• Que veulent les créanciers ?

    Que veulent les créanciers ? 

    L’obligation de négocier 

    Les résultats du référendum en Grèce sont très mauvais pour les créanciers qui comprennent qu’ils n’arriveront pas à imposer leurs réformes structurelles et austéritaires que si en échange ils acceptent de renégocier la dette. S’ils cédaient sur ce point ce serait très mauvais pour la Grèce qui resterait encore à la merci de l’Eurogroupe et de la BCE pour des années et des années. Il est vrai que le 25 juin Tsipras avait fait l’effort de rendre presque toutes les armes et d’admettre de passer sous les fourches caudines de la réforme façon bruxelloise. On  peut se demander pourquoi les créanciers n’ont pas fait un seul pas dans le sens d’un compromis.

    Parallèlement, le bras armé de l’Eurogroupe, la BCE, a durci les conditions de refinancement des banques grecques à travers le programme ELA. Ce qui veut dire qu’elle continue la politique de l’étranglement, interdisant pratiquement à la Grèce de développer des échanges avec les autres pays de l’Union, poussant ce petit pays à utiliser une monnaie alternative à l’euro par exemple en recréant des drachmes. Un article de Médiapart du 8 juillet intitulé Un insider raconte : comment l’Europe a étranglé la Grèce, montre comment Jeroen Dijsselbloem a menacé Varoufakis de ruiner l’économie grecque s’il ne se soumettait pas rapidement  à ses exigences.

    Mais comme en même temps la très forte majorité pour le non empêche d’imaginer que les Grecs vont se rendre, ou encore qu’ils vont remplacer par eux-mêmes le gouvernement de Tsipras par un gouvernement plus kollaborateur avec l’Eurogroupe et l’Allemagne, on peut se poser la question de ce qu’ils cherchent à travers cette politique du pire.

    A mon sens je crois qu’on s’achemine vers la sortie négociée de la Grèce de l’eurozone. Les Allemands veulent expulser les Grecs de l’eurozone, mais ils ne peuvent pas l’imposer unilatéralement. Ils pensent que sans les Grecs, ils auraient un meilleur contrôle sur la zone euro et sa discipline. Ils ont peut-être raison à court terme, les gouvernements portugais, espagnol, italien et français collaborent aujourd’hui gentiment à cette idée. Mais les gouvernements ont une durée de vie assez courte. Rapidement le succès de la Grèce pourrait donner des idées à l’Espagne et renforcer un vote en faveur de Podemos qui d’une manière ou d’une autre mènerait la vie dure aux maîtres de l’Europe. Si en France l’émergence d’un gouvernement moins docile aux ordres venant de Berlin est encore un rêve un peu lointain, le discrédit persistant dont souffrent les deux principaux partis de gouvernement n’est pas de bon augure pour la poursuite des politiques d’austérité dans la zone. En France il faudra attendre probablement 2017 et l’effondrement programmé du PS pour qu’émerge enfin une solution alternative à gauche.

    Un sondage très intéressant a été publié dans Le parisien du 7 juillet. Les Français, toutes tendances confondus, rejettent maintenant et très largement les politiques d’austérité. Ce qui est conforté par les analyses récentes du FMI et de l’OCDE qui ne voient pas dans l’austérité et donc le remboursement de la dette à marche forcée une solution à la crise des dettes publiques en Europe et qui prônent aujourd’hui un resserrement des inégalités comme moteur de la croissance. Soit l’inverse du modèle allemand qui apparait de plus en plus isolé, et qui ne garde du prestige que par la grâce de la bureaucratie européiste et des politiques collaborateurs.

    Que veulent les créanciers ?  

    Que veulent les créanciers ?

    Mais ce sondage donne bien d’autres enseignements. Seuls 15 % des sondés pensent que les Grecs doivent raisonnablement rembourser la dette immense qu’ils ont accumulée. Mais probablement ce qui est le plus intéressant c’est que l’idée de dissolution de l’euro fait son chemin. Ils sont maintenant 50% à penser que la sortie de la Grèce de l’euro est une bonne solution. Mais une partie croissante, un tiers aujourd’hui, – sans doute sous-estimée encore – de la population française souhaite que nous sortions de l’euro nous aussi.

