•  Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons !

    Un référendum d’initiative partagée – RIP – a été lancé contre la privatisation d’Aéroports de Paris. Les raisons qui doivent nous pousser à entraver cette privatisation sont très nombreuses :

    - d’abord il s’agit d’un bien public donc qui n’appartient pas à Macron et à son gouvernement d’affairistes, et bien sûr si cette canaille politicienne veut vendre ADP c’est parce qu’il y a des affaires juteuses en perspective pour les riches amis du président. Les milliers d’hectares qui sont la propriété d’ADP, on parle de près de 7000, pourraient être « valorisés »[1], ce qui en français plus direct et plus familier, livrés à la spéculation. Cette affaire sent de loin les gros pots de vin ;

    - ensuite parce que les Aéroports internationaux ne sont pas seulement des lieux où on embarque, mais un aéroport international est aussi une frontière. Et donc il vient que la privatisation d’ADP reviendrait à vendre notre frontière aérienne ;

    - il y a également que le rendement d’ADP pour l’Etat est une manne financière bien connue et régulière, or l’ignoble Bruno Le Maire nous dit que cette privatisation va aller alimenter un fonds pour l’innovation dont nous aurions bien besoin, mais comme la Cour des comptes l’a signalé, le rendement actuel d’ADP sera supérieur au rendement de la privatisation et de l’affectation de la privatisation à ce fonds très fumeux dont les objectifs sont peu clairs[2] ;

    - une des raisons et non des moindres de voter contre cette privatisation sera aussi de donner une leçon au locataire de l’Elysée qui mène une politique très violente de privatisation ailleurs que dans les aéroports, notamment en matière de santé et de retraites.

    Et puis il y a la privatisation de l’Aéroport de Toulouse Blagnac au profit des Chinois qui a été une vraie catastrophe financière, les investisseurs se servant de leur droit de propriété pour siphonner le cash de l’entreprise. Cette privatisation a été depuis annulée, mais le mal est fait[3].

     Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 

    Les Français sont massivement contre ces privatisations. Et le gouvernement sait parfaitement que si la question est soumise à référendum, il sera battu. Les défenseurs de la privatisation ont des arguments qui sont autant de mensonges. Par exemple Macron raconte que l’Etat n’a pas vocation à gérer les boutiques Duty free, ce qu’il ne fait pas et n’a jamais fait, mais il avance cette idée parce qu’il n’a pas d’autre argument. C’est bien connu, lorsque les avocats n’ont pas d’argument sérieux à présenter, ils mentent, c’est pourquoi en argot l’avocat c’est le menteur. Donc Macron et la canaille qui le soutient craint ce référendum.  Il a d’abord espéré que le Conseil constitutionnel invalide le RIP. Et donc il a fallu passer à l’étape suivante. C’est celle d’aujourd’hui. Il s’agit de recueillir un peu plus de 4,7 millions de signatures. Un site a été lancé. On a constaté de très nombreux bugs et bien que je n’en ai pas eu à me plaindre, pour beaucoup c’était difficile. 

    Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 

    La deuxième difficulté est de connaître le nombre de signatures effective. Ce gouvernement de sournois a fait en sorte, puisque la loi ne l’y oblige pas, que le nombre de signatures n’apparaisse pas, car si la vitesse de la collecte est rapide, alors cela pourrait encourager ceux qui sont un peu mou de ce côté. Cependant, il s’est monté un site qui analyse presqu’en temps réel le regroupement des signatures. Le lien pour accéder à ce site est là https://www.adprip.fr/. il permet aussi de savoir si on est dans les temps ou si au contraire on est en retard. Comme on peut le voir ci-dessous, on a recueilli un peu plus de 8% des signatures au 25 juin, et le graphique du dessous montre que nous somme dans les temps : la ligne bleu est celle des signatures réelles et l’orange celles du minimum qu’il faut recueillir pour y arriver. Evidemment la bataille est loin d’être gagnée. La campagne va être décisive. 

    Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 

    Macron réalise grâce à cette initiative à réunir contre lui l’ensemble des oppositions, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par le PS[4]. Certes ils n’en sont pas à faire meeting commun, mais en tous les cas sur ce sujet ils désignent clairement Macron comme un ennemi du peuple et de la nation. Le gouvernement a beau ironiser sur le mariage de circonstance entre ces partis, il ne peut qu’encaisser le choc : il est marginalisé dans son propre pays, et confirme son isolement. Mais les choses ne sont pas si simples. Macron peut compter sur des alliés inattendus : les syndicats. Si la CGT soutient l’initiative, il n’y aura pas de front commun syndical pour soutenir le recueil des signatures. Alors même que les syndicats des salariés qui travaillent dans les aéroports, sont contre la privatisation d’ADP, la CFDT et FO au nom de la neutralité syndicale vis-à-vis des partis politiques sabotent le processus : « On en a discuté et on ne fera pas d’appel », dit cette canaille de Marylise Léon, la numéro deux de la centrale. Selon elle, « il n’y a aucun intérêt à privatiser ADP si ce n’est pour l’Etat de se faire un peu de cash », mais pour la Confédération, participer à cette campagne référendaire reviendrait à donner une consigne de vote et à « sortir du rôle d’organisation syndicale »[5]. Si la position du syndicat jaune de Laurent Berger est conforme à ce que peut être celle d’un syndicat qui travaille main dans la main sans s’en cacher avec le patronat[6], celle de FO, plus habitué du double discours, est plus paradoxale[7]. Evidemment ce sont les dirigeants de ces centrales qui jouent ce jeu dangereux, et non pas les syndicalistes de base à qui on n’a rien demandé à ces sinistres bureaucrates. Ils affaiblissent sur le long terme la crédibilité des organisations syndicales et incidemment donnent raison aux gilets jaunes de s’en méfier.

    Ne croyez pas que nous sommes encore en démocratie l’hypocrite pouvoir macronien tente désormais d’entraver le décompte des signatures en loquant l’accès à une page qui permettait facilement de décompter les signatures. Le ministère de l’intérieur dirigé par Castaner-le-menteur se justifie ainsi : «Le législateur a confié au Conseil constitutionnel et à lui seul le décompte des soutiens. Il n’a pas prévu que les électeurs et de manière générale nos concitoyens y aient accès, raison pour laquelle le ministère de l’Intérieur est intervenu pour que cette page n’apparaisse plus. »  Donc si le législateur n’a pas prévu la communication sur les signatures, la dictature macronienne s’autorise à la censurer[8]. On atteint des niveaux ubuesques d’illibéralisme ! C’est selon mois une raison supplémentaire de signer et de faire signer. Mais en tous les cas le camp macronien craint l’expression de la volonté populaire. Il faut rapprocher cette censure des innombrables procès qui ont été déclenchés sur tout le territoire pour avoir décroché les portraits de l’ignoble Macron-le-poudré[9]. C’est une dictature qui se met en place, et il est très probable que le référendum sera aussi interdit, d’une manière ou d’une autre. A travers le combat pour imposer le référendum au gouvernement affairiste, c’est donc un combat pour la démocratie qui se joue ici, et maintenant. 

    Campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP, signons ! 


    [6] Rappelons que Laurent Berger qui ne fait pas de politique avait signé le 29 avril une tribune dans le monde avec le MEDEF pour soutenir l’Union européenne façon Macron, là on n’hésite pas à faire de la politique politicienne la pire qui soit. Il est difficile de se vendre un peu plus. https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/04/29/l-europe-que-nous-voulons-un-appel-commun-d-organisations-syndicales-et-patronales_5456127_3232.html

    [7] Encore que des anciens bureaucrates de FO sont passés avec armes et bagages au service de l’horrible Pénicaud.

