• Prières de rue à Clichy et ailleurs

     

    Prière de rue à Clichy-la-Garenne 

    Les prières de rue sont devenues un marqueur important dans la lutte que l’Islam a déclaré à l’Occident qu’elle prétend soumettre. Elles n’existent pas seulement en France. Mais dans tous les pays européens on peut en voir des échantillons. Les prières de rue prennent en France et en Europe le plus souvent pour prétexte qu’un lieu de culte a été fermé, ou encore qu’il n’y en a pas. C’est un élément de chantage qui souvent se négocie avec les édiles locaux. C’est un problème qui n’est pas nouveau, mais qui prend de plus en plus d’importance avec le temps. Le débat s’est envenimé récemment avec les prières de rue à Clichy-la-Garenne qui ont commencé il y a maintenant huit mois. Tout le monde a remarqué que des musulmans occupaient indûment la rue le vendredi en fin d’après-midi, les tapis de prière sont déroulés sous le regard bienveillant de la police. Les riverains sont évidemment excédés par cette occupation bruyante et intempestive qui les gêne considérablement dans leur activité quotidienne et qui leur fait aussi peur.

    Vendredi 10 novembre 2017, une centaine d’élus plutôt marqués à droite sont venus manifester avec quelques soutiens, contre ces prières récurrentes. Ils ont alors entonné La Marseillaise. Il s’agit sans doute d’un tournant politique puisque jusqu’à présent les non-musulmans n’avaient pas osé répondre à la provocation. Les musulmans ont alors annoncé qu’ils allaient, par le biais de l’UAMC (Union des Associations Musulmanes de Clichy-la-Garenne) porter plainte contre cette « perturbation »[1]. « Il est patent que les élus qui manifestaient (...) ont commis des actes de violence à l'encontre des personnes de confession musulmane, avec pour unique raison leur appartenance vraie ou supposée à cette religion », est-il écrit dans la plainte contre X qui devait être déposée auprès du parquet de Nanterre et dont l'AFP a eu une copie. On reconnait bien là le style gémisseur des associations musulmanes qui sont toujours promptes à crier à la discrimination et au racisme. En vérité les musulmans ont pris ce prétexte, alors qu’un lieu de prière avait bel et bien été construit pour eux. Mais comme le rappelle Céline Pina, ce lieu ne leur plait pas parce qu’il n’est pas en centre-ville et donc qu’il rend l’Islam moins visible que les musulmans ne le voudraient[2]. Ils veulent devenir le centre de la vie sociale et culturelle de la ville.

     Prières de rue à Clichy et ailleurs

     

    Elus manifestant le 10 novembre 2017 à Clichy-la-Garenne

     Voilà pour les faits. Reste évidemment à les interpréter. Énonçons quelques évidences.

     

    1. Le but des prières de rue est multiple. D’abord il s’agit de marquer le territoire, montrer à qui la rue appartient, ces prières de rue sont le complément institutionnel des agressions permanentes que les « blancs » subissent dans ces quartiers jusqu’à ce qu’ils s’en aillent ; il s’agit aussi de remplacer les autorités officielles par une charia rampante qui ne dit pas son nom et donc d’obtenir de fait une délégation de pouvoir de la part des élus qui sont complètement dépassés sur ce terrain et qui pour avoir la paix négocie n’importe quoi, des contrats avec des écoles coraniques, des aménagements d’horaires pour les piscines, et chaque foi c’est une avancée[3]. Ensuite il s’agit de faire pression sur les élus de façon à obtenir des avantages bien concrets, par exemple des postes dans les emplois municipaux. Ce système est bien rodé. En effet on annonce pour le jeudi 16 novembre une médiation, ce qui veut dire clairement que les autorités politiques sont prêtes à négocier, mais quoi, quel recul[4] ? Les musulmans cependant gagnent à travers ces escarmouches en visibilité, non seulement parce qu’ils osent occuper la rue et défier l’ordre républicain, mais parce qu’ils arrivent à se poser en interlocuteurs incontournables de la vie publique, même si leur nombre n’est pas très élevé. Ces prières de rue leur permettent de compter leurs troupes et de les rassembler. C’est la construction sur un petit territoire d’un groupe hégémonique.

    2. D’une manière consciente ou non, les musulmans font avancer l’idée la guerre des religions. Cela peut paraître étonnant pour nous qui avons grandi avec cette idée d’une disparition progressive des religions dans un contexte d’évolution positive des savoirs. L’Islam arrive ainsi à se présenter comme une religion qui a le vent en poupe et donc qui représente l’avenir. Le maire de Clichy-la-Garenne déclarait qu’il possédait des tracts émanant de cette prière de rue qui incitaient à la mort des Juifs, mais aussi à chasser les chrétiens en les traitant de mécréants : « vous les mettrez à mort ou vous leur ferez subir le supplice de la croix (...) Vous les chasserez de leur pays ».

