• Quel avenir pour la gauche électorale ?

     

    Punir le PS

     

    Comme prévu, le Parti Socialiste a subi un lourd revers lors des élections des 22 et 29 mars. Partant de très haut puisqu’il gérait 72 départements, il en perd une bonne trentaine. De l’avis de tous, il s’agit d’un vote sanction contre le pouvoir en place. Manuel Valls a souligné que la gauche avait été battue parce qu’elle était désunie. Il a raison, mais pouvait-elle être unie avec la politique que mène Hollande et son gouvernement ? La réponse est non. En effet, Hollande, Valls et Macron mènent une politique ouvertement de droite. On a d’ailleurs vu Macron faire l’éloge juste avant les élections départementales de Margaret Thatcher, icône de la droite libérale dure, briseuse de syndicats et personnage détesté par la gauche en général, ou encore Hollande embrassé Dassault. Il paraît que le petit Macron cherche une circonscription pour se faire élire député en 2017. On lui souhaite bien du plaisir, mais en dehors de Neuilly, on ne voit pas très bien où.

    De nombreux commentateurs ont souligné que les électeurs traditionnels du PS, non seulement s’étaient massivement abstenus, mais encore certains d’entre eux n’avaient pas hésité à franchir le pas et à voter pour le Front National, malgré un matraquage sans précédent contre ce parti. Il est vrais qu’en faisant campagne d’abord contre le FN, Manuel Valls finissait par donner une raison de voter pour ce parti. Etant donné sa position hégémonique à gauche, le PS entraîne forcément toute la gauche dans la catastrophe. Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, jusqu’ici avait lié son destin à une stratégie d’alliance avec le PS, au grand dam de Mélenchon. Il paye aujourd’hui cette stratégie schizophrène qui le fait s’allier aux élections avec le PS pour sauver quelques sièges, et qui le pousse à critiquer la politique très à droite du gouvernement.

     

    Résultats

      


     

    Ce qui est remarquable c’est que ce sont des élections locales, et donc l’implantation de longue date des socialistes aurait dû les protéger mieux que cela. Ce qui semble indiquer que le reflux du PS sera durable. Mais aussi cela annonce les défaites à venir, Valls et Hollande ont déjà annoncé qu’ils ne changeront pas leur politique qui, non seulement ne marche pas, les résultats économiques et sociaux n’y sont pas, mais qui en outre les entraîne directement vers la sortie. A mon avis les électeurs de gauche leur en veulent tout autant de mener une politique de droite que de les humilier en perdant élection après élection au profit de la canaille UMP.

    Donc on se retrouve dans la situation inverse, la droite décomplexée de Sarko et de sa clique va détenir les 2/3 des départements, et la gauche 1/3 seulement. L’UMP va crier au triomphe, mais on va voir que ce triomphe n’en est pas un.

    D’abord l’abstention très élevée – supérieure à 50% - indique manifestement un manque d’adhésion à un programme qu’on a bien du mal à distinguer de celui du PS. Ensuite, et c’est là le plus important probablement, c’est qu’aujourd’hui l’électorat se divise en trois blocs : 1/3 pour l’UMP et ses valets de l’UDI et du MODEM, 1/3 pour le PS et ses ennemis de gauche – PCF, PG et EELV, et un autre tiers pour le Front National. Si l’UMP gagne des départements, c’est surtout parce que la gauche est désunie, et parce que le FN est marginalisé et ne peut pas accéder au pouvoir faute de pouvoir passer des alliances. C’est là le point le plus important. Certains commentateurs ont commencé à parler à propos de Marine Le Pen d’une stratégie erronée. Mais elle n’a pas le choix. S’allier avec l’UMP la condamnerait à disparaître. Le FN n’existe que parce qu’il critique radicalement l’UMPS et parce qu’il n’a pas exercé le pouvoir. Cette curieuse position appelle deux remarques :

    - la première est que ce parti ne détient du fait du mode d’élection à deux tours et de la stratégie de front républicain, que très peu de sièges, et aucun département. Cela peut représenter aux yeux de ses électeurs une injustice fondamentale, mais en outre valider l’idée que l’UMPS est une sorte d’entente pour se partager le pouvoir. Car en effet, Sarko a beau fanfaronner, comme à son ordinaire, depuis 2008 le parti au pouvoir a perdu toutes les élections. Autrement dit, Hollande a été élu parce qu’on détestait Sarko, et probablement Sarko sera élu pour sanctionner Hollande.

    - la seconde est que l’implantation du FN au niveau national contrairement à ce qu’on dit simplifie le jeu électoral, puisqu’en effet, il n’est pas besoin d’engendrer un engouement majoritaire pour obtenir le pouvoir, mais faire 36% quand le bloc d’en face fait 34%.

    Mais il y a un autre résultat paradoxal à cela : sachant que le FN ne peut conquérir à court et moyen terme le pouvoir, le chantage à la montée du fascisme et au front républicain mis en scène par Valls n’opère plus. Non seulement Valls s’est fait renvoyer dans les cordes par Sarko qui a avancé le « ni-ni », sachant pertinemment qu’il n’aurait pas besoin du PS pour retrouver le pouvoir dans les départements, mais il a laissé les électeurs de gauche de marbre. On se rend compte enfin que l’épouvantail du FN non seulement ne fait plus peur, mais ne peut pas apparaître comme un programme électoral.

     

    Quelle stratégie pour la gauche ?