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  • « Les mots qui expriment le mal sont destinés à prendre une significationd’utilité. Les idées s’améliorent. Le sens des mots y participe. »

    Lautréamont, Poésie II  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête

    C’est de tout temps que les mots sont détournés, et pas seulement avec une tentation subversive. Mustapha Khayati dans un article fort intéressant, Les mots captifs, préface à un dictionnaire situationniste, pensait dans les années soixante que les révolutionnaires devaient détourner le sens des mots à leur profit, mais il n’imaginait pas l’inverse[1]. La bourgeoisie s’y est mise aussi, en récupérant le langage de la classe ouvrière par nature révolutionnaire, et elle se sert de ce détournement pour tenter d’abuser les populations en ce qui concerne ses véritables objectifs. En vérité c’est une forme de modernisation de la société que de trafiquer le langage, avant on n’en avait pas besoin. C’est ce que montre par exemple George Orwell dans une des fonctions de la novlangue qui non seulement crée des mots qui empêchent la réflexion critique dans une soi-disant volonté de simplification, mais qui en arrive aussi à dire l’exact inverse de ce pour quoi les mots ont été créés[2]. Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi la bourgeoisie tente de détruire la langue en intégrant comme Macron des formules empruntées à la rue, « pognon de dingue », l’horrible écriture inclusive est un autre aspect de ce problème, rendre la langue incompréhensible au prétexte de travailler à l’égalité entre les sexes – ici appelés genres. Dans tous les cas il s’agit de déracinement, et de couper l’homme de sa propre histoire. Donnons quelques exemples. 

    Révolution 

    Emmanuel Macron signe, pour appuyer sa campagne électorale, un ouvrage qu’il intitule Révolution. Or en lisant ce mauvais tract électoral, on se rend compte qu’il ne parle jamais de révolution, mais bien de contre-révolution[3]. Si je me réfère à la définition de la Révolution, non seulement le mot renvoie à un renversement brutal et violent du régime, mais aussi à la Révolution française de 1789 qui vise à l’abolition des privilèges. En vérité la vision louis-philipparde de Macron est celle d’une contre-révolution, ou d’une restauration, il vise à renforcer d’abord les inégalités sociales et économiques. Mais il recouvre cette idée archaïque d’une couche d’autres mots laissant accroire que l’histoire a un sens et donc qu’il faut progresser à coups de réformes et de révolutions. Le langage de la bourgeoisie contemporaine est tellement débraillé, que ses trafiquants d’un genre nouveau en viennent à amalgamer « réformes » et « révolution ». Et si on trouve à redire à cette fade rhétorique, on retorquera qu’il faut des « réformes » pour faire une « révolution ». Ce sens de l’histoire selon Macron est fermement relié à deux idées tout aussi fausse l’une que l’autre. La première et la plus banale c’est qu’il faut continuer à accumuler des richesses pour augmenter la production, comme si la croissance économique était un phénomène infini et naturel. La seconde est que l’on doit se plier à une nécessité supranaturelle, celle du progrès scientifique et admettre une fois pour toute que celui-ci est une chose belle et bonne. On renvoie très souvent cette idée de progrès – Macron dans ses illuminations parle de progressisme – à l’évolution de la technique, sans même se poser la question de savoir si le progrès technique est une amélioration du genre humain ou sa disparition. L’introduction massive du progrès technique dans l’agriculture est un désastre complet, on en paie le coût dans son assiette et dans la dégradation continue de la santé[4].  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête

    Evidemment Macron n’est pas le premier à détourner l’idée de Révolution. Comme on le sait, il a aussi détourné le slogan pétainiste de la France en Marche, et en matière de révolution, c’est la même chose. Quand le Maréchal Pétain tentait de montrer qu’il était aussi très peu capitaliste, il employait le mot de Révolution, il parlait de Révolution nationale. Evidemment s’il employait le mot de Révolution pour recouvrir une entreprise aussi glauque c’est parce qu’il savait que les Français n’aimaient pas le capitalisme. Dans la lignée directe de la grande crise des années trente, tout le monde était au courant que cette crise avait été causée par la dérégulation du capitalisme. La vie sociale et économique était tellement délabrée qu’il fallait employer le mot de révolution pour tenter la restauration d’un ordre ancien. Comme Macron, Pétain utilisait la rhétorique de l’effort et du travail, de l’épargne et du remboursement de la dette. Et comme lui il en viendra à dire que les Français devaient faire plus d’enfants, alors que lui-même, tout comme le Maréchal Pétain, n’en a jamais eu[5].  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête

    Communisme 

    Il fut un temps où on était un peu plus pointilleux sur le vocabulaire. Par exemple on s’interdisait de considérer que le régime économique et social de l’URSS et de ses satellites était un régime communiste. La question portait sur les classes sociales, le communisme se voulant l’abolition des classes sociales, et ces pays étant structurés très fortement autour d’une nouvelle classe que pour aller très vite on appellera la bureaucratie, il n’était pas question de les désigner comme communistes. Les trotskistes considéraient par exemple que le régime stalinien était un régime communiste dévoyé, un Etat ouvrier dégénéré, ils se référaient seulement au fait que la propriété privée des moyens de production avait été abolie. Mais Bruno Rizzi avait trouvé une autre formule pour désigner ces pays, il parlait d’un capitalisme d’Etat[6]. L’idée était donc qu’il y avait bien une classe exploitée et une classe exploiteuse, mais que l’extraction de la plus-value se faisait sous la direction d’un Etat autoritaire. Les critiques de droite de l’idée communiste se servaient clairement du repoussoir stalinien pour faire avancer leurs affaires. En identifiant l’URSS, la Chine, l’Albanie ou Cuba, des régimes très autoritaires, au communisme, on faisait oublier que le communisme, quelle que soit sa variante, c’est d’abord une société de liberté et de partage d’où se trouve exclu toute idée de hiérarchie.

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    Charges sociales 

    Le patronat est également spécialiste de ce genre de trafic, il appelle par exemple les cotisations sociales, des charges sociales, ou des charges patronales, comme s’il payait de sa propre poche les cotisations sociales qui sont en réalité des paiements de salaires différées destinées à faire face aux dépenses de santé, de retraite ou de couverture du risque chômage. En employant le mot « charges », il s’agit de renverser le problème et de montrer combien le patronat souffre de payer de sa poche des dépenses qui l’empêchent d’être compétitif ou de créer des emplois. On verra même Macron – toujours lui, décidément ce type est une synthèse – avancer que « la vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié »[7] Quand on s’en prend aux charges sociales en disant qu’elles sont trop élevées, c’est un euphémisme pour dire qu’on veut faire baisser les salaires et accroître les profits. Le langage est donc très balisé si officiellement on doit appeler ces prélèvements des « cotisations sociales », les économistes en général et les hommes de droite parlent de « charges sociales », ils n’arrivent pas à s’en empêcher. Cette déformation langagière les trahit puisqu’elle signifie qu’une charge ça pèse, ça freine le progrès, la croissance et l’économie. Pire encore les analystes et particulièrement l’Union européenne, aiment à confondre « cotisations sociales » et « impôts » sous la rubrique vague de « prélèvements obligatoires ». Souvent vous entendez que la France est le pays où les impôts sont les plus élevés, c’est faux et c’est d’autant plus faux qu’on peut défalquer des prélèvements obligatoires les « cotisations sociales », en tenant compte de ces prélèvements, on s’aperçoit alors qu’en France on paie par exemple beaucoup moins d’impôts qu’aux Etats-Unis. On voit qu’une des intentions de cette manipulation langagière est de mentir, et qu’elle aide à manipuler les statistiques. 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête  

