•  Acte 31, les gilets jaunes prennent le maquis 

    A Douai une marche nocturne à inauguré l’Acte 31, c’était vendredi 14 juin 

    Nous bouclons notre 7ème mois de lutte. Macron fait toujours semblant de ne rien entendre et de croire qu’il est tiré d’affaire. Mais son indolence ne suffit plus à colmater les brèches, car si les syndicats sont incapables de coordonner les luttes, les gilets jaunes le font maintenant à leur place. Ils sont donc partout, aux côtés des urgentistes, dans les luttes pour la préservation de l’environnement, et ils font du 1er mai un succès populaire au grand dam de la CGT elle-même qui est complètement dépassée. Les gilets jaunes sont maintenant un parti, la seule opposition véritable. Certes ils ne sont pas hiérarchisés par une bureaucratie stipendiée, ils n’ont pas de chef. Ils sont disséminés dans tous les coins et recoins de la société, mais ils forment un parti, en ce sens qu’ils ont pour but de renverser Macron et son gouvernement, mais aussi de changer les règles de fonctionnement de la société en profondeur. Même quand vous ne les voyez pas, ils sont encore là. Ce parti de l’ombre tient des réunions de partout en France, travaillant à rénover leur approche stratégique et tactique de la lutte contre la dictature macronienne. Cette semaine, Macron est reparti en guerre contre ce qu’il reste d’une information un peu libre. Et donc le voilà qu’il passe, via l’Union européenne, des accords avec les GAFA pour contrôler un peu plus l’information. Macron reçoit leurs dirigeants comme des princes arabes, leur déroulant le tapis rouge à nos frais[1]. On se souvient qu’il y a quelques mois l’Union européenne enterrait le projet d’une taxe sur ces entreprises[2]. Ce n’est pas sans intention. Comme en Chine les GAFA rendent de fiers services, ferment des tas de comptes, tentent de paralyser les réseaux. Mais ce n’est pas tout, Macron s’attaque au pluralisme de l’information. Déjà il a désigné les agences Sputnik et Russia Today, comme des officines de désinformation et les a exclues de ses conférences de presse[3]. Comme le rappelait Sputnik, Castaner et Macron sont des spécialistes des fake news et ne supportent pas la concurrence. L’exemple de l’hôpital de la Salpêtrière ou du tabassage de Geneviève Legay est encore dans toutes les mémoires. Mais cela ne suffit pas, des journalistes sont convoqués par la police qui est de plus en plus utilisée pour faire un travail de milicien. Les protestations commencent à se développer, timidement, mais elles avancent[4]. Taha Bouhafs, journaliste indépendant, a été arrêté pour « outrage et rébellion », ce sont les termes qu’on emploie quand on ne sait pas quoi dire[5]. Au mois d’avril c’était Gaspard Glanz qui couvrait une manifestation des gilets jaunes[6]. Dans les deux cas l’arrestation est non seulement injustifiée, mais des plus brutale. Bien entendu, les journalistes qui ne font pas de vagues ne sont pas embêtés. C’est donc bien d’une mise au pas des journalistes dont il s’agit. 

    Acte 31, les gilets jaunes prennent le maquis 

    A Toulouse les gilets jaunes étaient encore assez nombreux la police les a attaqués 

    Donc si on additionne les faits que voyons-nous ? D’abord des interdictions de manifester, nombreuses et hebdomadaires, ensuite un matraquage en règle de ceux qui le font tout de même. Malgré la tonne de vidéos et de photos qui montrent le contraire, il se trouve tout de même des malheureux pour nier l’évidence et tenter de plaire à leur maître, ainsi Brigitte Jullien, directrice de la police des polices, ne fait seulement qu’enquêter sur le comportement de la police, elle produit des fake news :  « Je réfute totalement le terme de violence policière», dit-elle[7]. Je passe sur les condamnations honteuses que prononce la justice à l’encontre des gilets jaunes sur des bases qui ne tiennent pas debout[8]. A tout cela s’ajoute la reprise en main brutale de l’information – Facebook, Tweeter et Instagram ont fermé de nombreux compte faisant circuler l’information des gilets jaunes – et donc nous voyons que la démocratie fout le camp complètement. C’est face à cette dictature en marche que les gilets jaunes font figure de résistants, et comme leurs prédécesseurs, ils doivent faire attention à la répression. Pour avoir décrocher un portrait ridicule du ridicule Macron, un militant de l’association de défense de l’environnement, Action non violente–Cop 21, a écopé d’une amende de 250 €[9]. Le juge du tribunal correctionnel qui balance cette condamnation honteuse, n’a honte de rien, il ne se rend pas compte qu’il réactive la vieille idée ténébreuse de « crime de lèse-majesté ». Il est vrai qu’il n’a pas suivi le réquisitoire de l’ignoble représentant du parquet qui réclamait entre 1000 et 2000 €. Au moment où soi-disant Macron opère un virage écologique, ça tombe assez mal. Qu’en pense Pascal Canfin ? Preuve que nous revenons complètement en arrière dans le mauvais sens du terme, un homme a été condamné à six mois de prison ferme pour avoir volé un sandwich et un jus d’orange[10]. Ce type de condamnation se multiplie. On se croirait revenu au temps des Misérables. 

    Acte 31, les gilets jaunes prennent le maquis 

    A Toulouse, les milices de Castaner ont attaqué un bar restaurant 

    Samedi 15 juin, le nombre de manifestants était encore un peu en baisse. Ils étaient encore 35000 selon le site du syndicat policier France police[11]. Ce grand menteur de Castaner nous fait dire qu’ils n’étaient plus que 7000 dans toute la France. Mais peu importe l’exactitude des chiffres, après tout, les premiers Résistants n’étaient pas plus nombreux, mêmes si beaucoup de Français voulaient en découdre avec l’occupant et ceux qui avaient trahi le pays. A Toulouse donc la police a chargé délibérément les manifestants qui étaient pacifiques et ne posaient aucun problème, dès le démarrage du cortège, la milice de Castaner a chargé jusque dans un bar, matraquant au passage les employés de l’endroit[12]. C’est la méthode qu’on emploie dans les dictatures d’Amérique du Sud quand des opposants posent trop de problèmes. A Douai également il y a eu de la casse. On trouvait encore des gilets jaunes un peu partout, à Grenoble, à Paris. A Paris la préfecture avait encore un peu plus compliqué la mobilisation en fermant des dizaines de rues aux manifestants[13]. Officiellement il n’est pas interdit de manifester, mais le nombre de rues où cela n’est pas autorisé, est en fait bien équivalent à une interdiction. Il est curieux que personne ne le souligne. En même temps, cette semaine le recueil de signatures a été lancé pour tenter de passer à un référendum sur la privatisation d’ADP. Les Français sont en colère contre ces privatisations tout azimut qui les dépouillent, qui en quelque sorte les expulse de la jouissance de leur bien collectif au profit des amis du petit président et de l’oligarchie. Ici ce sont les barrages, là l’électricité, ailleurs les autoroutes, sans que cela profit évidemment aux Français. En tous les cas on peut signer pour ce référendum, même si on sait que ce gouvernement de fourbes va tout faire pour le faire capoter[14]. Même si on ne veut pas voter, il est bon sur ce point particulier de faire capoter les entreprises mercantiles du trio Macron-Philippe-Le Maire. Notez que si ce référendum avance cahin-caha, c’est encore grâce à l’action des gilets jaunes. La route est longue cependant, il restera à passer le cap de l’examen du projet de loi sur ADP, si l’assemblée générale s’en empare, elle peut décider de le rejeter et mettre un terme au processus. Certes cela serait très mal vu de l’opinion, mais Macron n’a plus rien à perdre en termes de popularité[15]. 