    Le congrès de juin du PS va être sanglant. Et il est probablement que la ligne très à droite de Hollande, Valls, Macron et Rebsamen sera battue et qu’on essaiera de faire émerger une ligne un peu plus à gauche, sans l’être tout à fait. Mais pourquoi faire ? En effet, l’expérience de Syriza démontre tous les jours que sans rupture fondamentale d’avec la logique libérale européiste, aucune politique de gauche ne peut émerger. Mais l’expérience de Syriza démontre aussi autre chose, les partis ne sont pas éternels, et le PASOK – le parti socialiste grec – est en voie de disparition.

    Les résultats des départementales et avant ceux des élections perdues par Hollande et son gang, seront sans doute avancés par les imbéciles de Terra Nova comme démontrant que les gens votant à droite, il faut s’adapter et leur fournir un programme de droite. Mais en vérité les majorités de droite se font par défaut essentiellement parce que le peuple de gauche ne vote plus, essentiellement parce qu’il se sent abandonné et trahi par ceux qui sont sensés le représenter. Mais si on tient compte que l’abstention est très élevée, et qu’en outre les électeurs du FN ne sont pas forcément des gens de droite, alors on comprend que ce ne sont pas les électeurs qui se droitisent, mais les caciques des partis de gauche qui sont lâchés par les électeurs pour cause de renoncement.

    De même le PS ne peut s’en prendre qu’à lui-même si la gauche est divisée. En 2012, ce parti détenait toutes les clés du pouvoir. Il n’a pas pu rassembler la gauche essentiellement parce qu’il a mené une politique de droite, une politique de l’offre. Le danger sera pour ce parti qu’en 2015 et 2016 il devrait y avoir une petite amélioration sur le front de la croissance et de l’emploi. Essentiellement parce que l’euro est en train de chuter lourdement, consécutivement à la politique de Quantitative Easing mené par la BCE contre l’avis des Allemands. Or cette accalmie conduira certainement Hollande et Valls à avancer que cela est le résultat de leur politique qui commence à porter ses fruits, et donc qu’il n’y a pas de raison de changer de politique.

    Si le PS est en première ligne, il est également important que le PCF ou le PG se posent aussi des questions. Malgré la crise de 2008 qui a disqualifié aussi bien la droite décomplexée à la Sarko que la droite complexée à la Hollande, ils ne sont pas apparus comme des partis crédibles porteurs d’un possible changement. Certes le PCF n’est plus ce qu’il était, il n’y a plus guère d’ouvriers, et le mur de Berlin est tombé. La Guerre froide a eu des effets à long terme qui ont décrédibilisé ce parti définitivement. Mais les progrès du PG ne sont pas probants. Ce parti est aussi l’objet de calomnies récurrentes : il est stigmatisé comme un parti de la gauche radicale – on ne sait d’ailleurs plus ce que veut dire ce mot – alors qu’il est plutôt rose pâle, à peine keynésien. Plus fondamentalement, le PCF et le PG payent aujourd’hui leurs inconséquences sur la question de l’Europe, tout le monde se rend compte aujourd’hui que la chimère d’une Europe sociale est à peine un chiffon rouge. L’Europe est détestée pour des raisons fort justes, c’est l’Europe des banquiers et des multinationales comme le disaient dans le temps le PCF et le PS, avant que la tête de celui-ci soit phagocytée par Jacques Delors et ses sbires, avant que François Mitterrand n’avalise le tournant de 1983.

    Il apparaît maintenant évident que toute stratégie de rupture avec les dogmes du libéralisme échevelé, la lutte pour un meilleur partage de la richesse et du travail, passe aujourd’hui par une rupture nette avec l’Europe et sa logique mortifère. 

    Trois scénarios

    Le premier serait que la gauche électorale prenne conscience de l’impasse dans laquelle elle se trouve et réoriente son modèle à gauche justement, rompe avec la théorie de l’offre et le dogme de la concurrence. Ce scénario me paraît peu probable, non pas parce que les électeurs potentiels du PS le refuseraient, mais parce que les « élites » de ce parti, le mode de fonctionnement de ce parti l’empêcheront de se développer.

    Le second scénario est celui d’une marginalisation du PS, comme le PASOK par exemple, et l’émergence d’un nouveau parti à l’image de Podemos ou de Syriza. Celui-là non plus ne me paraît pas devoir se concrétiser, essentiellement parce que le PG occupe le terrain, même si ses limites paraissent évidentes, il empêchera l’émergence d’un nouveau parti qui apparaîtra comme un nouveau diviseur.

    Le troisième scénario, selon moi le plus probable, est une pérennisation de la décomposition de la politique un peu à la manière de ce qui se passe aux Etats-Unis. Une forte abstention – les plus pauvres se détournant de la pratique électorale – et une vie politique scindée entre deux blocs qui ne se distinguent plus que par des débats insipides sur des phénomènes de société : le port du voile, les cantines scolaires, le mariage pour tous, et d‘autres sujets tout autant sans intérêt qui évitent d’aborder les questions fondamentales de la lutte contre les inégalités et des formes de l’économie. Dans ce cas de figure le FN apparaît encore comme le meilleure allié de la fausse alternance entre le PS et l’UMP, entre Hollande et Sarkozy !

    Il y aurait bien un quatrième scénario, celui d’une nouvelle crise bancaire qui balaiera cette fois le système dans ses fondements.

    « La crise, quelle crise ?Université Populaire d'Aubagne - Programme d'avril »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    holbecq
    Lundi 30 Mars 2015 à 09:37
    tweets
    Malheureux que vous n'ayez pas le bouton twitter ...
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :