• Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

     

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

    Défaite amère de François Fillon symbole de l’immoralité en politique 

    La première leçon à retenir est d’abord la défaite du pire des candidats : François Fillon. On ne le dit pas assez, mais il a fait une excellente campagne, compte tenu de ses handicaps. Il a ramassé les voix un peu partout et surtout à la droite de Marine Le Pen ! C’est grâce à la bouée de sauvetage de l’extrême droite de Sens commun, de Mégret, de Rivarol ou encore de De Lesquen qu’il arrive à un score aussi élevé. Avec moins de 20% des voix, c’est une défaite sanglante qui lui est infligée, même si on peut se poser des questions sur l’idée que ses électeurs se font de la morale en politique. Sa carrière politique est finie, alors même que tous les espoirs étaient permis pour lui à la sortie des primaires. Il y a donc eu une saine réaction des Français pour refuser la qualification à un candidat prévaricateur, menteur et renégat. Ayant cumulé sur lui toutes les tares que peuvent possédé les hommes politiques, son propre parti lui fera sûrement payer très cher cette défaite et va l’éjecter comme le symbole de l’immoralité en politique. Fillon a rapidement reconnu sa défaite et appelé à voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National. L’idée est de reconstruire le front dit républicain, en gros revenir au système UMPS. Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel qui semblaient avoir intégré la défaite depuis un bon bout de temps, ont montré combien ils étaient en phase avec Macron, que ce soit sur la question de l’Europe ou la question de l’austérité et de la dette. Fillon décevra sans doute l’extrême-droite de Sens commun, de Rivarol ou de Mégret par son ralliement, et une partie de cet électorat se reportera sans doute sur Marine Le Pen. 

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    François Fillon pleurnichant sur les raisons de sa défaite

     

    Le très bon score de Mélenchon reste insuffisant 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Il a fait une bonne campagne, créant une vraie dynamique à gauche. Et il va de soi que Mélenchon aurait pu être qualifié pour le second tour sans la candidature d’Hamon. Dans ce cas il est probable même que Macron ne bénéficiant plus du vote utile pour faire soi-disant barrage à Marine Le Pen, il se serait retrouvé face à la candidate du FN et l’aurait emporté facilement. On voit tout de même qu’il n’était pas si loin de se qualifier. On peut également souligner le rôle des médias, notamment d’un journal comme Le monde, qui ont pris un malin plaisir à gauchir et à transformer tout ce que Mélenchon pouvait dire pour le transformer en une sorte de bolchevique assoiffé de sang. Mais il n’est plus temps de pleurnicher, il faut comprendre cet échec. Il lui a manqué quelques éléments pour donner un peu plus de cohérence à son programme : que ce soit sur l’immigration, l’islam ou sur l’Union européenne, il n’a pas été assez offensif, il avait manifestement peur de se présenter comme le candidat de la rupture. C’est une leçon fondamentale à retenir : la gauche n’a pas d’avenir en jouant les supplétifs de la logique européiste, un vrai programme de gauche visant à plus de justice sociale, à une meilleure protection de l’environnement, à une réduction des inégalités ne peut pas s’appliquer dans le cadre contraignant des traités européens. C’est donc une faute stratégique et tactique de ne pas l’avoir compris. C’est seulement en siphonnant les voix ouvrières de Marine Le Pen qu’il aurait eu quelque chance d’apparaître comme un candidat nouveau et courageux. Ajoutons que son positionnement sur la scène internationale n’est pas très clair non plus. En voulant jouer la partition de la responsabilité et de la rupture il s’est trouvé sur les positions presque gauchistes. C’est sans doute comme pour Fillon sa dernière campagne. Saluons tout de même le courage de Mélenchon de ne pas appeler à voter pour Macron au second tour et donc de refuser le conformisme.

     

    Le score mitigé de Marine Le Pen 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    En se qualifiant pour le second tour Marine Le Pen sauve sans doute sa tête à la direction du Front National. Une élimination aurait en effet remis en question la légitimité de sa tentative de dédiabolisation de son parti. Elle n’a cependant aucune chance de l’emporter le 7 mai 2017 contre Macron qui, candidat du système oblige, et on peut faire confiance à la presse dans son ensemble pour faire rouler le tambour sur le thème du barrage au fascisme, en répercutant les consignes de vote de Fillon, d’Hamon, de Pierre Laurent ou encore de Mélenchon lui-même. Faisons plusieurs remarques sur le score finalement étriqué par rapport à ce qui lui était promis l’automne dernier.  Trois éléments peuvent être avancés :

    - le premier ne lui incombe pas, mais il est le résultat d’un boycott acharné de la presse à son endroit ;

    - le second est qu’elle a fait une mauvaise campagne, se révélant dans l’incapacité de hiérarchiser les problèmes. Elle a perdu bien trop de temps sur les questions de l’islam et de l’immigration plutôt que de traiter de la question principale qui intéresse les Français, la question du chômage ;

    - enfin il est probable que ses remarques sur la rafle du Vel’ d’hiv lui ont coûté des points. Ce qui veut dire que dès qu’elle s’écarte de son programme de dédiabolisation, elle se retrouve en danger. Mais il faut reconnaître aussi qu’elle a été poussée à la faute par Fillon lui-même qui en se positionnant de plus en plus à droite tentait de siphonner les suffrages de la partie pétainiste de son électorat.

     

    Hamon s’effondre 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Ce n’est pas une surprise. Hamon était illisible dans son positionnement aussi bien que dans son programme. Des gros candidats il fut le plus lamentable et il finit en cinquième position. Mais les rancœurs à son endroit sont nombreuses. D’abord les mélenchonistes qui considèrent à juste titre que s’il avait soutenu Mélenchon, celui-ci aurait été qualifié pour le second tour. Cela augure mal des désistements en faveur des candidats du P « S ». Par ailleurs le très faible résultat d’Hamon, le plus faible de l’histoire du P « S » va l’empêcher de prendre en main ce parti et d’en refaire un parti de gauche. On ne voit plus très bien l’avenir pour ce parti : d’un côté une base de gauche qui s’effrite de plus en plus, de l’autre un encadrement qui ne se retient plus de rouler ouvertement pour Macron. Valls a d’ailleurs appelé rapidement à voter Macron pour le deuxième tour. Hamon n’aura finalement servi à rien, seulement à confirmer l’effondrement de son parti et à empêcher la gauche d’être présente au second tour. On pourrait ajouter que la défaite cinglante d’Hamon est aussi la défaite du président de la République encore pour quelques jours en activité : en 5 ans, il aura détruit de fond en comble le parti qui pourtant l’avait amené à l’Elysée. 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ?

     

    Macron tire les marrons du feu 

    Quelles leçons tirer du premier tour des présidentielles ? 

    Arrivé légèrement en tête, Macron est cependant certain de devenir président. Ce sera pourtant un président mal élu, avec une majorité instable. Mal élu parce qu’en effet il ne suscite l’enthousiasme que de la part des électeurs qui ne se sont pas encore aperçu qu’il était un banquier, donc le candidat du « système ». Pire encore, il ne pourra être élu qu’avec la reconstitution de l’UMPS. Il ne faudrait pas oublier que la grande majorité des Français le déteste pour tout ce qu’il représente, et seule la peur irraisonnée du FN va lui permettre de l’emporter. Quel que soit son score au second tour, sans doute autour de 60%, il l’obtiendra avec un niveau élevé d’abstention, mais aussi avec des gens qui voteront pour lui sachant qu’il faudrait le combattre tout au long de son mandat. Le second point a été maintes fois souligné, il aura une majorité en recomposition, du type de celle sur laquelle Giscard s’appuyait. Rien que la difficulté de nommer un premier ministre promet de belles discussions. Mais comme cette future majorité se construira sur la recomposition d’un système de partis écroulé, les tensions vont être nombreuses. La droite du P « S », les juppéistes vont se rallier, mais quid des sarkozystes et des ultras comme Wauquiez ? L’inexpérience parlementaire de Macron va être flagrante et cela d’autant plus qu’il va vouloir engager des réformes brutales et antisociales pour donner des gages à l’Allemagne. L’abominable Jean-Claude Juncker, le fidèle serviteur de Merkel, s’est d’ailleurs empressé de le féliciter. Il est très probable qu’une fois l’effet de griserie passé, disons à l’automne, la cote de popularité de Macron suive la même tendance que celle de Hollande. Cet amalgame autour de Macron d’une partie de la gauche dite de gouvernement, de la droite parlementaire et du centre ressemble à la victoire de ceux qui rêvent de ne plus gouverner par la politique mais par des traités.

     

    Conclusion 

    La première est qu’évidemment je ne voterais pas le 7 mai 2017. La seconde est que le système politique ayant horreur du vide, les partis vont se recomposer dans la douleur. Ce qui n’est pas une mince satisfaction. On peut également trouver tout de même agréable que François Fillon soit mis à la retraite politique avant de se retrouver rapidement devant ses juges, cela nous aura éviter la honte à l’étranger. N’oublions pas aussi que la participation est en baisse sensible ce qui n’est pas fait pour accroître la crédibilité des hommes politiques.

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