    Le graphique ci-dessus le montre expressément. Le mensonge est grossier. Le titre nous indique que l’Etat a comme revenus des « impôts » et des « cotisations sociales ». Or évidemment les cotisations sociales ne sont pas gérées par l’Etat, elles sont gérées paritairement – c’est-à-dire par les syndicats des salariés et le syndicat patronal – en aucun cas l’Etat n’a la main dessus. Il n’intervient seulement que pour réinjecter des fonds s’il y a un déficit et pour donner des orientations. Mais il ne se sert pas de cet argent pour lui-même. Du reste les cotisations sociales sont inscrites sur la feuille de salaire, part patronale et part salariale. C’est bien la preuve que si elles sont déterminées par la loi, elles ne ressortent pas de l’impôt proprement dit. La lutte sur cette question est double, d’une part tenter de démontrer que le salaire est plus faible qu’il ne devrait-être si l’Etat ne le « chargeait » de cotisations diverses et variées, et d’un autre côté faire baisser le salaire – direct et indirect – en réclamant une baisse des « charges ». Et ça marche ! A force de jérémiades et de lobbying, le patronat est parvenu à faire baisser les « charges », soi-disant pour créer des emplois, soi-disant pour investir, mais comme le montre le graphique suivant, ce sont bien les actionnaires qui ont mis cette baisse des cotisations sociales pour leur profit[8]. 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    En parlant de charges, on fait oublier que les cotisations sociales financées par le travail même des salariés financent des biens collectifs comme les retraites, la santé ou encore les périodes de chômage. La baisse des charges sociales est une idée de droite, c’est Pompidou qui a commencé à la lancer à la fin des années soixante en démantelant l’unité de la Sécurité Sociale. Depuis 1967 donc, il ne se passe pas une année sans qu’un politicien de droite ou de gauche ne pense à un plan d’économie pour les dépenses sociales de façon à compenser la baisse des cotisations sensées promouvoir l’emploi et l’investissement. En vérité il s’agit d’une prédation de la classe la plus riche sur le reste de la société. Et c’est aussi un élément de la remontée des inégalités. Il est vrai que cela est facilité par le peu de combativité des syndicats en la matière. On remarque que si sur le long terme les effectifs des syndicats ont fondu, c’est sans doute aussi du fait de leur faible combativité face aux assauts répétés du patronat. Il reste qu’en combattant pour la baisse des « charges sociales », le patronat travaille clairement à la déflation salariale. 

    Front national 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    Les deux logos du Front National, le vrai à gauche et le faux à droite 

    A l’origine le Front national est un mouvement de Résistance dirigé contre les Allemands et bien entendu contre le régime de Vichy. C’est une émanation du Parti communiste clandestin en mai 1941. Si on parlait à cette époque de Front national, c’était pour soutenir l’idée que l’urgence réclamait l’union des patriotes pour chasser d’abord l’Allemand de notre sol. Or le Front national est aussi un parti d’extrême-droite fondé en 1972 à la fois par des anciens de l’OAS mais surtout par des anciens pétainistes ! Evidemment le fait d’avoir choisi ce nom ne peut pas être un hasard. Si beaucoup ont remarqué cette escroquerie intellectuelle, peu l’ont dénoncé avec colère. Certes le Front national n’existe plus aujourd’hui, il a été remplacé après une sorte de dédiabolisation par le Rassemblement national. Mais la manœuvre fut habile. Ce détournement se dédoublait d’un détournement de logo comme on peut le voir ci-dessus. Les créateurs du parti d’extrême-droite jouaient sur l’idée de patriotisme, sachant que celui-ci avait joué un rôle fondamental dans la Résistance. En même temps cela permettait de faire oublier le rôle que certains parmi l’encadrement avaient joué dans la collaboration, François Brigneau était un ancien milicien qui fut inquiété à la Libération, mais finalement acquitté dans des conditions un peu troubles. Cependant le Front national n’est pas le seul à escroquer sa clientèle en lui vendant un produit qu’elle n’a pas demandé. Je passe sur les différents partis qui se sont succédés en se revendiquant du général De Gaulle, à commencer par le sinistre Pompidou et en terminant avec Sarkozy et Fillon, ou encore le Parti dit « socialiste » à la manière de Hollande. 

    Socialisme  

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    Sans doute un des mots les plus dévoyés de l’histoire récente qu’on soit pour ou contre cette idée philosophique. Le socialisme est en effet une socialisation des moyens de production. En effet le socialisme suppose que l’égalité de droit ne suffit pas à satisfaire l’idéal de justice, et donc que si on veut lutter contre les inégalités fondamentales, il faut limiter la propriété privée des moyens de production. A l’origine les termes de socialisme et de communisme sont interchangeables. Par la suite il y a des débats sur la manière de parvenir au socialisme : il y a un socialisme révolutionnaire qui suppose qu’on ne peut parvenir au socialisme – c’est-à-dire à une société sans classe – que par les moyens d’une révolution violente puisqu’on suppose que les propriétaires des moyens de production vont se défendre, et puis il y a un socialisme réformiste qui suppose qu’on peut arriver au même but mais sans passer par une révolution. C’est ce qu’on appelle la social-démocratie. On cherche à prendre le pouvoir par le vote, parce qu’on pense que les salariés étant plus nombreux que les patrons, ils pourront obtenir plus de représentants qu’eux et modifier les lois dans un sens plus favorable aux travailleurs. Si Marx est resté toute sa vie un socialiste révolutionnaire, Engels se rangera à l’idée social-démocrate après la mort de l’auteur du Capital, arguant que les temps avaient changé. Mais que nous soyons pour un socialisme réformiste ou révolutionnaire, il s’agit de discussions tactiques et non pas de définition de ce que doit être le socialisme. Or depuis la fin des années soixante, après la grande peur des possédants qui ont cru à la révolution, le terme a été dévoyé totalement, d’abord par le SPD, soit le parti social-démocrate allemand, qui avait abandonné le premier l’idée de mettre le marché au pas au Congrès de Bad Godesberg en 1959, puis par tous les partis socialistes d’Europe qui sont aujourd’hui en voie de disparition. Il s’agit bel et bien d’un complet détournement de sens qui vise à tromper le public. En France ce travail a été effectué par ce qu’on appelle la Seconde gauche, les rocardiens si on veut pour aller vite. D’un certain point de vue Manuel Valls était plus honnête en disant qu’il fallait que la PS abandonne clairement le terme de socialiste. Depuis il a fait son chemin et s’est allié avec Ciudadanos, parti très à droite, de type libéral à la manière de Macron et de Renzi. Notez que ce détournement de sens va de pair avec la professionnalisation de la politique et la production concomitante d’experts. Il n’y a plus depuis longtemps dans les partis dits socialistes de cadres issus de la classe ouvrière ou même des petits salariés. 

    L’emploi abusif des mots et leur reconquête 

    L’usage du langage fait partie de la bataille de l’information. La novlangue passe son temps à maquiller la réalité. Les économistes sont les champions. Par exemple lorsque le PIB recule, ils parleront non pas de récession, mais de « croissance négative » ! On ne parle pas de blocage des salaires, ni même d’austérité, mais de lutte contre l’inflation. Lutter contre l’inflation parait une formule neutre, alors que blocage des salaires parle directement de lutte des classes, les économistes sont généralement du côté de l’oligarchie. Mais il n’y a pas que les économistes qui produisent des oxymores, les politiciens et les journalistes en sont friands, par exemple depuis quelques années on trouve le terme de social-libéral dans le débat. Ou encore on fera semblant que Macron n’incarne pas la droite pure et dure à la Guizot, mais une sorte de centre aussi fumeux qu’indéfini. Cette fausse pudeur langagière a comme but premier de semer la confusion, c’est relativement efficace puisque certains croient encore – ou font semblant de croire – que l’extrême droite façon Rassemblement national serait pire que la droite extrême à la Macron. Aux Etats-Unis, on en était arrivé à exclure pendant de longues années le mot « socialisme » du débat. Quoi qu’on pense de Bernie Sanders, il aura au moins réussi à réhabiliter de mot depuis la campagne de 2016. Ce n’est pas rien, sachant combien ce terme avait été criminalisé depuis la fin de la Première Guerre mondiale, criminalisation qui du reste empêchait tout débat sur une grande échelle.



