• Remaniement ministériel, Mélenchon et les présidentielles de 2017

     Remaniement ministériel, Mélenchon et les présidentielles de 2017

    Le remaniement était devenu une nécessité technique si je puis dire parce que Laurent Fabius quittait le ministère des affaires étrangères pour rejoindre le Conseil Constitutionnel. Cet exercice excite toujours autant les journalistes qui essaient de décrypter les intentions qui se trouveraient derrière. Le dernier remaniement ministériel en France a surtout mis en lumière 3 écologistes auto-proclamés, Emmanuelle Cosse, Jean Vincent Placé et Barbara Pompili. La première est membre d’EELV, elle s’est fait remarquer par sa critique acerbe de François Hollande. Mais ici elle rejoint le gouvernement en dépit des consignes de son parti qui voulait rester en dehors. Le second est un écologiste dissident qui représente le groupuscule Ecologistes ! La troisième est elle aussi membre de EELV.

    Beaucoup de commentateurs ont discuté de la fine tactique hollandaise, soulignant qu’en intégrant trois écologistes au gouvernement, il se préparait pour la campagne de 2017, en empêchant finalement les écologistes de présenter une candidature. Cette analyse n’est pas tout à fait juste : en effet, les écologistes de EELV comme ceux de Placé ne représentent plus rien aujourd’hui, s’ils n’ont jamais représenté quelque chose – et ce n’est certainement pas ceux-ci qui vont empêcher Hollande d’accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le danger vient plutôt d’ailleurs. Particulièrement de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. C’est en effet lui qui peut rallier les suffrages de la gauche. On compare souvent Hollande à Mitterrand. C’est une insulte faite à Mitterrand[1].  En effet ce dernier avait dans l’idée qu’on ne gagnait pas une élection en éparpillant au premier tour les voix de gauche : c’est ce qu’il a fait et bien fait entre 1965 et 1988. Or Hollande ne peut pas unifier la gauche. La raison est bien simple c’est qu’il aura mené une politique trop à droite – même plus à droite que celle de Sarkozy – pour inciter le peuple de gauche à voter pour lui. En effet, quels sont les ouvriers, les petits employés, qui pourraient se reconnaître dans la destruction du droit du travail, des transferts financiers vers le patronat ou encore dans la stagnation des salaires – sans parler bien sûr de la montée du chômage.

    On voit que le remaniement ministériel intègre trois écolos, et le retour de Jean-Marc Ayrault au gouvernement au poste prestigieux de ministre des Affaires étrangères. Il est complété par un vieux cheval de retour, Jean-Michel Baylet qui au fond remplace Taubira comme représentant du PRG. Finalement cette nouvelle équipe qui est présentée comme « arc-en-ciel » par l’inénarrable Cambadélis, ne représente que la droite de la gauche si on peut dire. Elle laisse en effet sur le bord du chemin le gros des bataillons de la gauche, le PCF et le PG. Du fait de la faiblesse des électeurs du PRG et de EELV, cette nouvelle équipe représente justement l’inverse de ce que Mitterrand recherchait : un éclatement de la gauche. En effet, avec toutes les mesures mises en place par le gouvernement Valls – de la déchéance de la nationalité à la révision du code du travail – il est complètement exclu que les troupes du PCF ou du PG votent au premier tour pour François Hollande au nom de la nécessité d’un rassemblement de la gauche. Le seul avantage de ce remaniement c’est que Hollande va pouvoir avec Ayrault se défaire de l’encombrant dossier de Notre-Dame-des-Landes. En effet un référendum local est annoncé pour l’automne prochain, et si les opposants l’emportent, le projet sera bel et bien abandonné. Hollande aura alors beau jeu de jouer les démocrates respectant le verdict populaire. 

    La primaire à gauche n’aura pas lieu

      Remaniement ministériel, Mélenchon et les présidentielles de 2017

    Juste avant le remaniement ministériel, Mélenchon a annoncé sa candidature pour la présidentielle de 2017. C’’est doublement bien joué – pour une fois. En effet par cette annonce il met en l’air définitivement l’idée même d’une primaire à gauche. Hollande ne voulant pas s’y livrer, et lui-même se situant au-dessus, on ne voit pas avec qui elle pourrait avoir lieu. C’est une bonne chose parce qu’ainsi on coupe court aux sinistres disputes entre des tenants d’une ligne bobo à la Cohn-Bendit et ceux qui voudraient déconner avec l’idée d’une relance au niveau européen comme Piketty par exemple. Mais également en déclarant sa candidature Mélenchon impose son calendrier à un PCF quasi moribond. De nombreux membres de ce parti ont déjà pris faits et cause pour Mélenchon. Cette possibilité d’une candidature de Mélenchon souligne un peu plus le vide de la pensée du secrétaire du PCF, Pierre Laurent, apparatchik fils d’apparatchik puisqu’il est le fils de Paul Laurent qui a dirigé si mal ce parti en son temps.

    Il faut dire que Laurent ne s’est pas encore remis de l’évolution de Tsipras sur la question grecque, et il continue bêtement, suicidairement, à le soutenir en le présentant comme une victime de l’intransigeance européiste, alors que les manifestations en Grèce se poursuivent contre Tsipras et qu’elles donnent lieu à de violents affrontements.

      Remaniement ministériel, Mélenchon et les présidentielles de 2017

    On a suffisamment dit et répété ici qu’il n’y avait pas de discussion possible avec la dictature européiste, et que la seule solution était la sortie directe de l’UE ainsi que le démontrent aujourd’hui les britanniques. La question est maintenant de savoir si Mélenchon va être capable de se saisir de cette idée. Il est encore trop tôt pour le dire. Mais il est clair aujourd’hui qu’il n’y a plus de temps à perdre avec l’idée d’une autre Europe : cela fait trente ans qu’on nous fait perdre du temps avec cette chimère. L’occasion est pourtant unique pour Mélenchon. En effet, en 2012 son score fut relativement faible et décevant parce que le Front National lui avait pris des voix sur son électorat naturel, justement pour avoir tergiversé sur cette question. Mais aujourd’hui le FN est dans le doute, et le parti de Marine Le Pen est en train de se fracturer justement sur la question de la sortie de l’euro. Marine Le Pen commence déjà à reculer, elle annonce que si elle est élue, elle ira discuter avec la clique de Bruxelles. Il semble donc que le moment d’annoncer pour Mélenchon une sortie unilatérale de l’Union européenne, soit le bon aujourd’hui. En outre, les très bons scores des représentants de la gauche aux Etats-Unis avec Bernie Sanders, ou de Podemos en Espagne devraient l’encourager. Le dernier élément qui pourrait soutenir fermement la candidature de Mélenchon est  la crise financière qui va nous secouer en 2016 et 2017 et qui va accélérer le repositionnement politique de partout dans le monde.

     

    Liens 

    http://www.humanite.fr/remaniement-francois-hollande-se-constitue-une-equipe-de-campagne-598842

     


    [1] Je précise ici que je n’ai jamais voté pour Mitterrand, mais je reconnais à celui-ci un grand flair politique. 

    « Des primaires aux Etats UnisPayons les hommes politiques au mérite ! »
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