•  Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi

    Nous avons en France environ 6,255 millions de chômeurs, toutes catégories confondues et 3,5 millions pour la catégorie A. Et les chiffres du mois de mai 2018 ne sont pas bons[1], orientés à la hausse. Il est vrai que la croissance en France ralentit, essentiellement parce que depuis le dernier trimestre 2017, la politique de Macron a des effets négatifs sur le pouvoir d’achat et que la consommation des ménages, comme les investissements, est orientée à la baisse[2]. Ce qui est logiquement la démonstration de l’erreur d’analyse des tenants de la politique de l’offre : si la consommation baisse, et donc si les perspectives du marché ne sont pas bonnes, alors on n’investit pas, même si on a des superprofits devant soi. Les placements se feront sur des valeurs spéculatives, mais pas sur des investissements productifs. Ne rentrons pas trop dans le détail, mais n’importe quel graphique le confirme, il n’y a pas de lien entre la croissance du profit et l’investissement productif, et même ce lien apparait plutôt négatif. Autrement dit, le théorème de Schmidt cher au couple infernal Macron-Philippe est erroné. Une analyse historique même hâtive le confirme, toutes les politiques de l’offre destinée à relancer l’emploi en relançant l’investissement ont complètement échoué[3].

     Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Nous nous trouvons donc dans une situation difficile sur le marché de l’emploi. En effet, non seulement les mesures Macron-Philippe ont fait baisser le pouvoir d’achat des ménages, mais en outre la remontée rapide du cours du pétrole et des matières premières plombe la timide reprise économique qui se faisait jour depuis un an et demi en Europe. C’est dans ce contexte qu’intervient la crise des migrants. Plusieurs initiatives plus ou moins intéressantes ont mis en place un programme d’intégration des migrants par le travail. Ce qui serait logique puisque si migrants il y a, il faut bien qu’ils se nourrissent en travaillant à quelque chose. Un rapport, pondu par Aurélien Taché, député LREM, a été rendu à Gérard Collomb, affirmant qu’il fallait faciliter l’emploi des migrants, en allégeant les contraintes administratives de façon à ce qu’ils puissent intégrer le marché du travail dans les six mois après leur arrivée, le temps en quelque sorte à leur apprendre à parler français[4]. Cette idée est complètement erronée sur deux points au moins :

    1. d’abord parce qu’elle suppose qu’il y aurait des centaines de milliers d’emplois non pourvus que les français dédaignent et qui seraient bons pour les migrants qui eux font moins la fine bouche ;

    2. ensuite parce qu’elle suppose toujours et bêtement que ce sont les règles administratives qui empêchent les créations d’emplois. Autrement dit, c’est le trop d’Etat, le trop de règles, qui empêche le marché de fonctionner, lui qui ne demande qu’à le faire. C’est toujours une manière de dire que s’il y a du chômage c’est la faute soit aux travailleurs qui sont fainéants et se reposent sur les allocations chômage, soit à l’Etat qui produit des règles absurdes. Dans tous les cas le patronat est dédouané de ses responsabilités.

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    Mais un nouveau problème apparait. On voit qu’il y a de plus en plus d’initiatives, comme à Créteil en faveur des migrants pour les aider à trouver du travail[5]. Certes le projet est louable, mais on se demande pourquoi on ne met pas en place de telles initiatives pour les autochtones. Car s’il est facile de trouver des emplois pour les migrants, on se demande bien pourquoi on ne peut pas en trouver pour des Français de souche, ou même pour des Français issus de l’immigration. En effet le taux de chômage de ces derniers est extrêmement élevé comme le montre le tableau suivant. Soit on continue de dire que c’est la fainéantise qui empêche les Français issus de l’immigration de trouver du travail, et là on tombe dans le racisme de base, soit on est bien obligé d’admettre qu’il n’y a pas d’emplois en quantité suffisante, y compris dans des secteurs qui ne demandent pas de compétence particulière, et si l’emploi manufacturier est en chute libre, les emplois dans le secteur de la domesticité – restauration, hôtellerie, aide à la personne – ne sont pas extensibles à l’infini. Le fort taux de chômage des personnes issues de l’immigration, indique par ailleurs que ce n’est pas qu’une question de formation – autre idée reçue – qui empêche la pénétration du marché du travail : mais qu’à l’inverse c’est la pénurie d’emplois qui empêche leur embauche. Et cette pénurie d’emplois devrait s’aggraver dans les années qui viennent[6]. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Mais au-delà de ces considérations générales, une autre question se pose : est-ce que cette discrimination positive à la formation et à l’embauche s’impose ? Le premier constat que l’on peut faire, c’est que ces effets d’annonce ne sont pas très sérieux, ni suivis d’un plan concret sérieux de financement. C’est une manière de se donner une bonne conscience. Cependant tout ce battage qui est fait à propos de l’intégration des migrants sur le marché du travail est une manière de faire passer un message. Les migrants de bonne volonté vont trouver du travail, mais les descendants des immigrés, ceux de la deuxième ou de la troisième génération, sont d’abord des fainéants qui ont pris les mauvaises habitudes des Français de se laisser vivre. On suppose que les nouveaux migrants vont accepter des conditions de travail et de salaire inférieures à celles qu’accepteraient les autochtones. C’est donc bien là la preuve que les migrants sont souhaités en France, et en Europe, justement parce qu’ils font baisser les coûts du travail ! On s’en doutait un peu, mais ce qui est particulièrement désolant, c’est que les partis et les intellectuels de gauche appuient dans ce sens. 

    Migrants et volant de main d’œuvre 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Les migrants en s’ajoutant aux chômeurs forment ce qu’on appelle le volant de main d’œuvre[7]. C’est-à-dire qu’il existe pour le capital une grande quantité de main d’œuvre surabondante qui permet de faire, en suivant la sacrosainte loi de l’offre et de la demande, baisser le coût du travail. Mais le volant de main d’œuvre au-delà de cette pression à la baisse sur les salaires, agit comme un facteur de division sur la classe des travailleurs qui acceptent difficilement l’idée d’une discrimination positive quand ils se situent eux-mêmes dans le bas de la hiérarchie sociale. Les Français de souche qui ont des revenus bas et des situations précaires, s’inquiètent de la venue massive des migrants. Mais, et c’est un phénomène moins connu, moins souvent mis en avant, les immigrants de seconde ou troisième génération, qui ont obtenu la nationalité française, s’inquiètent eux-aussi de se voir concurrencer par plus pauvres qu’eux encore ! Si les syndiqués ont une attitude méfiante vis-à-vis des migrants, l’inverse est également vrai. Les immigrés ont tendance à moins participer aux institutions défendant la cause des travailleurs. Le simple fait que le FN soit devenu en quelques années le parti qui attire le plus le vote ouvrier devrait être analysé aussi en tenant compte de ce phénomène. Car si les ouvriers votent massivement pour le FN plutôt que pour un autre parti c’est parce que ce parti est d’abord le principal parti anti-immigration et qu’ils pensent que c’est ainsi qu’ils sont mieux représentés contre la concurrence des migrants sur le marché du travail. Je passe ici volontiers sur les autres raisons qui font que les migrants sont rejetés par la population française : plus on est pauvre et plus on vote FN, parce que les migrants sont aussi ceux qui concurrencent directement les petites gens au niveau des aides sociales ou encore pour l’attribution d’un logement HLM[8]. Les anciens quartiers ouvriers de la ceinture de Paris, ou les quartiers Nord à Marseille, sont maintenant des quartiers pratiquement en voie de sécession de la République.  

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    Evolution du vote ouvrier en faveur du FN au premier tour des présidentielles (sondage Ifop) 

    La démonstration par l’absurde du fait que les migrants posent plus de problèmes qu’ils ne permettent d’en résoudre est très bien caractérisé par les oppositions politiques violentes qui se font jour en Europe. En Allemagne, Angela Merkel s’est trouvée en opposition frontale avec son ministre de l’intérieur Horst Seehofer justement sur cette question. Et c’est Angela Merkel dont l’aura pâlit rapidement en Allemagne qui a dû céder pour éviter de se faire mettre à la porte du gouvernement qu’elle avait si laborieusement construit[9]. Cet arrangement vient après le renoncement des pays européens de mettre en place une politique migratoire unitaire et cohérente. Le sommet européen sur l’immigration qui s’est tenu à la fin du mois de juin, a accouché principalement de désaccords nombreux et variés que la déclaration finale n’a pas réussi à masquer[10]. Notamment en ce qui concerne la gestion des centres d’accueil que la déclaration finale suggère de pouvoir implanté en dehors de l’Europe mais que les pays maghrébins par exemple ne veulent pas voir fleurir sur leur territoire. En vérité, ce sont les pays européens anti-immigrationniste qui ont emporter le morceau : chaque pays fera comme il veut, c’est-à-dire qu’il décidera tout seul de savoir ce qu’il doit faire des migrants, les accueillir ou pas, construire des postes de recensement – on commence curieusement à parler de camps – ou non. C’est à ce propos que Conte a remis Macron à sa place lorsque ce dernier a suggéré que l’accord obligerait les Italiens à construire des centres d’accueil : « Macron était fatigué », sous entendant par-là que Macron aurait signé n’importe quoi sans s’interroger sur la portée de ce qu’il signait[11]. En vérité l’accord porte finalement sur le fait que chaque pays fera comme il l’entend ! C’est en filigrane un aveu d’impuissance pour les Européens fédéralistes comme Macron, et une reconnaissance implicite de la souveraineté populaire en la matière. Autrement dit ce sont les pays anti-immigrationnistes qui ont gagné : ces pays commencent en effet à être très nombreux, l’Autriche, les pays de Visegrad, l’Italie, sans parler du Royaume-Uni qui est déjà en dehors, et maintenant l’Allemagne les a rejoints[12]. Macron ne peut compter maintenant que sur l’Espagne pour appuyer sa politique immigrationniste. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Cette évolution récente des politiques sur cette question plus que sensible, montre qu’on met au second plan les soi-disant bienfaits de l’immigration sur le chômage et la croissance[13]. Il faut sans doute qu’ils aient compris – mieux vaut tard que jamais – que l’immigration massive était un tel choc qu’il valait mieux la mettre entre parenthèses pour le moment. L’échec du sommet européen sur les migrations est un recul de l’idée fédérale en Europe, puisqu’il s’agit d’enterrer les accords de Dublin qui n’ont du reste jamais été appliqués, mais pire encore il entérine l’impuissance du parlement européen à décider de quoi que ce soit. Or il va de soi que sans un parlement européen doté de pouvoirs législatifs, l’Europe fédérale n’a aucun avenir.

    C’est sans doute en Allemagne que le retournement de l’opinion a été le plus spectaculaire. En 2015 ce pays était présenté comme un modèle d’accueil pour les réfugiés, capable d’accueillir des centaines de milliers de migrants avec générosité. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les Allemands ont fait savoir que c’est cela qu’ils reprochaient d’abord à Angela Merkel : leur avoir imposé une population qui dénature ce qu’est fondamentalement leur pays[14]. Et pourtant dans ce pays on a fait semblant de mettre en place une politique d’intégration par le travail avec des jobs réservés pour eux à 0,80 € de l’heure ! Ce serait plutôt des faux emplois – on parle de 10 000 créés en 3 ans – réservés à des travaux d’utilité publique[15], d’autres textes parlent de 100 000 emplois de ce type sans qu’on sache très bien. Mais le simple fait de créer des emplois aussi peu rémunérés et de qualité indéterminée, avec une utilité sociale peu claire, est en soi l’aveu d’une impossible intégration pour la plupart d’entre eux. En tout cas c’est bien la preuve que l’immigration fait baisser globalement les salaires et que c’est peut-être pour ça qu’elle a été souhaitée.

    Comparaison n’est pas raison : le cas des rapatriés d’Algérie 

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    Les pied-noirs embarquent sur le Ville d’Oran, direction Marseille 

    Il arrive maintenant que l’on cite l’arrivée des rapatriés d’Algérie pour tenter de démontrer que l’immigration n’est pas un problème, du moins à moyen et long terme[16]. On souligne qu’en 1962 et 1963, ce sont presque un million de rapatriés qu’on est arrivé à réintégrer sur le marché du travail de la métropole. Je ne sais pas trop comment qualifier ce genre de démarche, j’hésite entre la bêtise satisfaite la désinformation. En tous les cas, elle est erronée à tous les points de vue. D’abord ce qu’on appelle les rapatriés ne sont pas des migrants. Ce sont des personnes qui ont été chassées de leur pays de naissance et qui étaient française : je rappelle que le massacre d’Oran le 5 juillet 1962 a précipité les pied-noirs dans l’exode[17]. Ce détail a, semble-t-il, échappé à Anthony Edo qui peine à relier analyse économique et analyse historique, et un grand nombre de rapatriés ont pu malgré, les pertes qu’ils ont subies du fait de l’indépendance de l’Algérie, arrivé avec un petit pécule, certains ont obtenu des dédommagements de la part de l’Etat. Or, on sait qu’aujourd’hui la très large majorité des migrants sont des migrants économiques et non des réfugiés qui fuient la guerre. Comme on le voit sur le graphique ci-dessous, le flux des rapatriés s’est rapidement tari, alors que l’immigration contemporaine vers la France et l’Europe ne s’arrête pas depuis une quinzaine d’années, même s’il semble qu’aujourd’hui le plus dur soit passé. Entre 1962 et 1968, ce sont environ 900 000 rapatriés qu’il a fallu intégrer au marché du travail, entre 2012 et 2018, ce sont 1,5 millions de migrants. 

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    Ensuite, les rapatriés parlaient tous français et avaient reçu une éducation minimale, ce qui n’est pas le cas des migrants d’aujourd’hui dont la moitié au moins n’ont aucune connaissance de la langue du pays qu’ils prétendent intégrer, et qui en plus n’ont pas de qualification. Nombre de rapatriés avaient également de la famille dans la métropole ce qui les a aidés à s’intégrer.  Ils étaient Français. Cependant, les rapatriés ont été globalement très mal accueillis. On se moquait de leur accent, et très souvent on leur reprochait sans le dire d’être des colons, des fauteurs de guerre – ce qu’ils n’étaient pas bien entendu pour la très partie d’entre eux. Voici ce qu’écrivait en 1957 Germaine Tillion, militante communiste et ancienne résistante, donc peu suspecte de sympathie avec les « colons », ou animée de tendances impérialistes :

    « Il y a en Algérie, sur environ 1.200.000 non musulmans, exactement 19.400 colons au sens strict, dont 7.432 possèdent moins de dix hectares et sont de très pauvres gens, à moins qu'ils ne soient des retraités, des commerçants, des fonctionnaires possédant un terrain qui ne les fait pas vivres. Des "vrais colons", il y en a 12.000 environ, dont 300 sont riches et une dizaine excessivement riches. Avec leurs familles, les 12.000 colons constituent une population d'environ 45.000 personnes.
    Les autres "colons", beaucoup plus d'un million d'êtres humains, sont des ouvriers spécialisés, des fonctionnaires, des employés, des chauffeurs de taxi, des garagistes, des chefs de gare, des infirmières, des standardistes, des manœuvres, des ingénieurs, des commerçants, des chefs d'entreprise et leur ensemble représente vraisemblablement plus des trois quarts de l'infrastructure économique »

    Ce qui revient à dire que ces 45.000 personnes représentaient 3,75% de la totalité de la population pied-noirs et donc que plus de 96% des pied-noirs étaient des ouvriers, des employés, des petits artisans, des fonctionnaires, la vérité c'est surtout çà !!! [18]

    Globalement les pied-noirs étaient plus pauvres que la moyenne de la population française et aussi moins qualifiés. Le maire de Marseille, ville où avaient débarqué la plus grande quantité de rapatriés, avait mis en scène cette colère contre eux, en déclarant que les pieds-noirs posaient trop de problèmes et transformaient la ville dans un sens qui n’était pas souhaitable. D’autant que les pieds-noirs avaient massivement soutenu l’OAS et l’idée de l’Algérie française, pas parce qu’ils étaient particulièrement d’extrême-droite, mais principalement parce qu’ils ne voulaient pas quitter le sol sur lequel ils étaient nés. Gaston Defferre était à cette époque une des figures les plus importantes de la gauche non-communiste, mais personne à gauche n’aurait eu l’idée de critiquer son « racisme » envers les rapatriés. Je ne me souviens pas que le Parti communiste de l’époque se soit ému du sort des rapatriés à leur arrivée en métropole, ni que quelque organisation humanitaire ou ONG viennent au secours de cette population qui pourtant était plutôt pauvre. La gauche aime bien les migrants, à condition qu’ils représentent ce qu’elle attend d’eux, une population miséreuse en déshérence qui peut faire admirer, en lui venant à son secours, son sens de l’Humanité souffrante et combien elle est grande en venant en aide aux miséreux. C’est d’ailleurs ce qu’on voit encore aujourd’hui le maigre bataillon de militants qui sont restés au PCF passe plus de temps à défendre les migrants que les simples travailleurs. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Mais revenons à notre sujet. Comment les rapatriés se sont-ils intégrés ? Voilà qui est décisif pour comprendre la différence entre aujourd’hui et cette période lointaine. Si on analyse le processus d’intégration sur le marché du travail des rapatriés, d’abord on se rend compte que dans ce début des années soixante, la croissance est très forte et donc que les entreprises créent énormément d’emplois. On comprend qu’il est plus facile d’intégrer au marché du travail de nouveaux arrivants quand le taux de chômage se trouve à 1,4% comme en 1960, que quand il est de 9% comme aujourd’hui. À cette époque-là, je signale que la balance entre les demandeurs d’emplois et les offres d’emplois était fortement négative : il y avait plus de postes à pourvoir que de candidats. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, même en comptant seulement les demandeurs d’emploi de catégorie A, nous avons 3,5 millions de chômeurs d’un côté et 250 000 à 300 000 offres d’emplois non satisfaites. La balance est donc aujourd’hui très fortement positive entre chômeurs et offres d’emploi. Et encore je ne prends pas en compte l’ensemble des chômeurs dont le nombre est aujourd’hui supérieur à 6 millions de personnes[19].

    Mais apparemment ceux qui comparent bêtement les deux périodes ne se rendent pas compte de ce qu’il y a d’incongru à le faire. En vérité ils sont prisonniers de leur schéma d’analyse : pour eux la croissance de la population suffit à provoquer la croissance économique et l’emploi. Il est pourtant facile de voir que cette position est stupide puisque si c’était le cas, on ne comprend pas pourquoi l’Afrique qui présente le taux de croissance démographique le plus élevé est aussi le continent qui semble le plus bloqué dans son développement : en vérité la démographie enseigne au moins une chose certaine, la transition démographique est la clé du développement. On sait cela depuis Malthus au moins, c’est-à-dire depuis la fin du XVIIIème siècle[20]. Mais en économie, les idées fausses ont la peau dure. En vérité cette cécité vient aussi de la priorité donnée à la théorie de l’offre qui laisse entendre que c’est la faute des chômeurs s’ils sont sans emploi, parce que potentiellement le travail existerait. Sur ce point au moins la « science économique » est en pleine régression par rapport aux avancées de Keynes. Si le travail est abondant au début des années soixante, c’est au contraire parce que la demande pousse la croissance et que la concurrence externe est relativement faible, mais aussi parce que l’Etat est un guide sûr pour le développement du pays. On voit bien justement avec l’exemple des rapatriés que c’est une économie en croissance qui permet de créer massivement des emplois, et non l’arrivée d’une population nouvelle sur le marché du travail. En outre l’Etat a mis en place un système complexe d’aide à la construction du logement qui fait qu’on construit à tour de bras : et comme on sait le secteur du bâtiment absorbe beaucoup de main d’œuvre. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    On pourrait encore contester ce rapprochement stupide dû à des apprentis-économistes en faisant remarquer que quelques années après l’arrivée des rapatriés – en 1968 par exemple – le taux de chômage avait fortement augmenté comme le montre le second graphique ci-après. Et donc que si à court terme l’arrivée des rapatriés n’a pas eu d’impact direct sur le taux de chômage, ce n’est pas vrai à moyen terme. Certains d’ailleurs considèrent que les événements de Mai 68 trouvent leur origine dans cette montée du chômage à la fin des années soixante[22]. Le taux de chômage a en effet triplé entre 1960 et 1968. C’est d’ailleurs à cette époque que le gouvernement de Georges Pompidou, ancien banquier, l’homme qui avait entre autres choses commencé à démanteler la Sécurité sociale[23], a ouvert les vannes de l’immigration clairement pour faire baisser le coût du travail, misant sur une déformation de la fonction de production en faveur du facteur travail, tandis que l’Allemagne modifiait sa fonction de production vers une plus forte intensité en travail pour contrer la pénurie de main d’œuvre qui poussait les salaires à la hausse[24]. Mais cette substitution ne semble pas avoir été suffisante pour se garantir contre la baisse du profit, et l’Allemagne est aussi entrée dans le cercle vicieux de la déflation salariale qui lui a permis de dégager des excédents commerciaux importants, et ce qui a conduit à un accroissement sans précédent du nombre de travailleurs pauvres[25].

     

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi  

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi  

    La difficile intégration des migrants sur le marché du travail 

    Que ce soit en France ou en Allemagne, donc plus généralement en Europe, on a mis en avant sans en mesurer les conséquences, une nécessaire discrimination positive pour les migrants, afin qu’ils rejoignent au plus vite le marché du travail. C’est la doctrine de l’OCDE[26]. Mais cette doctrine qui demande aux gouvernements, dont la France, de faire un effort particulier sur les fonds publics pour accueillir et guider les migrants, se heurte à une autre doctrine de l’OCDE qui demande à ce que les règles sur le marché du travail en France notamment soit de moins en moins rigides[27]. Il y a une incohérence fondamentale entre ces deux positions : on ne peut pas encourager une prise en charge particulière des migrants et en même temps demander à ce qu’on abandonne les autochtones au motif qu’ils peuvent mieux se débrouiller que les migrants. En vérité réclamer une prise en charge des migrants sur fonds publics au motif très hypothétique que ceux-ci rapporteront un jour plus qu’ils n’ont coûté, c’est bien ne pas faire confiance au marché, c’est un renoncement théorique fondé sur une discrimination.