    3. Tout le monde a remarqué la passivité de l’Etat. Bien que le maire ait demandé au préfet d’agir, celui-ci n’en a rien fait. Mais évidemment le préfet est le représentant de l’Etat, et sur un sujet aussi sensible que celui-là, s’il ne réagit pas, c’est que le ministre de l’intérieur lui demande de ne pas le faire. Il suffirait en effet d’envoyer quelques gendarmes pour débarrasser la rue et le problème serait réglé. La tactique du gouvernement est à l’inverse de laisser pourrir la situation et surtout de ne pas affronter les provocations récurrentes des organisations musulmanes comme si elles allaient cesser d’elles-mêmes, mais c’est sous-estimer l’adversaire qui a la patience de l’araignée. Philippe est muet et Collomb aux abonnés absents, alors même que cette affaire inquiète légitimement les Français. Ce mélange de lâcheté est typique de la méthode de gouvernement de Macron : dur avec ceux qu’il croit être faibles, les salariés, les syndicats, et faibles avec ceux qu’ils croient forts, le patronat ou les musulmans. Mais plus généralement cette passivité macronienne est le résultat d’une philosophie politique qui tente d’orienter la France vers une forme multiculturelle de la vie sociale qui permet aux organisations musulmanes de prospérer à l’abri de la loi. La laïcité est donc restreinte à la garantie que chaque religion ne pourra pas être entravée dans son expression. Ce faisant Macron et ses semblables font semblant de croire que le chantage des organisations islamistes s’arrêtera là. Nous leur faisons confiance pour trouver dans le futur de nouveaux terrains de jeu et de pression.

    4. Il est assez étonnant qu’il n’y ait pas de réaction du Front National autrement que par un communiqué laconique du député Ludovic Pajot[5]. Marine Le Pen avait au mois d’avril 2017 été plus explicite en affirmant qu’une fois élue, elle mettrait fin aux prières de rue[6]. Tout se passe comme si pour le Front National les prières de rue n’étaient plus considérées comme un combat décisif et important. C’est selon moi la preuve que ce parti n’est plus un parti fasciste et qu’en tous les cas il n’a pas les moyens de mettre en place des milices qui iraient effectuer des ratonnades comme au bon vieux temps. Il est d’ailleurs assez étonnant que l’exaspération qui gagne les Français ne se soit pas encore traduite par des actes violents contre les musulmans. Car si ceux-ci aiment bien mettre en avant une supposée islamophobie, ils sont peu visés par des attentats violents ou des meurtres comme peuvent l’être les Juifs ou les chrétiens. Il n’est pas sûr que cela puisse durer encore longtemps. Tout se passe en effet comme si les musulmans visaient à un affrontement violent, et donc comme s’ils voulaient faire exister un parti fasciste, un vrai, qui leur rentre dedans.  

    Prières de rue à Clichy et ailleurs

    5. Il y a quelques années des catholiques intégristes avaient commencé à faire des prières de rue[7]. Des militants et associations de gauche s’étaient mobilisés pour manifester contre eux. Ils dénonçaient évidemment les mots d’ordre particulièrement réactionnaires de ces prières de rue qui prétendaient militer contre le droit des femmes à avorter. Curieusement ces mêmes militants de gauche ne se mobilisent pas contre les prières de rue des musulmans qui ont pourtant exactement les mêmes buts, en effet on n’a jamais vu d’imam dire qu’il fallait tolérer et encourager l’avortement. Les intellectuels de gauche ne se mobilisent guère non plus pour dénoncer l’archaïsme d’une religion qui vise à donner aux femmes une place secondaire, alors qu’ils sont prompts à dénoncer violemment les mêmes fantaisies des catholiques intégristes : au contraire, ils en arrivent à soutenir n’importe quelle bigoterie rétrograde pour peu qu’elle émane de la communauté musulmane comme vient encore de le démontrer la querelle entre Charlie hebdo et Médiapart où ces derniers ont pris la défense de Tariq Ramadan[8]. Il est absolument désolant que dans ce contexte les élus de gauche ne se soient pas joints à la manifestation de Clichy-la-Garenne au moins pour défendre l’idée d’une république laïque qui a bien du plomb dans l’aile. Autrement dit, la droite proteste assez mollement contre les intégristes musulmans, mais reste plutôt passive face aux intégristes catholiques, on se souvient que le pitoyable François Fillon en difficulté s’était tourné vers Sens commun[9], tandis que la gauche proteste énergiquement contre les intégristes catholiques, mais porte un regard bienveillant sur les intégristes musulmans, ils sont les alliés objectifs de cette bigoterie New Age. Cette répartition des rôles met en danger directement les fondements de la République et si elle ne peut pas profiter à l’Eglise catholique, elle profitera rapidement aux organisations musulmanes.

     

    La réunion du 16 novembre a accouché d’une décision, celle du préfet d’interdire les prières de rue[10]. Nous verrons bien si cette décision est suivie d’effet, mais on ne sait pas ce que les associations musulmanes ont négocié en échange d’un retrait de l’espace public. En attendant, il est clair que l’islamisme agressif a marqué des points : il a fallu 8 mois tout de même pour que les autorités réagissent à cette provocation.

     

     


    [1] http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/prieres-de-rue-a-clichy-des-responsables-musulmans-vont-porter-plainte-7790946292

    [2] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/11/31003-20171111ARTFIG00099-celine-pina-lettre-ouverte-au-ministre-de-l-interieur-au-sujet-des-prieres-de-rue-a-clichy.php

    [3] La France soumise, sous la direction de Georges Bensoussan et Elisabeth Badinter, Albin Michel, 2017.

    [4]  http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/14/01016-20171114ARTFIG00276-prieres-de-rue-a-clichy-bataille-judiciaire-avant-la-mediation-de-jeudi.php

    [5] http://www.frontnational.com/2017/11/prieres-de-rue-a-clichy-stop-a-la-privatisation-illegale-du-domaine-public/

    [6] https://www.valeursactuelles.com/politique/marine-le-pen-sattaquera-aux-intolerables-prieres-de-rue-clichy-79233

    [7] http://www.sudouest.fr/2013/11/16/bordeaux-les-anti-ivg-ont-trouve-des-contre-manifestants-face-a-eux-1231609-2780.php

    [8] http://www.20minutes.fr/medias/2169751-20171115-charlie-mediapart-origines-guerre-intermediatique

    [9] https://www.marianne.net/politique/sens-commun-au-gouvernement-si-francois-fillon-est-elu-et-alors

    [10] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/16/01016-20171116ARTFIG00306-les-prieres-de-rue-interdites-dans-les-hauts-de-seine.php

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  

     

    Personne ne savait rien ! Paradise papers

    Le scandale des Paradise papers fait suite au scandale des Panama Papers. Il concerne l’évasion fiscale. Cette évasion fiscale dans les paradis fiscaux représente selon les chiffres qui circulent le manque à gagner pour les Etats serait selon l’OCDE compris entre 100 et 240 milliards de dollars par an[1]. Mais c’est probablement plus parce que l’évasion fiscale en France est déjà estimée à 60 milliards d’euros. C’est évidemment énorme et on s’imagine ce que les Etats considérés pourraient faire de ces milliards, notamment en termes de remboursement de la dette. En effet, comme ces sommes sont annuelles, on peut dire qu’elles sont à l’origine d’une grande partie de la dette publique.

    Mais la question principale est de savoir comment cela est possible. Certes on peut toujours arguer de la corruption des hommes politiques, c’est vrai. Mais en réalité cette évasion fiscale doit être vue comme :

    - la conséquence de la mondialisation des flux de capitaux. Sans le travail des banques et leurs jeux d’écritures électroniques, cela ne pourrait pas arriver.

    - une autre manière d’exploiter le peuple. Toutes ces recettes fiscales qui disparaissent tout soudain seront compensées par ceux qui n’ont pas la possibilité d’utiliser la fluidité des marchés des capitaux, la possibilité de construire des montages compliqués pour masquer cette évasion fiscale.

    Or voilà que la classe politique fait semblant d’être étonnée par ces révélations. Tout le monde s’est moqué des tweets de Pierre Moscovici, puisqu’en effet en tant que Commissaire à l’économie, il devrait savoir comment les choses marchent, sinon il n’est pas à sa place. Moscovici ne savait pas ! Comme le souligne Coralie Delaume dans un très bon papier, Moscovici tient le même discours depuis des années : on ne savait pas, mais on va prendre des mesures[2]. Elle se demande si Moscovici est incompétent ou s’il nous prend pour des imbéciles. En réalité c’est probablement les deux en même temps. Mais en vérité si Moscovici est obligé de s’en tenir qu’à des discours lénifiants de ce calibre, c’est bien parce que le système qu’on a mis à jour fait partie de l’ADN de l’Union européenne, c’est presque sa principale raison d’exister.

    Personne ne savait rien ! Paradise papers

     

    Or les révélations des Paradise papers font suite aux Panama papers qui eux-mêmes s’inscrivent la continuité des petits arrangements que Jean-Claude Juncker passait avec les multinationales pour soulager les premiers de cordée de leur fardeau fiscal[3]. Les plus hautes instances de la Commission ont pris des mesures pour que leurs amis échappent à l’impôt confiscatoire. C’était donc un secret de Polichinelle. Les bureaucrates de l’Union européenne ont promis évidemment de faire quelque chose… comme à chaque fois. Les personnes impliquées dans cette évasion fiscale multiforme sont toujours un peu les mêmes, celles qui déjà par le passé ont commis de graves fraudes fiscales. Des chanteurs à succès, des footballeurs surpayés, mais aussi bien sûr des businessmen comme l’inévitable Bernard Arnault qui a beaucoup de mal à payer ce qu’il doit à la société. On apprend à ce propos que Bernard Arnault ne fait pas profiter en tant que premier de cordée le reste de la société en investissant dans des projets importants, mais qu’il planque son blé dans biens sans intérêts sur le plan de la société. Ainsi, il possède un yacht qui vaut 130 millions d’euros, ou il a acheté un terrain de 130 hectares au nord de Londres. Il n’est évidemment ni navigateur, ni agriculteur. Il ne sert à rien, et son argent non plus[4]. Ne voulant pas en rater une seule, le sénateur Gérard Longuet – lui-même naguère impliqué dans un scandale de détournement de fonds publics – s’est fendu d’une justification de ce contournement honteux de la loi en racontant que les impôts étaient tellement élevés qu’il fallait bien que les riches s’en protègent un peu. On connait maintenant par cœur ces longs gémissements de l’oligarchie qui n’a plus honte de réclamer de manière constante et permanente des aménagements fiscaux[5].

     

    Personne ne savait rien ! Paradise papers

     

    Une réalité qui est souvent passée sous silence est qu’il y a pratiquement autant de paradis fiscaux dans les îles paradisiaques que dans l’Union européenne elle-même. Il est donc évident que s’il existe de très nombreux paradis fiscaux au cœur même de l’Europe[6] (le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas) c’est bien que l’évasion fiscale est aussi un instrument par lequel la Commission européenne encourage la concurrence fiscale et consécutivement le rabaissement des Etats nationaux, consolidant ce qui est son but : le remplacement de la législation étatique par la loi des marchés. Des solutions à l’éradication des paradis fiscaux que Sarkozy nous disait en voie d’extinction en 2009[7] (lui non plus ne savait pas qu’il en existait encore), il y en a bien sûr, mais certainement pas dans le cadre de la mondialisation et de l’Union européenne qui font tout pour que le monde entier aille vers le moins disant fiscal. Comme disait le sénateur communiste Eric Boquet, « Ce n'est pas un dysfonctionnement, c'est le cœur de la machine finance »[8]. Le système de la finance internationale est fait aussi pour ça : permettre à l’oligarchie de planquer son pognon. La seule chose qui gêne l’évasion fiscale, quelle que soit sa forme, c’est le retour de la souveraineté des Etats. Aussi bien par un renforcement de leur autonomie, que par le retour d’un contrôle des mouvements de capitaux. Ça passe clairement par la démondialisation qui d’une manière ou d’une autre est l’étape indispensable à toute réforme progressiste qui irait dans le sens d’un resserrement des inégalités. 

    Personne ne savait rien ! Paradise papers

     



    [1] http://www.oecd.org/fr/ctp/mythes-et-realites-a-propos-du-beps.pdf

    [2] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/11/09/31001-20171109ARTFIG00284-evasion-fiscale-en-europe-les-lapalissades-de-pierre-moscovici.php

    [3] https://francais.rt.com/economie/30273-ue-arrangements-fiscaux-accordes-multinationales-triples-2-ans-etude

    [4] https://www.franceinter.fr/info/paradise-papers-maison-yacht-le-reflexe-offshore-de-bernard-arnault

    [5] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/11/07/paradise-papers-l-intox-du-senateur-lr-gerard-longuet-pour-justifier-l-evasion-fiscale_5211462_4355770.html

    [6] https://www.oxfamfrance.org/actualites/justice-fiscale/bataille-des-paradis-fiscaux

    [7] http://www.liberation.fr/france/2009/09/25/paradis-fiscaux-sarkozy-reve-tout-haut_583849

    [8] http://www.francetvinfo.fr/monde/paradise-papers/paradise-papers-ce-n-est-pas-un-dysfonctionnement-c-est-le-coeur-de-la-machine-finance_2454592.html

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Quand on est pris la main dans le sac, la meilleure façon de se défendre c’est de nier. N’importe quel petit voyou de banlieue vous le confirmera. La peine ne sera pas plus lourde, et on peut peut-être semer le doute. Voilà que dans le petit monde médiatico-politique, personne ne sait plus rien.  Des politiciens de métier qui prétendent diriger un pays ou un ensemble de pays, ou des journalistes sensés nous informer, ne savent rien sur rien et encore moins sur le reste !  

    Voilà des années maintenant que des sociologues en mal de tribune, ou de faux intellectuels soutiennent Tariq Ramadan. On sait depuis longtemps que celui-ci est un petit escroc sur le plan intellectuel, mais ceux qui le soutiennent font semblant de croire qu’il représenterait un Islam à la fois philosophique et non figé. Parmi ceux-ci on note le nom d’Edgar Morin, idiot utile de la cause antisioniste, il a du mal à résumer son dépit d’avoir eu malencontreusement un père d’origine juive. Alors le voilà qu’il attaque Israël au nom de l’antisionisme, et qu’il prend dans la foulée fait et cause pour un personnage plus que douteux. Or évidemment on trouve rapidement que Tariq Ramadan n’est pas seulement un musulman, mais c’est un musulman des plus conservateurs. Par exemple, il laisse entendre que l’excision c’est juste une tradition et que les traditions il faut bien entendu les préserver puisqu’elles font partie de "notre culture"[1]. Beaucoup de gens ont remarqué que cette position de Ramadan, ultra-conservatrice, était une offense à la condition féminine. Mais pas Edgar Morin qui sur cette question ne dit rien. Il préfère continuer à trimbaler son cirque dans lequel il est le clown blanc, aux quatre coins de l’hexagone pour promouvoir les ouvrages semi-débiles qu’il a commis avec frère Tariq. Enfin il a trouvé un argument spécieux pour faire tenir debout sa position bancale. Il sépare la personne physique de Tariq Ramadan de l’intellectuel avec qui il dialogue.  

    Donc, tardivement, il condamne d’une main le comportement de séducteur – il ne dit pas de violeur et de salopard – et de l’autre il justifie sa position passée[2]. Mais il y a une chose qu’il ne dit pas : pourquoi dialogue-t-il avec un pseudo-intellectuel ultra-conservateur musulman ? C’est comme si au temps de sa jeunesse il avait dialogué avec Monseigneur Lefebvre. Autrement dit, tant qu’on dialogue avec un musulman ultra-conservateur, c’est excellent, mais si on dialogue avec un catholique intégriste, c’est mauvais ! Il est vrai qu’en Europe on invite volontiers à la télévision un musulman intégriste et cauteleux, mais on s’interdit d’inviter un catholique intégriste.  

