• Requiem pour une Europe défunte

    Requiem pour une Europe défunte

    C’est aujourd’hui le 9 mai date commémorative de l’Union européenne, sa célébration est sensée nous rappeler la félicité qui s’est emparé de nous depuis qu’elle a été créée. Et en même temps on nous met en garde sur le fait qu’en sortir nous mènerait directement aux portes de l’enfer. Les moins cyniques nous dirons qu’heureusement l’Union européenne et la monnaie unique étaient là pour nous protéger de la ruine et de la misère. Or plus le temps passe et plus le bilan de la construction européenne est  négatif. 

    Plus l’Europe s’intègre et plus son économie est à la dérive 

    Comme on dit, il faut juger un arbre à son fruit. En l’occurrence on nous a vendu à grands renforts de publicité – relayée par les économistes bien pays pour cela – que la construction européenne ce serait 1. Une croissance forte, 4,5% par an 2. Pas d’inflation 3. L’équilibre budgétaire – voire l’excédent  4. Des salaires en forte augmentation 5. Et le plein emploi, on prévoyait qu’il y aurait tellement de travail à fournir qu’il faudrait faire venir des immigrés par cargos entiers pour combler le déficit de main d’œuvre. Ces prévisions ont été rédigées dans un Livre blanc en 1988, en douze volumes. Mais comme les économistes ne chient pas la honte, et que ces prévisions ne se sont jamais réalisées, ils ont avancé que c’était parce qu’il y manquait la monnaie unique !! Et bien celle-là on l’a eue ! Et les résultats sont catastrophiques.

    Le chômage n’a jamais baissé, mais il a atteint des niveaux record et en plus il est durable, comme nous pouvons le voir dans le graphique qui suit. De même la croissance de la zone euro est la plus faible du monde développé : plus faible que celle de l’Union européenne qui englobe des pays qui n’utilisent pas l’euro. Autrement dit quand tu es dans la zone euro, c’est la double peine !

    Les bureaucrates européens racontent souvent que cela est la faute de la crise de 2008. Et que sans l’Union européenne et sa belle monnaie unique cela eut été pire ! Bon parlons-en aux Grecs ! Mais alors comment expliquer que les Etats-Unis s’en soient finalement bien mieux sortis que nous ? Bien sûr ils ont la chance de ne pas être dans la zone euro eux ! 

     Requiem pour une Europe défunte

      

    Requiem pour une Europe défunte  

    Mais ne croyez pas que la connerie s’arrête là. En 2000 fut défini la fameuse stratégie de Lisbonne à grands coups de trompettes. Il s’agissait de faire de l’Europe la zone où la connaissance s’accumulait le plus vite, ou toute l’économie devenait « économie de la connaissance ». le programme était le suivant :  " l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale[1] ». Il y a 15 ans tout de même. Le moins qu’on puisse dire est que les résultats tardent à venir. Ça m’avait fait rigoler à l’époque cette connerie, mais avec le recul autant de cynisme, ce n’est pas très drôle.

    Je n’insiste pas sur le fait que la stratégie européenne accrue les divergences économiques entre les pays, alors qu’elle était sensée les réduire.

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    L’Europe espace post-démocratique 

    Si les performances économiques et sociales sont vraiment mauvaises, que dire des performances politiques. L’Europe était sensée renforcer la démocratie, c’est l’inverse évidemment qui s’est produit. En vérité l’Europe évolue aujourd’hui vers un système politique où les citoyens n’ont plus leur mot à dire en ce qui concerne les lois qui les gouvernent. Ce sont les traités, image plus ou moins fidèle des lois du marché qui les remplacent. Et ces traités sont produits par des think tanks contrôlés directement par des lobbies financés par des multinationales.

     Requiem pour une Europe défunte 

    Le graphique ci-dessus est sensé expliquer le rôle des institutions européennes. En vérité, il y a trois piliers aux institutions européennes. La BCE que personne ne contrôle et qui viole d’ailleurs ses propres traités qui lui stipulent qu’elle ne doit en aucun cas prêter de l’argent aux Etats – règle quasi débile qui n’a aucun sens – la Commission européenne qui impose ses lois et ses règles au Parlement européen et qui est présidé aujourd’hui par un semi-délinquant Jean-Claude Juncker, celui-là même qui, quand il était premier ministre du Luxembourg s’est occupé d’aider les multinationales à contourner la loi pour faire de l’évasion fiscale. On voit que ses services ont été bien récompensés.

