•  Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010

    L’idéal de fluidité 

    Le transport est un problème majeur dans les sociétés modernes. Le déplacement engendre la pollution de l’air, la destruction de l’espace naturel et de l’espace agricole. Il est une source de dépense de temps et d’argent[1]. Le livre va donc établir un constat de toutes les nuisances possibles et imaginables que nous connaissons un peu tous. Et puis, il va avancer quelques ébauches de solution. L’ensemble de l’ouvrage est d’abord un réquisitoire contre l’automobile. Et c’est sans doute là que se situe son premier défaut. Il ne comprend pas que toute la société moderne est bâtie sur un idéal de fluidité et sur un abaissement des coûts de franchissement de l’espace. Cette baisse est continue depuis des siècles et facilite l’élargissement du marché, ce qui est l’idéal de la société marchande et donc capitaliste. Mais évidemment cet abaissement des coûts ne peut se produire que si d’autres parties de la société les supportent. C’est sur ce point d’ailleurs que l’économie libérale butte, puisque le financement des infrastructures de transports – routes, ports, aéroports – doit être pris en charge par l’Etat pour une grande partie, ne serait-ce que pour externaliser les coûts. De même l’aménagement du territoire fait très souvent supporter les coûts non-monétaires des déplacements pendulaires aux salariés lorsque les entreprises choisissent de s’implanter en dehors des villes, là où les terrains sont moins chers et où les nœuds de communication sont plus nombreux. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010

    Il est pourtant aisé de comprendre que les calamités engendrées par le transport si elles procèdent de l’usage de l’automobile, proviennent aussi de l’usage intempestif de l’avion et des camions. Mais les auteurs ne s’intéressent qu’à l’usage des automobiles et non aux autres systèmes de déplacement. Autrement dit, ils ne s’intéressent pas aux causes et préfèrent s’attaquer aux conséquences. Ils ne remettent pas en question l’idéal de fluidité, ils ne veulent pas limiter la mobilité qu’ils pensent être un droit humain comme un autre, mais ils recherchent une mobilité durable. Cela serait risible si ces gens-là ne se présentaient pas comme des experts qui sont capables de fournir, clés en main, des solutions. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Les transports engendrent trois sortes d’effets négatifs qui ne sont pas pris en charge par les entreprises elles-mêmes, et donc qui sont au contraire d’une manière ou d’une autre à la charge de la collectivité :

    - l’emprise sur l’environnement naturel et agricole, ce qu’on appelle l’artificialisation des sols, avec son corolaire en termes de pollution de l’air[2] ;

    - le coût pour les collectivités publiques de l’entretien des infrastructures. Avec la raréfaction des espaces utilisables, ce coût est forcément croissant ;

    - enfin il y a le coût monétaire et non monétaire pour les usagers de la route, le temps passé dans les déplacements, les dégâts sur la santé, etc… 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Les auteurs de l’ouvrage que nous commentons pensent que la solution est de restreindre l’usage de l’automobile. Or près de 70% de la population utilise ce moyen de déplacement d’abord pour des raisons professionnelles[3], malgré le coût supplémentaire que cela engendre. Evidemment si tous ces individus prennent l’automobile, ce n’est pas forcément par plaisir, c’est parce que la localisation des activités économiques sont éloignées des zones de résidence. Or la logique des solutions avancées par les auteurs de ce livre est de punir les automobilistes ! C’est la même méthode avec les fumeurs : on les punit. C’est un aspect pas assez souligné selon moi des dérives de la société moderne, punir les victimes des dysfonctionnements sociétaux. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Comment punir les automobilistes ? 

    Il y a plusieurs manières, l’une payante et l’autre pas, mais ces deux manières ne règlent en rien les problèmes de fond si les occasions de se déplacer ne changent pas. La manière payante est par exemple d’infliger une hausse généralisée du stationnement, ou encore d’accroître le tarif des amendes. La manière non payante – mais pas gratuite pour autant – c’est de restreindre l’espace dévolue à l’automobile. Par exemple en limitant les possibilités de parking au nom de l’aménagement urbain. On va multiplier les zones piétonnes – en transformant les centres-villes en une sorte d’hypermarché à ciel ouvert, mettre des poteaux pour empêcher le stationnement, ce qui aura comme conséquence partielle de rabattre les automobilistes vers les parkings privatisés qui sont devenus des vraies sources de profit sans trop de contrôle[4]. Et je ne parle pas du stress de la circulation, ni du prix scandaleux des péages autoroutiers[5]. Donc on va faire des pistes cyclables plus ou moins utilisables, sans même penser qu’on ne peut pas utiliser ces pistes cyclables si la longueur du déplacement est trop importante. Disons les choses autrement, ces dernières décennies les distances parcourues dans les déplacements domicile-travail ont augmenté, c’est évidemment en contradiction avec l’idée de privilégier le vélo[6] ! Entendons-nous bien, je ne suis pas hostile à l’usage du vélo, bien au contraire, c’est un moyen peu coûteux et qui favorise l’entretien physique des personnes qui l’utilisent, mais il n’est pas adéquat pour des distances trop longues, par exemple si on travaille à 20 kms de chez soi. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Si on y réfléchit, punir les automobilistes est un aveu d’impuissance. En effet, cela signifie que nous n’avons pas les moyens ni la volonté d’inverser le cours des choses. Or plutôt que de chercher des solutions dans le renouvellement technologique ou dans la police de l’aménagement urbain, il faudrait commencer par diminuer les raisons de se déplacer. Cela on ne veut pas le faire. Cette hypocrisie apparait tout de suite dans l’encouragement des autorités à la production d’automobiles, quand dans le même temps on empêche les automobilistes de l’utiliser ! Une mesure cohérente et radicale serait par exemple d’interdire purement et simplement l’usage privé de l’automobile. Ce qui immanquablement obligerait à une réimplantation des entreprises en fonction de la localisation de la main d’œuvre et de la clientèle. On remarque que les auteurs négligent purement et simplement de parler du transport de marchandise. Or, le transport de marchandise représente environ le tiers des déplacements, et si les flux de marchandises sous pavillon français ont tendance à se tasser depuis une vingtaine d’années, ils augmentent avec le développement des échanges en Europe. Or, le problème de saturation des réseaux fonctionne comme un système de vase communiquant : si le trafic des camions augmente, cela entrave la circulation automobile. Mais les auteurs ne veulent pas discuter de cette question. Or elle est fondamentale puisqu’en effet de nombreuses entreprises se sont installées dans des zones où les nœuds de communication et de logistique sont denses et qui sont de ce fait éloignés des zones de résidence. Les salariés qui doivent les rejoindre doivent utiliser l’automobile ! Mais cela on ne peut le remettre en question que si on récuse à la fois l’organisation de l’espace européen comme un vaste marché unifié, et dons aussi le modèle productiviste. 

    Resserrer l’espace social et économique 

    La question des transports et les solutions alternatives à la punition des automobilistes passent par une refonte des liens économiques. Pour cela il faut resserrer l’espace et favoriser les productions locales. Autrement dit sortir de l’Europe. Mais cela pourrait aussi passer par la fermeture des grands centres commerciaux périurbains qui sont conçus pour le déplacement automobile. Ces zones commerciales qui défigurent le paysage, consomment aussi beaucoup d’espace agricole. Par exemple la zone commerciale de Plan de Campagne dans les Bouches du Rhône, aux portes de Marseille, dont nous donnons deux aperçus ci-après était encore il y a une cinquantaine d’années une zone agricole, et même d’élevage de moutons. C’est aujourd’hui la plus grande zone commerciale d’Europe. Elle concerne 25 millions de visiteurs par an et environ 7 500 emplois. Que ce soit les clients ou les travailleurs, il est presqu’impossible d’utiliser autre chose que l’automobile. A cela s’ajoute la ronde sans fin des camions qui viennent du monde entier pour livrer les marchandises. Cette situation engendre des problèmes sans fin notamment parce ce que l’autoroute entre Marseille et Aix-en-Provence est complètement saturée et qu’il faut faire preuve d’imagination pour améliorer la fluidité du trafic. On a même eu l’idée incongrue de doubles cette autoroute en en construisant une autre au-dessus de la première ! Demander aux clients de Plan de Campagne et à ses employés de prendre le vélo est complètement dénué de sens. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    Cet exemple de Plan de Campagne montre que les problèmes de mobilité sont déterminés par un mode de consommation et de production anarchique, et que de vouloir négliger cet aspect ne produit finalement que des solutions bâtardes et sans efficacité réelle. Le besoin de mobilité n’existe pas en soi. Ce n’est pas un besoin comme manger, se loger ou se vêtir. Il est directement dépendant des autres rapports sociaux. C’est en ce sens que cet ouvrage est médiocre parce qu’il postule qu’on peut changer les conditions de la mobilité, sans changer les autres paramètres de la société. L’idéal de fluidité des échanges est le complément du libéralisme individualiste qui fait de l’élargissement des marchés la condition du développement économique et de la croissance. Cette conception est erronée, il est temps de voir qu’elle nous conduit dans une impasse. Le renouveau viendra d’un resserrement des échanges sur des périmètres plus étroits, forcément plus conviviaux, mais aussi plus respectueux de l’environnement. 