    [1] Internationale situationniste, n° 10, 1966.

    [2] Nineteen Eighty Four, 1949.

    [4] Guy Debord, Abat-faim, Encyclopédie des Nuisances, tome I, fascicule 5, novembre 1985

    [6] On trouvera un extrait publié en français chez Champ Libre, sous le titre L'URSS : collectivisme bureaucratique. La Bureaucratisation du monde, l’ouvrage a été écrit en 1939, et la version française publiée en 1976.

    [8] Michel Husson, Les cotisations sociales sont une charge, mais pas les dividendes ?, Attac, Sud 93, 3 mars 2014.

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  •  Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    A Paris 

    Et donc nous entamons le huitième mois de mobilisation des gilets jaunes. Non les gilets jaunes ne sont pas morts, même s’ils sont moins nombreux dans les manifestations. Pour ce 32ème acte, il y avait d’abord un retour sur les ronds-points et sur les péages dans toute la France, les blocages se sont comptés par centaines. Les revendications sont toujours les mêmes, le pouvoir d’achat des petites gens, retraités et smicards, la casse du service public, les protestations contre la répression, et bien sûr pour le départ du président fou de l’Elysée. Macron joue le pourrissement et dans le genre salopard au service de l’oligarchie il en rajoute tous les jours un peu plus. Il a beau se donner des airs d’ouverture en donnant la main et la décoration de la légion d’honneur à Elton John, c’est un fieffé réactionnaire. Il ne suffit pas de flatter le lobby homosexuel pour faire oublier la casse du droit du travail avec particulièrement ces jours-ci la réforme des allocations chômage qui n’a pas d’autre but que de rendre la vie encore plus difficile aux précaires. Ce gouvernement ignoble dans tous les sens du terme s’attaque toujours aux plus faibles. La millionnaire Pénicaud, laide comme un cul de singe nous dit qu’il faut stimuler le chômeur[1]. L’idée stupide de ces gens stupides n’est pas nouvelle, elle date du XIXème siècle, elle suppose que les chômeurs sont des chômeurs volontaires ou des fainéants si vous voulez, et donc qu’ils se prélassent au chômage sur le compte de la société. Cette approche est crapuleuse : d’abord parce qu’il n’a jamais été démontré qu’il y avait un lien entre allocations chômage et chômeurs, ensuite parce qu’au moins la moitié des chômeurs ne touchent pas d’allocations. Keynes au moment de la crise des années trente avait démontré que la thèse du chômage volontaire ne tenait pas debout. Il y a de cela 80 ans. Alors pourquoi cela revient-il maintenant ? Ces fakes news macroniennes ont pour but de masquer que la réforme du chômage outre qu’elle permet de faire des économies, aidera sur le long terme à nettoyer les statistiques. L’oligarchie accélère dans le genre fumier, après Luc Ferry qui voulait voir l’armée tirer sur les gilets jaunes, voici Christophe Barbier, domestique stipendié de la caste dominante qui fait semblant d’être aussi journaliste, voire d’avoir des opinions. L’idiot trouve que la réforme crapuleuse de Macron ne va pas assez loin : « elle n’est pas assez violente » ose-t-il dire[2]. Cette posture de mouche du coche est en fait assez répandue chez les éditocrates : ils sont les instruments de propagande du modèle économique libéral qui s’accommode fort bien de l’absence de démocratie. Car la réforme des allocations chômage n’a pas été négociée, elle est imposée. Même le très conciliant Laurent Berger a fait part de son indignation, les syndicats sont considérés comme quantité négligeable[3]. Et d’un certain point de vue le gouvernement n’a pas tort. Ils n’ont aucun plan d’action, ils n’ont pas le début du commencement d’une idée pour contrecarrer les ignobles mesures prises par Macron et son gouvernement de lobbyistes. Martinez est aux abonnés absents depuis que les milices de Castaner l’ont attaqué lors du défile du 1er mai. Heureusement il nous reste les gilets jaunes. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    A Avignon les gilets jaunes interviennent au péage autoroutier 

    Les gilets jaunes s’organisent tout en respectant leur diversité et sans se construire comme un parti traditionnel. Donc ce samedi 22 juin, plusieurs personnalités des gilets jaunes connues, ont publié un communiqué de presse que je recopie à la fin de ce post pour définir quelques grandes lignes d’action sur le long terme. Comme on le voit à la lecture de ce communiqué, ils revendiquent clairement une transformation du système économique et social dans lequel nous sommes englués, insistant sur la question des biens publics, avec l’idée de faire capoter la privatisation d’ADP, et sur les questions écologiques. Ils se définissent comme apartisans et asyndicalistes, donc au-dessus des partis et des syndicats. C’est une manière de dire à la fois qu’ils acceptent avec eux tout le monde sans leur demander des comptes sur leur affiliation antérieure, mais également de dire que ces partis et ces syndicats ne sont plus dans le coup : nous venons encore de le voir avec la question des allocations chômages, alors que la gestion de celle-ci relève du paritarisme, le gouvernement contourne ce paritarisme, crachant ouvertement sur les syndicats. Au fond les gilets jaunes se rendent compte que les anciennes formes de mobilisations sont totalement obsolètes, incapables de faire face à l’offensive générale de l’oligarchie contre les pauvres. Ce communiqué n’est qu’un exemple de ce qui se passe dans toute la France. Les réunions sont nombreuses de partout, et de nouvelles initiatives se préparent qui ne prendront pas forcément la forme de l’occupation des ronds-points et des manifestations hebdomadaires.

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    A Château-Thierry les gilets jaunes se sont rassemblés devant la gendarmerie pour protester contre la répression 

    Le gouvernement macronien s’est fait remarquer tout le long de cette semaine. D’abord c’est Castaner par deux fois qui s’est retrouvé sur la sellette. Dans un numéro de cuistrerie qui frise d’extravagance, le voilà qu’il a affirmé contre toute évidence qu’il ne devait rien aux policiers qui ont fait de grasses heures supplémentaires pour casser du gilet jaune, il voulait dire qu’il n’avait pas l’intention de les payer[4]. Mais en fait le gouvernement doit sa survie depuis décembre à la hargne avec laquelle les policiers se sont acquittés de leur mission de maintien de l’ordre. Les policiers transformés pour l’occasion en miliciens sont mal récompensés de leur veulerie, mais Macron et la racaille du gouvernement n’ont même pas la reconnaissance du ventre. Du coup les syndicats de policiers qui comme Alliance ont soutenu à fond la politique répressive gouvernementale se retrouvent en porte à faux vis-à-vis de leurs adhérents qui croyaient pouvoir toucher le jackpot grâce à leur bassesse dans les manifestations. Cela risque de laisser des traces profondes. A l’avenir il n’est pas très sûr que l’ignoble dictature macronienne puisse compter sur la loyauté de ses milices. Mais Castaner a été mis en cause sur un autre point : selon la mairie de Paris, la délinquance est en hausse dans la capitale parce que le pouvoir dans sa lutte incessante contre le mouvement social ne se préoccupe plus de la sécurité des Français[5]. En effet il apparait que la police n’est plus républicaine, mais seulement le bras armé d’une politique économique et sociale favorable à l’oligarchie. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

    A Villefranche-Limas les gilets jaunes bloquent les péages 

    La presse a mis les gilets jaunes à l’index, elle n’en parle plus, espérant qu’en n’en plus parlant, ils disparaissent. Mais ce samedi 22 juin, la mobilisation était en hausse, même Castaner-le-menteur a dû le reconnaitre. Selon le site de France police, il y avait 40 000 gilets jaunes dans toute la France[6]. Le mouvement est donc loin d’être fini. Macron aurait tort de croire qu’il est tiré d’affaire. La presse aux ordres racontait ces jours derniers que la cote de popularité de Macron était en forte hausse, c’est du moins le titre qu’elle donnait à ses commentaires[7]. Ça tient clairement du fake new. En effet en lisant le texte de la dépêche d’agence que tous les journaux recopiaient bêtement, on se rendait compte que sa cote était de 32%, et donc on aurait pu tout aussi bien titrer : près de 70% des Français désapprouve le comportement fascisant de Macron. Notez que Castaner n’est pas le seul à déconner dans ce gouvernement à croire que les ministres font un concours. Brune Poirson a tenté de virer en tête en défendant les saloperies du groupe Avril qui met des hublots pour accéder au ventre des vaches. La voilà justifiant cette ignominie peu conforme à l’idée d’une agriculture respectueuse de l’environnement et de la nature, en disant qu’en fait ce sont les besoins de la science. Comme si la science était une entité mystérieuse, une sorte de Moloch qui avait des besoins très particuliers auxquels il fallait sacrifier, le tout déballé derrière un sourire niais qu’on dirait copié sur les mimiques de Brigitte Macron[8]. Ce genre de déclaration frise l’idiotie, on se demande si elle est vraiment stupide ou si elle nous prend pour des imbéciles. Ce genre de déclaration participe du double langage gouvernemental : en paroles l’acte II du quinquennat Macron est un tournant social et écologique, dans les faits on continue à casser les droits des travailleurs, et de laisser faire l’industrie agro-alimentaire comme elle veut. Ça n’empêche que le gouvernement ne s’est pas gêné pour dénoncer le manque d’engagement des gilets jaunes du côté de l’écologie. Parier toujours sur l’imbécilité du peuple est quelque chose de risqué par les temps qui courent. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

    A Marseille la mobilisation était en hausse nette 

    Les journalistes qui relaient sans état d’âme la parole gouvernementale font un sale boulot de chiens de garde. C’est en effet une des conséquences de ce qu’on appelle pudiquement la crise des gilets jaunes que d’avoir révélé le comportement plus que partial des médias en général. Dans son 32ème baromètre de confiance dans les médias, commandé par le journal La croix, on remarque un effondrement de cette confiance[9]. Seuls 24% des Français pensent que les médias sont indépendants, c’est la même proportion que ceux qui soutiennent encore Macron. Une telle méfiance signifie que les médias sont clairement identifiés comme un instrument de contrôle social et de propagande pour l’oligarchie, un élément du bloc bourgeois comme la police et comme le capital et la justice. La chaîne BFMTV qui a été très critiqué pour sa couverture partisane du mouvement des gilets jaunes tombe en dessous de 5% en termes d’indice de confiance[10]. Fake news pour fake news, on se tourne vers les informations diffusées par les réseaux sociaux, notamment en ce qui concerne les violences policières, voir en ce qui concerne les chiffres des manifestants du samedi. Sur les sites des grands journaux Le monde, L’Obs, Libération, etc. Il n’y avait aucune information sur les gilets jaunes, l’information se trouvait sur les sites des médias régionaux. C’est clairement une volonté de mettre l’éteignoir sur le mouvement social.  

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

    A Toulouse les gilets jaunes étaient plusieurs milliers, ils s’en sont pris fort justement aux grandes marques, Zara, Primark, symboles de l’exploitation de la main d’œuvre du tiers-monde. Qui peut oser dire que les gilets jaunes n’ont pas de conscience de classe ? ils font ce que les bureaucraties syndicales frileuses n’osent plus faire depuis longtemps, s’attaquer à la marchandise. Leurs slogans étaient très anticapitalistes. A Toulouse comme à Metz la police a chargé violemment les manifestants. Mais ailleurs il y avait bien d’autres manifestations. Par exemple à Belfort 5 000 personnes se sont rassemblées pour dénoncer les pratiques de General Electrics qui avait, grâce à l’entremise de Macron racheté Alstom en promettant le maintien de l’emploi. Ils dénonçaient les licenciements bien sûr, mais aussi la désindustrialisation de la France[11]. A Marseille aussi il y avait une manifestation pour le logement, il s’agissait de dénoncer les turpitudes de Jean-Claude Gaudin et de son équipe d’affairistes. Le pouvoir et les bureaucraties syndicales auraient tort de considérer que ces manifestions sont distinctes de celles des gilets jaunes. 

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse 

    Toulouse le 22 juin 2019

    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

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    Acte XXXII, les gilets jaunes ne baissent pas les bras, mobilisation en hausse

     



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  •  Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018 

    Ce livre est tombé au moment où justement le mouvement des gilets jaunes remettait en question la pseudo démocratie représentative qui organise la vie sociale, économique et politique en France. Depuis au moins 2005, et la trahison manifeste du résultat du référendum sur le TCE, il devient évident que ce système ne convient plus, et probablement n’a-t-il jamais vraiment convenu, mais on se laissait aller à le croire. La France d’en bas ne se sent pas représentée par des députés qui ont des origines sociales très bourgeoises. Nous sommes dans un système post-démocratique, et cette situation insupportable est aggravée par le fait que la France a délégué une large partie de sa souveraineté à l’Union européenne, c’est-à-dire à la BCE pour la gestion de la monnaie, à la Commission européenne pour le budget et à la Cour de Justice Européenne pour dire le droit. Ces trois instances hors-sol n’ont évidemment aucun enracinement dans la vie réelle, elles fonctionnent sur la base d’une bureaucratie choisie et obscure qui revendique son indépendance par rapport au peuple ordinaire pour faire ce qui lui semble bon dans son interprétation très particulière des traités européens. Mais la question européenne n’est jamais évoquée par Julia Cagé, et c’est la première limite de son travail. En effet à quoi bon réformer la représentativité de l’Assemblée nationale si le principal du travail politique se fait à Bruxelles à l’abri des regards indiscrets ? Prenons simplement le cas des négociations du CETA ou du TAFTA : les députés français n’y ont pas accès et ne savent même pas ce qui s’y passe[1].

    Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018 

    L’objet du livre de Julia Cagé porte seulement sur la représentativité des classes sociales. Par exemple, elle nous dit que plus 50% de la population française est faite d’employés et d’ouvriers, et seulement 2% de la représentation nationale serait d’origine populaire. Donc il est clair que les classes les plus pauvres sont les classes les moins bien représentées. C’est vrai en France, mais aussi dans la quasi-totalité des pays développés. Ce manque de représentativité a deux conséquences :

    - les lois adoptées sont plutôt en faveur des classes aisées et riches, on pourrait dire d’ailleurs que c’est pour cette raison que la représentation nationale s’est orientée peu à peu vers la théorie de l’offre, et vers l’idée qu’il fallait soigner plus les riches que les pauvres. Discours stupide, couronné par l’arrivée malencontreuse de Macron à l’Elysée avec les conséquences négatives qu’on sait ;

    - ce manque de représentativité nourrit évidemment le ressentiment, et on peut dire qu’il est pour beaucoup aujourd’hui dans l’exaspération populaire qui secoue le pays.

    Le point de vue de Julia Cagé est de tenter de comprendre cet éloignement de la représentation nationale en mettant en question le financement des campagnes électorales et des partis. Les candidats aux élections ne sont pas égaux, ils ne disposent pas des mêmes moyens pécuniers. Que ce soit en France, aux Etats-Unis, ou en Allemagne, ce sont les candidats conservateurs qui sont favorisés.

    - d’abord parce que de partout la législation favorise les dons des plus riches en les défiscalisant. Et bien sûr les plus riches ne se portent pas vers les partis qui prôneraient des mesures de socialisation des moyens de production ;

    - ensuite parce que les plus riches financent aussi des think-tanks. Et ces think-tanks souvent richement dotées parlent en faveur de ceux qui les financent et donc agissent du point de vue de l’idéologie comme des agents de propagande. Ces think-tanks d’ailleurs arrivent à trouver des fonds sous forme de subventions de l’Union européenne ou de l’Etat, ce qui renforce encore un peu plus leur poids ;

    - enfin les plus riches possèdent également des médias de masse, et peuvent facilement orienter la vision que l’on a de la politique. Cette concentration des médias est bien documentée, et Julia Cagé, après beaucoup d’autres, y avait également consacré un ouvrage[2].

    Donc toute la première partie de l’ouvrage va être consacrée aux rapports entre la politique et l’argent, et à la démonstration que cette évolution modifie considérablement la démocratie représentative. C’est très convaincant et bien détaillé. Julia Cagé montre du même coup comment les tentatives de moralisation du financement politique sont détournées plutôt facilement par les plus riches et donc finissent par renforcer la classe au pouvoir. Bien qu’elle donne comme exemple de ces dérives le Parti démocrate américain, elle ne s’étend pas sur ce phénomène récent : la social-démocratie n’a plus aucune capacité, ni aucun intérêt à défendre les plus-pauvres, voire même les classes moyennes, ses cadres étant trop occupés à trouver de l’argent pour leur parti et donc à tordre leur programme politique dans un sens qui satisfasse aussi les sponsors.

    Je n’irais pas contre l’ensemble de cette analyse, cependant je la nuancerais un peu. L’argent n’est pas le seul facteur qui assure l’élection. La preuve, Hillary Clinton a toujours été la candidate la plus riche, et les deux fois, elle a échoué. Et d’ailleurs l’émergence de Bernie Sanders semble montrer que quelque chose se passe aussi pour remettre en question la relation directe entre l’argent et l’élection. L’exemple de M5S est contrariant aussi pour cette thèse. En effet, M5S est le seul parti à avoir refusé le financement public. Et c’est le parti qui est arrivé en tête aux dernières élections en Italie et qui se trouve au pouvoir. 

    Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018 

    De graves erreurs de méthode 

    La seconde partie du livre est consacrée à la réforme proposée. Le but serait de faire en sorte que les classes les plus pauvres soient un petit peu mieux représentées. Elle va commencer par récuser le référendum d’initiative populaire. Et là ça se gâte vraiment parce qu’elle divise la démocratie du point de vue de la compétence. Elle suppose que le référendum, ou encore le tirage au sort serait mauvais parce qu’il ne sélectionnerait pas les plus compétents. Cette erreur est fondamentale et même grossière. En effet la question n’est pas la compétence qui est une définition des plus vagues et peu mesurable, mais le fait que le peuple décide. Il me semble par ailleurs que les représentants élus ont fait la preuve depuis au moins quarante années de leur incurie et de leur incompétence. La démocratie peut être en réalité définie par la phrase suivante : le peuple n’a ni tort, ni raison, le peuple décide. C’est de ce sain principe qu’il faudrait commencer par partir.

    En vérité le discours sur la compétence intègre déjà la logique du marché. Et là l’incohérence saute aux yeux. En effet, les plus riches sont aussi les plus instruits puisque par nature ils ont fait des études plus longues que les personnes issues des classes pauvres. Et donc finalement on ne voit pas pourquoi on voudrait comme Julia Cagé intégrer des représentants des classes inférieures à la représentation nationale s’ils sont moins compétents. On ne peut pas dire d’un côté que toutes les classes sociales doivent être représentées, et de l’autre qu’elles doivent se soumettre à une inspection des compétences. Je pense pour ma part que la parole d’un pauvre peu instruit vaut celle d’un riche très instruit. Dès lors qu’on commence à mettre un filtre à la représentativité des citoyens on s’éloigne des principes démocratiques fondamentaux. Très souvent on entend dire que le peuple n’a pas toujours raison, c’est évident. Mais comme on peut dire la même chose pour l’élite, il faut s’en tenir à l’écouter. La professionnalisation de la politique, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit, n’évite pas les erreurs de grande ampleur : tient par exemple la vente d’Alstom à General Electric avec les conséquences qu’on voit maintenant. Et du reste cette compromission des élites « éduquées » avec les riches qui les sponsorisent, ouvre la voie à une large corruption de la classe politique dont la rubrique des faits-divers et de la justice nous rend compte pratiquement tous les jours. Il est toujours supposé que les hommes politiques possèdent des compétences que le peuple ne posséderait pas.

    Mais ensuite Julia Cagé, puisqu’elle récuse l’idée du référendum d’initiative populaire pour des raisons fumeuses, va proposer plusieurs solutions… qui nous paraissent toutes aussi mauvaises l’une que l’autre. L’ensemble devenant tellement compliqué qu’on doute qu’un tel système soit fait pour le peuple. Première étape elle propose des BED – Bon d’Egalité Démocratique – une somme d’argent qui permettrait à chaque citoyen de soutenir le candidat ou le parti de son choix. Un vote avant le vote en quelque sorte, mais un vote avec une somme d’argent. La logique sacrifie à celle du marché : il faut de l’argent pour faire fonctionner la démocratie. Et un parti populaire dans ses programmes et ses leaders aurait évidemment un avantage financier sur le marché du vote populaire. On voit bien où le bât blesse parce qu’en effet rien n’empêche un tel parti ou un tel candidat de s’appuyer pour grandir et gagner encore plus d’argent sur des médias dont le financement n’est pas contrôlé. On le voit bien avec la campagne permanente de Macron dans les médias dominant, campagne qui lui a permis d’éviter une défaite plus cuisante que celle du 26 mai 2019. 

    Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018

     Mais il y a autre chose : Julia Cagé suppose forcément que le personnel politique pour acquérir des compétences soit un personnel professionnel. Or c’est bien ça le problème, avant d’être une fonction de représentation des classes sociales plus ou moins pauvres, c’est un métier. Et ce métier éloigne inévitablement les représentants de leurs mandants. Ensuite elle imagine une sorte de chambre à part qui serait fondée sur la représentation professionnelle et qui rejoindrait les autres élus. Avec, nous dit-elle, 50% au moins qui représenteraient les ouvriers et les employés, mais seulement dans le second collège, un collège social si on veut. Selon elle cela changerait beaucoup, parce que ces nouveaux représentants des catégories socio-professionnelles ne voteraient pas des lois manifestement à hostiles à leur classe d’origine. Voici ce qu’elle écrit :

    « Aujourd’hui, dans un pays comme la France, les employés et ouvriers représentent environ 50 % de la population active. Avec la réforme que je propose, ils ne représenteront certes pas 50 % des membres de l’Assemblée nationale, mais a minima 50 % des « représentants sociaux », c’est-à-dire du tiers des députés élus à la proportionnelle sur les listes paritaires socialement, ce qui sera déjà presque révolutionnaire comparé à la situation actuelle. »

    Pourquoi une telle timidité ? On ne le saura pas. On va donc monter une usine à gaz très compliquée pour que les ouvriers et employés soient représentés à 50% sur un tiers des députés, soit seulement 15%. Cette bizarrerie découle évidemment de ses présupposés. On veut bien une représentation des basses classes, mais pas trop, laissons la place principale aux professionnels qui sont plus compétents. C’est bien sur ça que bute la démocratie parlementaire aujourd’hui : non seulement la masse des plus pauvres n’est pas représentée, mais les représentants dans les parlements appartiennent à une classe d’oligarques. Si ça se voit un peu plus aujourd’hui qu’il y a quelques années, c’est parce que les économies sont en crise, et que la montée des inégalités dévoile clairement la connivence des élus avec l’oligarchie.

    Julia Cagé pense qu’il faut financer sur fonds publics les partis politiques et contrôler ce qu’ils font de cet argent, ou s’ils n’en reçoivent pas d’autre. Mais cette idée est à côté du problème. Les partis sont tous à côté du sujet : la preuve, ils sont complètement à la remorque du mouvement des gilets jaunes, les syndicats aussi d’ailleurs. Elle ne tire pas toute la conséquence des chiffres qu’elle donne : 9% font confiance au partis politiques et 27% aux syndicats. C’est très peu. Il y a donc bien une défiance profonde envers ces deux institutions, et ce n’est pas en améliorant leur système de financement que cela pourra s’arranger. Au contraire il se pourrait même que cela aggrave le problème en augmentant les risques de dérive bureaucratique. N’est-ce pas ce qui est arrivé aux syndicats ? Ils reçoivent des subventions publiques et leurs adhérents sont en baisse continue. Dire que leur efficacité est nulle n’est hélas qu’une vérité, que ce soit sur les lois sur le droit du travail ou sur le démantèlement de la SNCF, ils ont été complètement dépassés. Les gilets jaunes ont obtenu en 3 semaines bien plus que les syndicats en 3 ans !! Il faut croire que cette forme de lutte sociale qui existe depuis longtemps à l’état latent et qui contourne les bureaucraties syndicales ou partisanes correspond mieux à une dérive autoritaire des pouvoirs. Il faut donc réfléchir un peu plus à cette question essentielle des formes dans lesquelles les revendications et l’affirmation du pouvoir du peuple s’incarnent. Il  y a une tendance lourde vers la démocratie directe qui est sous-estimée par Julia Cagé, mais ce n’est pas la seule à oublier cette dimension de la crise du politique. 

    Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018

    Baisse continue des effectifs de la CGT en milliers 

    Si la question des gilets jaunes est aussi importante aujourd’hui, et même s’ils devaient cesser leur mouvement demain, c’est bien parce qu’ils représentent une nouvelle forme de démocratie : les revendications du peuple n’aboutissant pas par les voies institutionnelles normales, elles s’affirment dans la rue, aux ronds-points et aux péages. Julia Cagé qui fréquente beaucoup les gilets jaunes au moins sur les plateaux de télévision devrait pourtant le savoir. Et d’ailleurs ces gilets jaunes ont montré que collectivement ils étaient bien plus compétents pour aborder les questions du jour que les politiciens de profession. Parfois on se perd en conjectures sur les buts de Julia Cagé, elle nous dit que ses réformes doivent « garantir la stabilité du système ». Mais comment peut-on viser un tel but alors que le système économique et social est des plus instables, alors qu’il semble que tout doive changer du tout au tout ?

    Dans l’ensemble l’ouvrage est assez mal écrit, avec des répétitions de formules passe-partout, l’emploi de la première personne est aussi maladroit. De très nombreux points sont à peine évoqués, tandis qu’elle fait étalage de ses lectures anglo-saxonnes sur le sujet. « On peut noter de plus qu’à l’exception de la 11e législature (1997-2002), qui a vu une très modeste remontée du pourcentage d’employés et d’ouvriers à l’Assemblée, la gauche au pouvoir ne fait de ce point de vue pas mieux que la droite. » C’est un sujet qui aurait mérité un examen plus approfondi. La législature Jospin a pourtant obtenu deux résultats non négligeables : un recul du chômage d’un tiers, une croissance forte et une hausse claire du pouvoir d’achat, ensuite une baisse de la durée du travail avec les 35 heures qui, malgré la guerre que le patronat leur a livrée, sont entrées dans les mœurs. Donc justement on peut se demander si ces avancées sociales – par ailleurs compensées par des reculs très importants du côté des privatisations et de la malheureuse entrée dans l’euro – n’ont pas été la conséquence d’une montée justement de la représentation ouvrière à l’assemblée nationale. Il est vrai que l’assemblée élue en 1997 était la conséquence des réformes Juppé sur les retraites qui avaient mis – déjà – tout le monde dans la rue. Notez encore que la croissance forte des années 1997-2002 a été obtenue sans l’aide d’une réforme du droit du travail ou d’une modification des conditions d’éligibilité aux allocations chômage, mais à l’inverse grâce à une hausse des minima sociaux et plus précisément du SMIC. Mais il est vrai que ce fut la dernière législature où la France conservait la maîtrise de son budget et de sa politique fiscale avant de plonger dans les affres des exigences de la zone euro qui conduisit notre économie vers un déficit commercial aggravé. 

    Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018

    Croissance du PIB en France depuis 1990, Source, INSEE 

    Il me semble que les propositions des gilets jaunes sont bien plus pertinentes que celles de Julia Cagé, comme quoi finalement les experts auto-proclamés en politique sont moins compétents que le peuple lui-même[3]. Je retiens des gilets jaunes deux mesures « institutionnelles » qui me semblent devoir renouveler la démocratie. La première est le référendum d’initiative populaire qui démarrerait à partir de 700 000 signatures. La pétition de Caroline de Haas sur la loi El Khomri avait recueilli plus d’un million de signatures. La pétition lancée par Priscilla Ludosky en avait recueilli 1,126 million signatures. On voit que si on avait fait un référendum sur ces deux questions, ces lois ne seraient pas passées. De même si on lançait un référendum sur le CETA ou le TAFTA, il est certain que ces deux traités ne seraient pas adoptés. On voit donc que la pratique du référendum empêche clairement les hommes politiques de faire n’importe quoi. Une autre proposition des gilets jaunes est d’abaisser les salaires des députés vers le salaire médian. Cette simple mesure que Julia Cagé n’envisage tout simplement pas, écarterait tous les affairistes d’une fonction peu rémunératrice. Terminons sur le point suivant, Julia Cagé ne veut pas du tirage au sort, elle en a peur. Pourtant ce système fonctionne pour les cours d’assises, et on remarque que les jurés sont très appliqués et prennent leur tâche au sérieux. Il est assez facile avec un tirage au sort d’obtenir une assemblée qui représente correctement la population dans sa diversité. On y trouvera forcément des imbéciles, des fachos, des tordus, mais pas plus que leur proportion dans la population française. Le gros avantage de ce système est que la plupart des députés voteront en conscience parce que la plupart ne seront pas soumis à une logique partisane scabreuse. Un débat important sous-jacent à cette question est celui selon lequel le peuple serait moins libéral que les élites, et donc si par exemple il exerçait le pouvoir à sa guise, il rétablirait la peine de mort, interdirait le mariage homosexuel, etc. Outre que cette idée ne repose sur rien, il faut le dire et le répéter : on ne peut être démocrate à temps partiel, et donc si le peuple décide d’une loi qui ne nous convient pas, et bien il faudra l’accepter aussi. 

    Julia Cagé, Le prix de la démocratie, Fayard, 2018



    [1] https://reporterre.net/Les-incroyables-precautions-pour-cacher-le-traite-Tafta-aux-elus-du-peuple

    [2] Sauver les médias : Capitalisme, financement participatif et démocratie, Le seuil, 2015.

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  •  Macron est vraiment très fatigué et doit partir

    Les images ne trompent pas : malgré le maquillage outrancier, on voit que Macron apparait complètement usé. Regardez la photo ci-dessus : l’œil gauche fixe la caméra, et l’œil droit s’en va vers la droite, tout en se rapetissant et laissant deviner un vide complet. En deux ans de présidence, il a beaucoup vieilli, et sa folie commence à se voir. Engoncé dans son petit costume de petit banquier, il dit tout et son contraire. Il renifle, se gratte le nez comme ces drogués qui consomment un peu trop souvent de la cocaïne. Mais il conserve toujours ce bagout de marchand de voiture d’occasion qui lui permet de dire tout et n’importe quoi, il saoule tellement ses interlocuteurs, que quand il répond à une question, on finit par ne plus savoir ce qu’on avait demandé. Le voilà donc à l’OIT – Organisation Internationale du Travail – sous-boutique de l’ONU qui avait pour mission dans le temps de défendre le droit des travailleurs. Dans un discours frisant l’imbécilité – écrit peut-être par Sibeth Ndiaye – le voilà qu’il met en garde contre les dérives du capitalisme[1]. Autrement dit, le voilà qui depuis deux ans accélère la dérèglementation des marchés, y compris celui du marché du travail, qu’il réclame la destruction des services publics, qu’il pousse à une adoption définitive du CETA, et qui, en même temps, nous dit que le capitalisme exagère ! Il faut comprendre qu’il s’agit là à la fois d’une impasse stratégique dans laquelle il ne pouvait que se trouver, et en même temps d’une tactique éculée. En vérité c’est un peu la seule tactique qu’il peut avoir. En quelque sorte, après avoir débauché une partie des Républicains, des représentants éminents de la droite affairiste et cosmopolite, qui ne peuvent au fond que se féliciter des orientations économiques, le voilà qu’il fait des discours sensés donner des gages au peuple de gauche, comme par exemple pleurnicher sur les dérèglements climatiques pour plaire à Canfin et Jadot, histoire de faire oublier la démission du pâle Nicolas Hulot. Autrement dit, dans les faits, dans le concret, il continue une politique de droite extrême inspirée par Guizot, et dans le discours il joue les compatissants, voire les humbles, les repentants.

    Macron est vraiment très fatigué et doit partir

    De la même façon Macron aime discourir sur la démocratie, ou le patriotisme renouvelé. Mais dans les faits il s’en fout totalement. En même temps qu’il signe un traité qui est de fait une capitulation face à la puissance économique allemande[2], il fait des discours sur le patriotisme. Ce menteur pathologique défend en même temps un « patriotisme inclusif »[3] – ce néologisme – et une Europe fédérale sous la houlette de l’Allemagne[4] ! Il est le seul qui fait encore semblant de croire que le couple franco-allemand existe. Pour la démocratie qu’il présente comme un acquis de l’histoire de l’Europe, il la viole tous les jours. Macron est entré d’une manière sournoise et louvoyante, c’est dans sa manière, dans une réfutation de l’Etat de droit. Je passe sur la police qu’il a transformée en milice sous les ordres d’un autre menteur, Castaner, et sur la presse qui n’ose plus critiquer quoi que ce soit. Mais il a transformé l’appareil judiciaire en une collection de pantins qui sont bien contents de donner des gages de fidélité au président-fou. Il emploie maintenant celle-ci pour traquer ceux qui ont donné pour la cagnotte de Christophe Dettinger, il les fait convoquer par la police ou encore il demande au parquet, dirigé par l’ignoble Belloubet, de diligenter une enquête sur cette cagnotte[5]. Cette fameuse cagnotte mérite qu’on s’y attarde. Elle a été mise en place dans le respect de la loi pour aider la famille de Dettinger et aussi pour l’aider à payer un avocat. Dettinger ce n’est ni Balkany, ni Benalla. Il n’a guère de moyens financiers à sa disposition, et c’est pourquoi on l’aide. Mais voilà que cette plateforme qui gère les cagnottes Leetchi s’est vautrée dans le déshonneur complet : d’abord en la fermant pour empêcher les dons d’arriver, ce qui est déjà enfreindre la loi et la morale la plus ordinaire, ensuite en transmettant à la justice les noms des donateurs. On pense ce qu’on veut de Dettinger – moi j’en pense du bien – mais dans un régime démocratique il est normal que les amis d’un prévenu l’aident à faire face à ses frais de justice ou soutiennent sa famille. Et donc cette plateforme entrave la bonne marche de la justice en empêchant les amis du prévenu de lever des fonds, mais ensuite, se croyant revenu sous Vichy, elle se livre à une délation crapuleuse. Evidemment c’est ce régime pourri qui la pousse dans ce sens. La honte va poursuivre ce régime dictatorial jusqu’à la fin de ses jours. Les policiers qui vont enquêter sur les donateurs, pourquoi ?, vont chercher sans doute à ficher les opposants pour une éventuelle rafle si les choses tournent mal pour Macron.

      Macron est vraiment très fatigué et doit partir

    Menteur pathologique, sans ancrage solide dans la société, Macron est aux abois, derrière son sourire imbécile et niais, se cache un psychopathe qui semble croire que plus les mensonges qu’il débite sont gros et plus ils passent. Il est vrai que les Français ont la mémoire courte et son assez peu rancuniers. Mais justement, ce double langage permanent ne fonctionne plus : aujourd’hui Macron est clairement identifié comme un homme de droite et le président des riches. C’est évidemment le résultat de sa politique économique et sociale. Cette démarche qui se traduit dans les faits par des privatisations au profit des amis, ravit évidemment la droite, au point de faire exploser le parti Les Républicains. Ceux-ci n’ont plus d’espace, et donc décident un peu dans le désordre à se soumettre à une forme de fusion-acquisition[6]. Mais en même temps, Macron a fait sauter cette fiction de l’extrême centre[7]. Sa dérive langagière a au moins une vertu c’est de faire exploser le mythe d’une gouvernance d’experts qui se situerait au-dessus des a priori idéologiques. Ce dévoilement a été en fait permis par la « gauche » qui s’est perdue en s’adaptant au marché par cupidité et opportunisme. Tout ça pour dire que les extravagances de Macron vont maintenant obliger la gauche à se refonder. C’est-à-dire à ce qu’elle revienne vers une forme de social-démocratie originelle, celle d’avant la reconnaissance de la suprématie du marché[8]. Cette nécessité de revenir au socialisme explique pourquoi aujourd’hui le PCF a des résultats électoraux si misérables, « l’Europe des gens » n’a convaincu personne. Et pourtant un peu partout dans le monde, on sent des changements. Aux Etats-Unis grâce à Sanders, il est maintenant possible de poser la question du socialisme à des heures de grande écoute ! Mais au Danemark les sociaux-démocrates sont revenus au pouvoir en abandonnant la rhétorique libérale, notamment en réexaminant la question de la mondialisation, du libre-échange et des migrations[9].

    Macron est vraiment très fatigué et doit partir

    L’impasse du modèle allemand, la question de l’écologie, comme celle des migrations font apparaitre les propositions de Macron comme des solutions au mieux farfelues et sans avenir. Les recette de Guizot c’était le libéralisme et la corruption. Elles étaient déjà mauvaises en 1848, et elles amenèrent la Révolution de 1848, l’exil de Louis-Philippe, et celui de Guizot qui partit ruminer sa déconfiture en Angleterre. C’est d’ailleurs à Guizot que Macron, sans doute le président le plus corrompu de la Vème République, que l’arrogance satisfaite de Macron fait penser, la même inconscience aussi. La maxime de François Guizot[10] était « enrichissez-vous », ce qui peut être rapprocher des macroneries du type : « il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi » ou « il faut que des jeunes Français aient envie de devenir milliardaires ».

    « La corruption officielle ne manquait pas de sujets à corrompre. M. Guizot était parvenu à un tel degré de manipulation de tous ceux qui l’approchaient que lui et son maître se réjouissaient probablement à l’idée d’un pourrissement généralisé. L’apparence de ces éléments les plus proches leur dissimulait l’état réel de la France dans son ensemble. Cette ignorance eut pour effet qu’un beau jour le roi astucieux et son philosophe de ministre se retrouvèrent en Angleterre sans couronne ni poste. »[11]



    [7] Pierre Serna, L’extrême centre ou le poison français, Le champ wallon, 2019. Ce terme d’extrême-centre désigne non seulement des formations politiques comme celles de Macron ou de Renzi, mais cette manière de tuer le débat politique en masquant que le « centre » n’est qu’une autre dénomination pour la droite affairiste.

    [8] C’est au congrès de Bad Godesberg en 1959 que le PSD abandonna l’idée de socialisme

    [10] Il y aurait beaucoup à dire sur Guizot auquel Macron ressemble aussi physiquement, y compris dans la manière de perdre ses cheveux. C’était un fils d’émigrés dont la famille se réfugia à Genève pour fuir la Révolution française. Il était aussi haï par le peuple que Macron aujourd’hui. Il est resté comme le symbole du capitalisme corrompu et affairiste. Laurent Theis, Français Guizot, Fayard, 2008. Guizot sombra tout naturellement dans l’oubli.

    [11] The Spectator Archive, 18 mars 1848

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