    Le troisième pilier de cette usine à gaz, c’est la Cour de Justice Européenne. C’est là que se trament les complots les mieux ourdis. Cette CJE en effet produit du droit « hors-sol », elle est nommée. Et c’est à partir de l’interprétation des traités européens qu’elle fabrique du droit qui ensuite doit s’appliquer à tous les pays de l‘UE, sauf à l’Allemagne. Il y a en effet deux manières de fabriquer des lois : soit comme c’était le cas en France c’est une assemblée élue démocratiquement qui fait et défait les lois en fonction des besoins du pays, soit c’est au contraire un traité qui s’émancipe du contrôle des citoyens, par exemple ce qu’on veut faire avec la TAFTA. Cette CJE construit comme par hasard ses lois en fonction d’une vision très réactionnaire des traités, par exemple elle a édicté que la grève était illicite dans les cas de délocalisation.

    Mais que ce soit la Commission européenne, la BCE ou la CJE, elles rappellent toujours, lorsqu’elles sont mises en difficulté que les traités sont supérieurs à la démocratie. Ça conduit aux imbécilités que l’on sait à propos de la Grèce, Juncker, Schaüble, Merkel ou même encore l’autre imbécile de Moscovici, ont rappelé que les Grecs étaient en démocratie, qu’ils pouvaient voter pour qui ils voulaient, mais qu’en tout état de cause, il fallait qu’ils respectent les traités, donc qu’ils se soumettent à cette maudite troïka. Je fais remarquer par ailleurs que si en France on votait massivement pour un gouvernement de gauche qui veuillent nationaliser des rentes de situation comme les autoroutes, le gaz ou encore d’autres points clés de notre industrie, cela serait interdit par Bruxelles, au motif que cela violerait « la concurrence libre et non faussée » qui est l’alpha et l’oméga de la loi. Evidemment le simple fait qu’on ne puisse pas appliquer un programme économique divergent de celui défini à Bruxelles signifie que nous ne sommes plus en démocratie – fusse-t-elle parlementaire !

    Je rappellerais aussi que c’est au nom des principes supérieurs de l’Europe – il faut sauver l’Europe est le mot d’ordre – qu’on s’est assis en 2005 sur les votes négatifs de la France et des Pays Bas à propos du TCE. Et c’est au nom de ces mêmes principes supérieurs qu’on a fait revoté les Irlandais jusqu’à ce qu’ils votent « bien ». Parler encore de démocratie aujourd’hui en Europe est comique. Certes on a bien le droit de dire ce qu’on veut – et encore il faudrait y regarder de près, mais on n’a pas le droit de choisir un autre chemin que celui qui est défini dans des officines bureaucratiques très obscures. Ne cherchons pas plus loin les raisons au niveau de plus en plus faible des participations des citoyens aux différentes élections. C’est en toute opacité également que l’Union européenne négocie TAFTA, une série de traités qui ne seront surtout pas soumis à l’approbation des peuples et qui visent à en finir avec la démocratie, c’est-à-dire à ne plus tenir compte des modifications possibles engendrées par un vote populaire.

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    L’Europe et la guerre 

    Une des plus grandes couillonnades avancées par les européistes, et que finalement le plus grand succès de l’Union européenne, c’est d’avoir préservé la paix depuis 1945, notamment entre l’Allemagne et la France les deux voisins les plus turbulents. Cela est faux bien entendu, d’une part parce que la construction européenne n’a été vraiment à l’œuvre qu’à partir de 1969 – on ne s’est pourtant pas battu entre 1945 et 1969 – et d’autre part parce qu’en réalité c’est la prospérité de l’Europe, le fait que le développement économique se réalise à l’intérieur de frontières nationales assez étanches qui explique qu’il n’y ait pas eu de guerre. Ce ne sont donc pas les institutions européennes qui expliquent l’absence de conflit en Europe, mais c’est la forte croissance qui en est la cause ultime.

    Sur ce terrain, l’Union européenne et ses diverses boutiques s’approprient des résultats dont elles ne sont pas l’origine.

    On pourrait par ailleurs parler des fiascos récurrents de l’Union européenne en matière de politique étrangère. La guerre en Yougoslavie, aux portes de l’Union européenne, a duré dix longues années et a abouti à une partition de cette fédération. L’Union européenne a été incapable de décidé quoi que ce soit en la matière, il a fallu que ce soient les Américains pourtant loin du théâtre des opérations qui décident d’en finir avec ce problème.

    L’autre fiasco est le conflit larvé avec la Russie par l’intermédiaire du soutien de l’Union européenne à l’Ukraine. Cette volonté européenne de détacher l’Ukraine de l’orbite russe s’est d’ores et déjà soldée par un fiasco. Ce sont des milliers de morts, mais également la perte de la Crimée et à terme celle du Donbass. Le coup a été mal préparé. Les Européens ont pris des sanctions coûteuses pour leurs économies vis-à-vis de la Russie, sous la pression des Américains. C’est peu dire que ce conflit est mal vécu par les peuples européens. A part les Polonais, personne ne veut finalement en découdre avec la Russie, mais cette affaire a montré combien la vision du monde post-Guerre Froide était divergente entre les pays européens.

    L’autre point est que la crise des dettes publiques a mis au grand jour d’anciennes haines recuites entre les peuples. En effet, on peut dire qu’en 2015, l’Allemagne n’a jamais été autant détestée depuis 1945, et pas seulement par les Grecs, les mécanismes des institutions européennes sont ainsi fait qu’ils ont, faute de résultats dans les domaines économique et social, ravivé les haines latentes. Il faut voir cette arrogance des pays du Nord qui considèrent comme d’habitude ceux du Sud avec mépris, n’appelle-t-on pas les pays périphériques de l’UE les PIIGS ? 

    En sortir au plus vite 

    Longtemps la gauche a été obnubilée par le rapprochement hâtif qu’on a fait entre sortir de l’Europe et revenir à un nationalisme d’extrême-droite. Mais c’est oublié beaucoup de choses. La première est que l’idée européenne est d’abord une idée de droite qui vise à remplacer la régulation par l’Etat par une régulation par le marché. Avant 1983, c’est-à-dire avant le fameux revirement de Mitterrand, la gauche que ce soit le PCF ou le PS, était farouchement anti-européenne. L’idée d’Europe était portée par Giscard d’Estaing. Comme on le disait à l’époque il s’agissait de l’Europe du grand capital et des banquiers.

    On oublie trop souvent aussi que les idées anti-européennes ne sont pas dans le patrimoine génétique du FN. Quand Le Pen se présentait aux élections présidentielles en 2002, il parlait d’ailleurs d’une Europe blanche et chrétienne, laissant les pays musulmans se rassembler dans un autre ensemble au sud de la Méditerranée. Ce n’est que récemment que le FN par la voix de Marine Le Pen à assumer l’idée de sortir de l’Union européenne.

    Parmi les anti-européens convaincus, on trouve beaucoup de monde. De l’UPR au M’PEP, en passant par les débris du gaullisme qui ne peuvent évidemment pas se reconnaître dans l’affairisme bestial de l’UMP. Parmi ceux qui pensent que l’Union européenne est une impasse, il y a les gens de Fakir,  Aurélien Bernier, et même Jacques Sapir qui vise à la démondialisation et à une dissolution de la monnaie unique.

    La principale raison à une sortie de l’euro et de l’Union européenne est qu’il est impossible dans ce cadre de faire de la politique tout simplement. Des formes politiques alternatives sont interdites. Or l’essence même de la politique, c’est le débat, la contradiction, la possibilité d’essayer tel ou tel modèle, de l’abandonner s’il ne marche pas et d’en changer. C’est pour cette raison que je pense sérieusement que la première étape pour un renouveau à gauche est de sortir de l’Europe sans barguigner et ne plus attendre comme certains au PCF, à ATTAC ou au PG qu’une transformation positive de l’Europe enclenche une spirale positive.

    Les européistes aiment bien jouer avec les peurs. Ils nous racontent que si on sort de l’euro et de l’Europe les pires calamités nous attendent. Mais comme ils n’ont jamais démontré les bienfaits de l’intégration européenne, ils sont tout autant incapables de prouver que la dissolution de l’euro et de l’Union européenne serait une mauvaise chose. Après tout, on a vécu plus de mille ans sans l’Union européenne et cela n’a pas empêché le monde de progresser, ni la terre de tourner. Et ceux qui nous disent que sortir de l’euro nous mènerait à la nuit feraient bien de regarder ce graphique.

     Requiem pour une Europe défunte 

     

    Liens 

    http://www.liberation.fr/monde/2015/02/10/la-raison-delirante-de-l-europe-un-nouveau-fascisme-mou_1199605

    http://www.poilagratter.info/france/284-le-mpep-fait-scission-et-deux-entites-politiques-naissent/

     

     


    [1] CONCLUSIONS DE LA PRÉSIDENCE CONSEIL EUROPÉEN DE LISBONNE 23 ET 24 MARS 2000 

     

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