    Ludovic Bu, Marc Fontanes & Olivier Razemon, Les transports, la planète et le citoyen, Rue de l’Echiquier, 2010 

    On notera que Daniel Cohn-Bendit a écrit une postface pour cet ouvrage, ce qui ne nous étonne pas puisque cet individu aux convictions vacillantes autant que fluctuantes, et qu’il croit que la défense de l’environnement est compatible avec le développement d’un projet européen.

     



    [1] https://www.notre-planete.info/ecologie/transport/placeauto.php

    [2] http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/1831/1328/espaces-artificialises.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/conso/2014/01/25/05007-20140125ARTFIG00275-utiliser-un-vehicule-represente-un-cout-de-3300-euros-par-an.php

    [4] http://votreargent.lexpress.fr/immobilier/investir-dans-un-parking-c-est-6-a-12-de-rendement-attendu_1665613.html

    [5] http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20140721.OBS4317/cheres-tres-cheres-autoroutes-le-scandale.html

    [6] https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280781

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  •  Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Ce gouvernement d’affairistes et de millionnaires a décidé de faire la chasse aux chômeurs[1]. C’est une vieille lubie de la droite réactionnaire de faire croire qu’en resserrant les conditions d’éligibilité aux allocations chômage, voire en les supprimant, le chômage baissera. Voilà donc cette vieille sorcière mistifrisée de Pénicaud – on dirait cette caricature sortie de la vielle série Les Deschiens – laisse entendre via Le canard enchainé qu’elle prépare une loi pour contrôler un peu plus les chômeurs[2]. Passons sur le fait qu’on ait mis au ministère du travail la personne la plus riche du gouvernement : autant mettre directement Gattaz. Le principal point de ce discours de propagande est en vérité de faire croire que les chômeurs sont des chômeurs volontaires, des personnes particulièrement lascives, peu empressées de retrouver du travail, préférant avec leurs grasses indemnités partir en vacances aux Bahamas. Un jeune député macroniste particulièrement imbécile, Damien Adam pour ne pas le nommer, avait été particulièrement moqué lorsqu’il avait avancé cette idée loufoque[3], mais la façon de travailler de ce gouvernement montre qu’il ne s’agissait pas d’un simple écart de langage. C’est toute la philosophie sociale de ce gouvernement de la droite extrême qui se révélait dans cette incongruité. En vérité toutes les mesures ignobles de ce gouvernement vont dans le même sens, que ce soit la réforme du droit du travail, ou la réforme à venir du contrôle des chômeurs, on suppose que les chômeurs sont responsables du haut niveau du chômage que connait notre pays depuis une bonne trentaine d’années. Donc qu’il y aurait des gisements d’emplois en grande quantité à occuper, où ?, ce n’est jamais dit bien sûr, mais que la mauvaise volonté des chômeurs empêche d’être pourvus. Cette attitude des chômeurs est une perte à la fois pour l’économie en général et pour les finances publiques car un chômeur coûte cher à entretenir. Bien qu’il n’y ait aucune étude convaincante sur le coût du chômage pour la société, on peut l’estimer à environ 100 milliards d’euros par an[4]. La perte est évidente, mais dire que les chômeurs sont les seuls responsables parait appartenir à un âge révolu de la pensée économique : ce qui se disait avant la crise de 1930, avant que Keynes produise sa Théorie générale en 1936 et que Roosevelt et le New Deal changent radicalement la manière de voir cette question[5]. Le retour de la vieille idée réactionnaire de la responsabilité des chômeurs dans la montée du chômage est apparue à la fin des années soixante-et-dix, quand Margaret Thatcher, que Macron admire tant, et Ronald Reagan ont donné du clairon pour annoncer que la lutte des classes allait se faire à l’envers : les riches contre les pauvres. On remarque que le discours contre les chômeurs se durcit au fur et à mesure que le chômage augmente, mais aussi au fur et à mesure que les écarts de richesses s’accroissent. Un peu comme si en attaquant les chômeurs on voulait détourner l’attention sur les origines d’un phénomène structurel. La tendance est claire comme le montre le graphique ci-dessous, le chômage augmente depuis la fin des années soixante, et plus fortement depuis la moitié des années soixante-dix. Cette tendance est la même dans tous les pays du monde développé, elle peut être plus ou moins marquée, cela dépend de la construction statistique – le chômage n’est pas mesuré de la même manière de partout – et aussi bien sûr de la réaction des politiques publiques en la matière

     Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron  

    Taux de chômage en France, Source Insee 

    L’approche macronienne qui se prétend nouvelle, relève uniquement de la pensée magique et n’a aucun fondement empirique, ni même théorique, ce qui veut dire que cette logique répressive ne permettra pas de créer un seul emploi supplémentaire. Mais en outre, on va voir que ces soi-disant mesures de « durcissement du contrôle des chômeurs » vont se révéler rapidement inopérantes pour réduire le chômage. Cette tendance à réduire les droits des chômeurs n’a rien de nouveau, elle est à l’œuvre de partout dans le monde développé depuis la fin des années soixante-et-dix dans le monde, et depuis très précisément 1983 en France, quand le Parti Socialiste s’est converti au standard européen et qu’on a commencé à faire du chômeur le bouc émissaire. Ce qu’on sait de la note qui a circulé après les révélation du Canard enchaïné, c’est qu’elle a été rédigée par Antoine Foucher, directeur du cabinet de Pénicaud, et ancien cadre du MEDEF, pour la neutralité de la fonction publique, on repassera, c’est comme si on demandait au renard de construire un poulailler sécurisé pour la volaille[6]. 

    Les causes de la montée du chômage 

    Evidemment si on veut combattre le chômage, il faut comprendre pourquoi celui-ci augmente, et pour cela s’appuyer sur une observation empirique du phénomène. La première leçon qu’on peut adresser au gouvernement Philippe et à Pénicaud est la suivante. Le chômage augmente quand la croissance est faible, et il diminue lorsque la croissance s’accélère. Les deux courbes sont dans une relation négative comme on le voit sur le graphique ci-dessous. Cela devrait suffire à démontrer que le chômage n’est pas volontaire, puisqu’en effet, quelle que soit l’époque, il n’y a pas de raison que le nombre de fainéants et de mauvais esprits, de profiteurs du système varie en fonction de la conjoncture économique, il devrait au moins être constant dans le temps. Les idées stupides de la droite stupide sont fondées sur les analyses de Pierre Cahuc et André Zylberberg dont j’ai eu l’occasion de dire ici tout le mal que je pensais[7]. Ces deux économistes dont le métier est principalement de produire des arguments politiques pour le MEDEF et le gouvernement, ont écrit un ouvrage il y a presque 15 ans maintenant qui résume tout ce que le patronat aime entendre à propos du chômage, mais qui en fait ne fait que recycler les vieilles idées du XIXème siècle repeinte dans une couleur plus vive et plus attrayante[8].  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Les deux médiocres avancent trois points importants mais malheureusement pour eux contrefactuels :

    - tout d’abord ils considèrent que le chômage est un élément naturel de l’économie de marché. Etant donné qu’il y a à la fois des entrées et des sorties du chômage ces deux cuistres supposent que le chômage stimule la croissance en permettant au marché une réallocation des ressources humaines plus performante. Déjà, invoquer des lois naturelles pour parler d’économie est une erreur des plus grossières, mais cette idée suppose qu’en facilitant les licenciements, on facilite l’émergence de nouveaux emplois dans des nouveaux secteurs, c’est la théorie du déversoir ou du déversement, une autre manière de parler de destruction-créatrice ;

    - ensuite que pour stimuler la croissance, il faut libérer les énergies entrepreneuriales : faciliter la vie des patrons en permettant de licencier comme on le veut, en diminuant les « charges sociales »[9]. Les faits leur donnent tort, depuis 1983, on abaisse les « charges sociales » notamment sur les bas salaires, comme on le voit dans le graphique ci-dessous, et cela sans effet sur le chômage. 

