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     Populisme, la faillite des experts

    L’élite plus ou moins instruite, plus ou moins auto-proclamée suppose que le populisme est en lui-même une erreur, et donc qu’il faut faire confiance aux représentants du peuple, et non au peuple lui-même. On associe très souvent le populisme aux insultes envers le Front national ou envers la Lega en Italie. Et on dénoncera les « dérives populistes » à gauche chez Mélenchon par exemple quand il en appelle au peuple justement contre les élites.

    On voit par exemple des militants de gauche dénoncer sans trêve les « dérives populistes » de Salvini, quand celui-ci bombe le torse et explique qu’il va renvoyer chez eux les migrants clandestins, ou quand il dénonce les familles « homo-parentales » comme une dérive dangereuse pour la civilisation, et donc qu’il veut revenir en arrière pour inscrire dans l’Etat-civil les mentions du père et de la mère[1]. Evidemment on peut discuter de ses propositions. En vérité le problème n’est pas là, mais dans le fait qu’une très large majorité d’Italiens se trouve en phase avec ces idées. Le gouvernement Conte a une approbation très élevée depuis trois mois, autour de 75%[2]. Par les temps qui courent, c’est assez inédit. Macron se retrouve à 27%, Merkel à 29% et Trump à 40%. Même la gauche style PD est en grande partie derrière ce gouvernement et plus particulièrement Salvini. On a un peu le même schéma avec Viktor Orban en Hongrie.

      Populisme, la faillite des experts

    Est-ce à dire comme le croient certains que le peuple italien est redevenu fasciste ? Est-ce que les Hongrois doivent être punis pour avoir mal voté ? c’est en tous les cas ce que pense Macron qui a menacé la Hongrie de ne plus recevoir de subventions européennes parce qu’ « elle ne respecte pas les valeurs »[3]. Autrement dit la Hongrie serait coupable de gouverner dans le sens que désire son peuple, même si cela va à l’encontre des désirs de la Commission européennes, de Macron ou de Merkel. A ce niveau il convient de poser les bonnes questions.

    Il est évident que le peuple peut se tromper : on peut admettre qu’il n’a pas raison sur tel ou tel point, et donc combattre les mesures qui sont prises en son nom. Cependant il est facile de répondre que les « experts » hors-sol peuvent eux-aussi se tromper, et même qu’ils en ont fait largement la preuve. Le jeu de la démocratie est justement que le peuple peut se tromper et donc quand les hommes politiques qui le représentent ont faillis, il convient non seulement de les remplacer, mais aussi de changer de programme. Par exemple, alors qu’il est clair que l’Union européenne est un échec politique, économique et social, dans une démocratie, on pourrait changer cela. Mais comme dit Juncker, et c’est là que se pose un vrai problème, « les traités européens sont supérieurs au choix démocratique ». Ce qui veut dire clairement que l’Union européenne, même si elle marche très mal, même si elle n’a aucun résultat positif et qu’elle engendre déconvenue sur déconvenue, ne peut pas être défaite[4]. Jacques Attali avait développé la même idée en affirmant que les avancées progressistes devaient être « sanctuarisées », il pensait bien sûr à l’Union européenne[5], mais il avançait pour faire passer la pilule « l’abolition de la peine de mort » ou « la démocratie ». Mais n’est-ce pas alors gouverner contre le peuple ? On retrouve ici l’idée que dans la post-démocratie il vaut mieux que ce soient les experts qui gouvernent – parce qu’ils savent, parce qu’ils ont fait des études – que le peuple qui ne sait rien.  

    Populisme, la faillite des experts

    En vérité Juncker et Attali se trompent lourdement. La preuve ? Les accords de Dublin sur la répartition des migrants en Europe ont été balayés aussi bien par l’Italie que par les pays de Visegrad. Formellement ils existent toujours, mais dans les faits, chaque pays fait exactement ce qu’il veut, ce qui veut dire aussi que Schengen est également abandonné. Evidemment ce n’est pas la première fois qu’un traité est abandonné, l’histoire est jalonnée de ce genre de retournement : quand quelque chose ne fonctionne pas, il faut le remettre en question. On peu traîner les pieds, mais tôt ou tard, cela se fera. On ne peut pas indéfiniment gouverner contre le peuple, même si celui-ci est relativement passif.

    La montée des populismes est en réalité une réaction populaire à l’échec de l’Europe institutionnelle. Et si ce « populisme » trouve des échos plutôt à droite qu’à gauche, c’est pour deux raisons :

    - la première est que la gauche a évolué, allant d’échec en échec, d’un modèle national, hérité de la Résistance, vers un modèle mondialiste appuyé sur l’efficacité supposée du marché. En 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, alors que celui-ci avait une influence importante, mettait en garde dans un article qui avait fait sensation contre les effets délétères de l’immigration massive dans un article publié le 6 janvier 1981, article qui faisait l’apologie de la nation comme référence incontournable de l’action politique. Les partis de gauche se sont bureaucratisés, leurs représentants étant de moins en moins issus du peuple, ils ont perdu le contact avec lui. Quoiqu’on en pense, Georges Marchais venait de la classe ouvrière, et son lointain successeur, Pierre Laurent, n’est que le fils de Paul Laurent, autre apparatchik du PCF. Cette gauche qui s’est voulue moderne a emprunté ses habits et son langage à la bourgeoisie qu’elle prétendait combattre : mettant l’accent sur les fausses vérités de l’analyse économique traditionnelle, comme les vertus de l’ouverture sur la croissance et l’emploi, les vertus des privatisations ou encore celles de la flexibilité du marché du travail.  

    Populisme, la faillite des experts

    - la seconde raison est que la gauche a commencé à être représentée par des élus qui avaient fait des études supérieures et qui de ce fait, étant semi-instruits, se sont mis à mépriser le peuple, avant que celui-ci ne se mette à son tour à leur cracher dessus. Les politiques se sont de plus en plus souvent entourés d’experts qui n’en savaient pas plus qu’eux, mais qui étaient capables de rédiger un rapport sur n’importe quel sujet. Evidemment comme ces experts savent où se trouve l’argent qui leur permettra de financer leurs activités – c’est bien la seule chose qu’ils savent d’ailleurs – ils ont adopté et mis en avant le langage de leurs bailleurs de fonds. Avant l’effondrement total du PS, aujourd’hui réduit à l’état de groupuscule, on parlait volontiers d’UMPS. Cela voulait dire que les partis UMP et PS qui mettaient en scène une fausse alternance, abreuvaient leur discours aux mêmes sources et reprenaient les mêmes fausses idées pour se donner l’air d’être sérieux. La confusion est encore plus éclatante avec Macron qui fait semblant, dans un élan démocratique qui ne lui ressemble pas, de donner de la place à « la société civile ». Cette locution aussi peu précise que le mot « populisme » est censée renvoyer à des « gens » qui représenteraient une bonne connaissance de ce qu’ils analysent. En réalité se sont au mieux des « experts », et au pire des députés genre LREM.

    Prenons un exemple : le PS et l’UMP ont admis de conserve, malgré quelques dissidences, que l’immigration est une bonne chose sur le plan économique. Mais outre qu’on pourrait penser que l’immigration n’est pas seulement un problème économique, et que cette immigration massive peut in fine engendrer des catastrophes politiques sans fin, cette connivence était fondée sur « des rapports d’experts » partiels dont la méthodologie ne tenait pas la route[6]. Ce même consensus est apparu en 2005 au moment du référendum sur le TCE : l’UMP et le PS faisaient campagne très exactement avec les mêmes arguments. Cette convergence est intéressante dans la mesure où elle a été battue à plate couture : droite comme gauche, les politiciens ne parlaient plus la même langue que le peuple, ils parlaient la langue fausse de l’expertise. Celle que les gens ordinaires ne peuvent pas comprendre.  

    Populisme, la faillite des experts

    L’échec dans les urnes du référendum sur le TCE n’a pas cependant fait bouger les choses : les politiciens, la fameuse UMPS, ont contourné l’obstacle en faisant passer un Traité – dit Traité de Lisbonne – en douce, avec dans l’idée que les députés et les sénateurs réunis en Congrès à Versailles étaient bien plus malins et instruits que le peuple lui-même. Si la méfiance des Français était grande envers les politiciens avant ce mauvais coup, elle s’est accrue dans des proportions inédites après cette forfaiture, accélérant le divorce entre le peuple et ceux qui prétendent le représenter.

    Dans ce divorce justement il y a une différence de langage terrible :

    - pour l’élite, l’Union européenne est excellente, certes perfectible, mais excellente, tandis que pour le peuple, elle va d’échec en échec. Les représentants les plus zélés de cette Union européenne, faute de pouvoir présenter des résultats probants, soutiennent même sans rire, que sans l’Union européenne les choses seraient pires encore ;  

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    - pour l’élite, l’immigration est excellente et ne prend pas d’emplois aux autochtones, le peuple pense au contraire que l’immigration de masse engendre des problèmes sans fin de cohabitation, amène une islamisation rampante de la société et un début de guerre civile ;

    - pour l’élite, les accords de type CETA ou TAFTA sont excellents pour l’économie et l’emploi, le peuple manifeste contre cette idée. Evidemment l’élite refuse de voir ces accords passer sous les fourches caudines d’un référendum par exemple, supposant ainsi que le référendum serait bien moins démocratique que le vote des représentants élus qui connaissent mieux les besoins du peuple que le peuple lui-même.

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    Manifestation contre le CETA et TAFTA en Allemagne en 2016 

    On pourrait multiplier les exemples à l’infini : le peuple européen est massivement pour l’interdiction des glyphosates et donc des produits de Monsanto, mais la Commission européenne, complètement corrompue, il ne faut pas l’oublier, continue à imposer ce poison et donc à s’opposer à la volonté populaire. Comme on le voit le problème n’est pas tant que les experts se trompent, mais plutôt qu’ils veuillent nous obliger à adopter leur manière de penser, nous empêcher de proposer des choix alternatifs à leur soupe aigre le plus souvent guidée par les intérêts d’une oligarchie sans frontière. Le populisme c’est avant tout cela : le refus de déléguer sans contrôle le pouvoir à des représentants dont l’efficacité est douteuse et la propension à trahir le peuple est avérée. Il y a une opposition entre deux conceptions de la démocratie, la première, qui est complètement en bout de course, suppose que le peuple vote et ensuite ne pose plus de question sur ce que font ses élus. C’est la conception de Macron qui oublie volontiers qu’il a été élu par défaut pour faire barrage au fascisme, et donc qui ne supporte guère la contestation de ses mesures ineptes et rétrogrades. La seconde qui prend de plus en plus d’importance depuis la fin des années soixante, demande de plus en plus de contrôle sur ce que font les politiques du mandat qu’on leur a accordé.

    Le règne des experts n’est pas seulement la représentation d’un mépris des élites pour le peuple. C’est également l’effondrement de l’éducation des élus qui n’ont plus d’idée sur rien et encore moins sur le reste[7]. Ils se fient donc aux rapports d’experts : Macron se cale directement sur les GOPE2017 parce qu’il n’a aucune idée d’une alternative, parce qu’il est incapable d’en imaginer une. Les gouvernants ne sont plus seulement des gens dont on combat les idées parce que ce sont les idées des classes supérieures, de l’oligarchie, mais ce sont ouvertement aussi des imbéciles. Dans la période récente, on a Trump qui considère que les incendies sont aggravés par les lois de protection de l’environnement te non par la dégradation générale du climat[8]. On a encore l’exemple de Macron engageant pour sa propre sécurité quelqu’un comme Alexandre Benalla qui se prétendait expert en sécurité, mais qui en fait n’était rien qu’un vulgaire garde du corps opportuniste.

    On peut penser ce qu’on veut de Salvini, d’Orban et de quelques autres, et même pourquoi pas du mal, mais leur arrivée au pouvoir est d’abord le résultat de la faillite de l’européisme et de la négation du fait national. La mondialisation des élites a plongé le monde dans une forme d’acculturation que le peuple refuse. C’est une question d’identité. Les peuples souffrent de ce manque de repère, de cette destruction de leurs propres racines. Quand Salvini défend la famille contre l’homoparentalité, il ne s’attaque pas à l’homosexualité, mais il recrée des repères en ce qui concerne la filiation. Il y a une propagande assourdissante en ce qui concerne l’effacement du genre qui n’est pas, qui ne peut pas être, entendue par les peuples. Ces histoires de sexes qui changent, qui ne définissent plus rien, ne concernent qu’une infime minorité. Que ce soit cette négation des sexes ou la PMA, ce ne sont pas ce genre de débats qui va faire passer Macron pour un homme de gauche. Au contraire, s’il aspire avec lui une partie de la gauche bobo, celle-ci se déconsidérera encore plus en se coupant encore plus du peuple qu’elle va prétendre représenter.  

    Populisme, la faillite des experts

    Toute cette propagande pour les mouvements gay et lesbien, LGBT comme on dit, engendre forcément un rejet de la part du peuple. On a vu que la Gay pride n’était pas seulement une demande de reconnaissance des droits des minorités sexuelles, mais c’est aussi forcément une affaire de propagande qui sombre souvent dans le spectacle immonde sous les yeux mêmes des enfants, comme le montre la photo ci-dessous. Il est tout à fait normal qu’un tel mouvement qui s’apparente aussi à un viol des consciences, produise rapidement son effet inverse. Cette image d’une dégénérescence complète de l’Occident est fausse car c’est seulement une minorité qui se met en spectacle et qui prétend imposer de nouvelles normes. C’est en quelque sorte l’image inversée des catholiques intégristes qui ici et là prétendent interdire aux femmes d’avorter. Il faut s’attendre rapidement à un retour de bâton dans le sens inverse. Et il est possible que cela apparaisse comme réappropriation de l’histoire à travers un retour à la tradition. Il est en effet bien possible que la fin de la mondialisation passe par un retour à des formes autoritaires de gouvernement. Mais on ne voit pas en quoi ces systèmes dénoncés par des imbéciles comme illibéraux[9] seraient finalement moins démocratiques que ces systèmes libéraux qui imposent des formes et des normes de vie sociale et économique contre l’approbation des populations. Autrement dit, plus on voudra nous forcer à accepter la mondialisation et ses conséquences culturelles, et plus nous irons vers des gouvernements ouvertement nationalistes et autoritaires.  

    Populisme, la faillite des experts

    Dans le dynamisme des sociétés, il est illusoire de croire qu’on combattra le populisme avec de nouvelles lois, ou avec des sanctions comme le propose bêtement Macron. L’exemple italien est là pour le démontrer : l’Italie fut un temps un des meilleurs modèles pour l’Europe, accueillant pour les migrants, très europhile, le pays semblait accroché définitivement à l’utopie européiste. Mais depuis la crise de 2008 l’Italie est devenue, après la Grèce qui vit sous la dictature de la Troïka, le pays le plus europhobe de l’Union européenne devant la France, sanctionnant ainsi les dérives d’une forme de pouvoir contestable. Ce qui est sans doute le plus curieux c’est que la contestation fondamentale de l’Union européenne ne vient pas de la gauche, malgré la perte des libertés, malgré le chômage et la montée des inégalités, mais de la droite. Même des pays comme l’Allemagne qui ont tiré des grands bénéfices de l’Union européenne, commencent à s’en détacher avec la montée en puissance de l’AfD. Ces partis populistes sont souvent amalgamés avec l’extrême-droite et le fascisme. Certes ils peuvent le devenir, mais pour l’instant ils ne le sont pas, ils n’ont ni troupes paramilitaires, ni programme raciste visant à l’élimination d’une partie de la population. Viktor Oban qui est présenté par les médias mainstream comme un affreux fasciste a par exemple expliquer il n’y a guère qu’en Hongrie il y aurait une tolérance zéro envers l’antisémitisme[10]

    Populisme, la faillite des experts  

    Ce printemps c’est Macron dont le masque de tolérance est tombé très rapidement une fois élu, qui a énormément sollicité les forces policières pour réprimer les manifestations, comme l’affaire Benalla l’a bien mis en lumière. Il n’est donc pas certain que ce soient les partis illibéraux qui représentent finalement le plus grand danger pour la démocratie. Par un curieux retournement de l’histoire, on peut même dire que ce sont les partis qui passent leur temps à dénoncer le fascisme, qui réclament de faire barrage au populisme, qui sont le plus enclins à sortir des clous en ce qui concerne les lois : c’est le PS qui a prolongé la loi sur l’Etat d’urgence, c’est Macron et ses godillots qui pondent des lois ouvertement liberticides sur les possibilités des journalistes d’enquêter sur les malversations du capitalisme ou sur la diffusion des nouvelles. Une étude récente de David Adler qui porte sur l’Amérique du Nord et sur l’Europe révélait que c’était bien le parti du centre[11] qui était le plus hostile à la démocratie, et non pas les partis dits d’extrême-gauche ou d’extrême-gauche[12] !  Et cela va au-delà du fait que les partis dits extrême n’ont pas le pouvoir. Cela révèle que le programme du centre – pour aller vite les tenants de la mondialisation – est d’abord contre le peuple ! Ce sont les mêmes qui se méfient des référendums d’ailleurs. La critique du populisme est donc aussi et d’abord une critique de la démocratie. Et on comprend mieux pourquoi des gens comme Attali veulent cadenasser l’Europe par des traités immuables, parce qu’ils savent qu’ils gouvernent contre la volonté populaire. On pourrait d’ailleurs rapprocher cette passion du centre – Merkel et l’Union européenne en tête – pour un autoritarisme qui ne veut pas dire son nom du soutien que ce parti apporte aux néo-nazis ukrainiens au nom de la lutte contre la dictature russe[13] ! 

    Populisme, la faillite des experts

     

    Tableau extrait de l’étude de David Adler 

    Comme on peut le voir ci-dessus, il faut relier trois choses entre elles : la mondialisation capitaliste (libre circulation des capitaux, des marchandises et des hommes), le démantèlement de l’Etat et le déni de démocratie. Ces trois éléments sont constitutifs, et ne se détaillent, pas de la post-démocratie. C’est pourquoi la première urgence est de revenir à la souveraineté nationale : c’est seulement dans ce cadre là que la démocratie peut enfin d’exprimer, et c’est seulement dans ce cadre là qu’on peut faire enfin de la politique. Les choses ont un peu avancé tout de même : les médias ont fini par lasser à dénoncer un fascisme qui n’existait pas pour couvrir les turpitudes des gouvernants à la botte de l’oligarchie, et aujourd’hui le populisme ne fait plus peur à personne.



    [1] http://www.lepoint.fr/monde/matteo-salvini-contre-les-familles-homoparentales-11-08-2018-2242958_24.php

    [2] http://www.lepoint.fr/europe/72-des-italiens-soutiennent-matteo-salvini-19-06-2018-2228606_2626.php

    [3] https://francais.rt.com/economie/48287-macron-veut-priver-pologne-hongrie-aides-europeennes-valeurs

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php

    [5] http://blogs.lexpress.fr/attali/2016/06/20/sanctuariser-le-progres/

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/note-negative-sur-une-etude-visant-a-justifier-les-migrations-de-masse-a145646398

    [7] http://www.liberation.fr/debats/2017/09/06/emmanuel-todd-la-cretinisation-des-mieux-eduques-est-extraordinaire_1594601

    [8] http://www.leparisien.fr/international/incendies-en-californie-trump-met-en-cause-les-lois-environnementales-sur-l-eau-07-08-2018-7845843.php

    [9] Le terme est évidemment stigmatisant et vise à dénoncer ceux qui ne veulent pas s’aligner sur les canons de la post-démocratie. Il a émergé à la fin des années 90. En France c’est Pierre Rosanvallon, homme de tous les cénacles libéraux après avoir été un tenant de la seconde gauche, qui s’est chargé d’en diffuser la signification. Fareed Zakaria, « The Rise of Illiberal Democracy », Foreign Affairs, no 76,‎ novembre-décembre 1997.

    [10] http://www.lepoint.fr/monde/tolerance-zero-contre-l-antisemitisme-promet-orban-en-israel-19-07-2018-2237516_24.php

    [11] Le centre dont il s’agit ici est en fait la droite affairiste et cosmopolite, mondialiste et européiste, tolérante sur la question des mœurs et dure en ce qui concerne la répartition des richesses et les inégalités.

    [12] https://lemediapresse.fr/politique-fr/les-centristes-sont-les-plus-hostiles-a-la-democratie-pas-les-extremistes/

    [13] https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-ukraine-post-maidan-ou-le-185285

     

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  •  Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Ce livre est un peu la bible des blacks blocs. Son auteur commence à être connu un peu partout dans le monde, et au printemps dernier, il a  donné une série de trois conférences en France. Peter Gelderloos est un activiste américain, anarchiste dont la réflexion plonge ses racines dans l’histoire de la lutte des classes américaine. Il se réfère volontiers aux IWW, au combat des Amérindiens pour leur droits, et aussi aux luttes des afro-américains pour leur émancipation. Sa thèse principale est que la non-violence n’a jamais été nulle part victorieuse. La preuve ? Le capitalisme est toujours là. Et donc face à la violence de l’Etat, bras armé de l’oligarchie, la violence est pleinement justifiée. Si cet ouvrage est assez lu un peu partout dans le monde, c’est parce qu’un peu partout, les mobilisations de masse, en Grèce lorsque le peuple se mobilise contre l’austérité, en France récemment lors de la manifestation du 1er mai, ou lors des grandes messes du G20, on peut voir des individus souvent vêtus de noirs, cagoulés, armés de bâtons, s’attaquer à la police ou à des symboles du capitalisme et de la consommation. Ils cassent les vitrines des banques et des commerces, tentent de mettre le feu, n’hésitent pas à aller à l’affrontement. Avant d’examiner les thèses défendues par Gelderloos, il faut rappeler que la question de la violence est discutée depuis des décennies dans le mouvement social et révolutionnaire. La violence a donc deux buts : le premier est qu’on ne peut pas changer la société sans violence, les positions acquises usant elles-mêmes de la police et de la répression ; le second est de faire entendre une voix dissonante et de débloquer la passivité, de donner l’exemple.

    Les théoriciens de la révolution sociale ont été évidemment confronté à cette question : quand doit-on passer à la violence ? On sait par exemple qu’en 1848 Marx était complètement à contre-temps sur cette question. D’abord il pensait que le moment n’était pas venu, puis lorsque ce mouvement révolutionnaire fut achevé en 1849, il attendait la nouvelle vague en espérant que cette fois la violence balayerait le Vieux Monde. S’il salua la Commune de Paris, il eut d’abord des hésitations à la soutenir. Après le mouvement de 68, des petits groupes anarchistes se sont lancés en Europe dans l’action violente, pose de bombes, enlèvements, assassinats. Si en France ces actions furent assez peu nombreuses, ce ne fut pas le cas en Allemagne et en Italie où la Bande à Baader et les Brigades Rouges entreprirent des actions spectaculaires dont on ne sait pas très bien encore jusqu’où elles ont été manipulées par le pouvoir[1]. Guy Debord condamnait cette violence qu’il identifiait comme une forme de terrorisme coupée des masses. Pas tant parce qu’il était non-violent, mais parce qu’il jugeait que ce n’était pas encore le moment. C’est la première lacune de Peter Gederloos : il fait comme si dans le mouvement social radical les non-violents s’opposaient aux violents, alors que la question de pose plutôt dans les termes de savoir quand et comment appliquer la violence pour renverser l’ordre existant.

    Aujourd’hui la violence des Blacks blocs ou des Antifas peut s’exercer contre des symboles de l’industrie nucléaire, contre la police ou pour détourner le sens des manifestations de masse. Mais un des points qui me semblent devoir être souligné est que si la non-violence n’a en effet jamais encore produit le changement social tant attendu, la violence non plus. Passons rapidement sur la violence d’une révolution comme la Révolution russe de 1917, si elle a bien produit un changement de régime, elle a, à l’évidence, été confisquée par le parti bolchevique qui a reconstruit sur les décombres de la société tsariste une nouvelle forme de société de classes que Bruno Rizzi appelait capitalisme d’Etat[2]. La thèse de Peter Gelderloos semble donc d’emblée assez vaseuse, surtout qu’il prône une révolution sociale non-hiérarchique et anti-autoritaire.

      Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Il n’est évidemment pas le premier anarchiste à avoir théorisé la violence des masses. Le premier ouvrage sérieux sur cette question est celui de Georges Sorel, Réflexions sur la violence, paru en 1908 qui fut corrigé en 1919 et qui fut ensuite constamment réédité. Celui-ci avait déjà théorisé le fait que le refus de la violence révolutionnaire en venait à nier la lutte des classes. Il dénonçait d’un même mouvement le mythe de la grève générale, autre idée anarchiste qui devait mener à une transformation sociale positive dans le futur. Pour lui la grève générale doit être le prélude d’une révolution sociale qui renverserait l’Etat. C’est exactement dans ces pas que Gelderloos met les siens. Comme Sorel il récuse l’idée somme toute marxiste selon laquelle nous devons attendre que les masses soient suffisamment éduquées pour agir de manière organisée contre le système. On peut dire que dans cette continuité sorélienne, il avance que le refus de la violence est une forme de soumission à la logique du pouvoir. Le refus de la violence est un rapprochement entre les classes, comme la négociation syndicale est déjà une forme de soumission.  

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Mais il avance aussi des idées plus modernes – quoique pas forcément plus pertinentes. Par exemple il soutient que la soumission à une approche pacifique de la lutte des classes est un reflet d’une pensée patriarcale et … blanche, donc forcément raciste ! On voit ici pointer le nez des ravages de la modernité. Il salue au passage les mouvements des afro-américains qui ne se sont pas, selon lui, embarrassés de ces circonvolutions comme les Black Panthers – encore qu’on pourrait objecter que le mouvement des Black Panthers est rapidement tombé dans la déconfiture et que ses succsè ont été des plus limités. De même il cite l’exemple d’Anna Mae Pictou Aquash, une amérindienne qui fut assassinée en 1975 à l’âge de trente ans, probablement avec l’assentiment du FBI. Elle avait comme objectif de reconquérir la terre de ses ancêtres et prônait la même violence que celle qui avait abouti au généocide de son peuple. Mais quelle que soit l’admiration qu’on peut porter au courage de cette femme, il est difficile de ne pas voir que son action non seulement n’a pas été victorieuse, mais qu’en outre elle s’est éteinte avec elle : son propre peuple y a été assez indifférent. La violence révolutionnaire est donc d’abord une manière de mettre au jour la violence de l’Etat comme le complément nécessaire de la violence du capitalisme. Gelderloos cite des exemples essentiellement tirés des luttes aux Etats-Unis. Il rappelle fort justement la violence que le capital a employée pour détruire les syndicats révolutionnaires comme les IWW.  Mais d’un certain point de vue on peut se demander si justement la violence incontrôlée n’est pas une forme de rage impuissante face à la difficulté d’un combat politique construit et organisé qui amènerait un changement positif.  

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    On en vient à un autre aspect de l’analyse de Gelderloos : selon lui l’éducation et le savoir ne servent à rien. C’est l’inverse de la position de Marx qui pensait que pour se lancer dans les luttes avec des chances de succès, il fallait bien comprendre les mécanismes économiques et sociaux de son temps. Au contraire, Gelderloos fait l’apologie de l’ignorance et donc de la spontanéité des masses. C’était déjà chez Georges Sorel. C’est une question à double tranchant : en effet cela suppose que c’est dans le mouvement que celui-ci trouve son chemin, mais on peut penser aussi que si on ne sait pas trop ce qu’on veut et où on va on n’arrivera pas à grand-chose. Ce débat est bien plus compliqué qu’on ne croit. On ne peut pas attendre d’avoir compris correctement les œuvres complètes de Marx pour agir, et en même temps si on ne sait pas ce vers quoi on se dirige, le mouvement échoue et se trouve récupéré par des forces contre-révolutionnaires à l’affût. C’est bien ce qui s’est passé en Mai 68, au bout de quelques semaines de grève et de manifestations diverses et variées, allant des barricades à des processions massives, le mouvement social est entré dans une forme de léthargie dont il n’est plus jamais sorti. Les assemblées générales se succédaient les unes après les autres, chaque boutique tentait de vendre sa camelote, mais le changement radical ne s’est pas produit, au mieux cela a accéléré le réformisme, avec des gains salariaux, des meilleures conditions de travail et de consommation. Notez que c’est lorsque le mouvement de Mai 68 n’a plus été massif que certains anarchistes ou maoïstes se sont lancés dans l’action violente. Comme si l’impuissance à changer la société ne trouvait plus comme débouché une violence marginalisée. 

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005 

    Le dernier point est évidemment celui du rapport de la violence avec les masses. Gelderloos suppose que tous ceux qui ne sont pas violents dans le mouvement social sont des suppôts du patriarcat et donc du capitalisme. Ce jugement n’engage que lui. Mais d’un autre côté il nous semble difficile de vouloir changer la société contre la volonté populaire. Les anarchistes de la belle Epoque pensait que la violence avait des vertus d’exemplarité, c’est ce qu’on appelait la propagande par le fait. L’idée était de livrer une guerre permanente aux institutions bourgeoise par tous les moyens et notamment en utilisant la violence physique des attentats. Il y a beaucoup de prétention messianique dans ce type de démarche. Cette démarche s’inscrivait déjà dans le cadre de l’essoufflement du mouvement anarchiste. C’était aussi une réponse à la répression policière violente qu’il subissait. Aujourd’hui l’histoire a montré combien ces mouvements violents et marginaux sont facilement utilisés par la police et les médias pour discréditer les mouvements sociaux. On l’a vu encore le 1er mai 2018 à Paris. 1200 blacks blocs ont pu se regrouper facilement avec leur équipement de guerrier sans être inquiétés. Puis quand ils ont commencé à faire des dégâts, la police a attendu encore environ une heure avant d’intervenir[3]. 200 manifestants ont été arrêtés. C’est un scénario vieux comme le mouvement ouvrier. Mais les blacks blocs s’en moquent, ils supposent que ces actions spectaculaires sont plus efficaces que des slogans braillés dans des cortèges. Ils pensent que de toute façon manifester pour célébrer le travail est une aberration quand il faudrait le supprimer. Même s’il est très probable que de nombreux policiers étaient infiltrés parmi les blacks blocs, cela ne veut pas dire pour autant que ceux-ci sont à la solde du pouvoir. On peut aussi penser qu’il s’agit là de jeunes gens encore mal formés à l’action politique et qui ne sont pas capables de mesurer toutes les conséquences de leurs actions. Le 22 mai, à propos de la manifestation des fonctionnaires le même scénario s’est reproduit. L’ouvrage de Gelderloos fait du reste assez souvent appel à la notion d’efficacité : la non-violence n’arrive à rien, soyons efficace, usons de la violence. Le défaut de perspective est évident, car tous les mouvements violents qu’il célèbre dans son livre n’ont guère eu non plus de résultat, à commencer par la lutte des noirs américains qui sont tout autant discriminés aujourd’hui qu’hier. Si l’on se réfère à Marx, l’usage de la violence est nécessaire dans une perspective révolutionnaire car la bourgeoisie n’est pas d’accord pour abandonner ses pouvoirs – sauf évidemment si elle se trouve éliminée dans une crise économique terminale. Mais il va de soi que cette violence s’exerce au nom du plus grand nombre, par le plus grand nombre et non par des petits groupes contre la volonté du plus grand nombre.  

    Peter Gelderloos, Comment la violence protège l’Etat, Editions Libre, 2005

    Manifestation du 1er mai à Paris 

    Finalement il n’est pas étonnant que des jeunes gens soient attirés par ce genre d’action militante, c’est presqu’un effet générationnel quand la lutte sociale est fragmentée et incertaine dans ses buts. Mal insérés dans la société, ils n’ont pas les moyens intellectuels d’imaginer autre chose, et leur isolement fait le reste. C’est par le biais des réseaux sociaux que se forment ces groupes pour des actions ponctuelles, comme la preuve même de leur isolement. L’ouvrage de Gelderloos est extrêmement confus en ce sens qu’il n’arrive pas à articuler sa détestation du modèle de société prédateur et consumériste, et des aspirations claires à une autre société. Il n’arrive pas à comprendre que malgré tout la société change – en bien et en mal – et donc que par-delà ce principe, il faut repenser l’usage de la violence dans une perspective de transformation sociale. On remarque en lisant Gelderloos que la question ouvrière, celle de la fin du capitalisme est à peine évoquée, alors que par ailleurs l’ouvrage s’étend sur la défense des droits des minorités[4]. C’est peut-être cette idée selon laquelle les droits des minorités sont supérieurs à ceux de la majorité pour le combat politique qui fait qu’il admet une violence incontrôlée comme arme de combat principale, car la transformation sociale proposée ne se fonde pas sur l’idée d’une classe sociale qui serait majoritaire. Quand Marx soutenait la nécessité d’une lutte violente pour faire avancer le socialisme, il le faisait au nom de la majorité du peuple : pour lui la classe prolétaire était celle qui était la plus nombreuse et donc qui avait vocation à l’universalité.



    [1] Voir par exemple Alberto Franceschini, Brigades rouges : l’histoire secrète des BR racontée par leur fondateur, Editions du Panama, 2005.

    [2] L'URSS : collectivisme bureaucratique. La bureaucratisation du monde (1939), Champ libre, 1976

    [3] https://www.marianne.net/societe/saccages-du-1er-mai-face-aux-black-blocs-mais-qu-fait-la-police

    [4] C’est ce genre d’idées qui a fait aussi changer de camp des philosophes comme Jünger Habermas : la lutte des classes est remplacée par la lutte contre toutes les formes de discrimination. Patrick Simon, « Comment la lutte contre les discriminations est passée à droite », Mouvements 2007/4 (n° 52), p. 153-163.

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  • De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    L’aveuglement des économistes 

    L’Espagne devenant la nouvelle porte d’entrée des migrants sur l’Europe, cela relance le débat sur l’immigration de masses et ses effets en Europe. Les images des Africains passant la frontière à Ceuta sont venues conforter l’idée d’une invasion. Comme je l’ai dit souvent ici, les migrations massives sont massivement rejetées par le peuple. Les « intellectuels » semi-instruits qui s’ils ont l’oreille des classes dominantes n’ont pas celle du peuples, ils tiennent en général le discours suivant en deux temps :

    - les migrants fuient la guerre et la misère nous devons les secourir car nous sommes bons et les droits de l’homme nous y obligent ;

    - avec l’aide de quelques économistes dont les travaux sont d’une légèreté surprenante, ils nous disent que l’immigration non seulement nous aide à financer les retraites et à améliorer notre fécondité défaillante, mais en outre ils stimuleraient notre économie languissante[1].

    Ces deux points de vue sont erronés ou du moins ne reposent sur rien de sérieux. D’une part parce que la majorité des migrants – disons au moins 90% d’entre eux – ne fuient pas la guerre, et donc vont manquer pour le développement de leur propre pays en allant chercher fortune dans un pays dit « riche ». et d’autre part parce que les calculs qui supposent que les migrants apportent un surplus de croissance et une baisse du chômage peuvent être assimiler à l’effet d’une hausse des dépenses publiques, donc à un effet ponctuel de demande. En Allemagne le gouvernement distribue 20 milliards d’euros par an pour tenter d’assimiler les migrants à leur propre pays. Cette manne soutient évidemment la consommation et donc la croissance. Mais il va de soi que si cette somme était utilisé par exemple en faveur des travailleurs pauvres allemands, cela aurait à peu près le même effet.

    Le caractère idéologique de l’analyse économique saute aux yeux, quand il s’agit de justifier la mondialisation, on convoque la théorie de l’offre, et quand il s’agit de justifier l’apport des migrations à la croissance, on utilise sans le dire la théorie de la demande. En vérité, derrière ce confusionnisme méthodologique, il y a en arrière-plan à ce discours une sorte de moralisme qui ne veut pas dire son nom : il faut aider les migrants, c’est notre croix que nous devons porter pour le mal que nous avons fait par le passé à ces peuples. Et donc les aider au prix de lourds sacrifices est une nécessité. C’est le discours symétrique, mais en plus moderne, de notre obligation de faire en sorte que les pays pauvres suivent notre modèle de développement occidental. Serge Latouche a dit en son temps ce qu’il fallait en penser dans La planète des naufragés[2]  de cette volonté d’uniformisation du monde du point de vue d’un modèle de développement qui non seulement ne fonctionne pas, mais qui en outre met à mal la planète et la survie de l’espèce. Ce paternalisme diffus qu’on retrouve aussi bien chez le sinistre Herrou que chez le confusionniste Vincent Cespedes qui se dit philosophe au motif qu’il enseigne dans une ZEP, appuie sur ce qu’ils croient être un vieux fond de culture catholique française pour tenter de culpabiliser ceux qui ne marchent pas dans ces combines[3], sans même voir que ce discours de fraternisation – sans parler qu’il n’intéresse guère les migrants autrement que comme un véhicule pour pénétrer en Europe – est directement le produit de la vision libérale du monde. 

    De l’attitude des Français face à l’immigration

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ?  

    Dans un sondage publié en février dernier par L’Obs, on se rend compte à la fois que les Français ne veulent pas d’immigrants supplémentaires, mais qu’ils comprennent le devoir d’humanité selon lequel on doit accueillir des réfugiés de guerre[4]. On en déduit donc que s’ils rejettent les migrations massives c’est pour de nombreuses raisons qui n’ont rien à voir avec le racisme. Le constat est sans appel : pour les Français, mais c’est aussi ce qu’on voit en Italie, il y a trop d’immigrés, et on se méfie de plus en plus des faux réfugiés. Au-delà des raisons strictement économiques, les Européens dans leur ensemble rejettent les migrants. En Italie 72% des Italiens soutiennent la fermeté de Salvani face aux ONG qui tentent d’imposer un débarquement de migrants sur le sol italien[5]. C’est énorme. On  ne peut pas croire qu’en quelques mois les Italiens soient tous redevenus fascistes. A la sortie des élections législatives, 60% des Italiens soutenaient le gouvernement de coalition Lega M5S. Ce pourcentage a donc augmenté, tandis qu’en France et en Allemagne les cotes de popularité de Macron et de Merkel s’effondraient. Rappelons que la gauche européiste et immigrationniste a réalisé un score de 3,4% à ces mêmes législatives[6].

    Il faut se souvenir qu’une partie du succès de Mélenchon aux dernières élections présidentielles provient justement du fait que dans son livre, Le choix de l’insoumission paru en 2016 au Seuil, il défendait une position plutôt raisonnable en énonçant qu’il n’y avait aucune raison pour que tout le monde puisse s’installer en France et en Europe comme il le voudrait. Cette position qu’on peut qualifier de modérée, avait été durement critiquée par les communistes[7]. En vérité ce que Mélenchon a compris c’est :

    - qu’on ne peut pas quand on est de gauche gouverner contre le peuple et sa volonté, lui imposer donc des migrants par centaines de milliers dont il ne veut pas ;

    - que l’immigration incontrôlée est par définition la transcription de la logique néolibérale qui ne supporte pas l’idée de souveraineté nationale, ni non plus les différences de culture entre les peuples.

    Ce qui se joue en effet dans cette volonté de nous faire accepter ce bouleversement démographique à travers les migrations massives, c’est d’abord la négation de ce que nous sommes, de notre culture et de notre histoire. Par exemple remplacer la culture française qui s’est construite à travers les siècles, par une sorte de marchandise qui ne dit pas son nom, mais qui en tous les cas possède comme singularité d’être produite hors-sol comme un véhicule pour un pouvoir fantomatique qui s’inscrit dans le développement des multinationales. C’était bien ce qu’exprimait l’inconséquent Macron lors de sa campagne pour les présidentielles quand il avait affirmé que la culture française n’existait pas : « Il n’y a pas de culture française », disait-il avec le ton du connaisseur, « il y a une culture en France et elle est diverse » [8]. Cette conception de la culture comme marchandise et rien d’autre, avait été vivement critiquée dans l’opinion quand Macron avait saisi le prétexte de la fête de la musique à l’Elysée pour y inviter exclusivement des représentants des minorités visibles, gay et lesbienne. Cette manière de transformer le palais de l’Elyse centre du pouvoir politique national en boîte de nuit gay et lesbienne a choqué l’opinion publique et fait apparaître Macron pour ce qu’il est, le VRP d’une marchandise culturelle hors-sol dont le caractère brutal et peu sophistiqué renforce cette idée de menace.  

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ?

    Cette offense au bon goût le plus élémentaire était une manière de nous mettre face au fait accompli : la culture aujourd’hui, c’est la marchandise produite dans la division du travail par des noirs qui ont évidemment le rythme dans la peau, contrairement à nous pauvres petits blancs. D’une certaine manière le refus des migrations massives est le refus de cette expropriation de notre propre culture forgée difficultueusement dans le fil des siècles, par une marchandise importée qui supplante l’éducation. C’est donc aussi cette négation de l’histoire de leur propre histoire que les peuples européens refusent en refusant l’immigration de masse. Passons aussi sur le fait qu’à l’évidence l’immigration accroit le sentiment d’insécurité. A Paris, Porte de la Chapelle, il ne se passe pas un seul jour sans qu’il y ait des incidents, ce sont parfois des autochtones qui sont pris pour cible, mais ce sont aussi les migrants qui se battent entre eux et qui rendent la vie dans le voisinage difficile à supporter[9]. Les Français ne sont pas encore habitués à cette violence ordinaire, contrairement aux Américains. Ils ne l’admettent pas vraiment. Et je ne parle pas du fait que l’immigration massive est aussi assimilée à une islamisation rampante de la société[10]. 

    Refus de la mobilité 

    La défense de l’immigration de masse est évidemment confuse puisque même ses plus farouches défenseurs ne savent pas combien la France ou l’Europe pourrait en accueillir. Mais elle se déploie, une fois les faibles arguments économiques épuisés sur l’idée de mobilité. La mobilité est un idéal pour les hommes progressistes et modernes. En vérité, et quelles que soient les raisons avancées pour justifier cette mobilité, c’est justement de cela que les peuples ne veulent pas. Car cette mobilité lancinante vécue comme un impératif de l’ordre nouveau produit un homme sans racine. Le migrant est donc l’expression la plus pure de ce déracinement, mais l’arrivée massive de migrants fait également que les autochtones ne sont plus que des étrangers ou des touristes dans leur propre  pays. On n’a même plus besoin de se déplacer très loin pour voir des Togolais, des Afghans, des Syriens, des Turcs, et tout ce que vous voulez d’autre, il suffit de se promener dans Paris. Cette prolifération de nationalités diverses et variées fait qu’on ne sent plus chez soi. Comme disait Debord : « Le spectateur n’est chez lui nulle part car le spectacle est partout ». On pourrait paraphraser cette sainte maxime en disant « L’homme n’est chez lui nulle part, car le migrant est partout ». C’est manifestement une dilution de la nationalité. A Varennes-sur-Allier, petite commune de 3500 habitants on a ainsi vu, le 31 juillet 2018, des manifestations de migrants réclamant une meilleure nourriture et des meilleures conditions de logements[11]. Outre que les migrants considèrent que c’est un dû qu’on prenne bien soin d’eux, on peut se demander au nom de quoi ils ont été quasiment déportés dans le centre de la France, dans un endroit où il n’y a ni activité, ni emploi à pourvoir. C’est certainement le résultat des cogitations d’un bureaucrate surmené qui a dû penser qu’ainsi il ferait œuvre utile en repeuplant les campagnes désertées. Le maire de Varennes-sur-Allier est un banquier qui a battu aux dernières élections municipales le sortant, un communiste qui était là depuis mars 1989 ! Et c’est ce même banquier qui fait que sa ville est devenue un repoussoir dans la région : l’arrivée de plusieurs centaines de migrants, même si elle rapporte provisoirement des recettes nouvelles pour la municipalité ne va pas arranger les choses. 

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    Manifestation de migrants à Varennes-sur-Allier 

    La paresse intellectuelle pousse les commentateurs à définir  hâtivement ceux qui refusent les migrations de masse comme des racistes invétérés, des mal-éduqués, pour tout dire des fascistes. Ce n’est pas le cas. Ce que ces gens-là refusent, c’est la transformation trop rapide de leur environnement, c’est une forme de dépossession de soi, de son histoire.  La logique sous-jacente est cohérente avec l’idée d’un monde sans frontières, mais aussi sans histoire. Mais ce n’est pas comme cela que s’est construite l’Europe, elle s’est forgée dans l’affirmation des nations, avec comme soubassement une culture nationale particulière dans chaque pays. Dans un article récent, Laurent Ottavi propose une comparaison intéressante dans la façon d’aborder la marchandise « immigrants ». Il considère que c’est une manière de faire entrer le monde dans des pays fermés sur eux-mêmes, sur leur culture et sur leur histoire. Il s’agit d’une sorte de tourisme sans déplacement : les migrants venant représenter cette forme de tourisme à domicile en quelque sorte[12]. L’idée est de travailler à l’uniformisation du monde. Par exemple en construisant des pays multiculturels à l’image des Etats-Unis qui pourtant ne sont pas un exemple de réussite du vivre ensemble entre les différentes communautés. L’immigration outre les avantages immédiats qu’elle peut avoir pour une certaine classe sur le plan économique – baisse des salaires, démantèlement de la protection sociale[13], a comme principale fonction de détruire l’histoire des nations. A coups de traités – libre-échange, Union européenne – et en promouvant l’idée d’un monde fluide et sans racine, l’immigration travaille pour l’idéal du marché comme fin de l’histoire. Cette vision mondialiste de la société est promue par les classes supérieures qui pensent qu’ils ont une vie agréable, comme un modèle pour les classes inférieures qui devraient les imiter. Ils voyagent, voient du pays, s’ébahissent devant la diversité du monde qu’ils parcourent, et ils voudraient que nous partagions cette vision uniformatrice. 

    Bataille de légitimité 

    La contrepartie de cette entreprise de délégitimation des Etats est que les ONG qui aident les migrants à pénétrer sur le sol européens, utilisent leurs moyens comme des investissements qui doivent être rentables, les chiffres doivent le démontrer. Et ces investissement ne sont rentables que si on passe beaucoup d’immigrés d’Afrique en Europe : il y a en effet une compétition féroce entre les ONG. SOS Méditerranée, une ONG dans le collimateur de l’Italie, avançait dans son bilan qu’une journée en mer lui coûtait 11 000 €[14]. De telles dépenses ne peuvent se justifier d’un point de vue comptable que si le nombre de migrants transférés depuis l’Afrique est au rendez-vous. Ainsi que le montre le rapport de l’UNODC, les réseaux de passeurs ne peuvent engranger des bénéfices qu’en liaison directe avec ces mêmes ONG qui elles-mêmes justifient leur existence et le salaire de leurs dirigeants par le grand nombre de migrants qu’ils ont fait passer d’un continent à l’autre[15]. En Italie où ces ONG sont dénoncées avec constance depuis plusieurs années, on assiste depuis la mise en place du nouveau gouvernement anti-migrants à une lutte entre un Etat national et des ONG sans racine autre que leur propre détermination à trouver des ressources et des subventions[16]. Je crois qu’on touche là le véritable enjeu de cette lutte : d’un côté on a un Etat qui se veut responsable et qui du reste est soutenu par la très grande majorité des citoyens, et de l’autre, des organisations apatrides, hors-sol qui n’ont de compte à rendre qu’à leurs sponsors. Dès lors la bataille d’images bat son plein, c’est le prolongement marketing de l’entreprise des ONG. On montrera des migrants en difficulté sur des radeaux qui manifestement ne peuvent tenir la haute mer, et chaque fois qu’on le peut des enfants pour démontrer la nécessité de ce travail humanitaire des ONG : des images de noyés sont les bienvenues. On se souvient de l’usage qui avait été fait de la photo du petit Aylan pour culpabiliser l’Occident. 

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    L’Etat national, italien ou autre, joue sur son propre terrain. Il s’adresse à ses citoyens en leur rappelant qu’il existe pour défendre l’intégrité de ce qu’ils sont. Au passage on peut signaler que le gouvernement italien est en train de démontrer qu’on peut très bien défendre ses frontières si on le désire vraiment, qu’il s’agit là d’un choix politique. Les ONG sont sans racines et ce n’est pas sans raison que leur domaine principal est la mer. Elles magnifie dans les eaux internationales un idéal de fluidité qui s’oppose à l’enracinement. Lifeline, SOS-Méditerranée, travaillent comme le reste de la marchandise à l’unification du monde, mais à l’unification du monde de la marchandise. C’est peu de dire que les opinions publiques ont une mauvaise image de ces ONG. Des agences comme Frontex ont dénoncé depuis plusieurs années la collusion des ONG avec les réseaux mafieux des passeurs, arguant que les passeurs embarquaient directement leurs clients sur les bateaux affrétés par les ONG[17]. Cette manière de procéder montre que les ONG travaillent par-dessus la tête des gouvernements nationaux à la mondialisation : en ce sens se sont les meilleurs alliés du libéralisme échevelé. Ce n’est donc pas sans raison que le sulfureux George Soros investit 500 millions $ en 2017 pour aider à accélérer l’immigration clandestine[18]. Son but est clairement de faire éclater les nations, de faire en sorte qu’elles n’existent plus que comme un guichet pour financer et éventuellement former des migrants, et dans ce combat qui est sans doute perdu pour Soros, les ONG apparaissent comme ses alliées. Quand il a présenté son fonds d’investissement en faveur des migrants, il a parlé à propos de ces ONG se start-ups. C’est le langage courant des managers. Et s’il s’appuie sur les ONG c’est parce qu’il pense que celles-ci ont malgré tout encore une bonne image humanitaire, si ce n’est dans l’opinion, au moins devant les élites autoproclamées. Mais il se trompe complètement : plus les ONG complices des trafiquants de migrants œuvrent contre l’Etat, et plus elles sont détestées. C’est le cas en Italie, et même en Hongrie où les fondations de Soros ont dû quitter le pays[19]. George Soros est un excellent repoussoir pour l’aide aux migrants clandestins. Tout le monde sait de quelle manière il a fait fortune, en rackettant l’Etat britannique, et son existence même conforte l’idée que l’aide aux migrants clandestins travaille pour le capital. L’illusion qui habite Soros est la même que celle qui motive les bureaucrates de l’Union européenne : l’idée est d’éduquer les masses à accepter la mondialisation et donc les lois du marché plutôt que les lois des gouvernements élus par le suffrage populaire. Et c’est bien ici que cette question des migrations découvre sa raison d’être, en effet, c’est à travers elle que se solidifie la lutte entre l’Etat et le marché. L’Etat représente un ordre plus ou moins démocratique, mais émanent de la Nation. Le marché représente des lois non écrites qui se déploient au-dessus des populations et qui sont présentées par les économistes comme des lois naturelles auxquelles il faut se soumettre. On se souvient de la phrase de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Il avait dit cela à propos de la Grèce à une époque où Tsipras n’avait pas encore vendu son peuple et son pays à la Troïka. Or les instances européennes ont mis en œuvre un plan de répartition des migrants par-dessus la volonté des nations qui composent l’Union européenne. Ce plan a lamentablement échoué : sur la question de l’immigration, les nations ont fait marche arrière sous la pression justement de leur population. Les ONG ne lâcheront pas leur os comme ça. Au début du mois d’aout, l’Aquarius, propriété de l’ONG franco-allemande controversée SOS Méditerranée, a annoncé qu’il allait reprendre ses rotations entre les côtes libyennes et l’Italie pour y amener des migrants. But est clairement de forcer la main au nouveau gouvernement italien, et en second lieu justifier ses financements[20]. L’idée sous-jacente est clairement de démontrer que l’Etat est une institution inférieure aux lois du marché et de l’humanitarisme triomphant, une forme institutionnelle complètement dépassée. Mais il semble bien que ce combat est en train d’être perdu devant l’opinion publique européenne qui s’est maintenant retournée contre les ONG et contre l’Union européenne qui les a poussées à se développer.  

    De quoi l’immigration de masse est-elle le nom ? 

    C’est dans le contexte d’un retour de l’Etat national que tous les pays européens ont réorienté leur politique immigrationniste, y compris les pays comme l’Allemagne ou la Suède qui avaient été en 2015 les plus enthousiastes pour l’accueil des migrants. Ce ne sont pas seulement les pays de Visegrad qui sont hostiles à l’immigration, ou les pays comme l’Italie et l’Autriche qui sont dirigés par des gouvernements dits « populistes », mais ce retournement est sensible aussi en France où Macron a dû modifier son agenda en la matière. Si en 2017 il se présentait encore comme le candidat de l’immigration heureuse[21], il a changé son fusil d’épaule devant la prolifération incontrôlée des migrants sur le sol national. C’est même à ce propos qu’il a engagé une polémique longue et stupide avec le gouvernement italien, justement parce qu’il avait refusé de recevoir les migrants de l’Aquarius tout en reprochant aux Italiens d’en faire autant[22] ! Si un mondialiste comme Macron se trouve dans l’obligation de faire machine arrière sur la question des migrants, c’est qu’il est confronté à une lame de fond. De partout en Europe les dirigeants pro-migration sont désavoués : Angela Merkel qui longtemps surfait sur les sondages de popularité est tombée à la fin du mois de juillet en dessous des 30%, elle fait aussi mal que Macron après l’affaire Benalla, alors qu’elle était citée en exemple de partout dans le monde[23] ! C’est bien sur la question de l’immigration que le divorce est maintenant consommé entre le peuple allemand et Merkel, comme il l’est entre le peuple européen et l’Union européenne.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/discrimination-positive-migrants-et-marche-de-l-emploi-a145973814 et http://in-girum-imus.blogg.org/note-negative-sur-une-etude-visant-a-justifier-les-migrations-de-masse-a145646398

    [2] Editions La découverte, 1991.

    [3] https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180717.OBS9835/yallah-pourquoi-il-devient-urgent-de-fraterniser-avec-les-migrants.html

    [4] https://www.nouvelobs.com/monde/migrants/20180207.OBS1855/sondage-migrants-seuls-37-des-francais-approuvent-la-politique-d-emmanuel-macron.html

    [5] http://www.lepoint.fr/europe/72-des-italiens-soutiennent-matteo-salvini-19-06-2018-2228606_2626.php

    [6] https://www.la-croix.com/Monde/Elections-Italie-incertitude-raz-maree-forces-antisysteme-2018-03-05-1300918198

    [7] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/09/09/25002-20160909ARTFIG00170-les-positions-de-melenchon-sur-l-immigration-crispent-a-gauche.php

    [8] https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-emmanuel-macron-il-ny-pas-une-culture-francaise-65426

    [9] http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-nouvelles-violences-a-chapelle-le-cri-d-alarme-des-habitants-01-08-2018-7840575.php

    [10] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/07/03/01016-20170703ARTFIG00256-l-immigration-et-l-islam-crispent-de-plus-en-plus-les-francais.php

    [11] https://www.lamontagne.fr/varennes-sur-allier/social/faits-divers/2018/07/31/des-migrants-manifestent-devant-la-gendarmerie-de-varennes-sur-allier-pour-denoncer-leurs-conditions-d-accueil_12939233.html

    [12] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/07/27/31003-20180727ARTFIG00280-christopher-lasch-le-tourisme-de-masse-et-la-revolte-des-elites.php

    [13] A. Alesina & E. Glaeser, Fighting poverty in the US and Europe, a world of difference, Oxford U.P., 2006

    [14] http://www.sosmediterranee.fr/

    [15] http://www.leparisien.fr/societe/en-2016-les-passeurs-de-migrants-ont-touche-7-milliards-de-dollars-10-07-2018-7814781.php

    [16] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301860286228-migrants-litalie-veut-sequestrer-deux-navires-dune-ong-2186222.php

    [17] https://blogs.mediapart.fr/victorayoli/blog/150217/les-ong-et-le-juteux-trafic-des-migrants-travers-la-mediterranee

    [18] https://www.latribune.fr/economie/international/le-milliardaire-george-soros-investit-500-millions-de-dollars-en-faveur-des-migrants-600534.html

    [19] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301678943714-les-fondations-de-george-soros-contraintes-de-fuir-la-hongrie-2176057.php

    [20] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/02/italie-l-aquarius-reprend-la-mer-et-defie-salvini_5338646_3214.html

    [21] https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-macron-limmigration-se-revele-une-chance-pour-la-france-70488

    [22] https://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/06/12/polemique-autour-du-silence-de-la-france-sur-la-situation-du-bateau-humanitaire-aquarius_5313555_1654200.html

    [23] https://www.breizh-info.com/2018/07/31/100283/immigration-angela-merkel-sondages

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  • Je ne voulais pas écrire encore un billet sur les pitreries de l’Elysée qui lassent un peu tout le monde, mais l’offensive médiatique de Macron et de ses sbires m’oblige à y revenir et à mettre l’accent sur de nouveaux mensonges. Certes nous savons depuis longtemps que les hommes politiques mentent, mais ici on est en train de battre des records à un train d’enfer. Il y a tellement de mensonges qu’on est incapable de tous les recenser dans un article sans se dire qu’on va lasser nos lecteurs. Mais si ce déferlement de mensonges nous trouble, il a pour contrepartie de détruire un peu plus les postures élyséennes et de rendre la parole du président de la République particulièrement inaudible. Reste évidemment la question la plus importante : pourquoi Macron a-t-il besoin de s’entourer d’une milice formée de racailles de bas quartiers ? Il n’est même pas certain que Macron possède la réponse.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Ayant subi pendant des jours et des jours les crachats de la presse du monde entier et des internautes, Macron et Benalla sont passés à l’offensive en trois temps. D’abord des déclarations de Macron à la presse et à ses affidés, ensuite en verrouillant la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale, et enfin en faisant parler Benalla dans les médias. La manière dont Macron a remobilisé ses réseaux, allant jusqu'à chercher le vieux Bayrou, reprenant en main Le monde, investissant les télévisions, montre qu'il a toujours derrière lui l'oligarchie contrairement à ce que pensaient certains qui voyaient dans cette sinistre farce un lâchage.

    Macron, comme c’est son habitude maintenant, dès lors qu’il perd la main et qu’il se sent attaqué, crache son venin à qui veut l’entendre, y compris contre la presse qui pourtant l’a soutenu à bout de bras en 2017 quand il n’était encore rien, même pas un anonyme voyageur dans une gare de province. Après un silence assourdissant, il est sorti de sa réserve pour donner le spectacle bouffon d’un homme déstabilisé par une affaire dont manifestement il n’avait pas envisagé les conséquences. Le voilà donc qu’il s’en prend pêle-mêle à la presse et à l’opposition, avec le fameux couplet avançant qu’il est le seul responsable et même qu’il est fier d’avoir embauché cette petite frappe de Benalla : « il assume », ce qui est la marque non pas de la repentance, mais du mépris qu’il nous porte. « Le seul responsable c’est moi » dit-il[1]. Ça on le savait déjà, mais c’est pour ajouter peu après qu’il est très fier d’avoir embauché cette petite frappe de Benalla[2]. Il est donc quelqu’un qui est fier d’avoir embauché une personne qui usurpe la fonction de policier et ses signes distinctifs, fier d’avoir embauché un voyou de quartier. Ce n’est pas étonnant de la part d’un individu qui ne rêve que de privatiser la police. Au passage ce sinistre individu a fait le bouffon en disant devant ses députés-godillots : « Qu’ils viennent me chercher ! ». Cette arrogance a été analysée comme une cuistrerie de première, puisque par définition Macron, en tant que président en fonction, bénéficie d’une immunité très large. Moi je l’analyse plutôt comme une volonté capricieuse de se faire punir… enfin… par le peuple qu’il méprise et qui le méprose. Mais ces simples phrases qui manquent de dignité classent finalement le président comme un homme non pas affaibli, mais comme un homme faible au caractère pusillanime.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron 

    Ce brassage d’air n’est pas destiné à convaincre les Français qui massivement trouvent que cette affaire est déplorable et révèle le caractère psychotique du président qui semble de plus en plus sous l’emprise de substances stupéfiantes, tant son allure est désordonnée et ses pupilles sont dilatées. Un sondage commandé par BFM, chaîne macronienne par excellence, montre que ce comportement est condamné par plus des trois-quart des Français. C’est encore plus l’attitude du président qui pose problème à l’opinion que sa politique proprement dite. Seule Marlène Schiappa fait semblant de croire que les Français ne s’intéressent pas à cette affaire[3], et elle est apparue à la télévision avec un décolleté provocant de façon à faire naitre les remarques sexistes pour mieux détourner l’attention des critiques qui l’assaillent depuis qu’elle a avancé bêtement qu’il n’y avait pas d’affaire Benalla[4]. C’était évidemment orchestré par la cellule de com plus que défaillante de l’Elysée.  Mais enfin on se dit que si les Français ne s’intéressaient pas à cette affaire, les plus hautes autorités de l’Etat ne prendrait pas la peine de peaufiner leur défense.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Le deuxième volet de cette offensive médiatique est de mettre en scène Benalla lui-même, de le rendre présentable, de tenter de démontrer qu’il n’est pas le voyou de bas étage qu’on a décrit un peu partout. D’abord c’est une longue interview au Monde[5]. C’est en effet ce journal très macronien qui a lancé l’affaire, au grand dam de ses lecteurs qui ne supportent pas de voir leur idole attaquée. Les commentaires des lecteurs du Monde, le journal de Mathieu Pigasse un ami de Macron, sont à 90% très défavorables non pas à Macron auquel ils restent bêtement fidèles, mais à Ariane Chemin. Ce journal avait, avant de donner la parole à ce petit voyou de Benalla, commencé à faire œuvre de contrition. En effet, dans un éditorial daté du 24 juillet, Françoise Fressoz, lèche-botte en chef de ce canard, maintenant que Gérard Courtois est aux abonnés absents, commençait à mettre les embarras de Macron sur le compte de la méchanceté des parlementaires qui seraient jaloux, et donc d’une certaine manière à dédouaner le locataire de l’Elysée de ses turpitudes[6]. Soit Le monde est divisé et les différents clans de la rédaction sont en guerre, soit ce journal regrette d’avoir ennuyé Macron pour faire la démonstration de son émancipation. Mais revenons à l’interview mensongère de Benalla.

      L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Pour l’occasion Benalla – qui ne s’appelle peut-être pas Benalla – s’était rasé la barbe, histoire de ne pas apparaître comme un vulgaire barbu pro-islamiste de banlieue. Cette interview était conduite par trois journalistes faux-culs Gérard Davet, François Krug et Fabrice Lhomme qui se sont déjà fait remarquer par le passé par leur volonté de couler François Hollande qui avait eu la naïveté de leur faire confiance. Ces trois journalistes sont donc des amis très proches du président. Cette interview n’a pas été donnée à la légère. On l’a confiée à des professionnels de la propagande macronienne, avec poses et photographies destinées à crédibiliser le personnage. Or cet entretien fleuve – du jamais vu dans ce journal pour un modeste clampin comme Benalla – non seulement n’apporte rien de nouveau, mais il amène de nouveaux mensonges, bien sûr en ce qui concerne l’usage de l’article 73 répété ad libitum par Benalla, mais aussi en ce qui concerne les couvertures dont il aurait disposé du côté de la préfecture[7]. Gibelin affirme que personne n’était au courant de la venue de Benalla sur une manifestation, mais on sait aussi que Benalla, Crase et Mizerski avaient l’habitude de ce genre d’opération. Car l’interpellation illégale de la Contrescarpe n’est pas la seule à mettre à l’actif de ces apprentis-barbouzes. Libération a publié également une vidéo qui montre que ce trio était aussi actif du côté du Jardin des Plantes[8]. Ce n’était donc pas une action isolée et irréfléchie, mais plus probablement une opération commando suscitée par l’Elysée. Plus Benalla parle, plus il s’enfonce et plus il ridiculise son patron.  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Et après cette pantomime revoilà Benalla sur TFI, média de masse, représentant les intérêts de la droite affairiste et cosmopolite, et soutien ouvert de Macron. Il était manifestement en mission commandée. Cette fois on a voulu déguiser Benalla en homme responsable et réfléchi. Bien rasé, il a mis des petites lunettes cerclées sur son nez, histoire de faire croire qu’il n’est pas un vrai voyou. Longuement interviewé, il ment une nouvelle fois sur ce qu’il est, sur ce qu’il a fait, et en rajoute sur sa malheureuse mise à pied. On l’a même entendu dire qu’il n’avait pas porté de coup, ce que la vidéo qui passe en boucle sur les réseaux sociaux dément formellement. Le résultat de cette mise en scène est encore plus désastreux que l’interview plus ou moins réelle au Monde. En effet, maintenant tout le monde doute que sa mise à pied ait été effective. On sait par exemple qu’en mai il a touché l’intégralité de son salaire alors qu’il avait été sanctionné[9]. N’est-ce pas le président-menteur qui affirmait que la sanction avait été proportionnée à la faute[10] ? En réalité, cette sanction n’existait pas ainsi que Patrick Strzoda l’a confirmé face à la Commission d’enquête parlementaire, avançant d’une manière des plus alambiquée que cette retenue se ferait plus tard sur les jours de congés en retard[11]. En vérité l’offensive de Benalla sur TF1 est complètement ratée, il aurait dû faire profil bas, se faire oublier. Mais ce n’est pas dans sa nature, ni même dans celle de Macron. Il faut qu’ils aboient, il faut qu’ils mordent, qu’ils montrent qu’ils existent encore un peu avant que de finir dans les poubelles de l’histoire. Or tandis que Benalla fanfaronnait sur TF1, on apprenait qu’il avait le même jour retiré une voiture de l’Elysée de la fourrière ! Normalement ce personnage douteux est licencié, il ne devrait plus apparaître dans l’entourage du président, or il se comporte très exactement comme s’il avait encore des fonctions officielles[12]. Il apparait clairement que Macron ne l’a pas laissé tomber et qu’il se sert encore de lui. Cet épisode de la fourrière jette le doute sur la mise à pied de Benalla. Le point qui est passé d’un macronisme éhonté à l’offensive contre le petit président, met en doute lui aussi l’effectivité de ce licenciement ou de cette mise à pied, on ne sait plus très bien[13].  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    La dernière offensive de la Macronie a été de faire capoter la Commission d’enquête. En effet, la présidente de cette commission, l’ineffable Yaël Braun-Pivet, anciennement socialiste et porte-flingue de Macron à l’Assemblée nationale, a refusé un certain nombre d’auditions ce qui a entraîné la démission du vice-président, Guillaume Larrivé qui a dénoncé une mascarade et un déni de démocratie[14]. Les députés LR, mais aussi FI et le RN se sont retirés de ce carnaval. C’était le but recherché par la Macronie, car chaque fois qu’il y avait une audition, de nouvelles contradictions apparaissaient dans la défense de Benalla et de Macron : le nombre de faux témoins disant ne pas connaître Benalla devenant impressionnant, alors même qu’ils avaient été photographiés avec lui. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus car en procédant ainsi, c’est-à-dire en sabotant la démocratie parlementaire, le clan Macron est en train de souder l’opposition, et il est probable que comme l’a annoncé Obono, ils voteront tous ensemble la motion de censure, qu’elle vienne de la droite, de l’extrême-droite ou de la gauche. Le slogan « Tout sauf Macron » pour 2022 est en marche !!  

    L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron

    Mais quoi qu’il en soit, la manière malheureuse dont Macron gère cette affaire, la façon dont Benalla se présente la bouche en cœur pour retirer une voiture de l’Elysée de la fourrière comme si de rien n’était et aussi le misérable comportement des députés macroniens, montre à quel degré d’amateurisme on en est arrivé à l’Elysée où plus rien ne semble fonctionner. Comme on le voit, loin de clore le débat l’offensive désordonnée de Macron et de ses sbires sur le plan médiatique la relance un peu plus. Le fait du reste qu’on n’arrive plus à dissocier Macron de Benalla qui forment maintenant un couple scandaleux, en dit long sur ce que le président a perdu dans cette affaire.

    Pour ne pas rester sur une note négative, regardons une nouvelle fois le but de Benjamin Pavard qui montre combien le football peut-être aussi magique.



    [1] https://www.lejdd.fr/politique/emmanuel-macron-devant-les-deputes-en-marche-le-seul-responsable-cest-moi-3718694

    [2] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/25/fier-d-avoir-embauche-benalla-a-l-elysee-macron-estime-que-la-sanction-etait-proportionnee_a_23489544/

    [3] https://www.lesinrocks.com/2018/07/27/actualite/affaire-benalla-marlene-schiappa-detourne-les-conclusions-dun-article-le-journal-lui-repond-111109508/

    [4] https://www.neonmag.fr/en-pleine-affaire-benalla-marlene-schiappa-choque-avec-un-decollete-513279.html

    [5] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/26/entretien-exclusif-alexandre-benalla-livre-ses-verites_5336090_823448.html

    [6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/les-parlementaires-font-payer-a-macron-son-insolente-audace-ils-ne-le-lacheront-plus_5335152_823448.html

    [7] https://www.20minutes.fr/politique/2313843-20180726-affaire-benalla-face-deputes-haut-grade-dement-version-alexandre-benalla-publiee-monde

    [8] http://www.liberation.fr/france/2018/07/27/1er-mai-benalla-et-crase-impliques-dans-une-autre-interpellation_1669273

    [9] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/07/25/97001-20180725FILWWW00226-benalla-a-touche-en-mai-l-integralite-de-son-salaire.php

    [10] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/25/fier-d-avoir-embauche-benalla-a-l-elysee-macron-estime-que-la-sanction-etait-proportionnee_a_23489544/

    [11] https://www.lci.fr/politique/pourquoi-alexandre-benalla-a-bien-touche-l-integralite-de-son-salaire-du-mois-de-mai-malgre-sa-mise-a-pied-2094216.html

    [12] http://www.liberation.fr/direct/element/normalement-mis-a-pied-benalla-a-retire-une-voiture-presidentielle-a-la-fourriere_85433/

    [13] http://www.lepoint.fr/politique/exclusif-alexandre-benalla-a-t-il-vraiment-ete-mis-a-pied-27-07-2018-2239696_20.php

    [14] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/27/affaire-benalla-a-l-assemblee-nationale-la-commission-d-enquete-implose_5336588_823448.html

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  •  L’amateurisme de Monsieur Macron

    Tout est dit dans la couverture du Point : Macron n’est pas sérieux. On assiste avec l’affaire Benalla à quelque chose de nouveau qu’on pressentait en fait depuis quelques semaines et qui m’avait sauté aux yeux quand j’ai vu que l’obséquieux Gérard Courtois journaliste au Monde arrêtait ses chroniques quotidiennes dithyrambiques sur le président de la République. Les journalistes qui l’avaient porté à bout de bras, lâchent Macron et sont en train de lui faire payer leur propre veulerie. Il n’y a plus au Monde que l’ignoble Françoise Fressoz pour le soutenir encore. Dans une chronique qui sent la commande de dernière heure, elle nous explique que les parlementaires se vengent de Macron et de « son audace ». Sous entendant qu’il est pourchassé non pas pour ce qu’il a fait mais plutôt pour avoir bousculé le confort des élus. Comme d’habitude, Françoise Fressoz a tort[1], c’est assez commun d’ailleurs chez les éditorialistes qui commentent la politique intérieure. Mais là, cette femme dont la ligne de conduite oscille entre obséquiosité et paresse intellectuelle, elle rame à contrecourant. La tendance du jour est au contraire de taper à bras raccourcis sur Macron. Et c’est ce retournement qui est intéressant.

    Les fautes commises par Macron sont très nombreuses. La première est sans doute que l’ivresse du pouvoir lui ait monté à la tête et l’a amené à croire qu’il pouvait privatiser la sécurité à l’Elysée en montant sa propre milice avec des éléments importés directement des bas quartiers. Mais une fois qu’il a été démontré que Benalla – qui sans doute ne s’appelle pas Benalla – a lui aussi sombré à l’ivresse du pouvoir en allant taper sur les passants dans les rues, Macron a incité les détenteurs d’autorité à mentir, que ce soit Collomb, Patrick Strzoda qui a fini par avouer que Benalla n’a pas été suspendu de traitement, ou même le préfet de police. Egalement on a appris que le dénommé Benalla disposait de privilèges exorbitants : non seulement il était logé gratuitement quai de Branly, mais que son appartement devait être refait pour un devis estimé de 180 000 €[2]. Son salaire tournait autour de 10 000 € par mois, et il disposait d’un chauffeur et d’une voiture de fonction. Bref d’une manière ou d’une autre Benalla nous « coûtait un pognon de dingue ». Mais le pire était à venir. On a appris que Macron avait décidé de lui confier la refonte de la sécurité de l’Elysée. On n’est plus dans la gabegie financière, mais dans l’incompétence définitivve, en effet, Benalla n’avait aucune qualification pour s’occuper de ce travail très épineux. Un spécialiste sérieux de la sécurité à l’Elysée irait-il perdre un temps précieux à frapper des passants aux abords d’une manifestation ? La liste des manquements à la déontologie la plus élémentaire est longue, et elle a été faite par la plupart des journaux.  

    L’amateurisme de Monsieur Macron

    Qu’un tel personnage ait pu s’imposer au président de la République pose la question du manque de discernement de celui-ci. C’est à ce même Benalla qu’il confiait les clés de sa villa du Touquet. Il semble en effet que depuis son élection miraculeuse, Macron ait perdu totalement le sens des réalités. Cela se voit à l’arrogance avec laquelle il crache ne permanence sur les Français, mais cela se voit aussi dans la manière de gérer cette histoire de Benalla qui peut-être ne s’appelle ni Benalla, ni même Alexandre. Il a en effet commencé par mettre une sourdine, pensant que celle-ci ne serait qu’un feu de paille. Et lorsque l’article du Monde qui a déclenché cette salade est paru, il a envoyé l’ex-journaliste, mais vrai cireur de pompe, Bruno Roger-Petit mentir en direct à la télévision en avançant que Benalla avait été beaucoup puni d’une suspension de salaire de 15 jours !! Cette suspension de salaire en fait n’a même pas eu lieu, alors qu’elle était présentée par l’ineffable Bruno Roger-Tout-Petit comme une sanction éminemment féroce[3].

    Il faut être vraiment stupide comme l’est Macron pour croire que cela allait calmer la meute. La ficelle était bien grossière. Pendant plusieurs semaines le petit président s’est muré dans un silence hautain – enfin qu’il aurait voulu hautain – ce qui a incité les journalistes qui lui en veulent à mort de les avoir entrainés dans son sillage, à poursuivre leurs investigations. Finalement en voulant protéger Benalla, Macron a dû s’en séparer et se séparer aussi de son acolyte, le louche Vincent Crase, ex-gendarme, plus ou moins employé par le parti En Marche, mais qui avait une position officieuse à l’Elysée et qui lui aussi allait casser du manifestant le 1er mai.

    Cette difficulté de Macron à reculer quand il est pris en tort est sans doute son pire défaut, confondant volonté politique et entêtement imbécile, il court au-devant des ennuis comme s’il cherchait inconsciemment à être sanctionné par une France qui l’a si mal élu. Si les larges appuis qu’il avait dans la presse mainstream laissaient entendre qu’il maitrisait la communication, l’exercice du pouvoir et sa liberté de parole montre qu’il n’en est rien. Il est difficile en effet de faire plus amateur que lui dans la fonction présidentielle. Il s’est sarkozysé très rapidement et encore plus profondément que son prédécesseur : il semble que les déconvenues de l’ancien président ne lui aient pas servi de leçon. Au moins Sarkozy ne se faisait pas balancé par les flics, car ce sont bien eux qui ont donné les informations au Monde, agacés qu’ils étaient de la bouffonnerie de Benalla qui prétendait leur imposer sa loi au nom de sa proximité avec le président de la République[4] !

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    Macron a toujours été arrogant, c’était déjà le cas quand il était ministre de l’économie du malheureux Hollande, mais son arrogance vire aujourd’hui à la bouffonnerie. Il ne semble plus rien maitriser. Déjà on a constaté à travers les sondages qu’il n’y avait pas eu d’effet Coupe du Monde en sa faveur. Au contraire, il a dégouté tous les Français par cette maniaquerie de se mettre en avant. Son manque de discrétion a été très critiqué, alors que les Français dans leur ensemble sont très fiers de leur équipe nationale de football. Mais l’affaire Benalla – qui ne s’appelle peut-être pas Benalla – l’a ramené à la triste réalité. Son comportement d’amateur le fait plonger en dessous du tiers des soutiens[5]. L’affaire Benalla lui aurait fait perdre 4 points entre juin et juillet 2018. Ce manque de retenue dans sa conduite personnelle est sans doute son plus grave défaut. N’ayant jamais eu à fréquenter l’opinion publique, il croit qu’il peut la mépriser et lui pisser contre. Ses prédécesseurs n’avaient pas tout à fait ce genre d’écart de conduite : président hors-sol, il ne comprend rien au peuple qu’il prétend gouverner. C’est pourquoi nous parlons d’amateurisme.

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    La démonstration de cette cuistrerie nous a été donnée encore avec son intervention devant les misérables députés LREM qui s’étaient réunis pour fêter la fin d’une longue session parlementaire[6]. Son caractère a repris le dessus, il s’est mis à bouffonner comme jamais, balançant des blagues de garçon de bains sur Benalla son supposé amant (ah ! ah ! ah !). En gros il a dit deux choses : qu’il assumait l’affaire Benalla, se désignant comme le coupable – on s’en était douté – mais ensuite pour avancer qu’il allait se battre contre la presse qui est selon lui son ennemie. « Qu’ils viennent me chercher ! » a-t-il lancé. Ça nous rappelle une fois de plus Sarkozy qui lançait à un pêcheur qui le critiquait « Descend ici qu’on s’explique ». Conseil que le pêcheur n’avait sagement pas suivi arguant des gros bras qui entouraient le président de l’époque[7]. Lorsque Macron apostrophe ainsi ses contradicteurs, il commet de nouvelles fautes ainsi que le résume Jacques Sapir[8]. D’abord il se comporte en chef de parti alors qu’il est sensé être le président de tous les Français et donc aussi le premier magistrat. Ensuite il sait pertinemment que son statut de chef de l’Etat lui octroie une immunité très large, et donc que Quand il revendique la responsabilité des dérives de l’Elysée, c’est complètement gratuit. Mais sans doute le plus dangereux sur le long terme est qu’il s’oppose complètement au peuple sachant très bien que les deux tiers des Français ont une opinion très négative de cette affaire dite Benalla et qui devient une affaire Macron.

    L’amateurisme de Macron se reconnait au fait que :

    - s’il se tait son silence l’enfonce,

    - et s’il parle sa parole le condamne encore un peu plus. 

    Un amateurisme politiquement ruineux 

    La presse étrangère qui il y a un an avait suivi le mouvement en saluant l’élection de Macron comme celle du futur leader de l’Union européenne, se rend compte que l’agitation du président français est plutôt factice et que des résultats, il n’en obtient pas. Il est vrai qu’entre temps les déconvenues en matière de politique étrangère se sont accumulés sur lui, le montrant comme complètement isolé aussi bien en Europe qu’ailleurs en Russie ou aux Etats-Unis. Elle le fait apparaître aujourd’hui comme ce qu’il est : un amateur, impréparé à la conduite d’un pays comme la France, complètement déconnecté de la réalité du pays qu’il prétend gouverner[9]. Mais surtout la presse étrangère souligne que l’image de marque de Macron va rester durablement « écornée ». Arrogant, menteur et bouffon, dépensier aussi, il n’est pas sérieux de penser qu’il s’en remettra. En outre, cette affaire a montré que lorsque l’opposition était unie, Macron reculait : il a été ainsi obligé de licencier Benalla et Vincent Crase, et sans doute va-t-il devoir encore se séparer de Strzoda, et donc pendant quelques semaines l’Elysée va être encore un peu plus désorganisé que d’ordinaire. Et qu’on ne vienne pas m’opposer les fascistes du FN et leurs bandes armées comme des dangers imminents, on a vu qu’avec l’affaire Benalla ce n’était pas l’extrême-droite qui utilisait des milices, mais plutôt la droite extrême façon MEDEF. Il est en effet très significatif que ce soit le jour même de la fête du travail, le 1er mai, que Macron ait envoyé ses gros bras casser des manifestants dans la rue, comme au bon vieux temps des milices patronales. Il est exclu de penser que les gros bras de Macron aient décidés par eux-mêmes d’aller taper sur les manifestants : ils étaient là forcément en service commandé. Pour quelle raison obscure ? On ne le saura pas.

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    Avec Macron plus aucun service de l’Etat ne fonctionne correctement : ni la police, ni les hôpitaux, encore moins l’école, et bien sûr l’Assemblée nationale. Cette affaire aux ramifications nombreuses a déjà eu comme conséquence de repousser l’examen de la loi sur la révision de la Constitution à l’automne… si tout va bien. Mais il semble que maintenant cette réforme qui nécessite au moins l’approbation du Congrès ou un référendum, ait du plomb dans l’aile, tout le monde pensant que Macron tente de produire une réforme qui lui permettrait de mieux gouverner, de gouverner à sa guise[10]. Qu’un personnage aussi nocif qu’insignifiant tel que Benalla oblige le gouvernement à repousser une réforme de la plus haute importance en dit long sur la fragilité du pouvoir de Macron et des députés-godillots à son service. La commission d’enquête dirigée par Yael Braun-Pivet, s’est du même coup couverte d’indignité en tentant d’évacuer les témoignages gênants et contradictoires, même Le monde s’en rend compte[11]. En même temps que le président se discrédite, sans doute définitivement, ses soutiens à l’Assemblée sombrent dans la honte la plus totale. Quelques députés macroniens ont commencé à prendre des distances avec les pratiques de leur chef, il s’agit de Sonia Krimi et Paul Molac. Est-ce qu’ils vont faire école ? On n’en sait rien. Pour prévenir toute idée d’émancipation, Macron les a menacés lourdement : « Les tireurs couchés d'un jour finissent abattus avec les autres quand ils décident de tirer sur les camarades », a-t-il dit[12]. Peut être va-t-il leur envoyé Benalla qui n’a plus rien à faire officiellement ? On verra bien, mais ceux qui comptaient passer de LR à En Marche risquent d’en être dissuadés et au contraire pour mieux exister vont renforcer leur critique à l’instar de Christian Jacob qui parait comme le plus déterminé. Les députés LR ont déposé une motion de censure qui, si elle n’aura aucun effet concret direct, va sans doute démontrer qu’une opposition unie peut avoir la peau de Macron et de son parti croupion.[13]

    Mais cette affaire a aussi semé la zizanie au sommet de l’Etat, ni Collomb, ni Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, ne sont près à endosser les retombées de l’affaire Benalla, ils se sont tous les deux défaussés sur l’Elysée – ce qui explique pour partie la diatribe aigre de Macron affirmant qu’il était le seul responsable. Il va donc y avoir assez rapidement un remaniement ministériel, Collomb a fait son temps, mais aussi un difficile remplacement de Michel Delpuech. On ne voit pas comment celui-ci pourrait rester après avoir contredit la version officielle de l’Elysée. N’a-t-il pas parlé à propos du rôle de Benalla de « copinage malsain » ?

    Cette affaire qui aurait été relativement mineure si elle avait été bien gérée : par exemple en écartant dès le 2 mai 2018 Benalla et Crase, est devenu un boulet par ce qu’elle démontre d’incompétence en Macronie en ce qui concerne les affaires de l’Etat en général. A l’évidence Macron n’est pas à sa place, il est à peine un gestionnaire de portefeuille sans envergure et sans qualité autre que d’embobeliner les naïfs par sa faconde de marchand de voitures d’occasion. Il y a un peu plus d’un an, certains justifiaient d’avoir voté pour Macron au motif que Marine Le Pen n’avait pas les compétences requises pour gérer un pays comme la France, c’est peut-être vrai. Mais Macron a démontré quant à lui qu’il était « vraiment » incompétent au poste qu’il prétend occuper. Comment en effet un homme qui fait confiance à une crapule de bas étage comme Benalla pour sa propre sécurité peut-il avoir le discernement suffisant pour le reste des affaires de la France ?



    [1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/les-parlementaires-font-payer-a-macron-son-insolente-audace-ils-ne-le-lacheront-plus_5335152_823448.html Françoise Fressoz qui se dispute au Monde le premier rôle de lèche-cul avec Gérard Courtois, est la fille de Roger Fressoz, l’ancien directeur du Canard enchainé. Elle ne semble avoir rien appris du parcours de son père te représente très bien la dégénérescence d’un métier qui n’en est pas un

    [2] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/alexandre-benalla-les-secrets-du-m-securite-du-president_2027183.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1532357448#xtor=CS3-5083

    [3] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/07/25/25001-20180725ARTFIG00290-malgre-sa-suspension-de-15-jours-benalla-a-percu-l-integralite-de-son-salaire-en-mai.php

    [4] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-au-senat-les-syndicats-policiers-denoncent-la-confusion-des-roles_2865213.html

    [5] http://www.europe1.fr/politique/la-popularite-de-macron-au-plus-bas-apres-laffaire-benalla-3718142

    [6] http://www.lepoint.fr/politique/affaire-benalla-buzyn-juge-normal-que-macron-s-exprime-devant-les-deputes-lrem-25-07-2018-2238915_20.php

    [7] http://www.liberation.fr/france/2007/11/06/video-sarkozy-a-un-pecheur-toi-si-tu-as-quelque-chose-a-dire-tu-as-qu-a-venir-ici_8809

    [8] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/les-trois-fautes-demmanuel-macron/1338889326240982/

    [9] https://www.lesinrocks.com/2018/07/25/actualite/laffaire-benalla-emmanuel-macron-etrille-par-la-presse-etrangere-111108883/

    [10] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/07/23/97001-20180723FILWWW00125-la-fin-de-l-examen-de-la-reforme-constitutionnelle-reportee-a-la-rentree-a-cause-de-l-affaire-benalla.php

    [11] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/25/la-commission-d-enquete-sur-l-affaire-benalla-se-dechire-a-l-assemblee-nationale_5335948_823448.html

    [12] https://www.marianne.net/politique/affaire-benalla-il-reste-deux-deputes-lrem-courageux-et-macron-les-menace

    [13] http://www.europe1.fr/politique/affaire-benalla-les-deputes-lr-vont-deposer-une-motion-de-censure-annonce-christian-jacob-3718124

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