    Acte 31, les gilets jaunes prennent le maquis 

    A Grenoble les gilets jaunes se mobilisent contre la privatisation des barrages 

    En même temps que les gilets jaunes font apparaitre le pouvoir macronien comme une dictature, ils ont renforcé leur armature intellectuelle. Ils se présentent maintenant comme les premiers garants du bien public et de ce qu’il reste des services publics en pleine dérive. Sur ces deux points, ils ont l’approbation de la grande majorité des Français qui se rendent bien compte qu’on est en train de vendre la France à la découpe. Même des politiciens comme Gilles Carrez ou le très confus Bruno Retailleau commence à s’en rendre compte. Le premier explique pourquoi il soutient le référendum sur ADP, mettant en garde le gouvernement qui va tout faire pour le saborder et continuer ses petites affaires de vente de la France à la découpe[16]. Le second dénonce maintenant l’abandon du consensus sur le modèle de la Sécurité sociale tel qu’il avait été mis en place dans l’immédiate après-guerre. C’est au fond une évolution supplémentaire de Macron vers le modèle américain, avec les conséquences que nous savons sur le développement des inégalités[17]. Le fait que deux hommes de droite s’emparent de ces sujets montre la voie pour les gilets jaunes qui doivent continuer à agréger les colères. 

    Acte 31, les gilets jaunes prennent le maquis 

    A Paris, ils étaient un peu moins nombreux que d’ordinaire, mais ils étaient présents



    [8] Éric Drouet a déjà été condamné à une forte amende en mars dernier, il a fait appel : https://www.lepoint.fr/justice/gilets-jaunes-eric-drouet-condamne-a-2-000-euros-d-amende-29-03-2019-2304591_2386.php, et il est en attente d’une autre condamnation pour des motifs très fumeux http://www.leparisien.fr/faits-divers/gilets-jaunes-quatre-mois-de-prison-avec-sursis-requis-contre-eric-drouet-05-06-2019-8086890.php

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  •  Le mouvement social aujourd’hui 

    La plus grande usine de Nutella est bloquée à Villers-Ecalles 

    Si cela ne se voit pas sur le plan politique, notamment à travers des élections ou des changements à la tête du pouvoir, la France, mais aussi l’Europe, est traversée par un mouvement social puissant, beaucoup plus puissant que ce qu’on peut imaginer. En effet en France, l’opposition aux réformes est continue depuis les manifestations contre la loi El Khomri, donc depuis plus de trois ans. Ça n’arrête pas, c’est une guerre sociale de longue durée. On a vu une grève dure, longue et victorieuse l’an dernier chez Carrefour pour des questions portant sur l’annulation de primes. Également il y a eu une grève très longue et massive à la SNCF, et puis il y a les urgentistes, et puis les enseignants. Il y a aussi des mouvements de débrayage dans les banques, encore pour des questions de rémunération[1]. Ces mouvements ne doivent pas être distingués du mouvement des gilets jaunes, seules les bureaucraties syndicales décomposent le mouvement social pour mieux le contrôler et le briser.  Les salaires sont bloqués depuis des années, tant dans le public que dans le privé. Chez Ferrero ce sont des revendications salariales qui ont mis le feu aux poudres, certes on aurait aimé que la révolte porte sur la « qualité » des poisons que cette entreprise produit, mais les salariés ne sont pour le moment pas maîtres de leur usine, et donc n’ont aucun contrôle sur les marchandises fruit de leur travail. C’est d’ailleurs une des tares bien connue du capitalisme qui, en opposant le travail au capital, empêche les producteurs d’avoir le contrôle de l’usage de leur force de travail, et c’est bien cela qui est à l’origine de l’idée de socialisme, c’est cela que visait Proudhon en énonçant que la propriété c’est le vol. Cela va bien au-delà de la confiscation de la plus-value. C’est pour cette raison que la CGT avait inscrit dans ses statuts « l’abolition du salariat » en adoptant la Charte d’Amiens en 1906.  

    Le mouvement social aujourd’hui

    Mais en novembre 1969, cette centrale syndicale lors de son quarantième congrès supprimera cet objectif, passant de fait dans le camp réformiste, après avoir tout fait d’ailleurs pour ramener le grand mouvement de Mai 68 à une dimension acceptable pour le gouvernement de l’époque et pour le patronat. On sait aussi que la bureaucratie de la CGT a joué un rôle déterminant pour désamorcer la grève des routiers qui était programmée pour le début du mois de décembre 2018, objectivement en sauvant Macron et son régime. Cette bonne volonté de Philippe Martinez a été très mal récompensée, cela n’a pas empêché que le cortège de la CGT soit agressé méchamment par la milice de Castaner-le-menteur lors de la manifestation du 1er mai. Mais l’effondrement moral de cette centrale est bien là : même quand la CGT se fait matraquer, elle n’a même plus le réflexe de réagir, comme si elle s’obligeait à un devoir de soumission. Qu’on ne s’étonne pas si elle n’a plus d’adhérents : elle est passée de 4,5 millions en 1947 à 2,5 millions aux lendemains de Mai 68 à un peu plus de 600 000 aujourd’hui. Comme les partis sociaux-démocrates qui disparaissent les uns après les autres, les syndicats dégoutent les salariés. Evidemment ce qui est en cause, je me dois de le répéter, ce ne sont pas les syndicalistes de la base qui souvent sont très déterminés et très courageux, mais bien la hiérarchie bureaucratique qui chapeaute et oriente l’ensemble. La conséquence de cette dérive syndicale, c’est l’impossibilité de faire converger les luttes. Et je ne parle pas seulement de la mauvaise volonté évidente de la CFDT. Notez que la CGT a soutenu la candidature de Laurent Berger à la tête de la CES – Confédération Européenne des Syndicats – cette même CES qui a salué le départ de Jean-Claude Juncker de la présidence de la Commission européenne, arguant que ce politicien corrompu avait beaucoup fait pour préserver les droits des travailleurs[2] ! Ces bureaucrates syndicalistes ne se rendent plus compte qu’ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. De partout le syndicalisme d’effondre. L’évolution est surtout dramatique dans le secteur privé, là où justement il y aurait le plus à faire[3]. Souvent on entend dire que la société évoluant vers toujours plus d’individualisme, il est normal et naturel que le taux de syndicalisation baisse, mais on peut penser aussi que cela est le résultat de la professionnalisation de l’encadrement des syndicats, comme pour les partis politiques, cette professionnalisation éloigne la bureaucratie de ses mandants.  C’est un phénomène bien connu depuis longtemps[4].

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    Urgentistes en grève à Lons-le-Saunier 

    Tout cela pour montrer qu’au fond les syndicats ne font pas vraiment leur boulot, en effet, on sait très bien et depuis longtemps que lorsque les luttes sont segmentées, corporatisées, si on peut se permettre ce néologisme, elles perdent de leur impact, et qu’à l’inverse plus elles sont massives et transversales, et plus elles remettent en question le pouvoir politique comme le pouvoir de l’argent, et plus elles sont efficaces pour obtenir des avantages matériels, mais aussi des avancées en termes de droit. Il y a deux sortes de mouvements sociaux aujourd’hui, les uns dans le secteur privé, par exemple cette usine de Ferrero près de Rouen qui est bloquée par les travailleurs depuis plus d’une semaine[5]. C’est la plus grande usine du groupe dans le monde, on y fabrique du Nutella et des Kinder. Les revendications sont d’abord matérielles pour faire face à la pénibilité du métier, mais aussi peut-être pour compenser la honte de fabriquer des produits qui sont mauvais pour la santé des enfants et pour l’environnement puisque le Nutella est fait avec de l’huile de palme qui accélère la déforestation[6]. Il y a aussi des manifestations de salariés de General Electric. Bruno Le Maire a été accueilli à Belfort par des huées[7]. C’est le sort normal des macroniens si je puis dire. Ici ce sont les licenciements programmés qui sont en cause. Sur le site belfortain, ce sont plus d’un millier d’emplois qui vont disparaitre. Mais cette affaire va très loin, parce que Macron lui-même est en cause. En effet une enquête judiciaire est aujourd’hui ouverte sur la vente douteuse du pôle énergie d’Alstom à General Electric, une puissante multinationale. Or cette vente a été conduite directement sous la houlette de Macron lorsque celui-ci était secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis finalisée lorsque ce dernier fut nommé malencontreusement ministre de l’économie. On parle même de « pacte de corruption »[8]. Ce qui n’est pas étonnant pour ce qui concerne Macron, car s’il est manifestement fou, on connait maintenant aussi sa cupidité… et celle de sa femme[9]. Mais il ne fait aucun doute qu’il n’est pas le seul à être corrompu dans les sommets de l’Etat.  

    Le mouvement social aujourd’hui

    Cette vente honteuse d’un bien public à un tarif de braderie a été justifiée politiquement par le fait que General Electric s’engageait à sauvegarder l’emploi, et même à en créer un millier, c’est pourtant un millier d’emplois qui seront détruits sur le site belfortain, tandis que 347 l’ont déjà été dans la Région Auvergne-Rhône-Alpes[10]. C’est toujours la même chanson, on s’engage à sauvegarder l’emploi en contrepartie d’avantages sur les prix de l’entreprise ou de subventions un peu grasses et ensuite on fait ce qu’on a envie de faire, virer le maximum de personnes pour faire monter les profits pour les actionnaires : au mensonge s’ajoute le pillage des biens publics. Ça se fait depuis trente ans et c’est l’accompagnement régulier année après année de la désindustrialisation des territoires, pour tenter de la faire admettre. Très souvent cela se passe dans des zones peu denses où les difficultés pour se recycler sont très grandes parce que l’emploi est rare. Bruno Le Maire pleurniche un peu pour la galerie devant les caméras de télévision pour demander à ce que General Electric révise sa copie, c’est-à-dire diminue le nombre de salariés promis à un licenciement. Mais bien évidemment il ne manifeste guère l’envie de se lancer dans un bras de fer avec cette multinationale, et d’ailleurs la loi et les traités européens ne lui permettrait pas d’agir sérieusement, même s’il en avait l’intention. On est libéral ou on ne l’est pas, et Bruno Le Maire est comme tous ceux de ce gouvernement complètement corrompu. Et donc, comme on le répète à satiété, on fait confiance aux patrons. C’est d’ailleurs un vrai business que de chasser les aides et les subventions pour la reprise des entreprises en difficulté[11]. C’est l’histoire d’Arcelor, de Continental et de tout ce qu’on veut. On promet mais on ne donne rien du tout au final et on revend ensuite l’entreprise bradée à la découpe, en faisant des bénéfices supplémentaires sur l’immobilier et sur les terrains[12]. Cela est permis parce que nous sommes dans une forme mondialisée de l’économie où les entreprises nationales disparaissent les unes après les autres, et que domine maintenant le capitalisme financier dont l’objectif est le profit de court terme. Là encore les médias dominants sont très discrets. Et la liste est longue, c’est l’usine Ford à Blanquefort ou encore celle de Whirlpool à Amiens. Et chaque fois ce qui est souligné, c’est l’étalage de l’impuissance de l’Etat à inverser ce phénomène, alors même que la puissance publique – l’Etat comme les collectivités locales – a souvent investit des sommes importantes pour laisser croire qu’il faisait quelque chose. Localement les salariés connaissent très bien ces situations, mais ils ne les relient que rarement à un système d’ensemble, ils ne s’intéressent pas assez à ce qui se passe ailleurs sur le même modèle. C’est ce qui empêche pour partie la convergence des luttes : chacun veut sauver sa peau, sans penser au reste. 

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    Bruno Le Maire a été hué à Belfort 

    D’autres luttes sociales prennent la forme de la défense des services publics, un sujet populaire parce qu’au fil des années l’Etat s’est désengagé à la fois à cause des politiques de rigueur et à cause aussi de la domination de l’idéologie du marché. Mais en fait c’est l’autre face d’une même histoire. Donc on a des mouvements revendicatifs forts que les médias minimisent volontairement, notamment dans le cadre de l’hôpital public. Plus de 75 services d’urgence sont en grève[13], et ce mouvement devrait s’amplifier dans les jours qui viennent, avec les manifestations des 6 et 11 juin. Ce mouvement est très populaire essentiellement parce que les populations se sentent démunies face à la désertification et à la dégradation des urgences. L’ignoble ministre de la santé, Buzyn pour ne pas la nommer, a tenté de culpabiliser les urgentistes dont le mouvement de grève dure maintenant depuis la mi-mars[14], soit trois mois, sans que le gouvernement trouve quelque chose à dire ou à faire pour apaiser la colère. C’est à peine si les médias en parlent, or un mouvement qui dure plusieurs mois c’est quelque chose de significatif. Les urgentistes ont pour revendication principale les conditions de travail, notamment pour compenser les sous-effectifs qui nuisent non seulement à leur travail mais aussi aux usagers qui se trouvent ainsi mis en danger par la lenteur consécutive aux sous-effectifs de leur prise en charge. La mort d’une patiente aux urgences de Lariboisière a été manifestement un déclencheur[15]. On a pu observer des décès à Nancy ou à Reims pour des défauts de soins en urgence[16]. Dans tous les cas, même si on pointe des dysfonctionnements dans les services, à la base il s’agit d’une dégradation continue du travail des urgentistes et bien sûr des sous-effectifs, voire même d’une sous-qualification de ce personnel. Remarquez que les gilets jaunes ont manifesté leur soutien au personnel de la Salpêtrière, comme ce même personnel a soutenu les gilets contre les mensonges de Castaner qui prétendait que les gilets jaunes avaient attaqué un hôpital presque par méchanceté, alors qu’ils ne faisaient que tenter d’échapper à ses miliciens qui les bastonnaient[17]. Cependant la puissance du mouvement des urgentistes a tout de même obligé le gouvernement à faire quelque chose : Buzyn après avoir stigmatisé cette profession a annoncé qu’elle allait présenter un plan d’ensemble pour les urgentistes, mais sa crédibilité face aux professionnels de la santé est très faible[18]. La façon dont la grève s’étend oblige le gouvernement à changer de discours. Les urgentistes demandent une hausse des salaires de 300€ par mois, mais aussi une augmentation des effectifs, et également une amélioration de la sécurité dans les hôpitaux. Ce dernier point est décisif face à la dégradation de la vie civile en France. Reste à savoir ce qu’ils proposeront de sérieux pour calmer la colère des urgentistes et des patients, parce que tout de même si Macron et ses ministres lobbyistes laissent pourrir sur pied l’hôpital public, c’est pour avoir plus de facilité à moyen terme pour le privatiser, au moins en partie. Vu l’objectif que le gouvernement s’est fixé en matière de baisse des effectifs dans la fonction publique, il va essayer de ne pas répondre aux exigences des grévistes. Sauf que le problème est très sensible, et que l’opinion publique est avec les urgentistes. 

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    Urgentistes en grève à Sainte-Musse le 16 mars 2019 

    D’une manière décousue, les personnels enseignants manifestent également depuis plusieurs mois contre les réformes de Blanquer, mais encore contre les fermetures de classes et d’écoles dans des endroits peu peuplés. De nouvelles manifestations sont prévues pour le 17 juin. Là encore la défaillance des bureaucraties syndicale est évidente. Commencer « un mouvement de grève unitaire » dans la deuxième moitié du mois de juin n’a guère de sens, sauf à penser que le mouvement ne durera pas et qu’on va tout faire pour le stopper[19]. Il est vrai que les enseignants ne se sont guère mobilisés du côté des gilets jaunes, les regardant volontiers comme des fascistes en puissance, avec même parfois une pointe de mépris. Malgré cela les enseignants se mobilisent notamment à travers des occupations d’écoles sauvages. Personne n’en parle dans les médias dominants, là encore c’est une lutte comme pour l’hôpital de proximité contre la concentration des moyens, la défense de l’idée selon laquelle il faut une école dans chaque village[20]. C’est en quelque sorte un mouvement contre la désertification des territoires. C’est une manière de poursuivre la lutte de la France périphérique contre les forces centrifuges qui concentrent les moyens dans le jeu de la mondialisation et de la concurrence libre et non faussée qu’impose Bruxelles. On sait que le rôle de la France périphérique a été décisif dans le déclenchement et le développement du mouvement des gilets jaunes[21]. Et justement ces gilets jaunes ont une vertu que ne possèdent pas les syndicats, ils ont maintenant une conception transversale des luttes. S’ils sont partis d’abord contre les taxes sur les carburants, ils ont ensuite rejoint les manifestations pour la lutte contre la dégradation de l’environnement, ils ont soutenu les urgentistes et ensuite, on les a vu aussi aux côtés des syndicats le 1er mai dernier, donnant un peu de couleur à un défilé un peu trop traditionnel. 

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    Manifestation des enseignants le 18 mai dernier

    D’une manière ou d’une autre par la prise en charge de la transversalité des luttes sociales, par-dessus la tête des syndicats, ce sont les gilets jaunes qui maintiennent la pression et entretiennent le moral des dissidents : ils ne sont pas seulement aux côtés des urgentistes, mais aussi dans les cortèges du 1er mai, et encore avec les manifestants qui poussent à une prise en compte de la dégradation de l’environnement. C’est sans doute pour cette raison que, même s’il y a moins de monde dans les manifestations du samedi, que leur rôle reste décisif. Mais de façon symétrique, ils démontrent que la bureaucratie syndicale s’est trouvée incapable de faire quelque chose de positif de ce bouillonnement revendicatif. Et les derniers sondages montrent que la moitié des Français soutiennent encore le mouvement des gilets jaunes, le soutient est fort, surtout du côté des employés et des ouvriers[22]. Certes on peut toujours trouver que le mouvement des gilets jaunes n’est pas assez ceci, ou pas assez cela. C’est une forme d’impatience malvenue, parce qu’en réalité, même les plus politisés d’entre nous ne savent pas trop comment faire pour approfondir le mouvement autrement qu’en affichant un soutien actif aux luttes sociales en cours. Pour passer à un stade supérieur, il faudra encore du temps, c’est une guerre d’usure qui s’annonce, et celle-ci doit faire preuve d’inventivité face à la concentration des pouvoirs dans les mains de l’oligarchie et de ses valets. Comme on le voit, c’est la question de l’organisation qui est posée. Or dans cette guerre sociale ce qui est refusé par le peuple aujourd’hui c’est l’organisation verticale avec un programme, un parti et même un drapeau, en dehors du drapeau tricolore. Il vient donc que le mouvement ne pourra se renforcer que s’il respecte l’impératif d’horizontalité, mais qu’en même temps il arrive à mener des actions coordonnées. C’est un peu la question qui a été posée à Saint-Nazaire au mois d’avril dernier quand plus de 700 gilets jaunes s’étaient réunis pour représenter un vaste ensemble de gilets jaunes de toute la France[23]. On avait appelé cette réunion une « assemblée des assemblée », c’était une manière de refuser le rôle des leaders, et de souligner que les gilets jaunes qui étaient là, n’étaient que des représentants porteurs de messages. Mais pour l’instant on n’a pas trouvé de réponse satisfaisante à cette question. Soyez sûr que ça viendra.  

    Le mouvement social aujourd’hui



    [3] Thomas Amossé, Maria-Teresa Pignoni La transformation du paysage syndical depuis 1945, in, Données sociales, INSEE, 2006.

    [4] René Lourau, « Le syndicalisme : de l’institution à la bureaucratie », L’homme et la société, n° 10, 1968.

    [11] On peut commencer à s’en faire une idée en allant sur le site gouvernemental dédié, https://www.economie.gouv.fr/cedef/aides-publiques-entreprises

    [21] Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014.

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  •  Acte XXX des gilets jaunes, une ténacité inédite et exemplaire 

    Violences à Montpellier 

    Il est assez ahurissant que nous soyons maintenant parvenus à l’acte XXX des manifestations hebdomadaires et que les journalistes se contentent seulement de pointer le déclin du nombre des manifestants, au lieu de saluer la ténacité des gilets jaunes. Ceux-ci sont bien moins nombreux à manifester, c’est vrai. Effectivement après les interdictions de manifester, après les condamnations judiciaires et la répression policière, la chape de plomb est retombée sur l’information. Des consignes sont données pour qu’on ne fasse pas trop de publicité pour le mouvement dans les médias dominants. Dans Histoire d’un homme du peuple, Erckmann-Chatrian[1] racontent la révolution de 1848 en développant l’image du calme avant la tempête, quand la mer se retire pour revenir encore plus fortement la puissance qui va emporter les digues du Vieux Monde. Cette image est bien adaptée à la situation que nous connaissons aujourd’hui. En effet, les causes de la révolte n’ont pas été dissipées, quel que soit l’angle sous lequel on regarde le catastrophique quinquennat de Macron, et de partout on sent une colère terrible. Les partis de gauche sensés défendre le peuple sont aux abonnés absents, occupés à méditer sur la déconvenue qui fut la leur lors des dernières élections européennes, et les syndicats n’en finissent pas de se ramollir. Mais il serait illusoire de croire que l’ordre règne. En effet, un peu de partout en France, les gilets jaunes se réunissent, fourbissent leurs armes et préparent la suite. Des réunions ont lieu en semaine, ici ou là, nombreuses dans le Sud comme dans le Nord.

    Le mouvement prévoit de continuer ses démonstrations au moins jusqu’au 22 juin. On sera alors dans le 7ème mois ! Les médias qui sont ouvertement du côté du pouvoir se demandent pourquoi cela continue[2]. Evidemment comme les journalistes ont pris la triste habitude de vivre couchés, ils ne comprennent pas que les Français se redressent. Or l’évidence c’est que cette mobilisation a ses raisons :

    - la première c’est l’immobilisme affairiste de Macron qui ne veut pas comprendre qu’on contrarie son plan de carrière, qu’on ne le laisse pas faire ses petites privatisations, sa destruction des services publics. En sept mois il n’a été capable que d’une seule chose, rassembler autour de lui la droite affairiste et cosmopolite. Cette droite versaillaise qui, des débris du PS, aux ralliés de LR, ne conçoit la démocratie que quand on ne la contrarie pas. Elu minoritaire, Macron est illégitime ;

    - la seconde est que cette politique à la Guizot – Guizot qui fut ne l’oublions pas le ministre à l’origine de la révolution de 1848 – n’est pas adaptée aux problèmes du jour, alors qu’elle était déjà considérée comme réactionnaire et dépassée à cette époque. Alors même que nous sommes confrontés à une crise écologique d’envergure, le président-fou propose de continuer comme avant dans le productivisme.

    Les choses se mettent doucement en place, et il apparaît que Macron est une sorte de Sarkozy – donc un président très à droite – mais la folie en plus. Dans les grandes manœuvres qui s’annoncent, Macron débauche Les Républicains à tour de bras et mise probablement sur l’union des droites, de LR à Jadot pour se faire réélire, même avec un bilan pourri[3]. Ce coming out lui permettra en outre de recruter un personnel politique un petit peu plus compétent, parce que les LREM manquent beaucoup de personnel qualifié – encore que cela risque de repousser un certain nombre de macroniens un peu trop à gauche. Mais ces manœuvres politiciennes qui vont faire de Macron un politicard de la droite dure ordinaire à plein temps, les gilets jaunes s’en foutent un peu. Sauf qu’évidemment cela risque d’empêcher le rapprochement avec Jadot et EELV : tout le monde admet qu’aujourd’hui il y a trois blocs qui se manifestent dans les urnes, une droite ordinaire, affairiste et cosmopolite qui va de Macron au Modem en passant par LR et UDI, une gauche déphasée qui irait du PS à la France Insoumise en passant par EELV et le PCF, et puis un troisième bloc qui se structure autour du RN. C’est cependant un trompe l’œil parce que comme on l’a vu le 26 mai dernier, plus de 50% des électeurs – sans même parler de ceux qui ne sont pas inscrits et qui seraient 9 millions – se refusent à choisir entre la peste brune et le choléra macronien. 

    Acte XXX des gilets jaunes, une ténacité inédite et exemplaire 

    Il y avait beaucoup de monde à Montpellier le samedi 8 juin 2019 

    La participation est restée cependant assez plate, autour de 40 000 manifestants[4], tandis que les services de Castaner qui ne craignent plus depuis longtemps le ridicule annonçaient 3700 manifestants sur toute la France, alors qu’on annonçait plus de 2 000 à Montpellier et plusieurs milliers à Paris, avec d’autres manifestations dans toute la France, Marseille, Nice, Antibes, ou encore à Toulouse, Nancy, Caen. Il y a eu des violences ouvertes par la milice de Castaner à Montpellier, alors que le cortège se formait place de la Comédie à midi, dès treize heures les CRS chargeaient et attaquaient les gilets jaunes à coups de grenades lacrymogènes. La partie un peu gauchiste des gilets jaunes a tenté de rallier à elle le peuple des banlieues en allant à Drancy. Mais ce fut un échec cinglant, en somme une dispersion inutile des forces, depuis le début le peuple des banlieues ne semble pas concerné par les gilets jaunes. Tandis que les gilets jaunes se dirigeaient par ailleurs vers le siège de TF1, quelques milliers se rendaient en banlieue. Cette démarche semble obscure. Aller vers le peuple des banlieues suppose que celui-ci doit être en quelque sorte évangéliser, comme dans le temps on allait vers les « sauvages » pour leur apporter la civilisation. Éric Drouet au contraire disait qu’il fallait réinvestir les lieux du pouvoir comme les Champs-Elysées par exemple. Je suis d’accord avec cette idée, et si le peuple des banlieues se sent concerné, et bien il viendra, mais il faut prendre des lieux stratégiques, et ne pas se délocaliser. 

    Acte XXX des gilets jaunes, une ténacité inédite et exemplaire 

    A Drancy la milice est intervenue tout de suite en tirant dans le tas 

    Entre temps justement Éric Drouet est passé en jugement le 5 juin, et le procureur a, dans un réquisitoire ridicule, tant il est dans une posture de soumission, demandé une peine de prison avec sursis assortie d’une amende. Bien que Drouet ait été ramassé en dehors du lieu de la manifestation, on le jugeait non seulement sur des intentions de la rejoindre, mais aussi d’y commettre des violences[5]. Le jugement a été mis en délibéré au début septembre, les juges ont besoin de trois mois pour se faire une opinion, c’est bien curieux, à moins qu’ils n’attendent le feu vert du président-fou. Mais ce procès est exemplaire de la fin des libertés politiques et de l’Etat de droit sous Macron et de l’instrumentalisation de la justice qu’il dévoile. Les journalistes se contentent pour rendre compte de la mobilisation des gilets jaunes de recopier le communiqué de l’AFP et de reprendre les chiffres de Castaner sans se poser de question, démontrant par-là que la dictature macronienne s’accommode tout à fait bien de l’absence manifeste de pluralisme de la presse. Libération est exemplaire de cette dérive, vous me direz que personne ne lit plus ce journal depuis bien longtemps, mais il n’empêche il ne faut guère avoir d’honneur pour se transformer en propagandiste de l’Elysée de cette manière[6].

    Dans le même ordre d’idée d’une reprise en main intégrale, l’afficheur varois pro-gilets jaunes, Michel-Ange Flori, vient d’être condamné à verser 32 000 € à BFM-TV qui s’est sentie outragée par une affiche qui mettait en cause son indépendance vis-à-vis de la police en recyclant une vieille affiche de Mai 68[7]. En Mai 68, on criait à la dictature, et pourtant, le pouvoir gaulliste n’a jamais poursuivi ceux qui ont conçu ou collé cette affiche ! Il est vrai que Cohn-Bendit n’avait pas encore rejoint le camp de la réaction et ne s’affichait pas encore comme domestique du grand capital. Il est remarquable que cet histrion qui faisait profession de grande-gueule ne trouve rien à dire sur cette question. Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu ça. Cette manœuvre d’intimidation est du même ordre que la condamnation de trois gilets jaunes qui auraient crié « Castaner assassin »[8]. 

    Acte XXX des gilets jaunes, une ténacité inédite et exemplaire 

    A Nice les gilets jaunes se sont installés sur la place Garibaldi 

    De la même manière en Mai 68 on criait facilement CRS=SS, mais à ma connaissance personne n’a jamais été poursuivi pour outrage. C’est bien d’une dégradation des mœurs politiques dont il s’agit : non seulement le personnel politiques est de plus en plus vulgaire et médiocre, mais en outre l’incompréhension totale de la situation les pousse vers ce qu’il y a de plus simple : interdire et matraquer. On peut penser ce qu’on veut de ces slogans, mais l’injure et l’outrance a toujours fait partie du débat démocratique. Condamner des gilets jaunes pour injure, c’est clairement s’attaquer à la liberté d’expression. En Russie on arrête des journalistes, en France on n’en a pas besoin, ils pratiquent une telle autocensure qu’ils se contrôlent tous seuls, devançant les intentions de leurs patrons. N’oublions pas que les journalistes sont chez nous le troisième pilier du soutien du bloc bourgeois à côté de la police et de la justice. Premiers fabricants de fake news, on ne les a toujours pas vu s’indigner de la violence policière ni même des condamnations honteuses mises en scène par Macron. Il y a cinquante ans, on s’indignait pour bien moins. Il est peut-être tente de retrouver un peu de dignité. 

    Acte XXX des gilets jaunes, une ténacité inédite et exemplaire

    L’affiche qui a amené la condamnation de Michel-Ange Flori, et en dessous son modèle



    [1] J. Hetzel & A. Lacroix, 1865.

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  •  Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019

    Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot se sont fait une spécialité de dénoncer la classe des riches et donc de leur comportement misérable qui mène forcément et logiquement à l’affrontement avec la classe des pauvres. Ils avaient il y a quelques années publié un ouvrage qui s’en prenait à un autre président, Nicolas Sarkozy, ils l’avaient intitulé Le président des riches[1]. C’était en 2010. On ne s’en souvient plus, mais Sarkozy était désigné comme une sorte de parvenu au service d’une oligarchie sans complexe. On appelait cela la droite décomplexée, et certains trouvaient même que Sarkozy était bien trop timide dans ses réformes néo-libérales. Aujourd’hui, ceux-là sont servis ! On est passé du président des riches au président des ultra-riches. Et encore sans complexe qui plus est. Avec Macron on a franchi un cap dans la mise en scène de la violence des riches : non seulement ils se comportent en prédateurs, mais ils affichent une morgue qui nous fait revenir à des siècles en arrière. Bien entendu Macron s’est un peu calmé, les gilets jaunes l’y ont forcé. Ce que décrivent Pinçon et Pinçon-Charlot, c’est une classe en ordre de marche qui vise à en écraser une autre, comme jamais. Cette formidable régression est sans doute très bien symbolisée dans le personnage de Macron, le président-fou, qui, en s’affranchissant de toutes les règles de la bienséance commune, dévoile ce qu’est au fond le pouvoir du capital. Rien ne retient Macron dans son illumination qui le conduit à croire qu’il est une réincarnation de la monarchie. Cette seule référence plus que réactionnaire aurait dû faire comprendre que Macron était complètement cinglé.  

    Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019

    L’ouvrage se divise si on peut dire en trois parties : d’abord la description d’un réseau endogamique qui choisit Macron comme marionnette porteuse de son projet, comme d’autres, Branco, Ruffin et quelques autres, les auteurs démontrent que Macron ne s’est pas fait tout seul, il a été fabriqué. Il est le résultat d’un milieu où s’entremêlent les grandes fortunes et les grands corps de l’Etat, à commencer par les écoles où on les forme, l’ENA. C’est ce qui a peut-être évolué le plus au fil des années, les privilégiés qui sont formés, payés d’ailleurs, par l’Etat, utilisent cette formation et ces moyens contre l’Etat en tant que représentant de la collectivité. C’est le pantouflage qui permet à un vulgaire Macron de faire des allers-retours du public au privé, puis de se targuer ensuite qu’il a l’esprit d’un chef d’entreprise, alors qu’au mieux il s’agit d’un détournement des moyens de l’Etat quand il va s’enrichir chez Rothschild. Il n’est pas le seul, il y a toute une frange de hauts fonctionnaires dont on ne peut plus distinguer quel jour ils ont servi la collectivité, tellement ils ont été obsédés par leur enrichissement personnel qui leur permettra de consommer comme des riches, de se retrouver avec eux dans les mêmes lieux, et pour cela se sont mis au service d’une classe. 

    Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019 

    Evaluation de la politique fiscale macronienne 

    Le second point traité par les auteurs est le formidable transfert de richesses que Macron a effectué des pauvres vers les riches. Ce sont des milliards d’euros qui ont été détournés du financement des besoins collectifs vers la satisfaction des besoins de la classe la plus privilégiée. Le CICE, 40 milliards, l’abrogation de l’ISF, près de 5 milliards, baisse des impôts pour les plus riches et pour les entreprises, etc. On sait que ces transferts justifiés par des économistes stupides comme Aghion ou Cette au nom de la croissance et de l’emploi n’ont jamais eu aucun effet sur la croissance et sur l’emploi, mais cela a arrondi les fins de mois des actionnaires. C’est plus une politique économique, c’est du banditisme. Macron et sa bande, au nom de la confiance nécessaire pour faciliter la vie des investisseurs, a refusé par ailleurs de s’attaquer aux niches fiscales et à la fraude fiscale : cet ensemble vaut à peu près 200 milliards d’euros, presque le budget de l’Etat central[2] ! C’est de la connivence, du conflit d’intérêt, comme on veut, mais moi j’appelle cela du pillage. Le pire est sans doute atteint avec ce fameux verrou de Bercy qui permet au Ministère des finances de porter ou nom plainte en lieu et place de la justice. Il permet surtout des petits arrangements entre amis : ceux qui ont la main sur les dossiers de la fraude fiscale les monnayeront facilement. Par exemple HSBC était accusé d’avoir fraudé le fisc de 1,6 milliards d’euros, c’est ce qu’un procès public lui aurait coûté, mais Bercy en a décidé autrement : il a été négocié une amende de 300 millions d’euros. Soit un bénéfice net pour la banque d’1,3 milliards. Un tel service se paie et se monnaye forcément. La presse n’enquête que très peu sur ce genre de turpitude, les hauts fonctionnaires de Bercy restent dans l’ombre, à quelques exceptions près, et peuvent continuer leur sale boulot, tout en balançant des notes vengeresses sur la dette, les déficits et les aides aux plus pauvres qui nous coûtent un pognon de dingue. Il va de soi que si nous voulons changer un peu quelque chose, il faudra purger Bercy complètement de cette racaille en col blanc, et interdire le pantouflage. Combien de hauts fonctionnaires de Bercy ont pu obtenir des postes bien rémunérés dans le privé ? Ne s’agit-il pas là d’un détournement des ressources de l’Etat ?  

    Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019

    Le troisième aspect, et non des moindres pourtant, c’est l’amour nouveau-riche du couple Macron pour le décorum et ce qui coûte cher. Car on n’est pas un vrai riche si on ne consomme pas stupidement. Les Macron, bien que venant chacun d’une famille aisée, sont des parvenus, avec les goûts de chiottes qui vont avec. La vieille Brigitte Macron dépense un pognon de dingue en maquillage et en perruque pour tenter de mieux passer à l’image. Et bien sûr la presse complice ne met en avant que des photos retouchées sous la surveillance de Mimi Marchand, l’ex-délinquante qui s’occupe contre une rémunération de dingue de la commercialisation des images de Brigitte Trogneux. C’est pourquoi j’ai été très étonné de voir la photo ci-dessous dans le journal Ouest-France qui montre qu’au naturel, en dessous de sa perruque, elle fait bien son âge. Bien entendu, il ne s’agit pas de moquer une femme vieillissante, tout le monde vieillit. Mais plutôt de dénoncer les mensonges de ce couple. Brigitte Trogneux est représentative de ce nouveau régime, elle n’assume pas son âge : elle ment en permanence derrière un sourire imbécile, mais ça se voit, parce que c’est grossier, parce que c’est laid.  Au-delà de ces masques, Brigitte Trogneux impose ses goûts de parvenue dans la réfection de l’Elysée pour laquelle elle dépense des millions qui ne sont pas à elle. Comment cette femme qui n’est rien, sauf dotée d’une ambition consumériste démesurée, peut-elle avoir le droit, l’outrecuidance de changer pour 300 000 € la moquette de la salle des fêtes de l’Elysée, et de passer du rouge au gris – tout un symbole comme le soulignent les auteurs – ou de commander pour 500 000 € de vaisselle ? Le comportement de ces deux arrivistes vulgaires est évidemment pour beaucoup dans la détestation qu’ils engendrent. Les biens de l’Etat ne sont pas les leurs, l’Elysée ne leur appartient pas. Mais il est vrai que quand Macron était ministre de l’économie, il ne s’est pas gêné pour détourner des fonds publics pour son usage personne.

    Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019

    La liste de ces débordements proprement crapuleux est extrêmement longue, certes Macron n’est pas le premier à se servir, mais ses prédécesseurs apparaissent en la matière comme des amateurs. Le comble de la vulgarité affichée de ce couple improbable s’est mise en scène lors de la fête de la musique 2018 à l’Elysée qui a tant choqué l’opinion. Jamais la fonction présidentielle n’avait été aussi rabaissée : transformer le palais de l’Elysée en boîte de nuit de quatrième catégorie, il fallait y penser ! C’est un point sur lequel les Pinçon-Charlot et Charlot n’insistent pas assez. Sous ses dehors bien proprets, Macron n’est qu’une vulgaire racaille en col blanc, d’où ses débordements langagiers récurrents, d’où cette admiration qu’il a pour les voyous comme Benalla, ou comme cet ex-braqueur avec qui il aimât se faire prendre en photo – il n’aurait pas osé embrasser un ouvrier ! Fils de grands bourgeois sa tendance naturelle le porte à l’encanaillement. C’est sans doute le fruit d’une adolescence mal vécue, d’un vieux complexe de culpabilité qu’i l’encline à rechercher une punition. Ce qui m’épate c’est que l’oligarchie ait choisi un tel pantin pour la représenter. Il faut qu’elle soit vraiment à l’agonie pour se lancer dans ce genre d’aventure. 

    Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019 

    Fête de la musique à l’Elysée en 2018 

    Les auteurs prétendent faire une analyse sociologique. Je ne sais pas si le mot est juste puisqu’en effet il y a une grande partie de ce livre qui est consacré à l’économie. Mais au fond ce n’est pas important je dirais que c’est un ouvrage sur la lutte des classes en France qui montre d’abord que c’est bien la classe d’en haut qui est responsable de l’affrontement qui se traduira ensuite dans ce qu’on appelle improprement la crise des gilets jaunes et qui n’est que la crise d’un capitalisme finissant. Au moins ils savent dans quel camp ils se trouvent. Ils signalent au passage un fait sur lequel on revient ces temps-ci. Non content de voir Macron faire voter par ses godillots des lois en sa faveur, l’oligarchie l’a convoqué pour lui demander d’accélérer le calendrier de l’abrogation de l’ISF[3], et évidemment le petit président s’est empressé de souscrire à cette exigence, mais faut il que cette caste soit rapace pour en vouloir toujours plus, alors même que les bénéfices du CAC40 – leur boussole – avaient explosés ! La cupidité n’est pas un horizon politique viable, même enrobé d’un discours fleuri. Tôt ou tard cela se voit et entraîne la haine. Certains oligarques comme Pinault s’en sont inquiétés[4], mais les autres préfèrent continuer encore pour obtenir toujours plus, quitte à instaurer une sorte de fascisme en France. 



    [1] Zones, 2010

    [2] Pour donner un ordre de grandeur, le budget 2019 est évalué à 338 milliards d’euros, et l’impasse budgétaire à un peu plus de 100 milliards. https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/sites/performance_publique/files/files/documents/ressources_documentaires/documentation_budgetaire/chiffres_cles/LFI2019-budget-chiffres-cles.pdf

    [3] https://www.lepoint.fr/economie/isf-les-grands-patrons-ont-ils-influence-le-choix-du-gouvernement-21-02-2019-2295332_28.php

    [4] https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/pour-pinault-macron-ne-comprend-pas-les-petites-gens-les-macronistes-repliquent-5842590

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  •  Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

    Pour des tas de raisons les gilets jaunes sont de moins en moins nombreux dans les manifestations. Si Castaner-le-menteur a avancé 9 500 manifestants pour le 1er juin, le site du syndicat France-Police avance tout de même 40 000 gilets jaunes mobilisés[1]. Les médias sont soulagés, plutôt que de parler des gilets jaunes, ils peuvent enfin parler de ce qui leur semble plus intéressant, la tambouille des politiciens. Donc ils ont mis en avant les résultats des élections européennes, faisant mine que Macron s’il n’avait pas gagné, n’avait pas perdu non plus, et poussant dans le sens d’une double rénovation : intégrer Les Républicains présentables à LREM, pour reconstituer l’UMPS dans un seul parti, celui du président-fou, et ensuite passer une alliance en bonne et due forme avec Jadot qui jouerait le rôle de supplétif. Cohn-Bendit pousse dans ce sens, comme s’il avait encore du poids sur le plan politique. Il n’a pourtant pas ménagé ses critiques envers son ancien parti, qualifiant EELV de « secte »[2], se gardant bien pourtant de signaler que tous les personnages qui grenouillent dans ce parti se sont rallier à Macron dont le bilan en matière d’écologie est plus que nul, notamment parce qu’il a soutenant la prolongation du glyphosate, ce que cette canaille de Cohn-Bendit ne dit jamais. Même Le monde, principal journal macronien, s’en est aperçu[3]. Hervé Kempf a enfoncé le clou, mais Kempf à l’inverse de EELV et de tous les petits-bourgeois qui ont animé ce parti de la confusion, est anti-capitaliste, non par principe, mais parce qu’il considère que dans le cadre d’un système fondé sur le profit, il ne peut pas y avoir d’évolution positive. Idée que je partage bien entendu. Mais Jadot n’est pas d’accord. Il explique qu’il n’est pas contre le capitalisme. Que justement l’économie de marché c’est super-bien[4]. Bien que dans une autre interview à Reporterre il se soit affirmé anticapitaliste, il est difficile de faire plus confus[5] ! Il est sur la ligne greenwashing : c’est-à-dire ne pas changer de modèle, mais utiliser des technologies plus propres et que ce remplacement peut-être tout à fait source de profit. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    J’ai déjà dit souvent que la lutte pour la défense de l’environnement était antinomique avec la logique d’intégration européenne, parce que celle-ci suppose un élargissement des marchés, une concentration du capital, un approfondissement de la division du travail, et donc par suite une accélération des échanges, un allongement des circuits et une plus grande artificialisation des espaces. Cette escroquerie intellectuelle s’appuie sur le misérable score de Jadot qui a réuni sur sa liste 6,5% des électeurs. Mais cela suffit à le présenter comme un vainqueur, et un produit nouveau. Et donc on voit tout à fait que l’alliance qui se profile entre Macron et Jadot est à peine une pantomime, une manière de détourner les énergies et de laisser croire que pour être efficace il ne faut pas faire le con dans les manifestations ou occuper des ronds-points, mais jouer le jeu des institutions existantes.  

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

    Ce long détour montre que nous avons besoin des gilets jaunes, ne serait-ce que pour contrer les mensonges et la cuistrerie du bloc bourgeois. Les médias montent en épingle le score de Jadot, comme ils mettent en scène Greta Thunberg, cette jeune suédoise, invitée à Davos par l’oligarchie ne risque pas de la déranger. Elle est juste là pour culpabiliser les gens qui remettraient en cause le système du profit. Il ne viendrait pas à l’idée d’inviter un gilet jaune à Davos : trop peu contrôlable et pas assez photogénique. Remarquez que les médias mettent en scène Greta Thunberg comme ils ont mis en scène naguère Ahed Tamimi. La jeune fille frêle et courageuse, ça paye, et comme Ahed Tamimi a un peu vieilli et qu’elle a pris du poids, Greta Thunberg va faire le job. Elle ne défend pas l’environnement, son travail est de culpabiliser les populations. Comme disait Macron, « je vous parle de fin du monde et vous me parlez de fin du mois ». Ahed Tamimi indiquait aux jeunes occidentaux qui ne comprennent rien au conflit israélo-palestinien, qu’ils devaient culpabiliser pour ne pas soutenir assez le peuple palestinien en lutte. Ces deux jeunes filles font le même travail de propagande, c’est juste le support qui change, ils pourraient être interchangeables d’ailleurs. Le but reste celui de canaliser les mécontentements sur des objectifs lointains et inaccessibles, même si la rhétorique dominante vise à dire qu’il est urgent d’agir. Comme personne ne sait et ne dit concrètement ce qu’il faudrait faire pour limiter le réchauffement climatique sans changer le mode de production et de consommation, ça ne mange pas de pain. Par contre des propositions concrètes qui vont dans le bon sens, les gilets jaunes en ont faites : que ce soit le RIC ou pour une diminution des revenus et des avantages exorbitants des élus.  

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés

    Pour l’acte XXIX, les gilets jaunes s’étaient joints à la révolte des personnels urgentistes qui ont eux aussi des revendications énormes à faire valoir contre le massacre du service public en général et de l’hôpital en particulier. Personne n’est dupe des orientations macroniennes qui visent à transférer une partie de la manne de la Sécurité sociale vers le secteur privé. Quoi de mieux pour cela que d’asphyxier l’hôpital public ? De toute façon cette tendance correspond aux orientations de Bruxelles dont l’objectif et de détruire tout ce qui reste de l’Etat national pour le remplacer par les lois du marché. Donc les gilets jaunes se sont retrouvés devant l’hôpital de la Salpêtrière, ce qui permettrait aussi bien de dénoncer la politique de Macron que de rappeler les fakes news de Castaner-le-menteur. Donc il y eut en effet bien moins de monde que d’ordinaire, mais pour autant le XXIXème acte des gilets jaunes a été mené à bien. Et cela malgré les nouvelles interdictions de manifester prises par les préfets qui, à l’instar de Maurice Papon, aiment à devancer les désidératas de leur maître. Il est vrai que de se choisir Macron comme nouveau maître ne fait pas preuve d’un grand esprit de finesse, seulement d’une grande lâcheté et du peu de considération de soi-même que ce corps de fonctionnaires présente. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    Gilets jaunes devant l’hôpital de la Salpêtrière 

    Curieusement c’est au moment où le mouvement des gilets jaunes parait s’essouffler, que le procureur macronien Remy Heitz, franc maçon et sournois, annonce que des policiers seront bien poursuivis par la justice devant le tribunal correctionnel pour leur extrême violence[6]. Les syndicats de policiers sont furieux. En effet, ils se croyaient tout permis, couverts dans leurs exactions par Castaner-le-menteur, et puis voilà qu’on annonce que tout cela ne tient plus. Ils se sentent les dindons de la farce et ont tendance à s’opposer à la justice qu’ils trouvent un peu trop accommodante avec les gilets jaunes[7]. Ce n’est pas demain la veille qu’on assistera à une réconciliation entre le peuple et sa police. En vérité il ne faut pas se faire d’illusion et y voir une restauration de l’Etat de droit. C’est ce qu’on appelle la part du feu. Cette part du feu, qui dément du reste les propos de Macron selon lequel il n’y a pas eu de violences policières[8], est là pour rendre plus acceptable tout le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne sera pas poursuivi, donc pour tenter de masquer l’étendue de la répression policière. Cela permettra à Jadot de mieux accepter une alliance avec LREM quand ce parti se sera réformé comme un parti de droite très traditionnel en absorbant les débris des LR. C’est cependant une orientation risquée. En effet les Français perçoivent de moins en moins LREM comme autre chose qu’un parti de droite, européiste et antisocial, et le faible Jadot aura bien du mal à jouer les traitres de comédie face à ceux qui ont voté – maigrement il est vrai – pour sa liste. Mais il se pourrait aussi que quelques policiers commencent à se détacher du bloc bourgeois et à refuser d’être de simples boucs émissaires qui n’ont fait qu’appliquer les consignes, et donc à témoigner contre leur ministre de tutelle. Tout cela semble réduire le socle électoral de Macron pour le futur. Tailler des croupières au PS et à LR ce n’est pas une politique, balader les policiers d’un côté, de l’autre, non plus. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    Gilets jaunes à Nice, le 1 juin 2019 

    Macron « pense » que maintenant le plus dur est passé, et que les Français qui soutenaient les gilets jaunes sont de moins en moins nombreux, donc qu’on peut passer à autre chose en soldant les comptes. Pourtant, il ne doit pas se faire d’illusion, la colère est profondément enracinée. Et donc elle peut rebondir n’importe quand. Il y a d’abord la hausse du prix de l’énergie. Le prix du carburant – qui a été à l’origine de la mobilisation des gilets jaunes – continue à monter et donne le sentiment que le pouvoir se moque des usagers : le prix du diesel est aujourd’hui plus haut qu’il y a 6 mois. Mais il vient aussi une hausse de l’électricité qui avoisine les 6% ! Cette hausse est mal vue, certains avancent que c’est la conséquence d’une privatisation rampante d’EDF, d’autres qu’il s’agit de rembourser les turpitudes d’Areva – dont le lobbyiste en chef était Edouard Philippe, rappelons-le – mais dans tous les cas, cela frappera directement les plus pauvres au portefeuille, annulant les miettes qui ont été redistribuées au moins de janvier dernier. Mais il y a d’autres raisons de se mobiliser, que ce soit la future réforme des retraites, ou que ce soit encore l’immobilisme voulu du pouvoir face à la dégradation de l’hôpital public. La popularité de Macron reste très basse, il ne profite absolument pas de l’effritement du mouvement des gilets jaunes, ni même de cette deuxième place aux élections européennes[9]. Cela laisse entendre que le mouvement peut rebondir, mais à l’évidence il lui faut trouver d’autres formes d’intervention. Pendant ce temps-là, ici et là les gilets jaunes s’informent, dialoguent, tentent d’ouvrir des pistes de riposte. Ils tiennent des réunions nombreuses sur tout le territoire national. Il en sortira forcément quelque chose de positif. Le combat ne fait que commencer. 

    Acte XXIX, des gilets jaunes enracinés 

    Hausse du tarif de l’électricité



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