-Bouvet-Le-FN-est-desormais-un-parti-installe_a239092.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/05/26/quelles-sont-les-propositions-du-fn-pour-l-europe_4426027_823448.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/elections-europeennes-2014/20140525.OBS8444/europeennes-2014-le-triomphe-du-fn-la-claque-de-l-ump-l-effondrement-du-ps.html

    http://www.blogg.org/blog-108630-billet-les_sondages__la_gauche_et_le_changement_social-1505717.html

    « Le marché, l’Etat et le socialismeLa BCE peut-elle sauver l’Europe ? »
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  • Commentaires

    1
    Lundi 26 Mai 2014 à 22:18
    Louis, pas Philippe.
    C'est Louis Aliot, l'amant de Marine, pas Philippe Alliot, qui était un pilote de Formule 1. Curieux, ce lapsus.
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