    Dans toute l’Europe cette attention portée aux migrants et à leur accueil par les politiciens de profession, a été pour beaucoup dans le rejet populaire de l’immigration de masse. Au total on voit que toutes les études qui tentent de faire la promotion des migrants sur le marché du travail sont mal fondées théoriquement, et elles s’apparentent plus à un catéchisme idéologique qu’à une étude sérieuse de l’impact des migrations sur l’économie et les rapports sociaux d’un pays. Elles ont encouragé les gouvernements à soutenir l’immigration. On se souvient avec quel enthousiasme les Allemands avaient accueilli les migrants en 2015, et aussi que c’est cette question qu’Angela Merkel se trouve désormais en difficulté, l’obligeant à s’aligner maintenant sur les positions anti-immigrationnistes de son ministre de l’intérieur. Mais si Merkel a plié, ce n’est pas seulement parce qu’elle est en perte de vitesse dans l’opinion publique, c’est aussi parce qu’il apparait que les migrants n’arrivent pas, trois ans après leur arrivée, à s’intégrer globalement sur le marché du travail malgré les efforts financiers du gouvernement. Le site Infomigrants, pourtant très favorable aux migrants reconnaissait qu’en Allemagne les migrants n’arrivaient pas à s’intégrer. En un an, « selon l’Agence fédérale pour l’emploi, environ 3 000 réfugiés seulement ont pu commencer un stage entre janvier 2016 et janvier 2017 »[28]. Ce qui est très maigre quand on sait que ce pays a accueilli 1 million de migrants en 2015. Il n’existe pas de statistiques unifiées en ce qui concerne l’intégration des migrants sur le marché du travail allemand. Il y a deux ans, on parlait de 100 000 migrants qui auraient obtenu un emploi, bien qu’on ne dise pas si cet emploi est pérenne ou non, mais dans le même temps on constatait 400 000 migrants qui avaient leurs papiers en règle et qui touchaient des allocations sociales[29]. Il est probable que les migrants entre maintenant dans des catégories à part : stages, formations diverses et variées, et donc qu’en réalité le chômage en Allemagne est bien plus haut qu’on ne le dit, à moins de laisser croire que les migrants ont trouvé facilement du travail. Dans un article récent publié en Allemagne, on considérait que plus d’un bénéficiaire sur deux de l’allocation prévue par la loi Hartz IV était un chômeur de longue durée[30]. L’an dernier, L’express business signalait que 75 % des migrants étaient encore au bout de 5 ans des chômeurs de longue durée. Le même article signalait qu’en Belgique, seulement 3,5% des 57000 réfugiés avaient trouvé un emploi au bout d’un an[31]. 

    Discrimination positive, migrants et marché de l’emploi 

    Migrants accueillis en Allemagne dans des centres dédiés 

    En vérité si les migrants ont boosté l’économie allemande, c’est par un effet de demande, et non par leur implication dans la production : en effet l’Etat fédéral et les collectivités publiques ont mis depuis 2015 environ 20 milliards d’euros par an pour financer l’installation des migrants. On considère que cette manne d’argent public – une curiosité au pays de l’ordolibéralisme – correspond à une croissance du PIB de 0,3%[32]. Evidemment on aurait obtenu le même résultat en donnant cet argent aux Allemands pauvres, mais on aurait enfreint la doctrine qui veut que les salaires des Allemands pauvres doivent rester bas.  



    [1] https://www.lemonde.fr/emploi/article/2018/05/23/le-taux-de-chomage-remonte-de-0-2-point-au-1er-trimestre-2018-a-9-2-selon-les-chiffres-de-l-insee_5303077_1698637.html

    [2] https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/0301739186593-le-ralentissement-economique-se-confirme-2179873.php

    [3] https://www.latribune.fr/economie/france/de-mai-68-a-aujourd-hui-du-quasi-plein-emploi-au-chomage-de-masse-779167.html#awaitingComment1892242

    [4] http://www.leparisien.fr/politique/immigration-les-demandeurs-d-asile-pourront-travailler-plus-facilement-19-02-2018-7567344.php

    [5] http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/creteil-ils-aident-les-migrants-a-realiser-leurs-projets-professionnels-22-06-2018-7787901.php#xtor=AD-1481423551

    [6] https://www.generation-nt.com/automatisation-robotisation-emploi-humain-disparition-actualite-1948595.html

    [7] Bertrand Bellon, Le volant de main d’œuvre, Le seuil, 1975

    [8] http://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-ouvriers-jeunes-ruraux-qui-a-vote-quoi-7788279034

    [9] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/07/02/allemagne-apres-avoir-trouve-un-accord-avec-merkel-le-ministre-de-l-interieur-renonce-a-demissionner_5324815_3214.html

    [10] https://fr.blastingnews.com/international/2018/06/migration-les-dirigeants-de-lunion-europeenne-ont-trouve-un-accord-002642733.html

    [11] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/06/30/97001-20180630FILWWW00031-centre-d-accueil-de-migrants-macron-etait-fatigue-dit-conte.php

    [12] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/07/04/de-l-accueil-au-refoulement-des-migrants-la-mue-contrainte-d-angela-merkel_5325642_3214.html

    [13] http://in-girum-imus.blogg.org/note-negative-sur-une-etude-visant-a-justifier-les-migrations-de-masse-a145646398

    [14] https://reinformation.tv/allemagne-antisemitisme-violence-ecoles-migrants-bault-82712-2/

    [15] https://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/allemagne-des-emplois-payes-80-centimes-de-lheure-pour-les-refugies-4432669

    [16] A. Edo (2017), « The Impact of Immigration on Wage Dynamics: Evidence from the Algerian Independence War », CEPII Document de Travail, n° 2017-13, juillet.

    [17] http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/02/16/23538008.html

    [18] Germaine Tillion, L’Algérie en 1957, Editions de Minuit, 1957. Le commentaire de la citation est emprunté à http://www.algerie-verite.com/colons-et-pieds-noirs.php. Signalons que Germaine Tillon a eu sa place au Panthéon pour son action dans la Résistance.

    [19] https://www.journaldunet.com/management/conjoncture/1038148-chomage-le-taux-de-chomage-en-hausse-au-premier-trimestre-2018/

    [20] Jean-Claude Chesnais, « La transition démographique : étapes, formes, implications économiques. Etude de séries temporelles (1720-1984) relatives à 67 pays », Population Vol. 41, No. 6 (Nov. - Dec., 1986), pp. 1059-1070.

    [22] http://www.liberation.fr/cahier-special/1998/05/05/special-mai-68-le-chiffre-350-000-chomeurs-en-france_237877 et même dans une approche marxiste https://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/104-la-revolution-de-mai-68

    [23] https://www.lemonde.fr/politique/article/2017/09/01/reformes-sociales-l-histoire-controversee-des-ordonnances_5179528_823448.html

    [24] Jean-Pierre Mockers, Croissances économiques comparées : Allemagne, France, Royaume-Uni, 1950-1967. Essai d'analyse structurale, Dunod, 1969 

    [25] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/travailleurs-pauvres-en-europe-des-chiffres-alarmants-769827.html

    [26] http://www.oecd.org/fr/migrations/locde-demande-aux-pays-dintensifier-leurs-efforts-en-faveur-de-lintegration-des-immigres-et-des-refugies.htm

    [27] Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2013

    [28] http://www.infomigrants.net/fr/post/5701/comment-les-refugies-peuvent-ils-integrer-le-marche-du-travail-allemand

    [29] http://www.rfi.fr/europe/20160802-allemagne-refugies-arrivent-marche-travail

    [30] https://www.welt.de/politik/deutschland/plus175310322/Sozialsystem-Mehr-als-jeder-zweite-Hartz-IV-Bezieher-hat-Migrationshintergrund.html

    [31] https://fr.express.live/2017/06/29/allemagne-refugies-emploi-chomage-qualifications/

    [32] https://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/CYRAN/57230

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  •  Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron

    On parle depuis maintenant des mois de l’effondrement de la popularité de Macron dans les sondages. Mais on analyse ce phénomène régulier d’une mauvaise manière. C’est-à-dire qu’on l’attribue aux mesures qu’il met en œuvre et qui sont ouvertement contre le peuple et les gens de peu. Ce n’est pas faux, mais c’est insuffisant. En vérité sa popularité s’effrite de plus en plus depuis son élection, il a connu un léger rebond à l’automne dernier, et puis la chute a repris. Généralement la presse tente de masquer ce mouvement en comparant cet effondrement avec celui qu’a connu Hollande. Le message sous-jacent est que la France est un pays irréformable, et donc que dès qu’on tente quelque chose, on tombe sous le fait de la critique.

    Cette baisse a plusieurs raisons qui toutes se cumulent. Il y a d’abord l’idée qui est bien ancrée maintenant selon laquelle Macron n’est que le président des plus riches. On le voit assez clairement dans le fait qu’il n’a plus de soutien sur sa gauche : ce qui reste des électeurs socialistes qui avaient une attirance pour Macron, ont déchanté. C’est Gérard Courtois, éditorialiste du journal Le monde et macronien de la première heure, qui l’exprime peut-être le mieux en faisant clairement état de sa déception[1]. Il est suivi d’assez près par L’Obs. Autrement dit, c’est la deuxième gauche – cette seconde droite avec un faux nez – qui est en train de s’émanciper. Et si Macron ne chute pas encore complètement, c’est parce qu’il recrute ses soutiens maintenant chez les anciens sarkozystes au grand dam de Wauquiez qui ne sait plus très bien se situer sur l’échiquier politique.

    Il faut dire que les mauvaises nouvelles sur le plan économique commencent à arriver. Alors que le chômage avait tendance à baisser sur toute l’année 2017, le voilà repartit à la hausse[2]. Et ce n’est pas près de s’inverser. Il y a plusieurs raisons à cela : la première ne tient pas à la responsabilité de Macron, elle est le résultat d‘un retournement de conjoncture porté par une hausse du prix de l’énergie et des matières premières.

    Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron 

    La seconde est le résultat prévisible de la baisse du pouvoir d’achat engendré par un transfert massif de revenus des plus pauvres vers les plus riches : c’est la consommation qui s’est effondrée. Quoiqu’en pensent les tenants de la théorie de l’offre, l’économie fonctionne aussi avec la demande. Si la demande s’effondre, l’investissement productif n’a pas de raison de s’effectuer, et donc c’est toute l’économie qui s’enlise. Il n’y a aucune raison à court terme pour que la demande reparte à la hausse en France. C’est même l’inverse, et les choses devraient s’aggraver dans les mois qui viennent, d’autant qu’on va payer en termes de croissance le coût des grèves du printemps dernier à la SNCF, mais aussi à Air France. 

    La personnalité déplaisante de Monsieur Macron 

    Mais dans l’effondrement de la popularité de Macron, sa personnalité joue un grand rôle. Il apparait comme un personnage pusillanime et manipulateur, arrogant et suffisant. Sa com, comme on dit, laisse à désirer. Pour se donner un air jeune, le voilà en train de transformer l’Elysée en boîte de nuit ! Certes les Français sont progressistes, mais de là à profaner un lieu aussi symbolique il y a loin. Des photos assez hideuses grotesques à vrai dire et de cette soirée ont été mises en circulation par le service ce communication de l’Elysée, prenant l’opinion à contrepied, aussi bien sur la question de l’homosexualité que sur celle des migrants en associant des personnes de couleur à une marginalité sexuelle. Cette promotion risque de se payer très cher en termes de popularité le mois prochain, du côté cette fois de la droite européiste et affairiste que Macron avait attirée dans ses filets, mais qui n’est pas prête à renoncer à un certain formalisme hérité du passé. Voir également le couple bizarre de l’Elysée tressauter sur une « musique » tout aussi étrange a quelque chose d’indécent dont la cuistrerie de Macron empêche d’en mesurer les conséquences. Le mot qui revient le plus souvent est la honte que cet individu aux manières vulgaires de petit parvenu nous représente.

    Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron

    Carnaval à l'Elysée 

    Mais Macron fait aussi profiter à l’international de sa personnalité bipolaire. Il s’est illustré piteuse face aux Italiens, d’abord pour contester la tentative de la Lega et de M5S de former un gouvernement, approuvant bruyamment la pitoyable manœuvre de Mattarella de trouver une alternative « neutre ». Son opposition aux Italiens s’est encore raffermie avec l’épisode de l’Aquarius, jouant les donneurs de leçons à un gouvernement qu’il juge manifestement illibéral. Salvini s’est empressé de recadrer Macron, soulignant son arrogance, et lui demandant de s’occuper plutôt de la France que des affaires internes à l’Italie[3]. Le sujet des migrants a encore renouvelé l’occasion à Macron de se ridiculiser. Il a d’abord reçu Conte, disant que son entente avec lui était parfaite et cordiale[4]. Cette bonne volonté n’a pas résisté à la personnalité particulière de Macron. En effet, lors du sommet européen sur les migrations qui n’a abouti à rien, sauf à dire que chaque gouvernement faisait comme il voulait, Macron a expliqué que les Italiens avaient accepté de retenir chez eux les migrants dans des camps. Le sommet s’est très mal passé, et une fois de plus Macron a tenté de faire la leçon à Conte, mais c’est lui qui finalement a dû plier devant le président du conseil italien[5]. Macron est déjà isolé par rapport à l’Allemagne qui en effet refuse clairement toutes les réformes de l’Europe qu’il a proposé. Mais il s’est mis maintenant à dos le gouvernement italien dans son ensemble qui le regarde comme un ennemi. Si la diplomatie de Hollande n’était pas très performante, il est clair que l’hystérie de Macron aggrave l’isolement de la France. Il a remis ça à Quimper en dénonçant « la lèpre qui monte en Europe »[6]. Cette lèpre désignant tous les pays européens qui votent mal, et notamment bien sûr l’Italie. 

    Réflexions sur l’effondrement de la popularité de Macron 

    Mais le plus ridicule était encore à venir. Voilà que Macron va visiter le Pape pour se faire introniser chanoine de Latran. C’est déjà assez ridicule en soi, mais on peut toujours se protéger derrière le fait que le Vatican est aussi un Etat. Je ne discuterais même pas de sa bêtise lorsque Macron, chef d’un Etat laïque et républicain déconne sur la nécessité de la religion – encore une fois, cela rappelle Sarkozy. Mais le plus singulier est son comportement, non seulement il s’est mis à tripoter le Pape comme si c’était un vieux copain de régiment – on sait que Macron a beaucoup de goût pour les vieux – mais il s’est permis de faire des blagues déplacées autant que stupide. Comme toujours à l’étranger, il a fallu qu’il lâche son fiel contre une partie de la population française. Cette fois, c’est tombé sur les Bretons. Comme il était accompagné de l’ineffable Le Drian, ministre des affaires étrangères, il a parlé au Pape de « mafia bretonne »[7]. C’est tombé évidemment à plat parce que le Pape n’a pas grand-chose à faire des bretons. L’imbécillité de Macron est manifeste, non seulement il apparait qu’il ne sait pas se tenir quand il est reçu chez des voisins, mais en plus de cela il n’a pas idée de la façon dont ce genre de crétinerie sera reçu en Bretagne. C’est en effet en Bretagne, région sans doute la plus catholique de France, que Macron a fait ses scores les plus élevés. 

    Conclusion 

    Au cœur de la dégringolade de Macron dans les sondages, il y a l’antipathie, pour ne pas dire la répulsion, qu’engendre sa personnalité instable et pusillanime. Et ce n’est sans doute pas fini. Pendant de nombreux mois Macron a bénéficié de la mansuétude de la presse mainstream. Cet heureux temps semble être terminé. Avec ses réformes à jet continu et ses foucades, il a gonflé un peu tout le monde, même parmi ceux qui l’ont soutenu. Si les résultats économiques en termes d’emploi et de pouvoir d’achat ne suivent pas – et pourquoi suivraient-ils ? – il va sans doute suivre la même pente savonnée que ses prédécesseurs. Rappelez-vous quand Hollande promettait l’inversion de la courbe du chômage, et pourtant, il était tout compte fait bien moins antipathique que son successeur. Il est également peu probable qu’il ait des résultats sur la scène internationale. Le dossier des migrants le rend fébrile. D’un côté il y a l’idéologie libérale qui nous dit que l’immigration c’est très bon pour l’économie et donc pour tout le reste, et de l’autre il y a la réalité : l’opinion française et européenne est de plus en plus hostile aux migrants. La façon dont il aborde ce dossier le montre très hésitant et sans conviction véritable. Il sait que s’il appuie trop pour l’ouverture des frontières, il ne finira pas son mandat. Ce dossier a d’ailleurs comme signalé plus haut mis à jour de graves dissensions en Europe, et il semble que la tendance anti-immigration soit en passe de l’emporter.



    [1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/26/macron-insupporte-ceux-qu-il-ne-faisait-qu-irriter-il-desenchante-ceux-qu-il-avait-emballes_5321253_3232.html?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1530032925

    [3] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/06/23/97001-20180623FILWWW00155-migrants-matteo-salvini-denonce-l-arrogance-du-president-macron.php

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/06/26/emmanuel-macron-et-giuseppe-conte-improvisent-une-rencontre-a-rome-et-debloquent-la-situation-du-lifeline_a_23468470/

    [5] https://www.corriere.it/esteri/18_giugno_29/macron-perde-calmanon-funziona-cosi-ma-la-nottediventa-mediatore-b7b18a40-7b16-11e8-80d9-0ec4c8d0e802.shtml

    [6] http://www.lepoint.fr/politique/migrants-macron-contre-la-lepre-qui-monte-et-les-donneurs-de-lecons-22-06-2018-2229629_20.php

    [7] http://www.liberation.fr/debats/2018/06/29/emmanuel-macron-et-la-mafia-bretonne-pensee-complexe-blagues-simplistes_1662565

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  •  Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    Hippolyte d’Albis vendant la soupe libérale au Cercle des économistes 

    Voilà une étude qui fait grand bruit dans le landerneau pro-migration[1]. Des articles en veux-tu, en voilà dans Le monde, Les inrockuptibles, ou le soi-disant sérieux journal du CNRS. L’idée est de nous convaincre que l’immigration est un bienfait de l’humanité. Evidemment ceux qui commentent positivement cet article, parce qu’il les conforte dans leur vision d’une mondialisation heureuse. Mais pour bien comprendre les remarques qui vont suivre, signalons qu’Hippolyte d’Albis est membre du Cercle des économistes. C’est donc un libéral qui accepte les méthodes archaïques de la pensée économique orthodoxe et pro-marché. Il est de ceux qui démontrent sans vraiment le savoir que l’immigration est la petite sœur de la mondialisation malheureuse. Cette équipe avait déjà publié en 2015, une étude très exactement sur le même thème pour nous expliquer que :

    1. L’immigration fait augmenter le PIB ;

    2. que l’immigration fait baisser le chômage !![2]

    Comme leurs résultats étaient passés inaperçus, ils remettent ça en utilisant des données plus récentes. La première intégrait les flux allant de 1994 à 2008, et la seconde des flux migratoires allant de 1985 à 2015. La première concernait seulement la France, et la seconde une quinzaine de pays de l’Union européenne. Il est assez facile de comprendre que ce genre d’études avec ce genre de résultats va se vendre facilement à la Commission européenne. On sait que ce genre d’étude participe de la bataille idéologique, en effet massivement les Européens et les Français sont hostiles à l’immigration, il faut donc les éduquer à accepter un phénomène dont, massivement, ils ne veulent pas. C’est un sujet d’autant plus brûlant que l’Union européenne se déchire sur cette question, de nombreux pays, à commencer par les pays de Visegrad et l’Italie, refusent la caporalisation de l’Union européenne en la matière, et considèrent que leur devoir est de respecter leur opinion publique qui n’en veulent pas.  

    Sensibilité du sujet et erreurs fondamentales d’approche 

    Nous sommes évidemment sur un sujet très sensible et selon moi il n’y a pas d’étude sérieuse sur la question de savoir ce que coûtent et ce que rapportent les migrations au pays receveur. L’étude présentée par Hippolyte d’Albis et ses collaborateurs se base sur un modèle économétrique assez traditionnel. Or la validité des résultats de ce type de modèle dépend de deux paramètres qui sont à la discrétion du chercheur :

    - le choix de l’échantillon dans le temps et dans l’espace. Le fait que leur dernière étude s’arrête en 2015 est symptomatique, parce que c’est vraiment en 2015 que les Européens ont commencé à prendre peur, jusqu’à cette date Merkel avait pensé qu’on pouvait absorber des flux de migrants très importants. La suite de histoire la fera renoncer. Car si les Allemands ont au départ accepter l’arrivée des migrants, l’opinion s’est retournée brutalement après les événements de Cologne.

    - ensuite, il y a le choix des variables expliquées et des variables explicatives qui referment le débat selon le bon vouloir des chercheurs. Un modèle économétrique consiste en effet à mettre en relation deux variables : par exemple ici les flux migratoires avec le taux de chômage. Si la relation est négative, on conclura que les migrations contribuent à faire baisser le chômage ! mais pour avoir une relation négative entre les deux, il suffit de travailler sur une période de temps durant laquelle le chômage baisse parce que la croissance est forte ! Ce que je dis relève du bon sens, mais apparemment pas pour Hippolyte d’Albis. En vérité cette approche est complètement biaisée parce que les trois chercheurs utilisent les flux et non les stocks, or les flux relèvent par définition du court terme et les stocks du moyen et long terme. Ils savent très bien tout cela, mais ils font volontiers la confusion entre flux et stocks, parce que cela va leur permettre de masquer que les taux de chômage sont extravagants dans la population immigrée, notamment en France. Dans le tableau que nous donnons ci-après, on se rend compte que les immigrés d’origine africaine et maghrébine contribuent justement positivement à la montée du chômage. Par quel miracle ces chômeurs immigrés deviendrait-il des travailleurs positifs pour l’économie ? D’Albis et ses acolytes ne nous le disent pas. Et pour cause !

     Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    Si je regarde d’une manière plus précise la relation entre part de la population immigrée et taux de chômage, je me rends compte facilement que la grande dispersion des points dans l’espace de leur représentation ne permet en rien de conclure dans un sens ou dans un autre. Le raisonnement de d’Albis et de ses deux collègues repose sur une idée jamais démontrée selon laquelle les migrants accepteraient des boulots que les autochtones refuseraient : mais en réalité si les autochtones les refusent, c’est essentiellement parce que ce sont des boulots mal payés, aux conditions de travail dégradantes. Ces idées qui ont fait dire à certains imbéciles qu’il fallait faire venir des migrants par millions[3] proviennent toutes du fameux rapport McKinsey sur la question. En 2016, la fameuse boutique de réflexion à la solde du patronat mondial, avait publié une étude – dont les qualités scientifiques laissaient d’ailleurs beaucoup à désirer – affirmant que les migrants étaient une source de croissance potentielle extrêmement forte[4]. A croire qu’avant ces grandes migrations, par exemple entre 1945 et 1975, la croissance était très faible. Leur idée vient d’abord que les flux de main d’œuvre immigrée permettent de limiter la croissance du coût du travail qui comme on le sait rend neurasthénique le patronat et le décourage à investir.  

    Eléments de langage 

    Je remarque que les trois chercheurs mélangent leur discours en commençant par parler de réfugiés, puis ensuite ils traitent des migrants économiques, comment peut-on passer de l’un à l’autre ? On voit que l’intention est culpabilisante puisqu’en effet, même au plus haut de la crise migratoire, les réfugiés n’ont jamais été plus de 15 à 18% de la population migrante selon les plus larges estimations de Bruxelles. Cette distinction est décisive parce que si la très grande majorité des migrants n’est pas formée de réfugiés qui fuient la guerre, on comprend qu’en attirant cette main d’œuvre dans les pays développés, on prive les pays d’origine de cette même main d’œuvre, et donc ce qu’on gagne supposément en Europe par l’apport des migrants, on le perd de l’autre côté parce que cela prive les pays les plus pauvres de possibilités de se développer. On ne peut pas comme le font les libéraux ne regarder que les effets positifs des migrations sur notre propre croissance et négliger les inconvénients qu’il y a pour les pays en développement à laisser partir leur main d’œuvre la plus dynamique. Il est confondant de voir que les tenants de l’idéologie mondialiste ne sont pas capables de prendre en considération les effets négatifs des migrations sur les pays émetteurs. On pourrait les qualifier d’européocentrés ! On voit la logique égoïste de ces éléments de langage, c’est bon pour l’Europe, donc c’est bon tout court, même si c’est mauvais pour les pays les plus pauvres. Je vais juste donner un exemple : on a incité à juste titre les pays pauvres à dépenser pour l’éducation, mais si c’est pour former une main d’œuvre qui partira travailler à l’étranger dans les pays riches, cela veut dire clairement que les pays pauvres financent la formation de la main d’œuvre des pays riches ! C’est une question qui a été débattue au niveau international à la fin du XXème siècle et au début des années 2000[5]. D’Albis sait très bien cela, mais il l’occulte volontiers dans ses analyses. C’est d’une mauvaise foi évidente. 

    Effets externes négatifs à long terme 

    Obnubilés par leur volonté de démontrer que l’immigration est belle et bonne, nos trois « chercheurs » oublient volontairement de prendre en compte dans leur évaluation des effets externes négatifs sur le long terme des migrations. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas, c’est même la règle pour les économistes qui défendent les migrations. On peut en effet calculer ce que coûte les migrations à l’Etat et aux services publics à partir d’une comptabilité douteuse, les chiffres de la CAF, des allocations chômage par exemple, et puis mettre en face ce que les immigrés versent comme cotisations sociales et impôts. Mais de nombreux effets externes négatifs ne sont pas pris en compte, je vais en donner ici quelques-uns, tout en étant certains qu’il y en a d’autres

    - d’abord il y a un effet de ghettoïsation des populations issues de l’immigration. Cet effet divise violemment la population française. Les autochtones quittent les quartiers où s’implantent les migrants. Il y a un refus de mixité sociale qui se traduit périodiquement par des émeutes coûteuses ; 

    Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse

    - ensuite il y a une dégradation globale du niveau d’éducation, ce qui ne peut pas être favorable sur le long terme à l’économie. Le communautarisme musulman récuse l’enseignement de la République, et se construit en sécession avec le reste du pays. Cela se traduit par un abandon de territoires[6]. Les récupérer, à la condition qu’on le puisse et qu’on le veuille, coûtera forcément très cher au budget de l’Etat.

    - l’islamisation de la société française, comme des autres pays européens, engendre aussi des attentats et des problèmes de maintien de l’ordre inédits et très couteux. Certes ce n’est pas tous les jours qu’il y a des attentats comme au Bataclan, mais cela engendre des coûts, notamment psychologiques extrêmement élevés. Or à l’évidence ces attentats ont quelque chose à voir avec l’immigration d’origine musulmane, le nier est tellement absurde que cela disqualifie les chercheurs qui n’en tiennent pas compte.

    - un autre coût qui n’est jamais pris en compte est celui de la dévalorisation du patrimoine immobilier. C’est le cas à Calais bien sûr, mais aussi dans toutes les villes et les quartiers où la proportion d’immigrés est importante. C’est le cas des quartiers Nord de Marseille qui avant étaient habitaient par une population certes populaire et assez pauvre, mais pas en sécession avec le reste de la ville.

    - également on ne peut pas appréhender les effets des migrations sur les salaires simplement de manière macro-économique. Il est clair que si on comprend l’immigration comme la continuation de la mondialisation, c’est un facteur dépressif sur les salaires. Les travailleurs immigrés sont moins syndiqués et moins combattifs que les autres. 

    A quoi pense la gauche ? 

    Que la droite mondialiste et affairiste défendent l’immigration, c’est dans la logique des choses, que la gauche vienne à son soutien est pire que tout. Dans un article assez ancien, Paul Krugman, un économiste ouvertement de gauche, et de surcroît prix Nobel, recensait plusieurs articles sur les effets négatifs de l’immigration[7]. Il citait Gordon Hanson, Immigration policy[8], un autre article de Borjas et Katz, The Evolution of the Mexican-Born Workforce in the United States[9], et encore un autre travail de Hanson, Slaughter et Dartmouth. Les conclusions de ces économistes sont exactement à l’inverse de celle de d’Albis et alii. Et donc on peut dire pour le moins que si les conclusions diffèrent autant sur un même sujet, c’est que les résultats ne sont pas fermement établis.  

    La gauche aux Etats-Unis est en effet moins immigrationniste que notre gauche à nous qui se décompose à vue d’œil, et les syndicats américains ne sont pas favorables à une immigration de masse. En regardant le cas des relations entre le Mexique et les Etats-Unis, il considérait que l’immigration était mauvaise pour les salaires des Américains, mais aussi pour le développement même du Mexique. Ce cas est intéressant parce que c’est comme ça que Bill Clinton avait vendu l’ALENA, en disant que cela boosterait l’emploi, la croissance et donc les salaires. Toutes ses prévisions ont été battues en brèche. On voit notamment que les migrations ont non seulement empêcher les salaires étatsuniens d’augmenter, mais les écarts de revenus se sont amplifiés dans le temps entre les deux parties, et c’est la même chose en Europe. L’immigration est un facteur d’accroissement des inégalités, inégalités entre les pays pauvres et les pays riches, mais aussi inégalités entre les classes des différents pays.

    Je ne serais pas obligé d’insister sur ce point, si la gauche européenne en pleine décomposition, n’avait pas fait de l’immigration de masse son cheval de bataille. Cette gauche-là, en voie d’extinction, vient donc au secours de la droite cosmopolite et affairiste, comme si elle en avait besoin ! Je le rappelle ici, la gauche italienne de ce type, Liberi e Uguali, a réalisé le score sans appel de 3,4% aux dernières élections. En France, alors que La France Insoumise est assez partagée sur la question de l’accueil des migrants, le Parti communiste s’est fait le défenseur des migrants, sans exclusive, pour ce parti on doit en France accueillir tous les migrants qui le demandent ! Et du reste ils reprennent exactement les arguments du très réactionnaire Hippolyte d’Albis[10]. 

    Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    Un journal comme L’Humanité, organe du PCF, passe énormément de temps à défendre la cause des migrants, et si ce journal n’a pas de vraies solutions pour la crise des migrants, il développe l’idée libérale selon laquelle il y aura toujours du travail pour tous. Il n’est pas besoin de développer plus avant pour comprendre que la gauche est devenue la fraction bien-pensante de l’idéologie mondialiste. Que demande L’Humanité à Macron, d’être « humain » ! L’humanisme façon L’Obs remplace maintenant la lutte des classes. Le journal communiste se faisant à l’occasion le relais de la propagande du Pape pour plus d’immigration. Evidemment si la gauche pense avoir raison contre le peuple, elle va rester minoritaire, au mieux une fraction supplétive de la droite mondialiste, c’est ce qu’on a vu quand une fraction de cette même gauche a appelé à voter Macron pour faire barrage à Marine Le Pen, entre autres sur sa politique migratoire. On voit bien le choix que cette gauche-là a fait : elle a sacrifié la lutte des classes à la défense des immigrés. Elle reste d’ailleurs aujourd’hui sans force pour s’opposer aux exactions de Macron : elle est donc objectivement complice de ce que le gouvernement fait aujourd’hui en s’attaquant tout azimut contre les avancées du CNR. 

    Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    La conclusion de tout cela est que les études économétriques sont destinées à porter un discours de propagande pour des idées politiques finalement assez précises. Mais outre que les résultats de l’étude conduite par d’Albis sont méthodologiquement mal fondés, ils souffrent de ne pas se situer dans le temps et dans l’espace. En effet si l’immigration est excellente pour la croissance, pour l’emploi et pour les finances publiques, on peut tout de même admettre qu’un trop grand nombre de migrants va détruire les nations. L’étude de d’Albis ne nous dit pas s’il y a un seuil qu’il ne faut pas dépasser. Or, sans avoir fait d’études, il parait assez évident que ce n’est pas la même chose d’accueillir 1 million de migrants en France ou 10 millions, ou encore 100 millions ! Par ailleurs d’Albis ne donne aucune valeur dans son analyse au patrimoine collectif de la nation. Or pour les Français ce patrimoine existe, et ils y sont attachés. Les frontières existent et ce n’est pas sans raison. Et dans un monde sans frontière, ce que souhaitent implicitement les trois coauteurs, tout le monde ne peut pas s’installer au même endroit, par exemple au centre de Paris, or sans régulation des flux migratoires, les forces centrifuges aboutissent à trier les populations sur la base des revenus pour les plus chanceux et les plus riches, et sur la base des allocations et des soutiens dont bénéficient les étrangers qu’on veut intégrer.



    [1] “Macroeconomic evidence suggests that asylum seekers are not a “burden” for Western European countries”, Hippolyte d’Albis, Ekrame Boubtane, Dramane Coulibaly, Sci. Adv. 2018; 4 : 20 June 2018

     

    [2] d’Albis H., Boubtane E., Coulibaly D. (2015) “Immigration Policy and Macroeconomic Performance in France”, Etudes et Documents, n°5, CERDI.

    [3] https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110321trib000609557/l-economie-francaise-a-besoin-de-10-millions-d-immigres-d-ici-a-2040.html

    [4] McKinsey Global Institute, People on the move : global migrations impact and opportunity, December 2016.

    [5] Lucas Robert E. B, « Migration internationale vers les pays à haut revenu : quelles conséquences pour le développement économique des pays d'origine ? », Revue d'économie du développement, 2005/4 (Vol. 13), p. 123-171

    [6] Emmanuel Brenner (sous la direction d’), Les Territoires perdus de la République : antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaireMille et Une Nuits, 2002.

    [7] http://economistsview.typepad.com/economistsview/2006/03/krugmans_notes_.html

    [8] NBER, july 2004.

    [9] NBER Working Paper No. 11281, Issued in April 2005

    [10] D’Albis avait défrayé la chronique en prétendant dans une étude assez peu fondée méthodologiquement que les jeunes générations n’étaient pas du tout, et qu’au contraire elles s’en sortaient mieux que celles de leurs parents et arrière grand-parents. Les inégalités de niveaux de vie entre les générations en France, ECONOMIE ET STATISTIQUE / ECONOMICS AND STATISTICS N° 491-492, 2017. D’Albis est là pour rassurer, certes tout ne va pas au mieux, mais tout ne va pas si mal. On est par contre frappé par le bricolage économétrique sous-jacent de ses travaux.

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  • Décomposition politique de la France et de son personnel la représentant

    Il nous coûte un « pognon de dingue » 

    Macron n’en est plus à une provocation près. Enfoncé Sarkozy et ses « casse-toi pauvre con ! ». Il apparait en effet de plus en plus fou. Et plus les sondages montrent que les Français lui tournent le dos, et plus il s’enfonce dans l’arrogance vulgaire. Entre les deux tours des présidentielles j’avais dénoncé ce triste personnage comme un représentant de la droite extrême, affairiste et cosmopolite, et pour cette raison je me suis abstenu de voter. Ce personnage clownesque a vérifié mon pronostic au-delà de ce que je pensais. Comme je l’ai dit, alors que les organismes internationaux, le FMI, l’OCDE, commencent à critiquer le désengagement de l’Etat. Voilà Macron qui se prend pour Margaret Thatcher et qui veut détruire tout le système social français. Pour cela il est près à tout. Comme un enfant capricieux, il attend qu’on mette un terme à ses fantaisies en lui donnant une raclée et en le renvoyant. C’est ce qu’il cherche. Entre temps il aura été l’homme qui aura mis en œuvre les désirs de l’oligarchie : faire la peau aux acquis du CNR, privatiser tout ce qui reste à privatiser et qui peut rapporter de l’argent à ses amis – plutôt à ses sponsors, car je doute qu’un tel personnage aussi sournois que violent, ait des amis.  

    Décomposition politique de la France et de son personnel la représentant

    L’idée de sa dernière vidéo est un modèle du genre. Il attaque les dépenses sociales de la France en laissant fuiter une vidéo parfaitement honteuse, puis il fait dire qu’il s’agissait d’une conversation privée – on ne voit pas en quoi d’ailleurs le fait qu’il se propose de détruire le système social de manière privée ou publique change quoi que ce soit à l’affaire. Cette vidéo a été postée par Sibeth Ndiaye, la brutale conseillère en communication de Macron, celle-là même qui s’était faite remarquée par un tweet des plus répugnant sur la mort de Simone Veil[1]. Mais le but réel est de faire passer le message : après les retraites et les cheminots on va faire la peau à la sécurité sociale, c’est-à-dire qu’on va la privatiser, au moins la partie des petits soins, celle qui est rentable pour les compagnies d’assurances privées, et on supprimera les aides sociales de toute sorte. Ça va dans le sens de ce que disait le sinistre Darmanin[2]. C’est donc une attaque concertée.

    La rhétorique est bien rodée depuis le XIXème siècle, siècle auquel renvoie l’ensemble du discours politique de Macron, on dénonce l’inefficacité des dépenses sociales en général avec une formule choc et un double mensonge. « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux »[3] est à la fois vulgaire et faux. En effet, on ne sait pas trop qui est ce « on ». Or, il va de soi que les aides sociales sont alimentées d’abord par les salaires et les impôts des Français. Mais Macron-le-menteur fait comme si c’était lui qui mettait la main à la poche. Les Français cotisent d’une manière ou d’une autre pour les aides sociales qui servent à prévenir les risques sociaux justement. Marisol Touraine, ancienne ministre de la santé de François Hollande, a rappelé que les assertions de Macron et de la droite extrême étaient complétement erronées.

    Macron qui ment en laissant croire qu’il a été un jour assistant du professeur de philosophie Paul Ricoeur[4], alors qu’il n’a fait que porter ses livres, aime à jouer les philosophes. Mais il n’en a pas les capacités intellectuelles. Ne sachant rien sur rien et encore moins sur le reste, il enrobe des lieux communs éculés de formules emberlificotées destinées à faire croire qu’il a une pensée complexe. Pourtant en ce qui concerne les aides sociales, il ne fait que répéter les stupidités thatchériennes sur l’assistanat qui empêcherait au bon peuple de se prendre en charge pour sortir de la pauvreté. Macron est l’ennemi du genre humain, il est seulement l’ami des très riches. Or sa politique fiscale nous « coûte un pognon de dingue ». Prenons quelques mesures emblématiques et mettons en face ce qu’elles coûtent à l’Etat sur une année pleine :

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    Transferts de l’Etat vers les riches et les très riches en milliards d’euros[5] 

    C’est donc clairement plus de 56 milliards par an qui ont été ou qui seront transférés de l’Etat vers les plus riches. De quoi rembourser intégralement la dette de la SNCF. C’est beaucoup d’argent. Alors bien entendu, comme c’est un système de vases communicants, il faut bien trouver des compensations. Parmi celles-ci il y a la baisse des APL qui permet de trouver 1,5 milliards d’euros, la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales, ou encore la hausse de la CSG pour 22 milliards d’euros en année pleine. C’est toujours l’idée de la droite la plus extrême de remettre en question les impôts progressifs et de taxe plutôt la consommation en augmentant les impôts indirects ou la CSG. C’est clairement un retour à avant la guerre de 14 : détruire sans le dire la progressivité de l’impôt et revenir à la flat tax. Alors que les très riches n’ont jamais été aussi riches, Macron et son commis Philippe visent à renforcer les inégalités sociales, avec en tête le modèle américain selon lequel plus il y a de riches et plus ça ruisselle vers le bas. Logique aussi fausse que moralement inepte. Mais on oublie trop souvent que cette montée de l’insécurité sociale s’accompagne aussi d’une insécurité au quotidien, avec une violence sociale qui ne fait que croître.

    Tout se passe comme si l’histoire de la Grande Dépression n’avait rien appris à Macron et à sa bande. En effet il parle très exactement comme on parlait en Amérique avant l’arrivée de Roosevelt au pouvoir : les chômeurs et les pauvres sont responsables de leur sort. On connait cette chanson depuis le début du XIXème siècle, la crise est bien de la faute des pauvres et des syndicats qui les encouragent à réclamer des sommes extravagantes. Mais après la Seconde Guerre mondiale, on pensait que ce langage appartenait au passé, et que les hommes politiques avaient compris que le chômage n’était peut-être pas volontaire, et qu’on ne se maintenait pas dans la pauvreté par paresse et par plaisir. En Allemagne où les allocations ont été restreintes et où le chômage a beaucoup baissé, la pauvreté a aussi beaucoup augmenté[6]. Ce qui veut dire que Macron raconte n’importe quoi, il ne suffit pas de trouver un travail pour échapper à la pauvreté. L’efficacité du système social français saute aux yeux dans les deux graphiques suivants : c’est grâce aux transferts que le taux de pauvreté en France a été mieux maîtrisé qu’en Allemagne. Ce sont des mensonges éculés qui ne résistent pas à l’observation, mais qui cependant restent toujours des éléments de langage pour justifier les sombres combines de l’oligarchie pour toujours appauvrir un peu plus les plus pauvres. On voit avec quelle gourmandise ils sont repris par les portes paroles de l’oligarchie comme Christophe Barbier par exemple ou Franz-Olivier Giesbert. 

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    Des bruits de vaisselle  

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    La com de Sibeth Ndiaye n’est pas si solide que ça et compter toujours sur la bêtise des populations ça va bien un temps. L’arrogance du ton de la vidéo qu’elle a diffusé va sûrement coûter encore quelques points de popularité à Macron, car d’autres élément sont venus perturber cette « pédagogie » brutale. En effet en même temps que le jeune cuistre de l’Elysée nous faisait la morale sur l’assistanat : les pauvres « nous » coûtent trop cher, on apprenait deux choses. La première est que lui est sa femme veulent changer la vaisselle de l’Elysée, sans doute se croient ils installés pour vingt ans encore dans les lieux, ou même prennent-ils l’Elysée pour leur propre bien immobilier. On a commencé par dire que ce changement de bimbeloterie haut de gamme coûterait 50 000 €. La note paraissait déjà assez salée. Mais en réalité c’était juste le coût de l’étude du changement de vaisselle ! Bonjour l’efficacité et la rigueur dans la gestion des fonds de l’Elysée ! En fait selon Le canard enchaîné du 13 juin 2018, le coût s’élèverait plutôt à 500 000 €. Ces dépenses somptuaires sont une autre manière de cracher à la gueule des plus pauvres en leur parlant des biens auxquels de leur vie ils n’auront pas accès, ce qui accompagne leur baisse du pouvoir d‘achat. Ce couple vulgaire, peinturluré, déguisé comme pour le Carnaval, qui trône à l’Elysée aujourd’hui enfonce tout ce qu’on connaissait jusqu’ici. Et pourtant, avec le couple Sarkozy-Bruni on croyait avoir tout vu en matière d’ostentation.

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    La morgue de ces deux parvenus – des domestiques du grand capital montés en grade – n’a pas de limites. La seconde interférence est la publicité qui est faite autour des dépenses somptuaires de Brigitte Trogneux épouse macron et soi-disant représentante de la France. Voici qu’on nous annonce que Brigitte Macron, femme qui n’est rien politiquement, nous coûte 440 000 € par an[7], et que ces frais (collaborateurs, voyages, maquillages, etc.) vont encore augmenter l’an prochain et dépasseront 500 000 €. On peut mettre ça pour rigoler en face de l’annonce que Macron paierait ses croquettes pour son chien[8]. Le couple Macron nous prend vraiment pour des demeurés. Comme on le voit le couple maudit de l’Elysée nous coûte « un pognon de dingue ». Il semble que le président des très riches n’ait pas anticipé que ce qu’il est en train de faire c’est de mettre l’Etat à genoux et d’apparaître comme se servant à pleines mains dans les caisses de l’Etat. A moyen terme, celui-ci n’aura pas les moyens de financer les dépenses courantes en infrastructures. Or la croissance économique ne peut pas exister sans accroissement des investissements publics. C’est la loi de Wagner. Macron oublie deux choses, la première c’est que c’est sur cette question que Margaret Thatcher est tombée, virée par son propre parti parce que plus rien ne fonctionnait. La seconde c’est que quand Margaret Thatcher est décédée, les britanniques ont fait la fête toute la nuit pour célébrer cette bonne nouvelle[9]. Il est donc probable qu’il finira dans les poubelles de l’histoire.

