• Réflexions sur les acquis du CNR

     Réflexions sur les acquis du CNR

    Le 24 juin s’est tenue à Aix-en-Provence une petite réunion organisée par Avancées solidaires justement sur l’importance des acquis du CNR et sur la manière dont ils avaient été obtenus. Cela m’a amené aux réflexions suivantes.

    Tout d’abord évidemment lorsque les avancées proposées par le CNR sont mis en place en 1944, la France est endettée comme jamais. Et pourtant on n’attend pas que la croissance soit de retour pour mettre ce modèle en place. Autrement dit on ne fait pas une politique de l’offre en faisant confiance aux marchés et aux banques, mais bien une politique de la demande sous la houlette de l’Etat. Les deux graphiques suivants montrent que cette politique qui était l’exact inverse de celle menée par la droite sarko-hollandaise, a eu le résultat de relancer la croissance et l’emploi, mais aussi de dégonfler les dettes publiques rapidement. A l’inverse, c’est à partir du milieu des années soixante-dix, moment où on commence à libéraliser l’économie et obliger l’Etat à se refinancer sur les marchés – ce qui va faire repartir la dette publique à la hausse – que l’économie commence à donner des signes de langueur. La conséquence de la destruction  progressive du modèle du CNR sera la montée continue du chômage, au nom de la lutte contre le chômage. Car c’est cela qu’il faut avoir en tête, c’est au nom de la croissance et de l’emploi qu’on met en place des réformes rétrogrades, mais elles n’’atteignent aucun des buts qu’elles se fixent. On pourrait dire la même chose de la dette publique. C’est au nom de la réduction de la dette qu’on prend des mesures d’austérité, mais comme ces mesures plombent la croissance et que les recettes rentrent moins, la dette publique continue de gonfler.

    Réflexions sur les acquis du CNR 

    Alors nous avons le choix : soit les économistes libéraux sont de furieux imbéciles un peu comme Jean Tirole, soit ils poursuivent un autre but que celui qu’ils affichent. Celui qui vend la mèche, c’est Denis Kessler qui se fixe comme objectif de détruire les acquis du CNR. Mais il ne dit pas qu’il faut le faire au nom de la croissance et de l’emploi. En fait l’objectif est politique. Il s’agit d’affirmer le pouvoir d’une classe sur le reste de la société. C’est d’ailleurs ce qu’on voit dans le cas grec : l’intransigeance des « créanciers » face à Tsipras n’avait pas pour but d’améliorer l’économie grecque, mais plutôt de faire plier les Grecs et de leur rappeler qui est le patron.

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    Si la logique d’une politique économique était en adéquation avec ses buts, alors, dans les années 2010, on n’aurait pas renforcé les politiques qui avaient amené cette grande crise de 2008 qui n’est pas prête d’être réglée. Cette logique politique développe une parodie de guerre à l’Etat. En vérité aucune politique libérale n’a jamais fait reculer durablement les dépenses de l’Etat. Cette parodie est destinée à pointer du doigt les fonctionnaires et à introduire des critères de gestion dans le service public de façon à la vider de sa substance. Le but véritable est double, d’une part faire du profit en demandant à l’Etat de le garantir – c’est le cas du PPP, ou le cas des autoroutes privatisées, et d’autre part, gouverner par le biais des lois du marché, donc en dehors de la démocratie. Mais gouverner par les lois du marché cela veut dire donner le pouvoir à la finance.

    Le CNR a voulu rompre avec cette logique. Ils ne se sont pas payé de mots, il fallait bien évidemment du courage pour résister. Aujourd’hui on prétend que le véritable courage se trouve chez les barons-voleurs qui dirigent les grandes entreprises. Ils seraient courageux parce qu’ils prennent des décisions difficiles. C’est le refrain que cette confrérie entonne. Chaque fois qu’elle le peut, elle justifie ses hautes rémunérations par la prise de risque et le courage qu’il faut. Sous-entendant par-là que les sans-dents évidemment ne sont pas très courageux, sinon, et bien ils feraient comme eux tiens ! en vérité ce réseau de petits magouilleurs qui pillent allégrement les biens collectifs, sont la plupart du temps des héritiers, des gens biens nés, qui n’ont eu que peu de choses à faire pour gravir les échelons, ce ne sont pas les contre-exemples trop peu nombreux qui infirmeront cette réalité.

