• Rapport sur la corruption

     

    Toutes les années, Transparency international publie son rapport et classe les pays en fonction de leur degré de corruption apparent. C’est un sujet intéressant puisqu’en effet il ne peut y avoir de corruption que si l’Etat et ceux qui remplissent ses fonctions sont corrompus par ceux qui ont les moyens de les corrompre. Mais cette ONG se contente d’enregistrer cette corruption, stipulant qu’elle est mauvaise en soi. Elle ne dit pas grand-chose de ses raisons d’exister, ni de la manière dont on peut la combattre. Cette année on voit par exemple que la France a amélioré sa position qui est par ailleurs très mauvaise, et remonte de la 28ème place à la 26ème place. Les toutes premières places sont réservées aux pays nordiques et à Singapour. On remarque d’ailleurs que des pays qui servent pourtant de tremplin au blanchiment de l’argent sale, comme Singapour, le Luxembourg ou la Suisse, sans même parler des paradis fiscaux, sont parmi les pays les moins corrompus selon le classement de Transparency international. Hors, il va de soi que sans cette possibilité de recyclage de l’argent sale, la corruption serait forcément moindre. Ce hiatus provient bien évidemment de la façon dont est construit le classement.

    Il s’agit de la perception de la corruption, et non de la corruption avérée. Mais également cette corruption ne concerne que le secteur public, comme si le secteur privé était victime de la corruption active ou passive de l’Etat. Mais il est facile de voir que la corruption augmentera avec l’acharnement du secteur privé à corrompre le secteur public. Par exemple, l’Italie a un niveau de corruption très élevé, elle arrive derrière la Grèce, la Bulgarie et le Brésil, à la 69ème place. Or elle a un niveau de développement assez proche de celui de la France.

     

    Transparency international avance sur la question de la corruption avec une naïveté étrange. Elle suppose que « toutes choses égales par ailleurs », si on éliminait la corruption le niveau de développement augmenterait. Elle s’appuie sur la relation qui existe bel et bien entre corruption et niveau de développement. Elle suppose que la corruption bloque le développement, comme un facteur extérieur à l’économie elle-même. Mais si, comme le montre le graphique ci-dessous, il y a bien une relation entre la corruption et le niveau de développement, il est impossible de tirer de cette image une relation de causalité : est-ce parce que la corruption est élevée que le développement ne se fait pas ? Ou au contraire est-ce parce que le développement ne se réalise pas que la corruption reste élevée ?

    On voit bien le défaut de l’approche de Transparency international, elle ne voit pas que la corruption est aussi une partie intégrante du développement, c’est intrinsèquement lié au développement du capitalisme dont le but est l’argent – quelle que soit sa forme – elle est présente en Europe à tous les stades de développement. C’est ainsi que Transparancy international suppose que la corruption ne peut se régler que par une modification de la loi et une plus forte répression des contrevenant, par exemple elle milite pour une extension de la transparence dans les marchés publics, sans voir que la corruption, comme l’argent sale, sont juste la face voilée de l’économie blanche et légale. C’est ainsi qu’elle fait l’impasse sur un phénomène pourtant évident, la mondialisation est un facteur qui aggrave la corruption puisque naturellement elle permet des flux financiers qui étaient plus difficile auparavant. C’est ainsi que le Mexique sombre dans la corruption et la guerre civile. Il se trouve à la 103ème place sur 175. Mais cela est dû aussi bien à sa place de plaque tournante dans le trafic de la drogue, qu’à sa proximité avec les Etats Unis qui est le plus gros marché des stupéfiants du monde.

      

    L’autre problème que pose ce genre d’enquête est que c’est seulement de la corruption ressentie dont il s’agit, et non pas de la corruption réelle. Bien entendu il y a forcément une correspondance entre les deux, mais cette correspondance ne peut pas être directe. Que l’Italie soit classée au même niveau que la Grèce et la Bulgarie n’est pas très logique, même si on sait bien que les différentes mafias italiennes pèsent énormément sur la vie civile.

    Le mode de calcul qui est privilégié interroge sur le but même de ce genre d’études. Bien sûr il sera facile ici et là de s’indigner et de se lamenter, mais cela n’indique pas pour autant la démarche à suivre pour faire baisser ce niveau de corruption. Les Etats-Unis sont relativement bien classés, ils occupent la 17ème place, mais un pays où un juge peut être acheté facilement pour condamner un autre pays – l’Argentine – à verser des sommes colossales à des fonds vautours, ne peut être atteint que d’un niveau très élevé de corruption : une telle procédure eut été impossible dans un pays comme la France.

    P.S. Les pays de la zone euro sont très mal classés, compte tenu de leur niveau de richesse, et les premiers pays de cette zone sont le Luxembourg et les Pays-Bas qui se sont faits épinglés pour avoir encouragé des multinationales à venir planquer leur blé chez eux !!

     

    Liens

    http://www.fhimt.com/2011/12/20/mise-en-evidence-dune-correlation-entre-le-sous-developpement-et-la-corruption/

    http://www.lemonde.fr/international/article/2014/12/03/corruption-vertu-le-20e-rapport-de-transparency-international_4533141_3210.html

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