• Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

     Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Raphaël Liogier fait partie de toute une clique d’intellectuels qui ont construit leur carrière sur la négation de la réalité. Officiellement ces personnages semi-instruits sont des « scientifiques », c’est eux-mêmes qui le prétendent, mettant en avant leurs titres universitaires comme une preuve, et donc ils sont sensés appuyer leurs dires sur des chiffres vérifiables et sur des faits avérés. Mais il n’en est rien, ils sont véritablement la pointe avancée de la justification du développement d’un islam agressif qui transforme peu à peu l’environnement sociale et politique au point de redéfinir la république, la laïcité et l’ensemble des liens sociaux. Ils sont toute une cohorte comme cela, payés souvent par l’Etat dans des officines où ils peuvent à l’abri des regards propager leur savoir. Ils sont très bien implantés dans ces lieux curieux que sont les IEP où la propagande bat son plein d’autant plus facilement qu’elle s’exerce sur des cerveaux jeunes et assez peu critiques. Il y en a toute une kyrielle, les frères Fassin, François Burgat, Raphaêl Liogier, et quelques autres encore qui ont accès aux médias et aux grandes maisons d’édition. Ils rejoignent souvent la cause palestinienne comme Pascal Boniface, à l’occasion ils sont antisémites et assez peu concernés par Charlie, au fil des années ils en sont même venus à dénoncer les hommages rendus à ces malheureux journalistes assassinés. En vérité le niveau de leur recherche est celui d’un Plenel par exemple qui avait écrit Pour les musulmans, un essai sur la nécessaire allégeance de l’Occident aux valeurs de l’Islam[1]. Ces personnages caricaturaux semblent sortir tout droit de l’ouvrage d’Houellebecq, Soumission[2].  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Ainsi on peut voir François Burgat aux côtés de Tariq Ramadan, le faux professeur en islamologie, ou encore Raphaël Liogier au congrès de l’UOIF. Les mêmes vont se retrouver ensemble pour faire soutenir la thèse de Nabil Ennasri à la gloire des Frères musulmans, thèse très controversée et jugée indigne d’un travail universitaire, mais agréée à l’aide d’un jury bricolé[3]. François Burgat s’est fait connaitre par ses posts antisémites sur les réseaux sociaux et son acharnement à vouloir démontrer que la violence islamiste n’avait aucun rapport avec l’islam, mais n’était que la conséquence de l’irrésolution des pays occidentaux[4]. L’ensemble de cette mouvance considère évidemment, comme Macron, que la laïcité appliquée en France est bien trop radicale et qu’elle vise à empêcher les musulmans d’exister dans leur foi. Ils signent volontiers des pétitions parce que leur titre de professeur dans les universités ou de chercheurs au CNRS donne un peu du lustre à cette démarche. Vous les verrez fanfaronner à coups de tribunes dans Le monde, Libération ou cet ubuesque hebdomadaire qui s’appelle Les inrockuptibles. Bien évidemment ils sont très souvent invités sur les plateaux de télévision et passent leur temps à donner des conférences. S’ils sont si nombreux, c’est parce qu’ils se reproduisent entre eux par le système bien connu de la cooptation universitaire qui fait de certaines universités ou IEP des bastions inexpugnables dans lesquels ne s’exprime qu’une seule voix – on a le même phénomène en « sciences » économiques, en sociologie et dans toutes ces disciplines assez mal définies qui oscillent entre la rigueur d’analyse et l’engagement politique. Ils sont tous fascinés par l’islam, certains comme François Burgat, un peu plus que d’autres. Ils ressemblent dans leur positionnement à ces anciens universitaires qui à la fin des années soixante étaient fascinés par la Chine et faisaient la promotion de cet exotisme. Cet attrait d’une réalité étrangère mythifiée est une constante dans l’université. On se souvient que Michel Foucault soutenait la révolution des ayatollahs qui en Iran soumettaient les femmes au port du voile d’une manière plus que violente[5]. De même aujourd’hui, on ne verra jamais Liogier, Burgat ou les frères Fassin, et bien sûr le journaliste Plenel, se porter au secours des femmes qui se dévoilent en Iran, ils préfèrent au contraire défendre le port du voile en France et en Occident comme une sorte de combat d’avant-garde dans la lutte pour l’égalité.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Voilà dans quel contexte le livre de Liogier est écrit et publié par Le seuil. Liogier qui n’a jamais eu le début d’une idée à lui, s’inscrit dans une mouvance finalement assez structurée dont il représente un condensé de lâcheté et de désinformation. Dès le début de cet ouvrage, Raphaël Liogier nous explique son but, démontrer que l’Islam n’est pas un problème, que la crainte de l’islamisation de l’Europe est seulement un fantasme et pas du tout à l’ordre du jour. C’est évidemment une tendance bien portée dans les milieux médiatiques et universitaires de tenter de démontrer que l’islamophobie ressort plutôt de la paranoïa que d’une réalité bien comprise. Le ton général de l’ouvrage va donc être que le peuple, tenté par le populisme de l’extrême droite à tort et qu’il faut l’éduquer, lui montrer grâce à une expertise certifiée qu’il se trompe. Liogier va donc s’autoqualifier d’expert en islamisme, ce titre ne lui sert à rien, sauf à disqualifier la parole d’autrui et à épater les gogos. C’est toujours un peu la même chanson qu’on entend depuis trente ans : le peuple n’aime pas l’Europe, n’aime pas l’Islam, n’aime pas la mondialisation, n’aime pas les réformes, non pas parce que l’Europe, l’Islam, la mondialisation et les réformes produisent un monde mortifère qui ne lui convient pas, mais parce que le peuple est un peu con. Liogier, lui, n’est pas con, ni paranoïaque, donc il sait que l’islamisation de l’Europe ça n’existe pas. Le discours dans son ensemble est toujours celui de l’élite autoproclamée contre le peuple ignorant et manipulé par les hordes fascistes. Il ne viendra jamais à l’idée de Liogier dont les capacités de réflexion nous apparaissent très limitées, que si les peuples se tournent vers les partis « populistes » - populiste est un gros mot dans la bouche de l’élite - c’est peut-être aussi parce que les autres partis sont sans réponse face aux problèmes que pose l’islam, la mondialisation, l’Europe ou les réformes libérales.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Liogier va donc tenter de démontrer par les faits que sa thèse est juste et que ceux qui parlent d’islamisation se trompent lourdement. Il va donc discuter des chiffres, non seulement en les tronquant, mais aussi en les choisissant de façon à faire tenir debout son discours. Par exemple, quand il essaie de montrer que le nombre de musulmans n’augmente pas en France et plus généralement en Europe, il va utiliser des chiffres d’avant 2015, soit avant la grande crise migratoire en Méditerranée. Or c’est bien sûr à partir de cette date que tous les pays européens se sont mis à avoir peur, disqualifiant les discours lénifiants des élites. Liogier ne discutera pas des affrontements quotidiens entre les migrants et les autochtones qui ont eu lieu en Italie ou en Allemagne. Pour lui la nuit de Cologne, ça ne lui dit rien du tout. Je ferais remarquer aussi que ce sont les attentats de novembre 2015 en France qui ont ravivé les peurs. Mais Liogier dissocie les événements, les saucissonne sans donner les raisons méthodologiques de cette attitude. Par exemple, il est incapable de comprendre le lien qu’il y a entre islamisation, immigration et mondialisation de l’économie. Il utilise donc des chiffres hâtivement bricolés, mais ne discute pas du rapport du Pew Research Center qui produit une analyse dynamique des conséquences des migrations sur la forme même de la société et donc sur le poids de l’islam en Europe[6]. Or ces chiffres sont considérés comme la référence la plus fiable, et ils sont à l’inverse plutôt alarmistes sur le plan démographique. Liogier tente donc de démontrer que non seulement les musulmans sont peu nombreux en choisissant les chiffres toujours les plus bas qu’il peut trouver, mais il va faire de curieux amalgames. Par exemple ils considèrent le nombre de musulmans par rapport aux Français, alors qu’il faut bien entendu considérer le nombre de musulmans par rapport au nombre de non musulmans en France, puisqu’un certain nombre de musulmans sont forcément français. Il fait la même chose pour les migrations. Donc il nous dira que le nombre des immigrés est stable depuis des années – ce qui était assez vrai avant la crise de 2015 qui a vu exploser le nombre de migrants illégaux – sans tenir compte du fait que le processus de naturalisation masque une grande partie de ce phénomène. Par exemple, si je dis qu’il a 250 000 migrants par an en France et que je rapporte ce chiffre aux 67 millions de la population française, je peux avancer que c’est assez peu. Mais si j’avance que ces 250 000 migrants arrivent toutes les années, il tombe sous le sens qu’en 10 ans c’est 2,5 millions et en 20 ans 5 millions. Et qu’en outre la croissance démographique étant plus forte pour les migrants et leurs descendants que pour les autochtones, il est clair que le déséquilibre se fait en défaveur des Français de souche de façon graduelle. En confondant sournoisement stock et flux Liogier montre soit qu’il est un manipulateur, ce que je pense, soit qu’il ne sait pas faire des additions.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Un des aspects de son discours est de parier, comme beaucoup du reste sur la transition démographique. Il est vrai que dans les pays musulmans il y a eu finalement une sorte de transition démographique, mais elle est encore insuffisante, et probablement ne concerne pas tout à fait les musulmans qui s’installent en Europe. Pour Liogier le fait que certaines personnalités aient appelé ou appelle encore à la guerre des ventres n’a pas beaucoup de sens, et il va avancer qu’en Iran, malgré la chape de plomb imposée par les ayatollahs, le taux de fécondité est maintenant insuffisant. Mais le cas de l’Iran est très particulier parce que ce pays est au bord de la rupture, justement à cause d’un rejet de plus en plus massif de l’islam par les femmes qui ont le courage d’enlever leur voile. Il n’y a donc selon Liogier aucun lien entre islam et islamisme, et donc entre islam et terrorisme. Il passe sur le fait que plus de 90% des attentats dans le monde sont perpétrés au nom d’Allah. Sachant mieux que tous les autres, il va non seulement nier ce phénomène, mais montrer qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. Il arguera donc que l’islam est une nébuleuse très éclatée, ce qui est vrai, et que l’islam en Indonésie est très différent de l’islam au Pakistan ou en France. Et donc qu’on ne saurait amalgamer les attentats qui ont lieu dans ces différents pays en un tout. Il n’empêche, il reste que ces attentats sont revendiqués au nom de l’islam. Là encore Liogier saucissonne : et donc les terroristes islamistes en France par exemple sont d’abord des pauvres jeunes gens qui manquant de perspectives d’avenir se jettent dans l’action violente. Il avait comparé les jeunes qui rejoignent Daech à des punks ou à des skinheads, voire à des terroristes d’extrême-gauche. La comparaison est sans valeur parce que ces catégories énoncées n’ont jamais pratiqué l’attentat terroriste sur la longue durée – en France les attentats au nom de l’islam ont lieu depuis une trentaine d’années sans discontinuer – il n’y a jamais eu d’attentats au nom du punk, et les attentats d’extrême gauche outre que la plupart ont été manipulés comme en Italie, sont restés concentrés sur une toute petite période et sur un tout petit nombre de pays, l’Italie et l’Allemagne. On en revient donc au même point les terroristes musulmans ne représentent pas l’islam et ils sont les victimes d’une société qui les stigmatise.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Sur le plan de la stigmatisation des musulmans, il va traficoter les chiffres pour tenter de faire ressortir que ceux-ci sont plus souvent mal traités que les juifs par exemples. Il prend des chiffres qui l’arrangent et qui montre que sur une année particulière le nombre d’actes antisémites est inférieur au nombre d’actes islamophobes. En vérité Liogier fait semblant d’oublier deux choses, d’abord qu’en prenant une année de référence particulière comme 2012, on peut avoir une présentation inverse[7]. Mais surtout que pour comparer les actes entre eux il faut le reporter à la taille de la population : la population musulmane est dix fois plus importante que la population juive. Et donc pour comparer les actes antisémites et islamophobes, il faut diviser ces derniers par 10. Liogier n’étant pas très fort en calcul comme on l’a vu précédemment, il se garde bien de relativiser. Le second point est qu’évidemment il n’y a pas eu d’attentat meurtrier, de la part des juifs contre les musulmans, l’inverse n’est pas vrai. Mireille Knoll et Sarah Halimi ont été assassinées par ce que juives, et c’est au nom de l’islam que Coulibaly a tué dans l’hyper cacher, l’enquête révélera que Coulibaly évoluait dans un entourage « radicalisé »[8]. Si on voit des Juifs fuir la France et la Seine Saint-Denis, à l’inverse on ne voit pas beaucoup de musulmans quitter la France autrement que pour s’engager du côté de Daech.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Liogier va s’entraîner avec beaucoup de difficulté à excuser l’antisémitisme musulman. Il atteint ici de sommet de la mauvaise foi. Il va construire un raisonnement scabreux pour tenter de démontrer que l’antisémitisme des musulmans n’a rien à voir avec l’islam lui-même, mais soit il est la conséquence de faits internationaux extérieurs – sous-entendu c’est la faute d’Israël – soit la conséquence d’une manipulation des vrais antisémites. Ses références en la matière sont Badiou et Hazan, deux antisémites notoires. Voici ce qu’il écrit :  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    Liogier fait donc comme s’il n’avait jamais entendu parler de la dhimmitude dans les pays musulmans, comme s’il ne savait pas que les musulmans ont toujours considéré les Juifs comme « moins qu’un chien », et qu’à ce titre, ils ne les toléraient qu’à condition qu’ils se soumettent comme des sujets de second ordre. Il ne se posera d’ailleurs jamais la question de savoir pourquoi il n’y a plus de juifs dans les pays musulmans depuis que ceux-ci ont conquis leur indépendance. S’il avait été un peu sérieux, Liogier aurait lu justement ce qu’en disait Marx déjà au milieu du XIXème siècle[9]. A cette époque là on ne peut pas dire que les musulmans étaient particulièrement maltraités par les occidentaux, et donc que leur antisémitisme était réactif. Désigner l’antisémitisme des musulmans comme seulement réactif serait assez cocasse, s’il ne servait pas à couvrir d’un regard compatissant des crimes de sang. Mais de toute façon cette « analyse » est tout sauf scientifique et ressort uniquement du ressenti de Liogier. Elle est sans fondement et témoigne d’une méconnaissance complète du sujet. Elle embraye sur le fait que les musulmans comme ils ont été victimes eux-mêmes du racisme ne sauraient être racistes ! On a vu récemment Rokhaya Diallo ou le PIR développer clairement un racisme antiblanc, racisme souvent rattaché à une valorisation de l’islam[10].

    Si sur le plan des faits le discours de Liogier est plus que défaillant, dans la manière dont le texte est construit il est peut-être encore plus médiocre et plus malhonnête. Non seulement l’ouvrage est mal écrit et désordonné, mais en outre il pêche par la personnalisation extrême des analyses. Prenons deux cas. Liogier est un grand défenseur de la liberté des femmes de se soumettre au port du voile. On connait la chanson, c’est mon choix. Il suffit pourtant de voir les photos d’hommes politiques comme Fillon ou ci-dessous Cazeneuve pour comprendre que le voile n’est pas un choix, mais est imposé dès les plus jeune âge comme une norme au mieux, et avec violence au pire. Liogier ne veut pas voir qu’il s’agit là d’une forme sécessioniste d’avec l’ensemble des Français. Il ne s’interroge même pas sur ce point pour le réfuter. Il s’en fout. De manière ignominieuse, il va au contraire s’en prendre à Chahdortt Djavann. Cette jeune femme a écrit un livre marquant intitulé Bas les voiles ![11],  ce qui semble irriter au plus au point Liogier. Ayant été obligée à porter le voile en Iran, elle sait de quoi elle parle, mais Liogier avance que son témoignage à charge contre le voile n’a pas de valeur – elle n’est pas une experte comme lui – et donc qu’on n’aurait pas dû l’autoriser à faire état de son sentiment devant la commission Stasi. Il juge que cet ouvrage est mal documenté, et trop court, lui qui n’a jamais mis les pieds en Iran. Bref il s’acharne à faire passer Chahdortt Djavann pour une affabulatrice. Il va jusqu’à invoquer le fait que ses origines ne sont pas tout à fait iraniennes, que son père était azerbaidjanais, et probablement riche, ces deux dernières raisons suffisant à la discréditer en ce qui concerne le regard qu’elle porte sur son vécu sous le voile. S’il n’a pas de mots assez durs avec elle, c’est probablement parce qu’elle met en cause les intellectuels français (et donc lui indirectement) qui ont soutenu la révolution des mollahs contre les femmes elles-mêmes. Il oublie de dire qu’elle a été emprisonnée à l’âge de 13 ans, tabassée par les gardiens de la révolution, pour avoir refuser de porter le voile[12]. C’est tout juste s’il ne nous dit pas que Chahdortt Djawaan a bien mérité ce qui lui était arrivé. Son long dénigrement de cette femme courageuse est un modèle de lâcheté qui met mal à l’aise.  

    Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, le seuil, 2018

    A l’inverse Liogier se fait tout miel dès qu’il s’agit de parler de Tariq Ramadan. Et là encore il manie le mensonge avec une grande habileté. Pour lui Tariq Ramadan est stigmatisé comme un islamiste radical, alors que c’est seulement un islamologue réputé et compétent. Liogier accrédite la fable selon laquelle Ramadan serait un universitaire. Or il n’en est rien, non seulement sa thèse a été soutenue difficilement, dans des conditions peu claires, mais en outre il n’a jamais obtenu un poste à l’université de Genève[13]. Il y donnait quelques rares heures de cours bénévolement, ce qui ensuite lui a permis de se faire embaucher à Oxford pour y donner quelques conférences. Liogier fait partie de ceux qui défendent Tariq Ramadan bec et ongles. Que lui reprocherait-on ? Ses propos antisémites ? Liogier n’en dit mot. Il fait comme si sa stigmatisation ne provenait que du fait que son grand-père était un des fondateurs des Frères musulmans. Liogier le présente comme un musulman tolérant et antiraciste. Il va d’ailleurs faire de curieuses contorsions pour faire tenir debout le discours de Tariq Ramadan sur l’excision qui selon ce faux professeur fait partie des traditions musulmanes[14]. Mais pour Liogier reprocher cela à Ramadan c’est lui faire un faux procès. Derrière le discours de Ramadan sur l’excision, Liogier croit y voir au contraire une volonté réformatrice ! Cette présentation délibérément fausse des propos de Ramadan devrait suffire à disqualifier l’ensemble du livre de Liogier, surtout quand on met ces propos lénifiants en regard de ce qu’il dit sur Chahdortt Djawaan. Il s’en prend ainsi à ceux qui dénigrent Ramadan, mais il ne parle pas du fait que Ramadan est maintenant incarcéré pour de multiples affaires de viols, et aussi du fait qu’Oxford a résilié tous les liens que cette université entretenait avec lui. Ce sont pourtant des faits qu’on ne peut ignorer, la justice a décidé de le garder en prison, sans doute que les charges qu’il y a contre lui sont nombreuses et concordantes[15]. Ces affaires avec la justice, comme son parcours sinueux au sein des universités, trace de lui le portrait en creux d’une sorte d’escroc intellectuel qui a réussi à séduire des intellectuels vieillissants – pour ne pas dire gâteux – comme Edgar Morin, et qui surtout est un maître dans l’art du business religieux, un gourou quoi. Ce sont toujours les mêmes qui apportent leur caution à Ramadan : Plenel, Burgat, Liogier, Nabil Ennasri, Murwad Muhammad. 

    A quoi sert Liogier ? 

    La médiocrité des travaux de Liogier pose deux questions :

    - la première, est-il seulement un idiot utile de l’islamisation ? Sans doute que non, même si on comprend bien que les islamistes vont s’en servir avec facilité. Il est sans doute également le produit de sa propre histoire, comme beaucoup de gauchistes qui ont abandonné l’idée de lutte des classes – il aime du reste à citer Badiou – il faut bien se trouver une mission à remplir. Ainsi en défendant l’indéfendable, il se fait remarquer, il trouve un petit créneau pour construire une petite carrière pépère. Et sur ce créneau les exigences de qualité ne sont pas fondamentales. Il suffit le plus souvent d’affirmer. Je passe sur cette condescendance qui fait que des cuistres comme Liogier se croient obligés de soutenir ceux qu’ils croient être des faibles ;

    - ensuite quel est le sens de tous ses travaux à la gloire de l’islam ? Ce sens échappe sans doute à Liogier, mais il est pourtant clair, cette défense des musulmans s’inscrit d’abord dans un processus latent de mondialisation et d’effacement des frontières. L’islamisation du monde est l’autre face de la mondialisation. Il n’est donc pas étonnant que la sphère médiatique soit plutôt complaisante avec ses représentants. Je veux bien que Ramadan séduise des imbéciles par sa faconde, mais cela n’explique pas pourquoi il est invité en permanence dans les émissions télévisées. On pourra dire la même chose de Liogier qui manifestement préfère rechercher la lumière plutôt que la vérité. Ce n’est pas un hasard si la définition de la laïcité selon Liogier est non seulement compatible avec le communautarisme musulman, mais aussi avec la vision multiculturalisme de Macron.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/edwy-plenel-pour-les-musulmans-la-decouverte-2015-a126617890

    [2] Quand cet ouvrage est sorti, j’en en avait fait une recension assez négative, à la fois parce que l’écriture me paraissait bâclée, et parce que je pensais qu’Houellebecq exagérait le portrait de ces intellectuels veules et sans vergogne passant sous la bannière de l’Islam. Depuis j’ai révisé mon jugement et je reconnais la pertinence de son analyse. http://in-girum-imus.blogg.org/michel-houellebecq-soumission-flammarion-2014-a117198346

    [3] http://www.tribunejuive.info/islamisme/entrisme-a-sciences-po-aix-la-these-de-nabil-ennasri-par-sarah-cattan

    [4] Idem.

    [5] https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180207.OBS1864/michel-foucault-l-iran-et-le-pouvoir-du-spirituel-l-entretien-inedit-de-1979.html

    [6] http://www.pewforum.org/2017/11/29/europes-growing-muslim-population/pf_11-29-17_muslims-update-20/

    [7] https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Les-actes-antimusulmans-et-antisemites-font-l-objet-d-un-comptage-regulier-_NP_-2012-12-11-886542

    [8] http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/07/05/attentat-de-l-hyper-cacher-trois-personnes-en-garde-a-vue-dans-l-enquete-sur-les-armes-fournies-a-coulibaly_5156337_1653578.html

    [9] The Outbreak of the Crimean War, New York Daily Tribune, April 15, 1854

    [10] https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/261117/thomas-guenole-denonce-le-racisme-de-houria-bouteldja-et-du-pir

    [11] Gallimard, 2003.

    [12] https://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Chahdortt-Djavann-ou-le-difficile-exil-2015-08-05-1341587

    [13] http://www.lepoint.fr/societe/tariq-ramadan-aurait-usurpe-ses-titres-universitaires-05-03-2018-2199771_23.php

    [14] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/23/31003-20170623ARTFIG00381-ce-que-revele-le-discours-de-tariq-ramadan-sur-l-excision.php

    [15] http://www.lepoint.fr/societe/la-justice-decide-si-elle-maintient-en-detention-tariq-ramadan-22-02-2018-2197121_23.php

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