    Morin n’est pas le seul pseudo-intellectuel qui ressemble à un personnage sorti tout droit de l’imagination d’Houellebecq. Il y a aussi Edwy Plenel. Lui aussi fait le tour de l’hexagone pour tenir des conférences de conserve avec Ramadan. Ce n’est pas donné, n’est-ce pas il y a des frais. L’entrée coûte 50 € !! Quoi qu’en dise Alain Badiou et les autres islamo-gauchistes, on ne s’adresse pas vraiment au prolétaire de base : le combat de l’islam est d’abord mené par une bourgeoisie friquée et emmenée par des porte-paroles plus ou moins instruits comme Ramadan. Plenel qui est prompt à emmener un peu tout le monde devant la justice[3] s’est fait remarquer en jouant les étonnés – comme Morin – quant à l’hypocrisie de Ramadan. C’est ce qui lui a valu de faire la une de Charlie hebdo. Mais apparemment lui non plus ne savait pas – pourtant en tant que « grand » journaliste d’investigation il aurait dû savoir. Lui aussi a fréquenté suffisamment de près Tariq Ramadan pour savoir à quoi s’en tenir. En outre les positions réactionnaires et ultra-conservatrices de Ramadan sur la place des femmes dans la société sont très bien connues de tous[4], et se marient très bien avec ses pratiques qui utilisent la violence et l’autorité pour obtenir des faveurs sexuelles. Le scandale n’est pas tant dans le fait que Ramadan soit un violeur, mais dans le fait que des personnages se parant des vertus morales de gauche comme Morin ou Plenel, fassent semblant de découvrir ce qui se cache concrètement derrière la rhétorique religieuse de Ramadan. Si on peut excuser cela chez Morin qui est très âgé, il a presque cent ans, c’est plus difficile pour ce qui concerne Plenel. Encore que Morin, ancien communiste, ultra-gauche par accident, se soit flatté d’avoir demandé à Hollande de modifier la constitution et de remplacer l’idée de laïcité par celle de « société multiculturelle »[5]  

     

    Le comble de la cuistrerie a été atteint quand la bande à Plenel a tenté de faire une comparaison oiseuse entre Plenel et la bande à Manouchian, laissant entendre que le moustachu serait le nouveau représentant de la résistance à l’oppression. Dans son tweet, le patron de Médiapart cite une phrase de Romain Rolland : « Ils peuvent me haïr, ils ne parviendront pas à m'apprendre la haine ». La réponse de Charlie hebdo est immédiate, rappelant que ce journal – qu’on l’aime ou non – a payé un lourd tribut à cette nouvelle guerre de religion qui ne dit pas son nom. En réalité, c’est bien Plenel qui soutient le camp de la haine par son approche lénifiante de l’Islam et des attentats qui ont été perpétrés en son nom[6]. Fabrice Nicolino rappelle d’ailleurs que la plupart des membres des FTP-MOI étaient des juifs et qu’ils ont été exécutés.  

     

     

    Morin et Plenel ne sont pas des cas isolés. Parmi les idiots utiles de l’islamisation accélérée de la France on trouve aussi le sinistre François Burgat. Professeur à Sciences Po à Aix-en-Provence, il joue les érudits en matière d’Islam. Luis aussi bat l’estrade en compagnie de Ramadan, et le tout sous la houlette de l’Union européenne : ici les droits d’entrée ne sont plus que de 5 €, l’Union européenne a les moyens de faire des prix bas, tout en prenant en charge les « frais » des participants. Burgat est maintenant directeur de l’IREMAM, il est ce directeur de thèse très controversé qui va faire soutenir le 20 novembre la thèse du non moins controversé Nabil Ennasri, un thésard longue durée qui est aussi un propagandiste des Frères Musulmans et du Qatar. C’est donc au tour du sinistre Burgat de se mettre en devoir de défendre Ramadan. Certes il ne dit pas que Ramadan n’est pas coupable, mais il sous-entend que si culpabilité il y a, cela n’a rien à voir avec les idées que par exemple il pourrait avoir sur l’Islam. Burgat fait l’impasse évidemment sur les réflexions désuètes et ultra-conservatrices de Ramadan en ce qui concerne la place de la femme dans la société, pour lui ça ne compte pas. Il divise donc lui aussi Tariq Ramadan en deux : d’un côté le bon penseur, et de l’autre « peut-être » le mauvais garçon[7].  

    Ce rapide tour d’horizon met en avant des connections louches non seulement entre certains intellectuels et universitaires français et la mouvance islamiste, mais aussi entre cette nébuleuse et l’Union européenne qui cautionne évidemment ce genre de propagande. dans ce rôle très particulier de collaborateur de l'Islam radical, on en trouve bien d'autres : Alain Gresh, celui-là même qui a intronisé Tariq Ramadan, ou les Frères Fassin[8].

     

    [1] http://memri.fr/2017/06/22/tariq-ramadan-lexcision-ne-figure-pas-dans-le-coran-mais-fait-partie-de-notre-tradition-la-discussion-doit-etre-interne-non-orchestree-par-memri/

    [2] https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/071117/tariq-ramadan-avant-pendant-apres-par-edgar-morin

    [3] http://www.vududroit.com/2016/04/les-tweets-de-monsieur-edwy/

    [4] https://blogs.mediapart.fr/roger-evano/blog/031117/la-duplicite-de-tariq-ramadan

    [5] https://blogs.mediapart.fr/roger-evano/blog/091117/reponse-edgar-morin

    [6] http://amp.ozap.com/actu/-charlie-hebdo-adresse-une-reponse-au-vitriol-a-mediapart/541717

    [7] https://blogs.mediapart.fr/francois-burgat/blog/061117/avec-ou-sans-tariq-ramadan-ses-combats-politiques-demeureront-les-miens

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/l-extravagant-eric-fassin-en-recherche-d-un-statut-a126464374

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978

    Valentin Gonzales dit El Campesino est un personnage complexe, et en même temps très représentatif des difficultés du camp du progrès pour faire avancer les idées anticapitalistes. Il a des origines paysannes et prolétaires, issu de milieux pauvres, il va d’abord se tourner suivant la tradition familiale vers les tendances libertaires du mouvement révolutionnaire. Mais il va ensuite se rapprocher des communistes parce qu’il pense qu’ils sont bien mieux organisés et plus efficaces. Il devient propagandiste pour le PCE, échappe aux traques violentes de la police et à la répression des ouvriers. Et puis il va y avoir le coup d’Etat de Franco qui tente de renverser la jeune République. Ce coup d’Etat va mener à la guerre civile.

    Là les choses deviennent très compliquées. D’abord parce que les forces de la réaction sont bien regroupées autour de l’armée et de l’Eglise, largement financées par le grand capital, mais aussi soutenues fermement par Hitler et Mussolini qui envoient rapidement des troupes et des avions pour soutenir Franco. Pendant ce temps la gauche bricole et se divise. D’abord la France du Front Populaire traîne les pieds pour donner une aide structurée et importante aux forces républicaines. Léon Blum le fera cependant, mais avec parcimonie et tardivement. La Russie de Staline enverra des hommes et du matériel, mais avec retard, et surtout en exerçant un chantage éhonté sur les révolutionnaires pour qu’ils s’insèrent dans le moule stalinien et qu’ils éliminent les anarchistes et les poumistes. Il y a autre chose : les forces républicaines ne visent pas toutes les mêmes objectifs. Les socialistes visent seulement à rétablir une république, les anarchistes et les révolutionnaires à construire une société différente et égalitaire, et les communistes à éliminer tout ce qui peut se situer sur leur gauche. 

    El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978

    Les brigades internationales à la bataille de Teruel 

    Rapidement El Campesino va grimper les échelons de l’armée révolutionnaire espagnole du fait de ses qualités de tacticien et d’organisateur. C’est devenu un spécialiste des coups d’éclat qui débloquent des situations difficiles. Apprécié de ses hommes, il manifeste un grand courage sur son cheval blanc. Il devient très populaire. Mais il est aussi un chef de guerre très dur et très cruel. Dans le feu de l’action, il reconnait qu’il n’a pas toujours eu un bon jugement sur ce qui se passait autour de lui. Certes il se rend compte que les conseillers militaires soviétiques jouent un jeu dangereux en divisant les révolutionnaires, mais il ne mesure pas l’ampleur des dégâts que cette attitude va engendrer, essentiellement parce qu’il est un homme d’action. Le doute pourtant va s’instiller en lui après le coup de force du PCE et des conseillers russes en mai 1937 contre les antistaliniens du POUM et les anarchistes. Il sera un des derniers à quitter l’Espagne. Il aurait décidé de se raser la barbe puis de quitter l’Espagne avec ses derniers gardes du corps. Juan Gorkin dans la présentation qu’il fit de Vie et mort en URSS, Les îles d’or, 1950, raconte une version un peu différente. Ce sont ses propres gardes du corps qui l’auraient attaché, lui auraient couper la barbe puis l’auraient embarqué de force dans une voiture qui traversera l’Espagne pour ensuite passer par bateau en Algérie puis de là en France. 

    El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978

    El Campesino à côté de son ennemie, Dolores Ibárruri, la Pasionaria 

    Dolores Ibárruri représente aux yeux du Campesino tout ce qu’il y a de lâche et de vil chez certains révolutionnaires. Non seulement elle ne manifeste aucun courage, mais elle passe son temps à diviser les républicains pour le compte des Russes. Voilà ce qu’il écrit sur ce personnage qui sera aussi particulièrement détesté par les anarchistes et les poumistes.

     

    « Fanatisée à l’extrême, cette ancienne sardinière est bouffie d’orgueil depuis qu’elle a pris du galon dans le Parti. Elle voit des ennemis partout et n’a pas sa pareille pour souffler la haine et prôner la répression brutale […] Son visage aux traits durs, peu féminins, révèle d’ailleurs ces différents aspects de sa personnalité qu’elle accentue encore en s’habillant de noir. Cette créature peu engageante n’en a pas moins des exigences, des désirs de femme qu’elle satisfait avec un individu qui ne me revient pas d’avantage : Francisco Anton, chef des commissaires politiques de Madrid. Le jeune homme à l’art de rester à l’arrière où, explique-t-il, il mène un dur combat contre la cinquième colonne […] La vie intime, les amours et les (rares) amitiés de la Pasionaria ne me regardent pas… mais je ne peux pas être totalement indifférent à son comportement, car tandis qu’avec ses complices, Dolorès Ibárruri prend du plaisir, s’agite, complote, dresse la liste des suspects à éliminer, des adversaires à piéger, son mari et son fils risquent leur peau chaque jour au front ! il n’a jamais été exigé d’un révolutionnaire sincère, d’un communiste authentique qu’il mène une vie ascétique et chaste. Mais il y a des limites qu’on ne devrait pas franchir si l’on veut prétendre apparaître loyal et droit […] La Pasionaria se fait une haute idée d’elle-même qu’à mon sens rien ne justifie, au contraire. Des autres communistes espagnols, elle ne se distingue que par une servilité, une obéissance absolue aux ordres du Komintern et à ceux des émissaires de Staline. Elle ignore totalement les remords et les cas de conscience et manifeste une satisfaction malsaine dès qu’il est question d’épurer, de tailler dans le vif… En outre, elle n’hésite pas, quand l’occasion s’en présente, à se débarrasser, sous un prétexte politique, de ses ennemis personnels. »

     

    Il n’en a pas après que la Pasionaria, il met dans un même sac Lister, un faux guerrier selon lui, et aussi Modesto, des incapables et des intrigants, plus préoccupés de se mettre bien en cour, c’est-à-dire auprès des autorités soviétiques, que de stratégie militaire. Le seul pour qui il manifestera toujours une grande estime est Durruti, le chef de guerre anarchiste à qui il reconnait un grand courage et un sens tactique, mais Durruti mourra très vite au combat. Il soulignera l’engagement des Brigades internationales qui selon lui ont été frustrées par leur retrait forcé décidé par les Russes dans le cadre d’un faux accord international avec l’Allemagne et l’Italie.

    Arrivé en Russie, El Campesino va se retrouver dans une situation des plus difficiles. D’abord il va se rendre compte que le communisme à la russe n’est qu’un régime autoritaire et inégalitaire où la misère est partout. Ensuite c’est depuis Moscou qu’il apprend que toute sa famille a été exterminée, sa femme et ses enfants, mais aussi son père et son frère qui ont été pendus. Il voudrait bien repartir pour l’Espagne et développer une guerre de guérillas, mais les Russes ne veulent plus entendre parler de l’Espagne. Entretemps il se remarie avec une jeune russe et a un nouveau fils. Esprit rebelle, il ne supporte pas les cours de l’Académie militaire, et bientôt il se retrouve emprisonné, puis travailleur forcé dans le creusement du métro de Moscou, dans une équipe stakhanoviste. La guerre se développe en Europe, et bientôt elle touche la Russie, malgré le pacte germano-soviétique. Les Russes ne sont pas préparés à cet affrontement, et l’armée allemande gagne rapidement Moscou. A la faveur de ces troubles, El Campesino va s’évader, voler un train et filer sur Tachkent ! Mais il va être rattrapé par le NKVD et mis sous surveillance à Kokand.

    El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978 

    Soldats russes capturés et déportés par les Allemands en 1941 

    Pendant plusieurs années, il va errer de Goulag en Goulag, de tentative d’évasion en tentative d’évasion, survivant de plus en plus difficilement aux conditions difficiles de la déportation. Mais en 1949, il arrivera à s’enfuir en passant par le Turkménistan pour arriver en Iran. Tout ça à pied. Mais les extraordinaires aventures d’El Campesino ne sont pas terminées. Il va s’installer en France puis essayer de mettre en place une sorte de guérilla contre Franco. Sans succès aucun, sans doute avait-il perdu la main et le contact avec les jeunes générations. Il va travailler, vivre modestement, intervenant dans le débat public, notamment comme témoin au procès de David Rousset qui avait été insulté par les sbires du PCF. Il constatera que l’Espagne aussi a bien changé. A la mort de Franco une ébauche de démocratie se met en place. Ce qui va avoir plusieurs conséquences. D’abord il va pouvoir obtenir un passeport espagnol et donc revenir sur sa terre natale. Et puis miracle ! Sa femme, Juana, et ses enfants ne sont pas morts, contrairement aux rumeurs. Il va donc se marier avec elle, près de quarante années après l’avoir quittée ! Sur le plan politique, constatant les changements en Espagne, il va se rapprocher du PSOE, pensant que c’est la meilleure voie à suivre pour faire avancer la société, à l’écart des dictatures de Franco ou de Staline. 

    El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978

    El Campesino a retrouvé Juana 

    Que peut-on retenir de cette longue méditation sur un parcours révolutionnaire exceptionnel ? D’abord cette volonté irrépressible d’une lutte d’un individu pour la liberté, la sienne et celle de sa classe sociale. Ensuite que la Guerre d’Espagne a été perdue à cause des divisions qui minaient le camp républicain et l’ingérence des conseillers étrangers – en l’occurrence les Russes – qui orientaient les combats au gré de leur intérêt et de leur fantaisie. Le camp le plus uni a gagné comme toujours : ici c’était l’extrême droite européenne, l’armée espagnole alliée à l’Eglise et à l’Allemagne et à l’Italie de Mussolini qui représentait les intérêts immédiats de la bourgeoisie espagnole complètement arriérée. Franco était surarmé, et ses troupes très disciplinées, la légion Condor avait la maîtrise des airs, les Allemands se servant de la Guerre d’Espagne clairement comme une répétition de ce qu’ils allaient faire ensuite à grande échelle. El Campesino croisa Hemingway[1] pendant la Guerre d’Espagne avec qui il prit une cuite mémorable. Mais le conflit s’était internationalisé. On retrouvera d’autres écrivains, George Orwell qui écrivit le très beau La Catalogne libre, John Dos Passos également qui a cette occasion s’éloigné du mouvement communiste et se fâcha définitivement avec Hemingway. El Campesino croisa aussi André Malraux qu’il décrit comme un homme de valeur et un bon aviateur[2]. Pendant longtemps le drame espagnol a conditionné les consciences politiques. C’est même autour de cette question que quelqu’un comme Guy Debord commença véritablement à se former[3].

    El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978

    Ernst Hemingway pendant la Guerre d’Espagne 

    Le cinéaste René Clément avait eu l’intention de faire un film sur El Campesino. Ce film aurait mis l’accent sur le caractère épique de son héros. Cela ne s’est malheureusement pas fait. En effet Al Pacino devait incarner cette grande figure de la lutte anti-franquiste, mais, alors que les financements étaient bouclés, il se désista au dernier moment. La Guerre d’Espagne et ses séquelles ont été une plaie ouverte dans la conscience des républicains et des révolutionnaires du monde entier. Ce conflit qui fit au moins un million de morts révéla aussi les tares du régime soviétique et par extension de sa prétention à conduire la révolution mondiale. 

    El Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978

     

     

    [1] De son expérience dans la Guerre d’Espagne, Hemingway tira un roman, Pour qui sonne le glas, qu’il publia en 1940.

    [2] André Malraux écrivit L’espoir à propos du drame espagnol. Ouvrage qu’il publia en 1937 chez Gallimard.

    [3] Guy Debord, Il faut recommencer la Guerre d’Espagne, Internationale lettriste, n° 3, août 1953.

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  C’est sur les questions internationales que Mélenchon, le Parti de Gauche et par suite la France Insoumise sont le moins crédibles. Mis en difficulté sur la question européenne, Mélenchon est également critiqué pour ses positions sur l’Alliance bolivarienne. Voici son parti de nouveau sur la selette avec la publication d’un communiqué insipide, pas du tout à la hauteur de la question.

    La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

    Il y a pourtant une position très simple à prendre sur cette question : celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit garanti par la Charte des Nations Unies, Charte à laquelle adhèrent l’Espagne, la France et tous les pays de l’Union européenne. La question n’est pas du tout de savoir si la Catalogne doit ou non sortir de l’Espagne et de dire ce que nous Français préférons. Mais seulement de réaffirmer ces principes. Or le communiqué du Parti de Gauche produit deux erreurs dans le même mouvement :

    - d’une part il renvoie dos à dos Madrid et Barcelone dans un mouvement que n’aurait pas renié Ponce Pilate. Il appelle bêtement au dialogue entre deux institutions qui n’ont pas du tout le même poids. On ne voit pas en effet comment le dialogue résoudrait cette équation entre le pouvoir central qui décide que le référendum est illégal et le pouvoir régional qui vient d’être dissout unilatéralement, Madrid s’asseyant sur le fait que ce parlement a été élu ;

    - d’autre part il s’aligne sur la position européenne sans le dire, comme si dans un mouvement d’indépendance l’autorité de tutelle pouvait être consentante à se laisser amputer d’une partie de son espace politique. Pour une fois Jean-Claude Juncker s’est montré plus circonspect, d’abord en annonçant qu’il reconnaîtrait le résultat du référendum[1], ensuite en rappelant que cette affaire était une affaire interne à l’Espagne. Et maintenant en se prononçant contre les séparatismes qui effectivement sont des entraves pour la création d’un grand marché mondial intégré[2]  

    La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

    Je ne vais pas rappeler ici la longue liste des demandes de dialogue qui a émaillé la longue histoire des indépendances nationales. C’est bien ce que la communauté internationale demandait à la France pendant la Guerre d’Algérie. C’était aussi la position stupide d’Hubert Védrine durant la longue guerre de Yougoslavie. Les mêmes qui aujourd’hui trainent les pieds pour reconnaitre la démarche du parlement de Catalogne comme valide, ne disent rien quand les Ecossais procèdent de même, ou encore quand les Britanniques votent pour le Brexit sans nous demander nitre avis[3]. Les mêmes ont trouvé cela très bien que les provinces de l’URSS se déterminent de manière autonome pour se séparer de la Russie au moment de la chute du régime dit « communiste ».  

    Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe sur lequel on ne peut pas transiger, on ne voit pas pourquoi les Catalans n’useraient pas de ce droit. Et si le référendum du 1er octobre ne s’est pas déroulé dans des conditions idéales, c’est bien parce que le gouvernement de Madrid a empêché que cela se passe bien tant il craignait les résultats.  

    La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

    Aujourd’hui on est là : le parlement de Catalogne qui ne plait pas à Madrid a été dissous, et de nouvelles élections sous contrôle de Madrid ont été annoncées pour le mois de décembre. Mais de ce déni de démocratie, le Parti de Gauche ne dit rien du tout. Et pourtant, c’est la même démarche que celle qui a consisté à contourner les résultats du référendum de 2005 en demandant aux députés et aux sénateurs de voter au contraire de ce que le peuple avait décidé en un premier temps.

    L’avenir de la Catalogne est très incertain. La reprise en main du gouvernement de Catalogne par Madrid ne laisse rien augurer de bon. Il est absolument incompréhensible que le Parti de gauche qui voudrait incarner une autre manière de faire de la politique n’arrive pas à imaginer que la Catalogne puisse accéder au rang de nation. Comme si l’avenir était à la formation de grands ensembles mastodontes qu’on a vus pourtant faillir avec la fin de l’URSS, mais aussi avec la décomposition de l’Union européenne. Joseph Stiglitz a fait preuve de plus de bon sens[4], mais également le gouvernement belge qui a montré que la Catalogne indépendante ne serait pas forcément isolée bien longtemps sur la scène internationale[5] contrairement au souhait du journal Le monde[6].

    Le Parti de Gauche devrait sortir de sa paresse intellectuelle en analysant d'abord les mouvements séparatistes comme un autre échec de l'Union européenne.

     

     


    [1] https://www.euractiv.fr/section/politique/news/catalonian-independence-juncker-ventures-into-unchartered-waters/

    [2]

    [3] http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20171028.OBS6648/catalogne-paris-et-ses-voisins-europeens-font-fausse-route.html

    [4] https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/catalonia-a-viable-independent-state/

    [5] https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/only-belgium-breaks-ranks-in-eu-unity-with-madrid/

    [6] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/10/27/catalogne-la-declaration-d-independance-suscite-des-reactions-internationales_5207023_3214.html

    Partager via Gmail

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires