•  Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande

    Merkel rejette les propositions de réforme de Macron 

    En pleine campagne électorale, Madame Merkel vient de donner une longue interview au journal Ouest France[1]. Après avoir énoncé qu’elle s’entendait bien avec Emmanuel Macron qui selon elle a été plébiscité par le peuple français, elle en est venue à évaluer les réformes nécessaires afin de renforcer l’Union européenne et plus particulièrement la zone euro. A demi-mot elle reconnaît que la divergence de trajectoire économique entre les pays de la zone pose un problème de fonds. C’est ce que dit aussi ici et là Macron. Le fait que ces deux personnages se posent presque simultanément la même question est en soi l’aveu que l’Union européenne a complètementéchoué, et que la monnaie unique est dans une impasse. Mais son interview est aussi un désaveu pour Macron, elle ne veut pas de ses idées de réforme.

    Macron a avancé des idées pour réformer l’Union européenne. Ces idées sont clairement en phase avec le développement d’une Europe fédérale qui à terme se substituerait aux nations : il souhaite un budget européen plus important, un super ministre de l’économie pour la zone euro qui coordonnerait la politique économique de l’ensemble de la zone, également il voudrait qu’une procédure nouvelle permette de mutualiser les dettes publiques. Pour partie Macron justifie les douloureuses réformes libérales du marché du travail et la recherche de l’équilibre budgétaire par le biais de l’austérité comme autant de gages de bonne volonté pour amener Merkel à le suivre sur cette voie. Contrairement à ce que dit Le Point de cette semaine, Merkel n'approuve aucune des idées de Macron sur l'Europe, et elle le fait savoir.

    Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande 

    Macron échoue en Europe

    Les réponses de Merkel à Macron sont très claires. Non elle ne souhaite pas un impôt accru pour alimenter un budget européen pourtant faible. « Non, je ne vois pas pour l’instant de projet convaincant d’impôt européen. » dit-elle. Ce qui peut se traduire aussi par : « L’Allemagne ne veut pas d’une Europe fédérale ». La réponse est la même sur la mutualisation des dettes : « Nous travaillons à une union bancaire et à un fonds monétaire européen afin de pouvoir agir, dans des conditions rigoureuses, dans les situations de crise. Il y a là une différence avec une mutualisation des dettes, chose que nous refusons. Ce principe ne change pas. ». C’est encore plus clair.

    La seule chose qu’elle concède, c’est l’idée d’un superviseur des politiques économiques en Europe qui mettrait en œuvre les principes qui sont appliqués en Allemagne, autrement dit celui-ci serait le porte-parole directement de Berlin : « Des règles phares, par exemple, qui fonctionnent dans certains États membres, pourraient être transposées dans d’autres pays. Cela peut s’appliquer à la législation du travail au même titre qu’à des administrations publiques efficaces, à de bonnes conditions cadre pour les entrepreneurs ou à la politique de recherche. »

    Comme on le voit elle n’entend céder sur aucun point qui remettrait en question une parcelle de la souveraineté de l’Allemagne et son hégémonie en Europe. Macron a d’ores et déjà échoué en ce qui concerne son idée de faire avancer une Europe fédérale. Mais ce qu’on voit, c’est surtout que le rapport de forces Merkel pense qu’il est en faveur de l’Allemagne, et donc qu’elle n’a aucune raison de changer un système institutionnel qui lui est favorable. Macron, après Hollande et Sarkozy fait l’expérience douloureuse de l’immobilisme de l’Allemagne. 

    L’Europe à deux vitesses 

    Il y a donc une Europe à deux vitesses, non pas parce qu’il y a des pays pauvres et des pays riches, mais parce qu’il y a un pays, l’Allemagne, qui se sert des institutions européennes pour consolider son  hégémonie et pour préserver sa souveraineté – le simple fait que le tribunal constitutionnel qui siège à Karlsruhe soit au-dessus des instances européennes, tandis que pour les autres pays c’est l’inverse en est le signe – et puis les autres pays, dont la France qui doivent se plier aux consignes et directives émanant de Bruxelles. Toutes les tentatives de réduire les pouvoirs exorbitants de l’Allemagne en Europe se sont soldés par des échecs cuisants. On se souvient que Mitterrand croyait en acceptant l’euro contraindre l’Allemagne à se fondre et à disparaître. Ce fut sans doute sa plus grande erreur. On pourrait dire que l’interview de Merkel, dans toute son arrogance, renvoie Macron à sa position de supplétif.

    Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Merkel a bien plus de différents avec Macron qu’elle n’en avait avec Hollande. En effet ce dernier ne revendiquait pas pour lui-même un rôle de leader en Europe pour la réorienter. Mais sa position est protégée par le fait que Macron, par sa diplomatie désordonnée, est incapable d’entraîner à sa suite d’autres pays européens. On l’a vu lors de sa tournée en Europe de l’Est. Merkel et Macron reconnaissent que tout va mal en Europe, ils ne sont pas les seuls. Mais en même temps la première indique qu’il n’est pas question de changer une politique perdante… du moment qu’elle profite à l’Allemagne, tandis que le second pense qu’on peut briser l’hégémonie allemande en Europe en noyant les Etats-nationaux dans « plus d’Europe ». 

    La dissolution de l’Europe en devenir 

    Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande 

    L’élection de Macron a été un soulagement pour les européistes qui pensaient ainsi pouvoir en finir avec les velléités de sortie de l’Europe. Ce soulagement sera pourtant de courte durée. En effet la poursuite du projet européiste se heurte à trois obstacles majeurs :

    - tout d’abord les divergences de trajectoire entre les pays membres et plus encore entre les pays de la zone euro. Ces divergences contraignent dans le cadre des traités à accroître la pression austéritaire qui à son tour entretient la récession et le chômage ;

    - ensuite la question de l’immigration de masse. De nombreux pays refusent l’injonction de Bruxelles d’accueillir leur quota. Cet acte de désobéissance annonce une crise institutionnelle majeure. Par exemple Prague indique qu’elle veut bien aider les migrants en aidant les pays émetteurs à améliorer leur système économique, mais pas en les accueillant chez elle[2]. La position de Prague est d’ailleurs conforme aux analyses de l’OCDE qui considère que plutôt que d’accueillir des migrants il vaut mieux aider les pays à se développer, car ce sont les éléments les plus dynamiques qui quittent le pays ;

    - enfin il y a l’intransigeance de l’Allemagne qui sait qu’une Europe plus fédérale l’amènerait à remettre en question ses propres institutions, et qu’en outre elle n’a rien à gagner à se fondre dans ce grand ensemble. Cette intransigeance va rapidement démontrer que l’approche de Macron est erronée, et il va bien devoir en changer, ce qui ouvrira probablement une crise diplomatique entre la France et l’Allemagne.

     

    Pour peu qu’une crise financière se manifeste, et le processus de dissolution de l’Union européenne qui a commencé avec le Brexit, va s’accélérer. La France est la première candidate à la sortie, aussi bien parce que le sentiment anti-européen y est très fort que parce que Macron est un président très impopulaire.

     

     


    [1] http://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/angela-merkel/entretien-exclusif-merkel-aider-les-citoyens-retrouver-le-gout-de-l-europe-5250808

    [2] http://www.euractiv.fr/section/migrations/news/czech-interior-minister-nobody-has-to-call-us-for-solidarity/

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  •  L’Europe et l’indépendance de la Catalogne

    Parmi les sujets de querelles entre les pays qui forment l’Union européenne, il y en a un peu nouveau, c’est la question de l’indépendance de la Catalogne. La Catalogne a programmé un référendum pour le 1er octobre 2017. Et il semblerait que le oui l’emporterait[1]. Ce qui signifierait l’émergence d’un nouvel Etat en Europe qui aurait une langue, un territoire, une culture et des frontières[2]. Le fait que l’issue du référendum ne fasse plus de doute est renforcée par la réaction de gouvernement espagnol de l’interdire en le jugeant anticonstitutionnel et donc illégale. Des mesures policières ont été prises pour empêcher la tenue du référendum, notamment en confisquant, si faire se peut, les urnes[3] ! Evidemment confisquer des urnes ç marque mal dans un pays dont le passé démocratique est plutôt récent ! Mais ce sont des enfantillages. Il y a d’autres pistes de réflexion que ce mouvement indépendantiste suggère.

    Tout d’abord, il est difficile de contourner l’idée de l’autodétermination des peuples. C’est vrai pour la Catalogne, comme pour la Crimée, et peut être même pour le Donbass dans un avenir proche, ou encore de l’Ecosse ! Si une très large majorité d’une population déterminée se prononce pour l’indépendance, elle se fera forcément tôt ou tard. Le point de vue nationaliste, celui de Mariano Rayo, est de défendre l’intégrité et l’unité nationale. Autrement dit pour devenir indépendant, la Catalogne devrait demander la permission au reste de l’Espagne. On a vu ce même type d’argument à propos du Brexit : vous ne pouvez pas organiser un référendum dans le Royaume Uni de votre propre chef parce que vous appartenez à l’Union européenne ! Ce débat est insoluble, mais il se dénoue toujours en faveur du peuple qui manifeste sa volonté d’indépendance.