     

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron 

    Source :  Rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale 2009 

    - enfin, en bons petits soldats du MEDEF, ils avancent que le SMIC est bien trop élevé en France, il est d’environ 50% du salaire moyen, alors que dans les autres pays de l’OCDE il est seulement de 38%. Autrement dit le SMIC français est responsable du chômage. Cette assertion fréquente chez les économistes du « bloc bourgeois » n’est pas démontrée par les faits. C’est même le contraire. Il y a d’abord l’ouvrage de Card et Krueger[10] qui montre que c’est exactement l’inverse. Cet ouvrage un peu ancien maintenant est intéressant parce que justement ses auteurs emploient la méthode dite expérimentale que Cahuc et Zylberberg prônent. Ensuite il y a le fait que l’Allemagne a introduit un salaire minimum en 2015, et l’a même augmenté en 2016[11], or contrairement à ce qu’avançaient les économistes du bloc bourgeois, donc Cahuc et Zylberberg, cela n’a eu aucune incidence sur le niveau du chômage[12], par contre cela a permis de sortir une partie des travailleurs de la situation de pauvreté en diminuant les « mini-jobs »[13]. En Espagne où le salaire minimum est de 825,65 € par mois, soit 55% du SMIC français, le chômage est près de deux fois plus élevé qu’en France. Dernier élément qui prouve l’inanité de cette approche, c’est l’expérience du gouvernement Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Ce gouvernement a procédé simplement à une hausse des minima sociaux, et donc il a donné un coup de pouce au SMIC : le droit du travail n’a pas été modifié, et les règles des indemnités chômage n’ont pas changé durant cette période : le résultat a été une baisse radicale du chômage – environ un tiers. C’est seulement à la fin de son mandat, c’est-à-dire quand la France est entrée dans l’euro, que le chômage a recommencé à augmenter. 

    Chômage et croissance 

    Comme on le voit, le débat tourne autour de la question de la croissance. Les thèses du bloc bourgeois sont que la croissance n’est jamais stimulée durablement par la demande – donc il ne sert à rien d’augmenter les salaires – mais toujours par l’offre. Stimuler l’offre c’est flexibiliser le marché du travail en diminuant la protection sociale, en abaissant les salaires, et ensuite on prie pour que cette démarche se répercute dans une baisse des prix qui profitera à tout le monde, y compris aux pauvres. L’évolution des trente dernières années montre que la faiblesse de la croissance – et donc l’insuffisance de la création d’emplois – provient d’abord d’une confiscation des gains de productivité du travail par le capital. Cela entraîne forcément une croissance des inégalités, mais aussi un blocage de la croissance. En effet si les salaires augmentent moins vite que la productivité du travail, il se crée naturellement un défaut de demande qui n’incite pas les détenteurs de capitaux à investir autrement que dans des valeurs spéculatives.  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron 

    C’est pourquoi les organismes internationaux comme l’OCDE[14] ou le FMI[15] ont pris le contrepied des positions défendues par le gouvernement extrêmement à droite de Macron-Philippe. Pour ces deux boutiques, la lutte pour l’emploi passe par une lutte contre les inégalités de revenus qui plombent la croissance. Il faudrait donc à l’inverse relever le salaire minimum pour relancer la croissance et l’emploi. Mais admettre que ce sont les salaires trop bas qui plombent la croissance et l’emploi, ce n’est pas possible pour un gouvernement de millionnaires, cela reviendrait à dire que ce sont les oligarques qui sont responsables du chômage et non les chômeurs eux-mêmes, ce serait revenir à Keynes en quelques sorte qui souhaitait une euthanasie des rentiers. Ce serait remettre en question tout le formatage intellectuel des économistes depuis une quarantaine d’années. Il est donc préférable pour son confort intellectuel de continuer à taper sur les chômeurs, ces assistés. Il est donc postulé que les allocations chômage seraient bien trop élevées et n’inciterait pas au retour à l’emploi. 

    Punir les chômeurs   

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron 

    Pour montrer combien l’idée d’un chômage volontaire est fausse et injurieuse pour les chômeurs, il faut se servir des données que l’on a. Partons de l’étude de l’UNEDIC réalisée en 2016[16]. Tout d’abord il y a le fait que 58% des chômeurs seulement sont indemnisés. Donc 42% ne touche aucune allocation chômage. Ensuite, 1,7 millions de chômeurs touchent une indemnité tout en travaillant. S’ils touchent une indemnité, c’est parce qu’ils sont revenus à l’emploi, mais que leur salaire est insuffisant, par exemple, s’ils n’ont qu’un travail à temps partiel. Il ne reste donc que 1,9 millions de chômeurs qui ne travaillent pas et qui touchent des allocations chômage, soit 30% des chômeurs inscrits à Pôle emploi. Disons les choses autrement : sur les 6,2 millions de chômeurs qu’on comptait à cette époque – fin 2016 – 5,3 millions ne rentraient pas dans la mythique catégorie des chômeurs volontaires, soit 70% environ.

    Mais pour ceux qui ne travaillent pas et qui touchent une allocation, la position de chômeur est-elle enviable comme le suggèrent Cahuc et Zylberberg les économistes du bloc bourgeois ? Autrement dit les allocations chômage permettent elles de se la couler douce ? De partir en vacances aux Bahamas comme le suggère l’idiot de service Damien Adam ? La réponse est non, catégoriquement non. Pourquoi ? D’abord parce que les indemnités chômage ne durent pas. Elles ne peuvent excéder 24 mois. Cette durée est allongée si le chômeur est âgé. Ensuite parce que l’allocation chômage est en moyenne de 72% du salaire. On voit que le manque à gagner pour les salariés les moins qualifiés payés au SMIC est substantiel. Pour que Cahuc et Zylberberg comprennent cela, il faudrait pour qu’ils se rendent compte de ce qu’ils écrivent qu’ils vivent seulement un mois ou deux avec 72% du SMIC. L’avaricieuse Pénicaud devrait aussi suivre cette forme de thérapie, elle dirait moins de bêtises. La moyenne des allocations chômage versée est assez faible, 1000 € par mois pour l’ensemble des chômeurs indemnisés, et seulement 5 % des allocataires touchent plus de 1900 €. Il est donc assez évident que les chômeurs ont peu de chance de devenir aussi riche que la millionnaire Pénicaud en touchant des allocations chômage !

    Mais il y a encore autre chose que des simples calculs monétaires. La situation de chômeur est inconfortable. Il y a une surmortalité importante des chômeurs, ce qui veut dire que cette situation est d’abord une situation de souffrance. A la fin du XXème siècle, plusieurs études ont été produites sur ce thème

    « La mortalité des chômeurs est trois fois supérieure à celle d'un actif occupé au même âge, celle d'une chômeuse, deux fois supérieure »[17] 

     

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron  

    Une étude parue dans The Lancet, a montré également que la crise de 2008 a augmenté le nombre de cancers dans le monde consécutivement à la montée du chômage[18]. Selon le chercheur de l’INSERM, Pierre Meneton, le chômage serait responsable en France de 20 000 à 30 000 décès, soit pratiquement autant que les décès dus au tabac[19]. Tout cela converge vers une même réalité : le statut de chômeur n’est pas une sinécure.

    On voit que le chômage n’est pas une bonne affaire pécuniaire, et qu’en outre c’est une situation horrible sur le plan de la santé. Etre obligé de rappeler cela est assez déprimant et montre combien les politiciens et les économistes aux ordres ignorent ce que c’est que de vivre dans la précarité matérielle et psychologique[20].

    Tout cela est très connu, et même des imbéciles comme Cahuc et Zylberberg ne peuvent l’ignorer. Alors pourquoi vouloir punir les chômeurs ? Les raisons à cette campagne contre les chômeurs sont multiples et variées. D’abord consolider le discours sur la compétitivité et contre l’assistanat. De Laurent Wauquiez à Eric Brunet[21], en passant par les macroniens, ils sont nombreux à dénoncer l’assistanat, « ce cancer français ». Les assistés ce sont tous ces gens qui touchent des allocations, chômage, RSA, etc. et qui donc sont sensés détourner le bon argent durement gagné par les patrons qui plient sous le poids de l’impôt confiscatoire. Ce sont les vieilles idées débiles de Margaret Thatcher. Il est facile de voir que les assistés ne sont pas forcément ceux qu’on croit, vu les sommes affolantes que le CICE détourne vers les détenteurs de capitaux (tout de même 20 milliards d’euros par an).  

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    Le second intérêt de ce discours de classe est de précariser un peu plus les salariés, c’est ce que fait Pénicaud. Il est vrai qu’elle est bien aidée en cela par la passivité et la désorganisation des syndicats trop occupés par la défense de leur pré carré. Les chômeurs sont faibles, encore moins organisés pour défendre leurs droits, c’est une cible facile à atteindre, car la situation de chômeur est honteuse, et la plupart des chômeurs ont intégré cette honte. Et pourtant comme dit Marx, Il faut rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité. En attaquant les chômeurs Pénicaud montre qu’elle ne craint pas de réactions et défie clairement ce qui reste de la gauche. Elle veut exclure les chômeurs de la société, les montrer comme de mauvais Français indisciplinés et coûteux, les mettre hors la loi.

    Il s’agirait donc d’ajouter des sanctions à la situation des chômeurs, une double peine en quelque sorte[22]. Contrôler les chômeurs, c’est bien beau dans les discours électoraux, mais en clair qu’est ce que ça veut dire ? En effet, vu le nombre de chômeurs à contrôler, environ 2 millions, il faudrait embaucher massivement à Pôle emploi ! Ce qu’on refuse de faire évidemment au nom de la rigueur budgétaire. En vérité l’imagination des conseillers de Pénicaud est assez étriquée voici ce qui sera proposé :

    - d’abord obliger les chômeurs à tenir en quelque sorte un carnet de leurs démarches pour trouver du travail. On suppose que cela se fera par Internet. Mais il est assez facile de voir que cette idée loufoque n’aura aucun impact, en effet, il suffira de répondre à des offres d’emploi de Pôle emploi tout en sachant pertinemment qu’on ne sera pas recruté. Ou encore de démontrer qu’on a déposé un certain nombre de CV, ici et là. 

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron   

    - ensuite sanctionner ceux qui se feront prendre, par exemple, ceux qui manqueront un rendez-vous avec le conseiller d’orientation de Pôle emploi. Cela devient plus sérieux, au bout de deux rendez vous manqués, les allocations chômage seraient abaissées de 20% et si le chômeur persiste, ses allocations baisseraient de 50% ! Mais le tarif serait le même si le chômeur persistait à refuser deux offres successives d’emploi jugées raisonnables par son conseiller[23]. C’est une vieille sarkozyste, obliger les chômeurs à prendre un boulot sous-payé, voire délocalisé. Définir une offre raisonnable d’embauche est assez peu clair et ne le sera sans doute pas plus demain.

    On se doute qu’un tel projet outre le fait d’humilier un peu plus les chômeurs, permettra de nettoyer un peu plus les statistiques et donc de pousser dans le sens d’une baisse artificielle du chômage. Mais cela permettra d’entamer encore plus fort le vieux refrain selon lequel : qui veut travailler trouve du travail, seuls les fainéants n’en trouvent pas. En vérité le contrôle des chômeurs existe déjà, il avait été mis en place par François Rebsamen en 2014, mais les contrôles avaient montré que les chômeurs ne se comportaient pas du tout comme des assistés, et que massivement ils cherchaient à sortir d’une situation de précarité[24]. En outre, il avait été révélé par cette même enquête que 4% des chômeurs n’usaient pas de leurs droits. 

    Retour à la dure réalité  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    Ces mesures ont commencé à être critiquées par les syndicats. La France Insoumise par la voix de son député Quatennens est sortie de sa torpeur en avançant que ce projet sournois s’attaquait plutôt aux chômeurs qu’au chômage[25]. Et de fait les chiffres sont cruels : en effet il y a aujourd’hui plus de 6,5 millions de chômeurs, mais seulement entre 250 000 et 300 000 offres d’emplois non pourvues[26]. Cela veut dire que même en forçant les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, même en le formant aux exigences du marché, il resterait au bas mot encore 6,2 millions de chômeurs ! C’est une réalité arithmétique. Autant dire que le chômage de masse perdurerait.

    Le chômage est une question sérieuse qui ne peut se régler par les bricolages macroniens qui ne font que mettre en œuvre les idées du MEDEF. Ces nouvelles agressions contre les chômeurs auxquelles Sarkozy, l’autre homme politique du grand capital, avaient renoncé par crainte de la réaction du peuple de gauche, sont poussées fortement par le petit banquier qui est accessoirement président de la République. Il suppose que la gauche est morte et enterrée, le Parti socialiste a disparu, le PCF et la FI, à quelques exceptions près, restent bien trop préoccupés par la défense des immigrés et des Palestiniens pour avoir des idées nouvelles en matière de soutien aux chômeurs. Quant aux syndicats, ils sont très divisés et dirigés par des bureaucrates qui ne sont pas vraiment intéressés par ces questions. C’est la chance si on peut dire de Macron : l’opposition a provisoirement disparu, et même si les Français n’adhèrent pas à ses idées d’un autre âge, il peut faire passer facilement ses lois mortifères. Bien sûr la sanction tombera un jour parce que le chômage est la première peur des Français, et donc si le chômage ne baisse pas, alors il sera débarqué, comme a été débarqué Sarkozy, et comme a été débarqué Hollande. 

    Conclusion 

    En dehors de ces fantaisies l’avenir de l’emploi est très sombre. McKinsey, un institut de recherche très prisé par les multinationales, vient de publier un gros rapport[27] qui explique qu’à l’horizon 2030 c’est environ 20% des emplois actuels qui sont menacés de disparition du fait de l’évolution technologique. Et parmi ces emplois, une grande partie de ceux-ci sont des emplois très qualifiés qui demandent une formation très poussée. Cette réalité de la mondialisation montre qu’au moins deux pistes de lutte contre le chômage sont sans issue :

    - d’abord l’idée selon laquelle en formant mieux et plus les populations, le taux de chômage baisserait. C’est une assertion qui est fausse sur le plan méthodologique. En effet elle se fonde sur le fait que les personnes qui possèdent le plus de diplômes sont celles qui sont le moins souvent au chômage. Mais cette vérité micro-économique est en contradiction avec l’approche macro-économique qui montre que les diplômes ont de moins en moins de valeur[28], ce qui est logique du point de vue de la loi de l’offre et de la demande. Autrement dit si tous les chômeurs étaient très diplômés, ils ne trouveraient pas plus de travail, car la formation ne crée pas l’emploi, mais permet de disqualifier seulement ceux qui en ont moins. Du reste on voit que le nombre des diplômés s’est accru radicalement depuis trente ans, alors même que le chômage a augmenté.  

    Chômage, les leçons d’économie faites à Pénicaud et à Macron

    - ensuite évidemment que si d’ici à 2030 20% des emplois seront détruits par le progrès technologique, la masse est tellement énorme – on parle de 400 à 800 millions d’emplois détruits au niveau mondial, que la théorie du déversoir ne pourra pas combler ce déficit : la destruction sera forcément plus rapide que la création[29]. C’est ce qu’admet le rapport McKinsey qui signale qu’il faut se préparer à élargir la protection sociale – l’inverse donc de ce que font Macron et sa bande ! On voit facilement pourquoi les capitalistes les plus éclairés sont favorables au Revenu universel, c’est un facteur de paix sociale, et la seule source potentielle de revenu qui permettra de consommer les mauvaises marchandises que le capital continue à produire. Mais dans ce contexte de destruction massive d’emplois il va être de plus en plus malvenu de considérer que l’immigration est une chance pour l’Europe et que celle-ci ne viendra pas gonfler le chômage[30].

    On voit que sur tous les points, et plus encore sur la question des inégalités et du chômage, le gouvernement de Macron-Phillipe-Pénicaud est en retard d’une bataille. Il ne s’agit plus d’adapter le vieux modèle de l’économie de marché, mais de changer de système de production et de consommation. Parmi les pistes raisonnables que nous pouvons avancer pour créer des emplois, il y en a au moins quatre :

    - la première est de diminuer la pression de la concurrence mondiale, et donc de diminuer les flux transfrontaliers de capitaux, de marchandises et d’hommes ;

    - la seconde est de favoriser les activités consommant de la main d’œuvre, par exemple l’agriculture biologique au détriment de l’agriculture conventionnelle, introduire des normes de qualité dans les productions industrielles ;

    - la troisième est la baisse de la durée travaillée ;

    - la quatrième est d’interdire les hypermarchés qui détruisent 5 emplois lorsqu’ils en créent un.

    On voit que toutes ces solutions – mais il y en a sans doute d’autres – sont à la fois créatrices d’emplois, et agissent dans le sens d’un plus grand respect vis-à-vis de l’environnement. Mais pour l’instant la classe politique n’est pas prête à sacrifier l’idée que seule l’accélération du progrès technologique est source de richesse et d’emplois.


    [1] http://www.lemonde.fr/gouvernement-philippe/article/2017/12/16/de-nombreux-millionnaires-parmi-le-gouvernement_5230633_5129180.html

    [2] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/12/27/les-pistes-du-gouvernement-pour-durcir-le-controle-des-chomeurs_5234906_823448.html

    [3] https://www.marianne.net/politique/plein-paradise-papers-depute-lrem-attaque-aux-chomeurs-partent-en-vacances-bahamas

    [4] https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2016/06/19/le-cout-public-du-chomage-plus-de-100-milliards-d%E2%80%99euros-par-an

    [5] William E. Leuchtemburg, Franklin D. Roosevelt and the New Deal, Harper, 2009.

    [6] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/12/26/20002-20171226ARTFIG00196-le-gouvernement-reflechit-a-durcir-le-controle-des-chomeurs.php

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/pierre-cahuc-et-andre-zylberberg-le-negationnisme-economique-et-commen-a126951256

    [8] Le Chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion, 2004.

    [9] Pour nos deux réactionnaires, les cotisations sociales ne sont pas un salaire différé, ni un salaire socialisé, mais seulement un coût supplémentaire.

    [10] David Card & Alan B. Krueger, Myth and measurement. The new economics of the minimum wage, Princeton University Press, 1995.

    [11] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/deux-ans-apres-sa-creation-le-salaire-minimum-allemand-est-augmente_1807091.html

    [12] http://www.slate.fr/story/112195/salaire-minimum-allemagne

    [13] https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/quel-premier-bilan-tirer-du-salaire-minimum-allemand/

    [14] https://www.oecd.org/social/Focus-Inequality-and-Growth-2014.pdf

    [15] https://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf

    [16] file:///C:/Users/jean%20bon/Downloads/EBOOKS/UNEDIC%204%20Chiffres%20cle%CC%81s%20V1909.pdf

    [17] Annie Mesrine, « La surmortalité des chômeurs : un effet catalyseur du chômage ? », in, Economie et statistique, n°334, 2000. pp. 33-48.

    [18] Dr Mahiben Maruthappu, Johnathan Watkins, Aisyah Mohd Noor, Callum Williams, Raghib Ali, Richard Sullivan, Thomas Zeltner, Rifat Atun,  “Economic downturns, universal health coverage, and cancer mortality in high-income and middle-income countries, 1990-2010: A longitudinal analysis”, March 2016.

    [19] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/10-000-a-20-000-morts-par-an-dues-au-chomage_28753

    [20] Michel Dubout, Le traumatisme du chômage, Editions de l’Atelier, 2015.

    [21] J’ai déjà dit tout le mal qu’il faut penser de ce cireur de pompes d’Eric Brunet, Journaliste semi-instruit, il passe son temps à déballer des contre-vérités. http://in-girum-imus.blogg.org/de-la-misere-du-journalisme-en-2017-aujourd-hui-eric-brunet-a132347698

    [22] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/12/27/les-pistes-du-gouvernement-pour-durcir-le-controle-des-chomeurs_5234906_823448.html

    [23] http://www.20minutes.fr/economie/2193619-20171226-assurance-chomage-gouvernement-souhaiterait-durcir-controle-chomeurs

    [24] http://www.lepoint.fr/politique/controle-des-chomeurs-le-baton-pour-degonfler-les-statistiques-28-12-2017-2182818_20.php

    [25] http://www.bfmtv.com/politique/selon-adrien-quatennens-le-gouvernement-veut-s-attaquer-aux-chomeurs-et-non-au-chomage-1336804.html

    [26] Sur la difficulté de calculer les offres d’emploi non pourvues, lire https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CLOUET/52623. Sur l’évaluation la plus récente, voir http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/12/19/97002-20171219FILWWW00209-entre-200000-et-330000-offres-non-pourvues-faute-de-candidats-pole-emploi.php

    [27] https://www.mckinsey.com/global-themes/future-of-organizations-and-work/what-the-future-of-work-will-mean-for-jobs-skills-and-wages

    [28] https://www.alternatives-economiques.fr/diplomes-ont-perdu/00080183

    [29] La théorie du déversement est due à Alfred Sauvy, La machine et le chômage, Dunod, 1980. Elle visait à démontrer que le progrès technologique au bout du compte finissait toujours par créer des emplois.

    [30] Il y a quelques années deux députées du P « S », Karine Berger et Valérie Rabault s’étaient faites remarquer pour avoir publier un livre béta, Les trente glorieuses sont devant nous, Editions rue Fromentin, 2011. Elles avaient annoncé en bons petits soldats européistes que la France avait besoin de 10 millions d’immigrés en plus. https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110321trib000609557/l-economie-francaise-a-besoin-de-10-millions-d-immigres-d-ici-a-2040.html

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  • Voilà plusieurs mois que les médias amis de Macron nous expliquent que sa popularité et celle de l’antipathique barbu de Matignon, ne font que remonter et que cela est incroyable, et que cela est inédit[1] ! Et puis voilà qu’un sondage plus sérieux nous montre que non : Macron est toujours aussi détesté, sa femme aussi et son premier ministre également. On a beau contrôler les médias, la vérité finit par transpirer. Le sondage dont nous parlons aujourd’hui est publié le 15 janvier 2018 dans Le Figaro[2].  

    La popularité de Macron ne décolle pas

    Le premier enseignement qu’on tire et que seul un tiers des Français trouve son action positive. Ça correspond me semble-t-il à sa base sociale, même si celle-ci peut encore se rétrécir au fur et à mesure que les mesures fiscales vont démontrer dans les faits leur inanité, la classe moyenne sera alors en première ligne. On s’aperçoit aussi que la popularité de Macron est du même niveau que celle de Trump aux Etats-Unis, le président qui est détesté dans le monde entier et qui se trouve sous le coup d’une procédure d’impeachment. En dessous des 40% ! Outre qu’ils sont tous les deux sans adhérence dans leur politique erratique, ils se ressemblent par leur incapacité diplomatique à faire autre chose qu’à injurier les peuples du monde entier. Macron surpassant Trump en crachant directement sur les Français chaque fois qu’il se trouve à l’étranger. 

     

     La popularité de Macron ne décolle pas

    L’autre enseignement du sondage du Figaro est le suivant : les Français ont compris que Macron était un politicien de droite. C’est la droite affairiste, cosmopolite et européiste qu’il représente. La fable du ni de gauche, ni de droite est complètement éventée maintenant. Seuls quelques égarés croient encore que Macron est de gauche, sans doute parce qu’ils appartiennent à la droite nationaliste, anti-européenne. Certains qualifie la politique de Macron comme centriste sans doute parce qu’il manifeste une ligne proeuropéenne. Mais on voit que si 39 % des sondés qualifient sa politique de « droitière », seulement 35 % sont satisfaits de celle-ci. Manifestement la majorité des Français n’est pas de droite, sinon elle approuverait plus largement la politique de Macron.  

    La popularité de Macron ne décolle pas

    La seule chance de Macron aujourd’hui est que l’opposition est en miettes et ne fait pas son travail, que ce soit les partis ou les syndicats. Marine le Pen est aux abonnés absents, et passe son temps à régler ses comptes avec Phillipot, et Mélenchon ne semble plus trop savoir comment se positionner. Or en lisant correctement le sondage du Figaro il y a une chose qui saute aux yeux, mais qu’on sait déjà : les Français veulent en finir avec l’immigration massive. Ce n’est pas nouveau, c’est comme ça dans toute l’Europe depuis des années, mais les « décideurs » en décident autrement. Et ce n’est pas une question de racisme. L’immigration de masse est vécue à la fois comme porteuse d’insécurité, et comme un vecteur de transformation culturelle dont les européens ne veulent pas. La conclusion est que tant que l’opposition déconnera sur ce sujet, elle restera inaudible. La gauche ne peut pas en même temps prétendre parler pour le peuple, le représenter, et passer son temps à faire de la lutte contre l’islamophobie, de la défense des migrants et de la cause palestinienne, ses marqueurs privilégiés. D’autant que le sondage du Figaro nous indique que les Français sont aussi très préoccupés par la question du chômage et celle des inégalités croissantes.

     

     


    [1] http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/11/fort-rebond-de-la-popularite-demmanuel-macron-en-janvier-sondage-exclusif_a_23330813/

    [2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/01/15/25001-20180115ARTFIG00314-immigration-les-francais-demandent-a-macron-d-etre-ferme.php?utm_source=app&utm_medium=sms&utm_campaign=fr.playsoft.lefigarov3

     

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  • « …il faut rendre la honte plus

    Honteuse  en la livrant à la publicité »

    Karl Marx, Contribution à la critique

    de la philosophie du droit de Hegel

      Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline

    Il se murmure que les écrits pro-nazis de Céline vont être republiés par Gallimard. La veuve de Céline qui va avoir 105 ans vient de donner son accord, et c’est François Gibault, ancien avocat d’extrême-droite, mais aussi exécuteur testamentaire de Céline, qui s’en occupe. C’est presqu’un non-événement parce qu’en réalité ces textes sont depuis longtemps disponibles sur Internet, et même en version papier. Se sont souvent des éditions pirates, les originales se vendant au prix de l’or, mais depuis peu, depuis 2012, il existe une édition canadienne dite « critique », parue aux Editions 8. Il est donc un peu tard pour s’en indigner. Tous ceux qui s’intéressent à cet écrivain, y compris comme moi en le considérant comme un ennemi du genre humain, ont lu ces textes.  On prétend que ces textes ne sont pas interdits à la publication, ce serait seulement la volonté de Lucette de ne pas les publier pour ne pas faire de polémique – en vérité pour ne pas gêner le statut de grand-homme de lettre de son mari. Pour quiconque les a lus, il est évident pourtant que ces textes orduriers, racistes et nazis tombent directement sous la loi Gayssot. Et donc s’ils n’ont pas été interdits, c’est parce que personne n’avait ouvertement manifester la volonté de les interdire.  Il se pourrait d’ailleurs qu’une telle republication tombe sous le coup de la loi, si quelqu’un s’avisait de porter plainte. Essayez d’écrire ce genre de truc aujourd’hui, et vous irez en taule.

    Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline  

    Il y a les imbéciles de profession comme Sollers qui considèrent que si l’on excepte le sujet développé dans les « pamphlets » de Céline – la haine des Juifs et la demande de leur éradication – ces textes sont les plus beaux qu’il ait écrit. L’imbécilité décadente de cet histrion des lettres modernes va tellement loin qu’il avance que Céline n’aurait pas été un propagandiste de l’Allemagne nazie[1]. C’est pourtant un secret de Polichinelle : Céline était comme on dit cul et chemise avec l’Occupant, il faisait tout pour leur plaire ainsi que l’ont montré Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff dans Céline, la race, le Juif, et de cette position il en tirait des avantages importants[2]. Mais déjà en 1937 dans Bagatelles pour un massacre, il se rangeait sous la bannière hitlérienne et demandait ouvertement l’extermination des Juifs[3]. Il faut savoir avant d’aller plus loin, que de son vivant, c’est bien Bagatelles pour un massacre qui est l’ouvrage qui s’est le mieux vendu, très loin devant Voyage au bout de la nuit. Cet ouvrage lui a rapporté une petite fortune qu’il a convertie en pièces d’or qu’il a planqué au Danemark. Et c’est ce succès de librairie qui l’a encouragé à continuer dans cette voie. Car Céline écrivait d’abord pour faire de l’argent, c’est lui-même qui le disait, et quoi qu’il soit aussi menteur qu’avare, on n’a aucune raison de ne pas le croire. Or dans cette époque troublée, c’était l’écrit antisémite et pronazi qui rapportait[4]. Céline savait pertinemment qu’il avait été un agent de propagande nazi, c’est pourquoi il est parti en courant, « la merde au cul » pour se réfugier au Danemark, là où il avait planqué son or. Sans cette fuite éperdue, facilitée d’ailleurs par les Allemands qui le connaissaient comme un éminent collaborateur, un idiot utile de leur sombre cause, il aurait été fusillé, et sans doute qu’on n’en causerait pas aujourd’hui.

    Un texte vient d’être publié sur les conditions qui devraient présider à une réédition des « pamphlets », texte signé entre autres par Pierre-André Taguieff, Annick Durrafour et Serge Karsfeld[5]. Je me sens en désaccord cependant avec ce texte sur plusieurs points :

    - d’abord parce que s’il est bon de publier une édition critique, ce n’est pas ça qui fera changer d’avis les imbéciles. On n’a pas à protéger les lecteurs de leur interprétation malsaine de textes idiots à tendance criminelle. Il faut rappeler un peu plus souvent que cela n’est fait que Céline s’est inscrit dans cette mouvance intellectuelle qui visait d’abord à justifier le génocide des Juifs.

    - ensuite parce que dans ce texte il est dit que Céline a un grand talent, un style si vous voulez, et donc qu’il se sert de ce merveilleux outil pour faire passer des idées répugnantes et condamnables par les tribunaux. Cette fable du talent de Céline qu’on se traîne depuis cinquante ans, c’est le même Céline qui l’a mise en scène depuis son retour d’exil. A travers ses gémissements, bien orchestrés par les pétainistes recyclés, il est arrivé à faire croire qu’il était un grand écrivain persécuté. Il n’a jamais été persécuté et pour son élargissement à son retour du Danemark, il le doit bel et bien à des réseaux d’extrême droite qui se sont mis en quatre pour lui sauver la peau. Mais il n’a jamais été non plus un grand écrivain. Quand on lit les ordures qu’on appelle pudiquement pamphlets, c’est du Dieudonné en pire.

     Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline 

    Extraits de Bagatelles pour un massacre, pris au hasard : 

    « Je dois dire qu’avec le Popol on est tout de même tombé d’accord, on a conclu : C’est des vampires ! Des saloperies phénoménales, faut les renvoyer chez Hitler ! En Palestine ! En Pologne ! Ils nous font un tort immense ! On ne peut plus les garder ici !... Surtout que Popol, en parenthèses, il venait de subir un dur échec, son chef-d’œuvre refusé tout net par la Ville, un magnifique paysage, pour l’Exposition, tous les Juifs avaient fait florès, lui seul restant sur le sable... »

     

    « Mais si Hitler me disait : " Ferdinand ! C’est le grand partage ! On partage tout ! " Il serait mon pote ! Les Juifs ont promis de partager, ils ont menti comme toujours... Hitler il me ment pas comme les Juifs, il me dit pas je suis ton frère, il me dit " le droit c’est la force " : Voilà qui est net, je sais où je vais mettre les pieds, Je me fais miser, ou je me tire... Avec les Juifs c’est tout sirop... tout manigances...insinuances... gonzesseries... cancans, frotti-frotta... boomerang, harach-loucoums... On sait plus ce qu’on prend dans la bouche, si c’est une bite ou une chandelle... » 

    « Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus !... Y a pas de quoi se frapper pour si peu... C’est pas un crime qu’ils vous répugnent... Je les répugne bien moi, intouchable !... Les Juifs à Jérusalem, un peu plus bas sur le Niger, ils ne me gênent pas ! Ils me gênent pas du tout !... Je leur rends moi tout leur Congo ! Toute leur Afrique !... »

     

    Comme on le voit c’est d’une médiocrité affligeante, geignard et sans style. C’est une offre de service honteuse à l’Allemagne hitlérienne, obséquieux à vomir. Mais laisser croire qu’il y a du talent là-dedans, c’est faire une double erreur, d’abord en justifiant par le talent littéraire la publication de n’importe quelle ordure graffitée par le clochard de Meudon, et ce d’autant que personne ne peut définir réellement ce qu’est le talent. Ensuite c’est consolider l’idée convenue que Céline soit un écrivain de grand talent. Sur ce dernier point je suis en désaccord total avec ceux qui comme Taguieff montrent que dans sa vie réelle Céline était une crapule, veule et lâche, mais que malgré tout il avait du talent. Il est temps de se débarrasser de cette idée reçue et de remettre Céline à sa place, dans les poubelles de l’histoire.

    Personnellement je ne pense pas qu’il faille interdire quoi que ce soit en matière de publication, sauf qu’en laissant passer des écrits de Céline qui tombent pourtant sous le coup de la loi, on établit une sorte de jurisprudence qui ouvre la porte à une réhabilitation de Dieudonné et autres. Il est clair qu’une réédition des ordures céliniens qui font rire ce crétin de Sollers sera l’occasion de s’en prendre encore plus aux Juifs, à un moment où de partout en Europe dans les manifestations pour la Palestine ou pour l’implantation de coutumes musulmanes on entend de plus en plus souvent des « Mort aux Juifs »[6]. Ce que j’aimerais en revanche c’est que des soi-disant intellectuels s’interrogent un peu sur ce qui les fait jouir à la lecture des gémissements de l’avare Céline. En quoi se sentent-ils proches de cette forme particulière de victimisation ? Pourquoi ce style gémisseur les touche-t-il autant ?  

    Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline

    A l’heure où on fait semblant de voir et de traquer du fascisme un peu de partout, il est étonnant qu’on soit aussi complaisant avec le nazi Céline. Brasillach qui était moins virulent que lui a été fusillé. Car Céline était un vrai raciste, et il se présentait comme d’ailleurs le chef de file de la pensée racialiste en France. Camoufler cela derrière des blagues de garçons de bains, c’est tout simplement déplacé. Céline est le héros de la vraie extrême-droite, pas celle du FN, mais celle de Radio Courtoisie et du ridicule Henry de Lesquen. On pourra d’ailleurs utilement rapprocher les idées de de Lesquen sur la musique de celles de son maître Céline.

     

    « Cela concerne le Jazz, le Blues, le rock'n roll et bien sûr l'immonde rap. La musique nègre s'adresse à notre cerveau reptilien et provoque un ensauvagement de la culture occidentale. »

    « Le lundi, c'est variété française, le mardi c'est Valse, le jeudi c'est la musique militaire etc... Nous passons même de la gigue écossaise ! C'est une programmation variée qui permet de libérer la jeunesse de la musique nègre. »

    Henri de Lesquen[7] 

    « La seule défense, le seul recours du blanc contre le robotisme, et sans doute contre la guerre, la régression à "pire que cavernes" bien pire, c’est le retour à son rythme émotif propre. Les Juifs circoncis sont en train de châtrer l’Aryen de son rythme émotif naturel. Le nègre juif est en train de faire dégringoler l’Aryen dans le communisme et l’art robot, à la mentalité objectiviste de parfaits esclaves pour Juifs. »

    Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pout un massacre

     On espère que si une édition des « pamphlets » a lieu, elle servira à mettre en lumière toutes les facettes de ce répugnant personnage. Reste à savoir comment on doit appeler ces immondices. L’édition canadienne avance le tire d’Ecrits polémiques. Je crois que ce n’est pas approprié parce que le mot « polémique » renvoie à l’idée de débat certes virulent, mais contradictoire. Or dans les écrits orduriers de Céline, il coupe court à tout débat. Il assène des vérités qu’il ne tient que de lui-même et qui ne se discutent pas. La violence de son discours, le type de fausses preuves qu’il apporte ne peuvent être discutées. C’est du niveau du faux et de l’usage de faux. De nombreux passages sont d’ailleurs inspiré du Protocole des sages de Sion.

    Pamphlet semblerait mieux convenir dans la mesure où ces textes sont plutôt de simples brochures de propagande, sauf que Bagatelles pour un massacre fait presque 400 pages. Les beaux draps, bien que manquant un peu de souffle et ressassant les délires de Bagatelles pour un massacre, dépasse encore 200 pages. Dès qu’on parle de pamphlets, cela fait allusion à une liberté d’expression un peu outrancière, mais à une liberté d’expression. Le mieux serait de les publier sous le titre plus juste de Ecrits de propagande racistes et nazis, de cette façon les lecteurs sauraient très précisément ce qu’ils achètent. 

     

     Gallimard va republier « les pamphlets » de Céline

    « Pour devenir collaborationniste, j’ai pas attendu que la Kommandatur pavoise au Crillon... On n’y pense pas assez à cette protection de la race blanche. C’est maintenant qu’il faut agir, parce que demain il sera trop tard. […] Doriot s’est comporté comme il l’a toujours fait. C’est un homme… il faut travailler, militer avec Doriot. […] Cette légion (la L.V.F.) si calomniée, si critiquée, c'est la preuve de la vie. […] Moi, je vous le dis, la Légion, c'est très bien, c'est tout ce qu'il y a de bien. »

    L'émancipation nationale, 21 novembre 1941

     

    Mais Gallimard a par avance opposé une fin de non-recevoir à ceux qui lui demande de traiter ces textes comme autre chose que de la littérature[8]. C’est peut-être là que se situe le véritable scandale, plutôt que dans la réédition de textes que tous les nazis possèdent déjà.

     

    Pour le reste,  et quoi qu'en ai dit les célinolâtres béats, Céline était bien un agent stipendié des nazis, ainsi que le montre Annick Durrafour dans le reportage suivant. Quand les communistes et Sartre accusaient Céline d'être un agent de propagande nazi, il était de bon ton d'hausser les épaules. On voulait bien admettre qu'il était un peu timbré, quoique génie littéraire, mais pas qu'il était vendu et collaborateur. Des imbéciles comme Henri Godard avançait toujours la même chanson qu'il était aussi anti-juif qu'anti-allemand. C'est totalement faux, il n'a échappé à l'exécution que de justesse et parce qu'on a caché pendant longtemps les preuves de son ignominie, de son avarice et de sa lâcheté.

    Céline en plus d'avoir écrit ce qui certainement fait partie des pires horreurs qui aient été écrites sur les Juifs, a collaboré avec l'ennemi nazi en tant qu'agent du SD, service de sécurité de la SS.

     

    PS : Aux dernières nouvelles Gallimard renoncerait à publier les écrits nazis de Céline : http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/01/11/gallimard-suspend-son-projet-de-reedition-des-pamphlets-antisemites-de-celine_5240448_3260.html Sans doute manquaient ils de motivation dans cette triste boutique.

     

     


    [1] http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1821

    [2] Fayard, 2017. Voir mon compte rendu, http://in-girum-imus.blogg.org/annick-duraffour-et-pierre-andre-taguieff-celine-la-race-le-juif-fayar-a129787492

    [3] Denoël, 1937

    [4] Voir l’ouvrage d’André Rossen-Kirschen, Céline et le grand mensonge, Mille et une nuits, 2004.

    [5] https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20171226.OBS9796/voici-les-conditions-pour-reediter-les-pamphlets-antisemites-de-celine.html

    [6] https://www.dreuz.info/2017/10/25/crier-mort-aux-juifs-lors-dune-manifestation-antisemite-nest-pas-condamnable-dit-la-justice/

    [8] http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/01/04/petites-et-grandes-man-uvres-autour-des-pamphlets-de-celine_5237371_3260.html

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  •  Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

    Il y a quelques semaines, plusieurs journalistes nous expliquaient que l’Iran était redevenu le maitre du jeu au Moyen Orient après la défaite militaire de Daesh, au motif que la Syrie serait très affaiblie[1]. On trouve même ce genre de commentaire hâtif aussi dans des médias proches d’Israël[2]. Je ne vais pas me lancer dans une analyse géo-stratégique de la position des Saoudiens et des Russes dans la région. Mais ce qui est un peu étonnant, c’est que le feu en Iran couvait sous la cendre depuis de nombreuses années. Le peuple est très mécontent, les manifestations sont violentes, elles ont fait plusieurs morts[3]. Et puis les femmes se rebellent contre « le code vestimentaire » et commencent à enlever le voile qu’on les a forcées à porter à la fin des années soixante-dix, et elles viennent de gagner cette bataille[4]. Elles enlèvent le voile et n’ont plus peur de le montrer, au contraire, elles le font savoir, se filment et se font photographier, malgré une répression toujours présente. On remarque qu’elles le font sans même que les féministes européennes daignent s’intéresser à cette lame de fond qui parcourt la société iranienne. Elles préfèrent déconner sur l’écriture inclusive et sur le fait que les mâles les ont privées de viande pendant des siècles et des siècles[5]. Ou encore, elles se battent pour que les femmes musulmanes voilées ne soient pas embêtées par le laïcisme radical. Evidemment la révolte des femmes iraniennes à autrement de l’allure que les singeries opaques de nos féministes européennes. Le déclin de l’Islam au moins dans les pays du Moyen Orient semble annoncé, ainsi que le prétend The Economist[6] dans un article qui a fait sensation. Les manifestations des Iraniens contre le régime ont été massives et violentes, notamment parce qu’ils en ont assez des privations et de la rigueur économique. Il est assez intéressant de voir qu’un journal comme Le monde est incapable de faire le lien entre le mouvement d’enlèvement du voile, et les manifestations de masse contre la vie chère[7]. Dans les deux cas, c’est le même autoritarisme rétrograde qui est condamné. Mais il est vrai que ce journal néo-conservateur avait dans le temps soutenu Khomeini et l’éviction du Shah par les Américains, et ne supporte guère de voir le monde musulman évoluer. C’est une façon comme une autre de nier que l’Iran est en train de changer fondamentalement. Il est encore trop tôt pour dire si ce mouvement sera aussi important que la contre-révolution khomeyniste de la fin des années soixante-dix, mais cela montre que la société iranienne n’a toujours pas accepté l’immobilisme réactionnaire d’une forme religieuse de pouvoir. Quand une forme de pouvoir oppressif cède, elle le fait de plusieurs manières différentes, sur le plan des mœurs aussi bien que de l’économie, c’est ce qui s’était passé en France en 1968.

     Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne 

    Ces phénomènes sociaux et politiques montrent à l’évidence que l’Iran est un pays pour le moins instable et qu’au moins dans un avenir proche, il ne pourra pas jouer le rôle décisif auquel il aspirait. Il n’est pas certain que les Russes soutiennent le régime en place très longtemps, surtout qu’on a commencé à voir un rapprochement de la Russie avec Israël. Mais il n’y a pas qu’en Iran que cela bouge, en Arabie Saoudite les réformes semblent aussi en marche sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane. C’est ainsi qu’on annonce qu’en 2018 les cinémas seront réouverts[8]. Plusieurs réformes vont aussi dans le sens d’un relâchement de l’oppression des femmes dans ce pays. Par exemple, elles pourront voyager, étudier, faire des démarches auprès des services administratifs[9]. Egalement on a vu des femmes se permettre de retirer le niqab dans des lieux publics[10]. La position réformatrice de l’Arabie saoudite va cependant se heurter rapidement aux autres pays du Golfe, notamment le Qatar qui, en difficulté un peu partout, va sûrement être tenté de prendre la tête d’un mouvement islamiste radical dans la région.

    Il existe un mouvement féministe aussi qui se développe en Algérie, pays où les femmes doivent se battre pied à pied pour ne pas disparaître sous le niqab. Cette révolte peut prendre des formes diverses et variées, par exemple en revendiquant sur les plages le port du bikini[11], mais elle peut prendre aussi la forme de la lutte des Kabyles pour leur identité. Ceux-ci se sont ouvertement offusqués de voir que le pouvoir algérien était plus pressé de défendre la Palestine que les intérêts des Kabyles[12]. Au Maroc il y a eu ces dernières années aussi de nombreuses manifestations pour l’égalité entre les hommes et les femmes[13].

     Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

     

    Manifestation à Rabat en 2015 

    De partout ce qui est remis en question ce sont les formes de pouvoir autoritaires basées sur la religion. Et cela au moment même où la vieille Europe ne sait plus quoi faire par la voix de ses dirigeants pour contenter les islamistes. On a vu par exemple la sombre Allemagne commencer à propos des fêtes de fin d’année de séparer les hommes et les femmes pour éviter les incidents[14].  

    Mais les femmes, les intellectuels, ne peuvent pas compter dans les pays musulmans sur un appui de l’Europe et de leurs intellectuels, ils sont seuls. Il est remarquable que pendant qu’une révolution se développe sous nos yeux dans le monde islamique, la gauche, comme la plupart des grands médias, reste scotchée stupidement sur la question mineure de la Palestine et la défense de Ahed Tamimi et ne trouve pas un seul mot de soutien pour ces femmes et ces hommes qui dans les pays musulmans se battent pour la liberté. Autrement dit, dans un renversement étrange, alors que le monde musulman semble secouer ses chaînes et aller vers le progrès humain, en Europe on prend le chemin inverse au nom d’une conception stupide de la laïcité qui comme le résume Macron ne serait rien d’autre qu’une simple protection pour exercer sa religion en toute liberté, sans que les laïques n’ennuient les curés, les rabbins ou les imans. Au moment où il faudrait enfoncer le clou, et mettre un frein à l’islamisation rampante de la société dans les pays européens, le médiocre président français qui ne semble pas connaître son sujet, annonce scandaleusement qu’il va surveiller de près les laïques intransigeants[15] ! 

    Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

    Conclusion

    Les journaux dominants essaient d’avancer des raisons à la révolte iranienne qui seraient purement politiques : comme une lutte entre différentes castes du pouvoir, ou encore une manipulation depuis l’étranger, les Américains et les Juifs (en Iran on ne dit pas Israéliens)[16]. Mais on ne fait pas descendre dans la rue des millions de personnes seulement pour des raisons idéologiques : si l’Iran se déchire aujourd’hui, c’est bien parce qu’à la défaillance de l’économie s’ajoute la répression culturelle et sexuelle, et les femmes sont les premières visées comme fauteurs de trouble.

    Pour moi il est évident que les revendications économiques sont du même ordre que cette révolte des femmes qui enlèvent le voile. Un peu comme si le peuple iranien, mais il n'est pas le seul, comprenait intuitivement que la stagnation économique allait de pair avec la régression mentale liée à la religion. Après tous les économistes ont depuis des années lié le développement économique à l'émancipation féminine. C'est pour cela même que Amartya Sen a eu le prix Nobel d'économie. Le PNUD, Programme des Nations Unies pour le Développement (sous-boutique de l’ONU, publie chaque année un rapport où cette question de la soumission des femmes est évoquée régulièrement comme un frein à l'émancipation économique et au développement. Ce rapport est rédigé d'abord par des économistes des pays arabes et en général leurs critiques sont sérieuses et fondées. Certes l’Iran n’est pas un pays arabe, mais comme dans les pays arabes, et peut être encore plus durement, il subit les lamentables dérive de l’Islam politique.

     Le monde musulman bouge, l’Iran en première ligne

     

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/28/l-iran-maitre-du-jeu-regional_5235123_3218.html

    [2] http://haguesher.com/2017/11/29/apres-le-sommet-de-sotchi-un-nouvel-ordre-strategique-au-moyen-orient-lorsque-la-russie-liran-et-la-turquie-se-sont-partage-la-syrie/

    [3] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/01/iran-deux-nouveaux-manifestants-tues-dimanche-soir_5236454_3218.html

    [4] https://fr.sputniknews.com/international/201712291034557982-teheran-code-vestimentaire-police-femmes/

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/tensions-communautaires-a135283350

    [6] http://www.theworldin.com/article/14440/edition2018roll-over-religion

    [7] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/01/iran-la-photo-d-une-femme-devenue-l-icone-des-protestations-n-est-pas-liee-au-mouvement_5236419_4355770.html

    [8] http://www.lepoint.fr/monde/arabie-saoudite-35-ans-apres-les-salles-de-cinema-a-nouveau-autorisees-11-12-2017-2178788_24.php

    [9] http://www.rtl.fr/girls/identites/arabie-saoudite-les-femmes-pourront-desormais-voyager-et-etudier-sans-demander-la-permission-7789075855

    [10] http://www.huffingtonpost.fr/clarence-rodriguez/voile-femme-arabie-saoudite-des-saoudiennes-tombent-le-niqab_a_21612890/

    [11] http://www.bfmtv.com/international/en-algerie-des-milliers-de-femmes-organisent-la-revolte-du-bikini-1224542.html

    [12] http://tamurt.info/revolte-kabyle-se-propage-wali-de-tizi-ouzou-organise-action-de-solidarite-palestine/ Comme on le voit le soutien à la cause palestinienne ne fait pas l’unanimité en Algérie.

    [13] http://www.afrik.com/maroc-manifestation-massive-contre-les-inegalites-hommes-femmes-a-rabat

    [14] http://www.midilibre.fr/2017/12/31/nouvel-an-a-berlin-l-espace-securise-pour-les-femmes-fait-polemique,1608782.php

    [15] http://www.lepoint.fr/politique/attendu-sur-la-laicite-macron-commence-par-rencontrer-les-cultes-21-12-2017-2181659_20.php

    [16] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/01/iran-le-president-rohani-sur-la-corde-raide-face-aux-manifestations_5236395_3218.html

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