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    Anglais faisant la fête lors de l'annonce du décès de Margaret Thatcher

    Macron toujours plus près de la droite extrême 

    Les soutiens de Macron commencent à s’effilocher. On commence à voir non seulement son parti se vider de ses troupes[10], mais même quelques députés LREM se désolidariser de leur président[11]. Même L’Obs, journal macronien de la première heure commence à voir dans la conduite du président « du cynisme »[12]. C’est le moins qu’on puisse dire. Mais ils auraient pu s’en apercevoir avant. Plus inquiétant pour Macron, trois économistes issus de la deuxième gauche, cette droite avec un faux nez, Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin, trois économistes pourtant très libéraux et très conservateurs, ont signé une tribune dénonçant la dérive droitière de Macron, et son absence de volonté manifeste de lutter contre les inégalités[13]. Ces esprits confus semblent découvrir avec beaucoup de retard la logique sous-jacente de la lutte des classes. Elle était pourtant évidente dès la publication du programme de Macron. S’ils se séparent de lui, après l’avoir conseillé, c’est qu’ils commencent à comprendre qu’ils se sont embarqués dans une aventure sans issue : en effet, on ne peut pas être en même temps mondialiste et européiste, pour une gouvernance selon les lois du marché et demander à l’Etat de réduire les inégalités. Ceux qui ne comprennent pas ça ont fait de très mauvaises études d’économie. Macron est en train de décourager même les débris de la seconde gauche, pourtant assez peu regardante en la matière. 

    La gauche déconne aussi  

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    Mais la gauche n’est pas à l’abri de l’imbécillité pour autant. Lundi 11 juin, Danièle Obono, députée de la France Insoumise, de passage chez Bourdin s’est mise à l’unisson des jérémiades honteuses des députés. Le 22 mai déjà un député LR, gros et gras, se plaignait de ne pas gagner assez d’argent pour manger correctement, avec l’antienne bien connue selon laquelle un député mal payé est facile à corrompre[14]. Chez la France Insoumise ce rôle de l’imbécile heureuse semble être réservé à Danièle Obono. Elle s’est dit dans la difficulté pour trouver un logement décent du fait qu’elle gagne très peu et que les loyers dans la capitale sont très élevés. Elle est sensée représenté la France des exclus et des pauvres, ceux qui par leurs impôts directs ou indirects lui payent son salaire. Comme le tableau ci-dessous le montre, un député gagne en moyenne 5 fois le salaire d’un Français moyen, sans compter divers avantages[15]. Ce genre de discours ne passe plus du tout et laisse entendre au petit peuple que tout ça c’est canaille et compagnie et qu’il n’y a plus de différence entre les politicards de gauche et ceux de droite. Et ma foi, c’est assez près à quelques exceptions près. Le fait que le discours de droite, sarkozyste on pourrait dire, soit repris par une femme soi-disant représentant la gauche radicale, montre que la politique n’est pas une affaire de conviction, mais une profession qui doit rapporter. La position d’Obono est à l’exact opposé du discours plein de dignité de Ruffin sur les femmes de ménage de l’Assemble nationale[16]. Dans ce discours, il mettait en parallèle les excès de sollicitude qu’il recevait en tant que député de la part du personnel, et le peu de cas qu’on faisait de ces femmes de l’ombre. Que ces deux individus appartiennent au même parti montre qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Il est probable qu’une clarification finira par s’imposer. On pourrait dire qu’Obono qui est déjà très antipathique naturellement, a marqué des points contre son camp. Sa position est d’autant moins défendable que les députés peuvent se faire rembourser maintenant jusqu’à 1200 € par mois de frais de logement, ce qui s’ajoute aux divers avantages dont ils disposent déjà.

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    Cette femme qui cherche par tous les moyens à se faire remarquer rejoint ainsi les lamentations des députés LR. On se demande bien ce qu’elle fait encore dans un parti de gauche. Elle est de ceux qui discréditent complètement la France Insoumise. Non seulement elle dit une bêtise chaque fois qu’elle ouvre la bouche, notamment quand elle s’en prend aux Juifs et qu’elle défend « les réunions racisées »[17], mais la voilà maintenant qui réclame des avantages matériels. Cet exemple de bêtise satisfaite montre que la France Insoumise doit faire un peu le ménage dans ses rangs. Je n’insiste pas sur le fait qu’elle n’a jamais rien apporté, contrairement à Ruffin ou Quattenens, au débat public. Elle s’est infiltrée en politique en tant que représentante de la diversité et s’est faite élire par inadvertance dans me XVème arrondissement de Paris. Je dis par inadvertance parce qu’elle a fait semblant de représenter les pauvres et les exclus, mais elle-même n’est rien de tout cela. Naturalisée française de fraîche date, elle est issue d’une famille de la bourgeoisie gabonaise, avant de rejoindre la France Insoumise, elle a fait partie de toute une collection de groupuscules trotskistes où sans doute elle a appris à user d’une idéologie victimaire qui jusqu’ici l’a bien servie. Politiquement, c’est une « sécessionniste », c’est-à-dire qu’elle restera à la France Insoumise que tant qu’elle n’aura pas créé sa propre structure, ce qu’elle fera sans doute avec l’aile modérée du PIR et quelques débris des groupuscules trotskistes. En attendant, la France Insoumise va avoir de plus en plus de mal à la défendre sur la place publique. 

    Dégénérescence 

    Comme on le voit les politiciens d’aujourd’hui, bien plus encore que ceux d’hier ont intégré l’évolution de la société vers toujours plus d’individualisme. On le voit non seulement dans la mise en avant de la défense de leurs avantages, mais aussi dans leur incapacité à mettre en œuvre et à défendre un programme sérieux et argumenté. Du Président de la République jusqu’à Obono, on travaille l’opinion à coups de slogans. C’est dans l’air du temps. Car si on se méfie de plus en plus des hommes politiques et de leurs façons vulgaires de faire de la publicité, on les tolère encore un peu trop. Cet effondrement est probablement lié à la baisse générale du niveau des études[18], mais aussi sans doute à la baisse constatée du QI parmi les jeunes générations – dont celle de Macron et d’Obono – qui serait la conséquence entre autres de l’exposition trop fréquente à la télévision, de la dégradation de la santé liée à celle de l’environnement[19].



    [1] “Yes la meuf est dead » https://www.lexpress.fr/actualite/politique/yes-la-meuf-est-dead-sibeth-ndiaye-dement-ce-sms-a-la-mort-de-simone-veil_1932538.html

    [2] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/05/29/97002-20180529FILWWW00087-pour-gerald-darmanin-il-y-a-trop-d-aides-sociales-en-france.php

    [3] https://www.lci.fr/politique/emmanuel-macron-on-met-un-pognon-de-dingue-dans-les-minima-sociaux-video-2090364.html

    [4] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-philosophe-ces-intellectuels-qui-n-y-croient-pas_1827700.html

    [5] Le chiffre sur la flat taxe est incertain, Bercy parle de 1,5 milliards, mais Gabriel Zucman dit que cela dépassera 10 milliards à moyen terme https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/25/la-flat-tax-est-une-bombe-a-retardement-pour-les-finances-publiques_5205612_3232.html Pour l’Exit tax, voir l’article du Monde https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/06/12/la-fin-de-l-exit-tax-pourrait-etre-plus-couteuse-qu-initialement-annonce_5313825_823448.html

    [6] https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/allemagne-riche-pauvre et https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ce-que-dit-la-hausse-de-la-170444

    [7] https://www.sudouest.fr/2017/11/10/brigitte-macron-440-000-euros-lui-sont-alloues-chaque-annee-3936725-7527.php

    [8] https://www.nouvelobs.com/politique/20180429.OBS5945/les-macron-payent-leur-dentifrice-et-les-croquettes-de-nemo-un-coup-de-com-gaulliste.html

    [9] http://www.france24.com/fr/20130409-margaret-thatcher-fetes-rue-brixton-londres-celebrer-deces-dame-fer-mort-bilan

    [10] https://www.valeursactuelles.com/politique/mecontents-des-adherents-lrem-trainent-le-parti-en-justice-86732

    [11] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2017/07/26/25001-20170726ARTFIG00084-contre-l-avis-du-gouvernement-les-deputes-se-premunissent-de-l-emprise-des-lobbies.php

    [12] https://www.nouvelobs.com/politique/le-reveil-politique/20180613.OBS8092/le-cynisme-de-macron-un-pognon-de-dingue-la-chere-vaisselle-de-l-elysee.html

    [13] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/06/09/l-ambition-emancipatrice-du-programme-presidentiel-echappe-a-un-nombre-grandissant-de-concitoyens_5312125_823448.html

    [14] https://www.ouest-france.fr/politique/institutions/assemblee-nationale/video-les-deputes-ne-sont-pas-assez-bien-payes-pour-jean-luc-reitzer-5781853

    [15] http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/role-et-pouvoirs-de-l-assemblee-nationale/le-depute/la-situation-materielle-du-depute

    [16] https://www.capital.fr/economie-politique/le-discours-poignant-de-francois-ruffin-pour-rendre-hommage-aux-femmes-de-menage-de-lassemblee-nationale-1276476

    [17] https://www.nouvelobs.com/politique/20171108.OBS7121/daniele-obono-l-insoumise-qui-embarrasse-les-insoumis.html

    [18] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/12/14/01016-20161214ARTFIG00300-le-niveau-des-diplomes-a-baisse-selon-l-insee.php

    [19] https://www.20minutes.fr/societe/2288983-20180613-effet-flynn-qi-generations-nees-apres-1975-baisse-environnement-culturel-cause

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  •  Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    L’Aquarius et le naufrage de la gauche

    Est-il besoin de rappeler le score de la gauche italienne islamophile et immigrationniste ? Tandis que plus de 60% des Italiens soutiennent la coalition Lega-M5S, Liberi e Uguali n’a fait que 3,35% des voix ! La gauche n’a pas vocation de gouverner contre le peuple, elle devrait plutôt en être le porte-voix. Or c’est ce qu’elle ne fait pas. La leçon ne semble pas du tout porter, on se contente de dire que tout d’un coup les Italiens sont devenus fascistes, sans trop de raisons, victimes de la propagande acharnée. Les Italiens qui ont beaucoup donné pour le laxisme migratoire ont ces jours derniers refusé que l’Aquarius navire affrété par une ONG – SOS Méditerranée – qui facilite les migrations africaines vers l’Europe. La France s’est débarrassée de ce fardeau en envoyant un message à l’Italie : selon l’Elysée c’est à l’Italie de gérer ce problème[1]. Finalement l’Espagne, ou plutôt la ville de Valence a décide de prendre le fardeau à sa charge. On peut se demander pourquoi un pays qui conserve un taux de chômage de plus de 20% et de plus de 50% pour les jeunes se positionne sur ce créneau[2]. On pourrait dire que c’est seulement un joli coup de pub, et puis que c’est seulement 629 migrants qui seront débarqués. Mais au-delà la gauche s’est enflammée et a commencé à chercher querelle sur cette question à Macron et à Philippe. C’est Clémentine Autain qui s’y est collée pour la France Insoumise[3]. C’est mal tombé parce que le gouvernement de Philippe et Macron est communautariste et immigrationniste, ce qui est la contrepartie logique de la mondialisation. Du reste Philippe a réagi sur le champ faisant preuve d’une empathie envers les migrants qu’on ne lui connaissait pas[4], l’Elysée a fait savoir que si le navire avait été dans les eaux territoriales françaises, la France serait intervenue[5]. La France avance qu’elle aidera l’Espagne. Mais qu’est-ce à dire ? Que cela ne concerne que les 629 de l’Aquarius ou tous les migrants qui passeront par l’Espagne. Si l’Espagne a fait preuve de tant de compassion, c’est aussi parce qu’elle pense qu’ils ne resteront pas, autrement qu’ils reprendront la route vers la France en passant par les Pyrénées[6].

    Mais enfin faire preuve de compassion envers des migrants errant de port en port ne fait pas une politique d’immigration, les Allemands et les Suédois sont bien payés pour le savoir. L’ennui avec cette affaire de l’Aquarius, c’est qu’on ne sait pas combien l’Europe peut et doit accueillir de migrants, et avec quels moyens. Cette question divise maintenant la gauche qui se rend tout à fait compte que plus les migrants déferlent sur l’Europe et plus l’extrême-droite se renforce. Autrement dit plus on soutient l’immigration de masse et plus on encourage le peuple à se jeter dans les bras de l’extrême-droite.  

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    La justice italienne a pris SOS Méditerranée dans le collimateur, bien avant que la Lega et M5S gagnent les élections. Pour elle comme pour Frontex, SOS Méditerranée organise sciemment les migrations en liaison directe avec les passeurs de migrants[7]. Beaucoup se sont posé des questions sur les moyens financiers très larges que son président fondateur Francis Vallat a à sa disposition. Dans son rapport 2017, cette ONG dit que son but est de sauver des vies humaines en mer, mais aussi d’éduquer les peuples européens à prendre conscience du phénomène et à l’admettre. On se demande quel est le véritable but de cette association. En effet, non seulement les migrants sont de moins en moins des réfugiés qui fuient la guerre et de plus en plus des migrants économiques qui cherchent à défaut d’un travail un revenu. Or lorsque l’association SOS Méditerranée les a débarqués, que deviennent ces migrants ? Ils sont stockés dans des bidonvilles à Paris, à Florence ou à Palerme. Comme le chômage est très élevé en France, en Italie ou en Espagne, ils ne peuvent vivre que misérablement de la charité publique. Mais entre temps SOS Méditerranée et Herrou se sont donné le beau rôle de sauveteurs de l’Humanité en détresse et peuvent pointer du doigt tous les autres. C’est une infime partie de ces migrants qui, en Allemagne, en France ou en Italie arrivent à trouver un peu de travail et à vivre normalement une vie décente. C’est d’autant plus vrai que ces migrants sont des migrants illégaux qui arrivent dans un pays qu’ils ne connaissent pas. 

    Avoir pour but la vérité pratique, le naufrage des « communistes » 

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    Alors que les migrants sont arrivés par millions depuis 2015, L’Humanité, organe du Parti communiste parle d’une Europe forteresse. C’est le langage de Macron et de tous les mondialistes. Or si nous suivons les statistiques de l’OIM, c’est, en 4 ans, au moins 1,6 millions de migrants qui ont traversé la Méditerranée et qui ont débarqué en Grèce, pays déjà ravagé par l’austérité, et en Italie.

      

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    Dans L’Humanité du 13 juin 2018, Patrick Le Hyaric centre son éditorial sur le vague devoir de solidarité, stigmatisant au passage le nouveau gouvernement italien[8]. Le propos est suffisamment vague pour qu’il joue les indignés. Mais il ne propose rien du tout, il fait référence aux traités européens, avançant que le nouveau gouvernement italien pourrait être sanctionné par la Cour de Justice Européenne. On ne peut guère être plus confus : en effet cette Cour de Justice Européenne a toujours travaillé contre les intérêts des salariés, pour assurer une plus grande fluidité du marché en facilitant la circulation des capitaux, des biens et des hommes. Or le PCF fait parfois semblant quand il lui reste une once de lucidité de s’attaquer à la mondialisation. Je passe sur le langage suranné de Le Hyaric : « l’hospitalité est un devoir » dit-il, il parle comme le Pape incitant les riches à faire la charité.

    Mais Le Hyaric oublie une chose capitale : le peuple italien est derrière Salvini et approuve l’interdiction de débarquer faite à l’Aquarius. Autrement dit Le Hyaric en vient à réclamer l’aide de l’opaque et bureaucratique Cour de Justice Européenne contre la volonté du peuple italien. On remarque au passage que Le Hyaric ne dit rien de la qualité de ces migrants qui ont été embarqués par l’Aquarius. Il fait comme si c’était des réfugiés. Or c’est bien le contraire, ce sont des migrants économiques qui espèrent atteindre un pays européen pour obtenir de l’aide. Ils ne fuient pas un pays parce qu’il n’y a pas d’avenir, ils s’en vont parce qu’ils ont maintenant – du fait du développement de l’Afrique subsaharienne – les moyens financiers de payer un passage[9]. On sait depuis très longtemps que les migrations émanant des pays les plus pauvres plombent les possibilités de développement de ces mêmes pays, parce que ce sont les éléments les plus dynamiques qui les quittent. 

    Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    L’équipage de l’Aquarius expliquant aux migrants comment ils vont pouvoir être accueillis en Espagne 

    Le Hyaric fonctionne à l’émotionnel : il tente de culpabiliser le peuple, un peu comme le fait Macron ou Philippe lorsqu’il désigne les cheminots comme des privilégiés. Il fait semblant de ne pas comprendre pourquoi les peuples européens, italien, français ou autre, rejettent en même temps l’immigration est l’islam comme des facteurs de troubles sociaux, engendrant à moyen et long terme une négation de ce qui a fait historiquement la France. Pour le reste il ne dit rien du nombre de migrants que la France et l’Europe peuvent accueillir, ni comment on va financer leur installation, ni bien sûr quel travail ils peuvent faire. Dans le même numéro de L’Humanité, on trouve une interview d’une député européenne, Marie-Christine Vergiat, qui crache sur le gouvernement français parce qu’il n’a pas pris sa part de la relocalisation des migrants qui ont déferlé en 2015 en Europe – en fait c’est Hollande qui a freiné des quatre fers, pensant que cela mettrait le feu aux poudres. Cette députée Front de gauche qui doit sans doute croire à une autre Europe, réclame sans aucune précision l’ouverture d’une route régulière de l’Afrique vers l’Europe[10]. Elle non plus ne se pose pas la question de savoir si les peuples européens sont d’accord avec ça, ou si cela ne fera pas monter encore un peu plus les partis d’extrême droite.

    Immigration et lutte des classes

    Quand on lit L’Humanité du 13 juin 2018, on se rend compte que la priorité est d’abord à la défense des migrants, la lutte des classes est reléguée à la page 8, avec deux articles, l’un sur les magouilles de Carrefour pour se débarrasser de ses magasins qui ne rapportent plus rien, et l’autre à la grève des cheminots. Cela désigne clairement l’ordre de priorité du PCF nouvelle manière, d’abord la défense de la mondialisation, ensuite s’il nous reste du temps pour militer, on s’occupera des ouvriers et des salariés. Pendant que la plus grande partie de la gauche perd son temps à défendre la mondialisation – une autre Europe et autre connerie du genre – Macron peut très bien appliquer son programme : défaire méthodiquement comme le disait Denis Kessler les acquis du CNR (Conseil National de la Résistance). Il n’a quasiment pas d’opposition. Et on commence à voir maintenant des députés LREM qui, la larme à l’œil, critique la politique de Macron, pas assez généreuse selon eux envers les migrants, quasiment dans les mêmes termes que le PCF[11]. On a donc maintenant un bloc bourgeois pro-européen et immigrationniste qui va de LREM jusqu’à La France Insoumise – même si celle-ci émet des réserves. Ce bloc n’a aucun avenir, du moins il n’aura jamais le soutien populaire. Comme on le voit le soutien émotionnel des migrants est le résultat d’une grande paresse intellectuelle pour faire face à un phénomène qui prend de l’ampleur au fil des années.

      Immigration, la route de l’Espagne ravive les polémiques

    Comme nous le voyons dans le graphique ci-dessus, la population européenne s’accroit fortement depuis le début des années 2000 à partir d’une population immigrée. Forcément ces flux massifs qui se sont intensifiés depuis 2015 ont un impact sur la civilisation européenne. Dans un ouvrage remarquable paru en 2004, Alesina et Glaeser avaient annoncé la fin de l’Etat Providence pour la France du fait même que l’accroissement de l’hétérogénéité ethnique augmentait fortement dans ce pays[12]. C’est exactement ce que met en scène l’Union européenne depuis 2008 avec ses mesures d’austérité qui, sous le couvert de la théorie de l’offre, s’attaque d’abord aux transferts sociaux. Il est assez facile de voir que les aides qui vont être accordées aux migrants vont apparaître comme injuste à la population autochtone. Mais cela va permettre à Macron et à sa bande de mieux faire passer la nécessité de faire des coupes sombres dans les dépenses sociales. La technique est assez bien connue depuis Ronald Reagan qui dans ses meetings pour se faire élire avançait que c’était plutôt les noirs, cossards et roublards, qui obtenaient des aides sociales tandis que les pauvres blancs travaillaient énormément sans en voir les retombées. Autrement dit pendant qu’on passe ton temps à critiquer Macron qui n’en fait pas assez pour les migrants, non seulement on se coupe du peuple, mais en outre on oublie que pendant ce temps lui et son gouvernement de lobbyistes sont en train de tout détruire de ce qui faisait du modèle social un modèle de solidarité. Aujourd’hui on n’a guère le choix, soit on est mondialiste et solidaire avec les immigrés, soit on défend le modèle national et on est solidaire des travailleurs et des plus pauvres. La lutte pour plus d’égalité passe obligatoirement par le renforcement du cadre national, tous ceux qui font miroiter une autre Europe, une Europe sociale ou qui s’en remettent à une « gouvernance » mondiale sont soit des escrocs, soit des imbéciles.



    [1] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/comment-le-gouvernement-justifie-le-refus-d-accueillir-le-navire-aquarius-bloque-avec-600-migrants-a-son-bord_2797769.html

    [2] http://www.leparisien.fr/international/aquarius-l-espagne-va-accueillir-le-navire-avec-692-migrants-11-06-2018-7765839.php

    [3] https://www.sudouest.fr/2018/06/12/migrants-a-bord-de-l-aquarius-la-gauche-denonce-le-silence-coupable-de-la-france-5138230-710.php

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/06/12/aquarius-edouard-philippe-annonce-que-la-france-est-prete-a-aider-lespagne-pour-accueillir-des-migrants_a_23457013/

    [5] https://www.lejdd.fr/politique/migrants-de-laquarius-macron-denonce-lirresponsabilite-du-gouvernement-italien-24-heures-apres-tout-le-monde-3679256

    [6] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/11/la-france-exposee-face-aux-migrations-africaines_5312741_3232.html

    [7] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/en-italie-un-procureur-enquete-sur-le-financement-des-ong-qui-viennent-en-aide-aux-migrants-en-mer-mediterranee_2173760.html

    [8] https://www.humanite.fr/devoir-dhospitalite-656770

    [9] La ruée vers l'Europe - La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, éd. Grasset, 2018.  

    [10] https://www.humanite.fr/des-routes-regulieres-doivent-etre-ouvertes-pour-les-migrants-656761

    [11] http://www.lepoint.fr/politique/aquarius-critique-pour-son-silence-macron-denonce-le-cynisme-de-l-italie-12-06-2018-2226451_20.php

    [12] Fighting Poverty in the US and Europe: A World of Difference, Oxford U.P., 2004

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