     L’Europe et l’indépendance de la Catalogne

     

    Le second point est que la volonté d’indépendance de la Catalogne peut s’expliquer aussi parce que c’est la partie vaincue de la Guerre d’Espagne. Il y a toujours eu un conflit entre Barcelone et Madrid, et sans doute ce conflit a été trop longtemps masqué par le régime autoritaire qui sévissait à Madrid. On pourrait donc y voir la conséquence du développement de la démocratie parlementaire en Espagne. Mais la Catalogne est arrivée à préserver l’essentiel au fil des années, sa langue et sa culture, et c’est bien ça qui fonde sa volonté de souveraineté, peut-être même avant des considérations économiques : la Catalogne est la partie la plus riche de l’Espagne, et donc elle est un contributeur net au budget espagnol. Le gouvernement de Madrid a commencé à punir les Catalans en intimidant les fonctionnaires, en convoquant les maires qui veulent organiser le référendum, en retenant des reversements d’impôts à la Catalogne.

    L’Europe et l’indépendance de la Catalogne 

    Il ne semble pas que ce soit suffisant. Les sondages les plus récents laissaient entendre que les indépendantistes perdraient le 1er octobre[4]. Cela ressemble plutôt à une intoxication comme celle qui annonçait l’échec du Brexit. Plus encore ce serait en contradiction avec le résultat du référendum de 2014 dont nous donnons les résultats dans la figure ci-dessus. 80% des Catalans s’étaient alors prononcés pour la création d’un Etat indépendant. Il est assez clair qu’en trois ans on n’a pas pu passer de 80% à 41% ! 

    L’Union européenne et le référendum catalan 

    Si nous mettons en perspective le mouvement indépendantiste catalan, on voit qu’il s’inscrit à l’inverse de l’idée selon laquelle pour être fort, il faut se regrouper dans des grands ensembles comme l’Union européenne par exemple. Mais l’ambiguïté demeure pour autant. En effet si d’un côté le référendum catalan annonce le rétrécissement d’un Etat sur sa langue et sur sa culture, de l’autre, il est la marque de la dissolution des Etats-nations dans le cadre de l’Union européenne. Du reste les Catalans veulent rester dans l’Europe.

    Pendant longtemps l’Union européenne s’est abritée derrière deux idées générales :

    - d’une part soutenir les arrêts constitutionnels et les décisions du parlement espagnol en la matière contre l’indépendance de la Catalogne ;

    - et d‘autre part annoncer que l’Union européenne ne devait pas se mêler des affaires de politique intérieure d’un pays membre.

    Cette belle logique vient de voler en éclat. En effet, Jean-Claude Juncker, président en exercice de la Commission européenne vient d’annoncer que l’Union européenne reconnaîtra le résultat du référendum en Catalogne, et donc l’indépendance de ce pays[5]. Ce n’est pas vraiment ce que Madrid en difficulté attendait. Jean-Claude Juncker donne d’une manière directe un encouragement aux indépendantistes catalans juste quelques jours avant le vote. On voir encore une fois que d’une manière plus ou moins sournoise, l’Union européenne s’affronte aux Etats nationaux.

    L’Europe et l’indépendance de la Catalogne 

    Mais peu importe. Si La Catalogne devient, comme c’est très probable, un nouvel Etat européen indépendant, de nouveaux problèmes vont apparaître à l’horizon. A l’évidence l’Espagne sera très affaiblie, preuve que l’unification nationale avait été inachevée. Mais l’Union européenne devra ensuite se positionner sur l’adhésion de la Catalogne. Or il est assez clair que l’Espagne s’y opposera. Ce qui annonce une nouvelle crise en Europe. En effet, la seule solution pour que la Catalogne adhère sans heurt à l’Europe est que l’Espagne elle-même sorte de l’Union européenne ! Puisque la Catalogne pourra bénéficier du statut de pays successeur. C’est un statut qui est envisagé pour l’Ecosse, si le Brexit va jusqu’à son terme et si le référendum d’indépendance de l’Ecosse vis-à-vis du Royaume Uni aboutit.  

    Dernière minute, vers un coup d’Etat en Catalogne ? 

    Les dernières nouvelles de la situation en Catalogne sont particulièrement inquiétantes. Il semble que la panique gagne le gouvernement de Madrid qui veut interdire à tout prix la tenue du référendum qu’il pense perdu. Le 20 septembre 2017 la Guardia Civil a procédé à des arrestations et des occupations de bâtiments publics[6]. Va-t-on vers un remake de la Guerre d’Espagne ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais l’évolution rapide de la situation semble laisser craindre le pire. Va-t-on vers un remake de la Guerre d’Espagne ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais l’évolution rapide de la situation semble laisser craindre le pire. Le même jour les Catalans sont descendus dans la rue pour manifester à cette répression qui ne peut qu’accroître les tensions et renforcer le camp indépendantiste[7]. 

    L’Europe et l’indépendance de la Catalogne

    Manifestation des Catalans le 20 septembre 2017

     

     


    [1] http://www.lengadoc-info.com/5362/international/catalogne-sondage-62-electeurs-voteront-lindependance-1er-octobre-prochain/

    [2] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-catalogne-declarera-son-independance-en-cas-de-oui-au-referendum-742736.html

    [3] http://www.ouest-france.fr/europe/espagne/catalogne-la-police-cherche-les-urnes-cachees-pour-le-referendum-5250826

    [4] http://www.ladepeche.fr/article/2017/08/08/2624680-mais-que-veulent-vraiment-les-catalans.html

    [5] https://www.euractiv.fr/section/politique/news/catalonian-independence-juncker-ventures-into-unchartered-waters/

    [6] https://www.la-clau.net/info/barcelone-sous-tension-la-guardia-civil-arrete-des-membres-du-gouvernement-catalan-11739

    [7] https://www.tdg.ch/monde/perquisitions-siege-executif-regional/story/13886598 et http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/09/20/referendum-en-catalogne-la-garde-civile-perquisitionne-l-executif-separatiste_5188273_3214.html

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  •  Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

    En tant que premier opposant, ainsi que le qualifie les médias, Mélenchon vient de donner une très longue interview à Marianne, journal jadis un peu anticonformiste, puis qui s’est rangé derrière Macron et qui aujourd’hui semble le regretter. Cet interview est un peu le contrepoint de celui que Macron a donné le 7 septembre au journal Le point. On n’apprend pas grand-chose, il reprend les bonnes raisons qu’il y a à s’opposer à Macron sur les ordonnances et montre que celles-ci sont pensées comme une arme contre le peuple. Il avance, et sur ce point on peut lui donner raison, que Macron cherche par ses multiples provocations l’affrontement, pensant sans doute que s’il gagne la bataille de ses réformes, l’horizon sera dégagé pour lui en Europe. Il rappelle au passage que si Macron a été élu démocratiquement, cela n’empêche pas l’opposition de manifester contre sa politique. Il aurait pu un peu plus insister sur le fait qu’il avait été très mal élu, et que probablement c’est aujourd’hui une majorité de Français qui sont hostiles à sa politique. Evidemment la question est de savoir comment faire en sorte que les multiples oppositions d’aujourd’hui se transforment en un large mouvement qui renverse ce régime honni. Il ne dit pas grand-chose non plus de la division qui règne dans le camp de la gauche. Par exemple pourquoi la France Insoumise appelle à des manifestations contre les ordonnances en dehors d’une concertation avec les syndicats ? N’eut-il pas été plus simple d’appeler aux manifestations aux côtés de l’intersyndicale ? De même il n’éclaire pas les relations troubles qu’il entretient avec le PCF. Pierre Laurent qui sait sans doute que son parti est en perdition a décidé, en ouverture de la fête de l’Humanité, d’attaquer Mélenchon, comme si ce dernier était responsable des contorsions incompréhensibles de son parti qui s’étiole sans retour. Mais au lieu de tempérer, Mélenchon et les insoumis jettent de l’huile sur le feu[1]. Ce n’est pas sérieux si on aspire vraiment à gouverner.  

    Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

    A travers cette interview, Mélenchon se définit comme un réformiste, un social-démocrate ancienne manière si on veut, il veut prendre le pouvoir par les urnes, et proposer ensuite des réformes qui iraient dans le sens de plus d’égalité, mais aussi l’abandon d’un modèle productiviste usé jusqu’à la corde. Il est donc très abusif de le présenter comme un « radical ». mais on peut comprendre que pour lui, comme pour beaucoup, la révolution n’est pas à) l’ordre du jour et donc qu’en attendant, il faut bien faire quelque chose pour mobiliser le peuple et essayer de changer. 

    Mélenchon et la politique étrangère 

    Sur ce terrain, Mélenchon est bien moins à l’aise, mais on pourrait dire que c’est l’ensemble de la gauche qui n’y arrive pas. On notera que sur la question du Venezuela, il n’est pas très convaincant. Bien entendu, la droite, et le camp pro-américain, se délecte des difficultés de ce petit pays, et bien que la situation soit très confuse, il est évident que c’est la droite libérale et pro-américaine qui mène la contestation contre Maduro. Mais selon moi, cela ne suffit pas à faire de Maduro une simple victime, et se rattacher à l’alliance bolivarienne a été certainement une grosse erreur durant la campagne présidentielle. Rappelons qu’il a terminé tout de même quatrième derrière Fillon qui trimballait des casseroles en grande quantité. 

    Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe 

    Sur la question de l’Europe, Mélenchon n’a pas changé et s’enfonce même. Il fait semblant de croire que l’Union européenne peut être réformée, arguant du poids de la France et donc que celle-ci a d’autres arguments que la Grèce à faire valoir face à l’hégémonie de l’Allemagne. Cette analyse est erronée pour au moins deux raisons :

    - la première évidence c’est que pour changer l’Europe, il faut changer les traités ce qui prendrait sans doute au moins dix ans, avec le chaos que cela engendrerait, à supposer que l’ensemble de nos partenaires soient de bonne volonté ;

    - la seconde évidence est que Mélenchon ignore les résultats des élections présidentielles du premier tour. Or nous voyons que d’une manière ou d’une autre, la France est aujourd’hui partagée en deux camps d’importance égale : les souverainistes et les européistes[2]. C’est le camp des premiers qui d’élection en élection progresse le plus, et pour cause, l’Union européenne n’ayant que des mauvais résultats en tout, et, se comportant avec les faibles d’une manière arrogante et sadique, et de façon obséquieuse et veule avec les forts, elle est devenue un vrai repoussoir.

    La bonne méthode n'est pas d'annoncer qu'on va renégocier, mais plutôt de commencer par sortir justement pour avoir ensuite les mains libres pour renégocier des traités de coopération qui seraient favorables enfin à la France. Mélenchon fait semblant de ne pas comprendre que sans sortie de l’Union européenne et de l’euro, il n’y a pas de politique sociale possible. C’est pour cela d’ailleurs qu’il se permet de cracher sur le Front national. Or on peut penser beaucoup de mal du parti de Marine Le Pen, mais il faut bien comprendre que s’il est grimpé aussi haut, et si sa représentante a été qualifiée pour le second tour des présidentielles, c’est grâce à un vote populaire, fait de transfuges du PCF et du PS.

    Je l’avais signalé au début de la campagne présidentielle, la chance de Mélenchon de l’emporter reposait sur un positionnement clair sur deux points décisifs :

    - le premier est de dire quelque chose de cohérent et d’original sur la déferlante migratoire, et sur l’Islam par contrecoup.

    - le second est de dire clairement qu’on va sortir de l’Europe, et comment on va s’y prendre pour que cela réussisse.

    On voit que ces deux points touchent directement à la question de la souveraineté et de l’identité de la France. Etant donné le poids médiatique et électoral de Mélenchon, c’est à lui d’avoir le courage d’avancer sur ce chemin et de cesser de tergiverser aussi bien avec l’idée d’une autre Europe, qu’avec la frange islamo-gauchiste qui se trouve à ses côtés. Le chemin est ardu, mais on ne voit pas comment quand on est dans un tel état de décomposition on puisse faire l’impasse sur ces problèmes. La logique voudrait qu’un vaste front souverainiste voit le jour, même si les points de vue sont différents, non pas pour communier béatement dans la célébration de la nation, mais parce que en s’écartant de cette voie, aucune politique alternative à celle de Bruxelles ne sera possible. Les Français ne veulent pas d’une Europe supranationale, il est temps de prendre cela en considération. 

    Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

     

     

     


    [1] http://www.leparisien.fr/politique/critique-par-le-pc-melenchon-juge-la-direction-communiste-en-perdition-17-09-2017-7266681.php

    [2] http://russeurope.hypotheses.org/6287

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  •  Philippe Vilain, La littérature sans idéal, Grasset, 2017

    Malaise dans la littérature française contemporaine 

    Comme Vilain le rappelle lui-même, de temps à autre on trouve un écrivain qui se met à disserter sur la littérature. Vilain cite parmi ses prédécesseurs illustres Sartre et son Qu’est-ce que la littérature ?[1], Gracq avec La littérature à l’estomac[2]. Cet ouvrage part évidemment d’un malaise assez évident, la littérature française, du moins celle qui se donne des airs, est assez insipide et cela se traduit finalement dans une désaffection du public. Si le livre résiste assez bien en France, le roman se vend de plus en plus difficilement. On a mis cela sur le compte de la trop grande abondance de titres publiés, comme si la médiocrité de l’ensemble cachait aux lecteurs la nécessité de lire des auteurs de qualité. C’est selon moi une idée un peu toute faite et rassurante qui n’interroge guère la façon dont les grandes maisons d’édition sélectionnent et soutiennent leurs auteurs. Car si le public est de moins en moins cultivé, les directeurs des maisons le sont aussi et les écrivains également, il n’y a aucune raison que les littérateurs échappent à l’effondrement de la culture ! Philippe Vilain incrimine aussi le développement d’une critique non professionnelle qui s’épanche sur les réseaux sociaux et qui empêchent les critiques de profession. Il est vrai que ceux-ci ne sont quasiment lus par plus personnes et pèsent peu en termes de prescription, moins finalement que les prescriptions qui se développent sur Internet !

    Philippe Vilain commence à trouver des arguments plus pertinents quand il en vient à la question du marché, mais c’est pour se rabattre immédiatement sur le fait que finalement les grandes maisons d’édition n’assument pas le fait que le livre soit un produit commercial comme un autre. Mais on ne peut pas demander au marché sa protection et en même temps n’avoir que des faibles ventes ! C’est d’ailleurs pourquoi les soi-disant écrivains comme Yann Moix ou Frédéric Begbeider s’en vont faire des piges à  la télévision ou dans les pages culturelles des magazines people. 

    Proust contre Céline  

    Philippe Vilain, La littérature sans idéal, Grasset, 2017

    Le cœur de sa diatribe est cependant la question du style. Selon lui les écrivains contemporains sont devenus plutôt fainéants et ne travaille plus « le bien écrire ». En outre il s’adapte platement aux exigences du marché et répondent à la demande en cherchant leur sujet dans des faits divers retentissants ou dans un style simple pour qu’il soit accessible à tous. A la lecture des écrivains que Philippe Vilain lit et cite, on comprend bien que l’envie de mourir lui vienne, et qu’il croie que la littérature disparaisse, de mémoire, il cite pêle-mêle Yann Moix, Frédéric Begbeider, Bernard Henry-Lévy ou encore Foenkinos, évidemment si tu lis de tels auteurs, tu finis par sentir mauvais de la bouche ! La médiocrité de cette engeance n’est en effet plus à démontrer, sacrifiant à la marchandisation d’une fausse culture, reposant surtout sur beaucoup d’ignorance.

    Philippe Vilain suppose qu’ils ne travaillent pas assez leur style – au passage il épargne pourtant Houellebecq qui en matière de style se trouve au dernier sous-sol – ce qui est assez juste. A l’inverse il pense que lui en possède un ! C’est discutable tant la définition d’un beau style est aléatoire. Mais pour Vilain, le style c’est Proust, et le voilà à se lamenter que les masses ne se prennent pas plus la tête avec A la recherche du temps perdu. Pour lui Proust n’a pas eu de descendants. Les écrivains contemporains s’étant plutôt inscrit dans les pas de Céline et de son écriture orale. C’est donc de Céline que viendrait tout le mal. Au passage, il s’attaque au style de Céline qui, pour être très travaillé n’en est pas moins médiocre. Je souligne ce point parce que très souvent on critique Céline comme un salopard de nazi[3], tout en lui reconnaissant un style singulier et puissant. Vilain me rejoint au moins sur ce point en montrant comment ce style est artificiel et fabriqué, reposant sur des aigreurs recuites. Il s’aperçoit même que le populisme de Céline n’a pas de base sérieuse.

     

    « Le projet célinien échoue, cependant, dans son ambition de démocratiser la langue, dans cette même populiste revendication « antibourgeoise », qui soucieuse – ou  feignant de l’être – de donner la parole au peuple jugé habituellement indigne de figurer en littérature, ne fait, en réalité, que conforter les valeurs de l’idéologie bourgeoise dominante, dans la mesure où Céline ne cesse de déprésenter et caricaturer l’homme du peuple, de le montrer dans sa dimension la plus avilissante et haïssable, comme un misanthrope, raciste vulgaire et lâche ; Céline fait de l’homme du peuple un homo demens condamné à délirer dans un argot parisien ringard, à déparler dans une langue décultivée, abjecte, qui exprime sa propre faillite, la défaite de sa raison, son impossible transcendance, son inconcevable élévation. Céline ne réhabilite personne, il laisse ses personnages dans l’égoût et le dégoût où il les a trouvés, dans l’aliénation où il les admet : point de rémission par la morale, de rédemption par le style, de salut par la poétique dont l’oralité régressive dégrade et déshumanise, se soumet à la dictée de son nihilisme, de son racisme social, de sa détestation du peuple »

     

    C’est un peu ampoulé mais c’est très juste. Cependant Vilain défend le « bien écrire ». C’est très hasardeux, comme de dire que tout ce qui procède de l’oralité est forcément dénué de réflexion et d’universalité. Philippe Vilain aurait dû lire Henry Poulaille, non seulement ses romans, mais aussi son essai Nouvel âge littéraire[4] qui explique pourquoi non seulement le « bien écrire » est une notion historiquement dépassée, mais aussi comment à chaque période de l’histoire la littérature a de nouvelles fonctions. Défendre platement le style pour lui-même est devenu la seule ambition de la littérature bourgeoise, et il n’est pas certain qu’elle puisse un jour l’atteindre, voire même que Proust soit convaincant en la matière.

    Car la qualité du style, si elle importe, n’est pas dépendante du temps qu’on y a passé à le peaufiner, ni non plus que de méthodes certifiées de production. C’est tout de même l’intérêt de la littérature que de concéder cet espace de liberté. Au passage Vilain s’en prend à la littérature américaine avec condescendance. Un peu comme si cette littérature n’ayant pas d’histoire, elle était forcément sans style. Soit il s’agit là d’un manque de culture de la part de Vilain, soit un dénigrement sans fondement à des fins obscures. On peut le renvoyer à John Dos Passos et à sa trilogie USA, il y apprendra beaucoup[5]. Mais au bout de son ouvrage, on ne comprend pas trop à quoi il aspire, ni ce qu’est pour lui La littérature littéraire. Certes poétiser la France pourquoi pas, mais après tout n’est-ce pas aussi la petite musique revendiquée par Céline ? 

    Philippe Vilain, La littérature sans idéal, Grasset, 2017 

    Opposer Proust et Céline n’est pas une nouveauté, c’est même ce que Céline revendiquait, arguant qu’en dehors de lui-même, seul Proust avait créé quelque chose, ce qui ne l’empêchait pas de le vomir comme le représentant d’une littérature castrée et bourgeoise, « enjuivée » aussi. Mais nous qui avons été éduqués à de meilleures écoles, nous pensons qu’on peut éviter de choisir entre ces deux solutions aussi médiocres l’une que l’autre et préférer une troisième voie, justement celle par exemple de la littérature prolétarienne telle que l’a définie Henry Poulaille.

    Pour le reste justement Philippe Vilain écrit avec un style peut- être travaillé, mais dans le mauvais sens du terme. Il mélange allégrement des références universitaires sans en maîtriser toujours le vocabulaire, avec des néologismes qui n’impressionneront que des âmes simples. On note aussi que si ses références en ce qui concerne la littérature contemporaine sont plutôt étriquées – il a une dent contre ce pauvre Jean Teulé. Il ressort de tout cela une volonté élitiste confrontée à l’impuissance d’en être. Ce n’est pas parce que seulement deux pelés et trois tondus s’extasient sur la littérature germanopratine que celle-ci a une quelconque importance. On a bien compris que la littérature d’aujourd’hui manque de style malgré sa volonté déconstructive, mais il ne semble guère que Vilain ait les moyens de combler ce vide. Il serait peut-être temps de se poser la question de l’innocuité de la littérature française contemporaine.

     



    [1] Gallimard, 1948.

    [2] José Corti, 1950.

    [3] Ce qui a été très bien fait par Annick Dufour et Pierre-André Taguieff, Céline, la race, le juif, Fayard, 2017. http://in-girum-imus.blogg.org/annick-duraffour-et-pierre-andre-taguieff-celine-la-race-le-juif-fayar-a129787492

    [4] Valois, 1930.

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/john-dos-passos-usa-gallimard-quarto-2003-a117198228

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  •  Macron, la mise en scène permanente

    En dehors des insultes qu’il envoie maintenant de façon périodique aux Français, surtout s’ils sont pauvres et dans la difficulté, Macron excelle dans la mise en scène de lui-même. Il n’est pas certain qu’il sache faire autre chose d’ailleurs. Un jour on le voit en train de se déguiser en sous-marinier, une autre fois en footballeur. En visite à Saint-Martin durement touché par l’ouragan, tentant de faire oublier l’accueil plutôt frais des habitants, il s’est déguisé quasiment en naufragé[1]. Il a fait savoir qu’il avait dormi sur un lit de camp, qu’il s’était lavé avec un seau d’eau, bref qu’il avait vécu à la dure, un peu comme quand il racontait qu’il avait connu la misère étudiant avec 1000 € par mois[2]. Et puis, cerise sur le gâteau, il aurait patrouillé nuitamment avec les gendarmes histoire d’empêcher les pillages sans doute. Ce président transformiste est le premier du genre a changer d’identité et de costume en permanence, hésitant sur tout, il prend des airs arrogants et autoritaires pour masquer son désarroi de ne pas être aimé par les Français. Mais cette utilisation des apparences va très loin, au point qu’il a besoin de trafiquer en permanence les images de son règne pour essayer de leur donner un peu de consistance. Le 11 septembre 2017, il se trouvait à Toulouse. La presse aux ordres avançant qu’il s’était payé un long bain de foule, juste avant la manifestation du lendemain[3]. La supercherie a été dévoilée. Regardons les deux images ci-dessous, la première en plan resserrée nous montre un Macron un peu adulé, entouré de personnes souriantes et chaleureuses. Mais la réalité de cette mise en scène saute aux yeux dès lors qu’on regarde la même scène en plan large. On voit que cet immense bain de foule, est pour moitié composé de journalistes et de photographes, le reste étant une population de groupies triées sur le volet.  

    Macron, la mise en scène permanente

    Il faut aller sur le site russe rt (Russia Today) pour connaître la vérité[4]. Ce qui par parenthèse en dit long sur la soumission des médias français dont Macron fait mine de se plaindre. On y apprend par exemple que si le petit président a été si bien reçu, c’est non seulement parce que le public destiné à serrer la main auguste avait été choisi, mais aussi parce que les opposants avaient été tenus à l’écart grâce à des cordons de gendarmes mobiles ! Il y a quelques mois, Macron faisait la leçon à Poutine qu’il recevait à Versailles sur la nécessaire indépendance de la presse comme garantissant la démocratie, et donc qu’il fallait que les médias russes qui opèrent en France soient un peu plus objectifs. On sait que depuis ces derniers sont bannis des conférences de presse du jeune monarque capricieux. Mais nous, ce que nous retenons, c’est que pour avoir des informations fiables sur ce que fait réellement le président, et surtout comment cela est reçu, il nous faut aller justement sur les sites russes !!  

    Macron, la mise en scène permanente

    Mentir et tricher est le propre des hommes politiques qui cherchent à passer pour ce qu’ils ne sont pas. Mais Macron a atteint des sommets dans cet exercice. Rappelez-vous son défilé sur les Champs Elysées lorsqu’il fut intronisé président par son prédécesseur. Là encore les médias français s’étaient surpassés pour tenter de donner une image de liesse à ce non-événement. La technique est bien rodée. On regroupe les groupies en un endroit où ils peuvent donner une impression de masse… à condition de les filmer en plan rapproché. Et puis on élimine les plans trop larges qui auraient montré que ce jour-là les Champs Elysées étaient quasiment déserts[5]. C’est ce que nous voyons dans les deux photos ci-dessous. Le plus drôle étant sans doute de voir Macron saluer tout sourire des platanes et des bancs, des espaces vides comme s’il répondait aux acclamations d’une foule en liesse. C’est assez pathétique de voir à quel point ce président haï aimerait être aimé. On avait déjà connu ça avec Sarkozy, mais sur le mode mineur. La technique est ici reprise en profondeur et devient système. Il n’est pas certain que cela puisse durer tout le quinquennat et que cela suffise à enrayer l’effondrement d’une popularité branlante. 

    Macron, la mise en scène permanente

    Macron, la mise en scène permanente

     

     

     

     


    [1] http://lelab.europe1.fr/la-mise-en-scene-demmanuel-macron-a-saint-martin-qui-dort-sur-un-lit-de-camp-et-se-lave-au-seau-3434648

    [2] http://www.valeursactuelles.com/politique/quand-emmanuel-macron-avait-une-fin-de-mois-difficile-74496

    [3] http://www.europe1.fr/politique/bain-de-foule-et-manifestation-pour-la-venue-de-macron-a-toulouse-3433265

    [4] https://francais.rt.com/france/43039-toulouse-emmanuel-macron-bain-de-foule-logement-manifestations

    [5] https://francais.rt.com/france/38327-pluie-french-cancan-champs-elysees-vides-investiture-insolite-emmanuel-macron

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