    Réflexions sur les acquis du CNR  

    Le souvenir du CNR et de son apport est très vivace. Comme le rappelait un intervenant lors de cet hommage au CNR, ce qu’il faut saluer dans cette geste, c’est d’abord la volonté de rassembler au-delà de ce qui peut sembler un écart insurmontable. Et puis surtout avoir l’audace, même si c’est difficile d’imaginer de nouvelles voies. C’est incroyable de voir aujourd’hui les journalistes-collaborateurs presqu’unanimes pour laisser entendre que les Grecs n’ont que le choix de se soumettre sous peine de terribles représailles monétaires celles-là.

    Un dernier mot le CNR veut dire Conseil National de la Résistance. C’est en effet au nom de la nation que le combat fut engagé et au nom de la nation qu’il s’acheva dans la volonté de modifier radicalement le système. Personnellement je pense que la lutte contre l’Europe qui se comporte d’une manière de plus en plus dictatoriale, est aujourd’hui la mère de toutes les batailles. L’exemple dramatique de la Grèce le prouve. Mais lutter contre l’Europe cela veut dire en sortir, pas plus que le IIIème Reich pouvait être amendée, elle ne peut être changée : elle a été créée pour ce qu’elle est, et non pas pour devenir un jour une nation de substitution ou une Europe sociale. Un tel pouvoir pernicieux ne se transforme pas comme le croient certains, il se détruit. Pour cette raison, il est grand temps de comprendre que toutes les forces hostiles à l’Europe, et il y en a beaucoup à gauche, doivent se rassembler dans cette bataille qui s’annonce.

     

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  • Commentaires

    1
    medhy bendjeguelal
    Vendredi 3 Juillet 2015 à 23:04

    super article René, tu m'as fais plaisir avec ce beau moment de lecture.


    A+

    2
    Samedi 4 Juillet 2015 à 06:08

    salut à toi et merci !

    3
    Peter
    Samedi 4 Juillet 2015 à 08:04
    Explication aberrante d'un phénomène économique par une décision politique dont on invente qu'elle en est à l'origine. Ce phénomène économique est identique, à cette époque, quel que soit le pays europée,; elle est donc indépendante de cette attitude du CNR Attitude idéologique obtuse caractéristique qui ne peut que justifier des positions a priori et empêchent d'approcher la réalité.
    4
    Samedi 4 Juillet 2015 à 08:30

    Il est à mon sens difficile de séparer les décisions politiques des décisions économiques. Les dernières procédant toujours des premières et entérinant un rapport de forces.

    Certes tous les pays européens vont dans le sens d'une plus grande intervention de l'Etat, dans la lignée du New Deal, mais tous ne vont pas aussi loin et aussi vite que la France dans ce sens. c'est d'ailleurs ce qui fait que la France est si difficile aujourd’hui à déformer dans un sens libéral.

    On peut dire que le CNR n'est pas la seule force qui a pesé dans le sens d'une réforme de l'économie, mais on peut dire aussi que le CNR a symboliser mieux que partout ailleurs cette nécessité. Le CNR n'a pas émergé tout seul, il représentait une coalition de forces hétéroclites mais très larges. Il n'est pas injurieux de penser que le CNR a bel et bien catalyser une tendance plus largement portée par la population. Mais peut-être n'aimez vous pas ni le CNR ni l'esprit de résistance ?

    5
    boyé michel
    Lundi 6 Juillet 2015 à 15:25

    Le CNR est effectivement un bon exemple de la puissance de la volonté politique quand elle existe et qu'elle exprime la volonté populaire. L' Équateur et la Bolivie plus récemment le montrent également. L'urgence  ou en tout cas l'incontournable est bien de restaurer cette volonté politique populaire au niveau de l’état pour se libérer de la main mise , voire de la dictature de la pensée unique c'est à dire des pouvoirs financiers, de leurs "chiens de gardes" les média enfin de leurs valets (ou petits facteurs) les élus partisans. Bien entendu cela passe par d'autres canaux que ceux des partis actuels qui ont fait la preuve de leur nuisance d'endormissement et de manipulation des espérances populaires. Les diagnostics nous en sommes saturés; la perspective d'action nous en sommes assoiffée. Je ne peux partager l'avis d'un des intervenants des journées des Déconomistes qui disait "On ne souffre pas encore assez, nous n'avons pas encore atteint le seuil de l'intolérable. BIEN VOYONS SOUFFRONS et SOUFFRONS POUR GAGNER NOTRE DROIT A LA DIGNITE - LE PARADIS QUOI!!! HORREUR.

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