     Que veulent les créanciers ? 

     

    Que veulent les créanciers ?

    Les conditions du Grexit 

    Les formes juridiques des traités européens ne permettent pas à un ensemble de pays d’en exclure un ou plusieurs. Pour que e Grexit se réalise, il faut le bon vouloir des Grecs eux-mêmes. Il est vrai que dans ce pays la majorité de la population sera maintenant favorable à un retour à une monnaie nationale. Mais la sortie de l’euro de la Grèce pose la question du devenir de la dette. Le graphique ci-après montre que l’addition serait très lourde pour l’Europe et pour la BCE, surtout dans une situation où la croissance est très faible et l’inflation nulle.

     Que veulent les créanciers ? 

    La seule solution pour l’Europe serait de compenser cette perte par une inflation galopante, une inflation à deux chiffres, ou alors de ponctionner ses citoyens par une austérité accrue ! Mais dans ce dernier cas il est facile de comprendre qu’une telle mesure, même en la mettant sur le dos des Grecs ne serait pas très populaire et accroîtrait encore la méfiance envers la bureaucratie européiste. Relancer l’inflation ce serait par ailleurs renoncer à toute la logique libérale qui vise d’abord à faire chuter les salaires et monter les profits. Mais au-delà c’est la viabilité de l’euro qui semble tout simplement compromise. En effet cette monnaie unique – unique en son genre – ne pourra se maintenir que si on accepte d’en payer le coût. Autrement dit si l’Allemagne cesse de faire porter le coût de fonctionnement de cette monnaie aux pays les plus en difficultés comme elle le fait depuis des années. Ils semblent que les conditions ne sont pas réunies pour que cela advienne. Les Allemands, comme on le sait, ne veulent pas payer pour les pays du Sud. Et ceux-ci vont bien finir par trouver le chemin de la sortie.

     Que veulent les créanciers ? 

     

    Le mot d’ordre « sauver l’euro », répété ad nauseam par les politiques  apparaît dans ces conditions de plus en plus vide de sens. Le Grexit serait à moyen terme la moins mauvaise des solutions pour la Grèce, mais il est évident qu’elle aura un coût transitoire élevé pour son peuple. Les Allemands font semblant de croire qu’il leur serait plus facile de gérer la zone euro sans la Grèce. Mais comme l’exemple grec montrerait qu’il y a toujours une alternative à l’austérité en sortant de la zone, celle-ci deviendrait à la moindre secousse financière encore plus instable et le sort de l’euro serait celé. 

    Le seul acte politique qui peut empêcher cette machine folle de dérailler c'est une intervention politique des Américains. En effet, un Grexit réalisé dans de mauvaises conditions pousserait les Grecs à un rapprochement avec la Russie. C'est pour cette raison qu'ils veulent conserver l'Union européenne encore un peu unie, et c'est pour ça que le FMI pousse maintenant dans le sens d'une restructuration de la dette. Mais les Etats-Unis n'ont plus l'aura de jadis, leur conduite des affaires au Proche-Orient, leur attitude en Ukraine les désigne comme une puissance déclinante, et il n'est pas sûr que les "Européens", surtout l'Allemagne, les suivent sur ce terrain mouvant.

    « Les leçons d’un référendumLa capitulation de Tsipras »
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  • Commentaires

    1
    Patoche
    Jeudi 9 Juillet 2015 à 16:33
    Quid du remboursement par l’Allemagne du prêt forcé de la banque centrale grecque à celle du Reich. je ne fait pas allusion aux réparations de guerre effacées par les alliés.
    2
    Jeudi 9 Juillet 2015 à 20:59

    C'est effectivement un sujet qui fâche et qui montre qu'il y a bien deux poids et deux mesures. mais il pourrait revenir sur le devant de la scène si les Grecs n'obtiennent pas ce qu'ils veulent. On pourrait dire aussi que les Allemands n'ont fini de rembourser leurs dettes de la 1ère Guerre mondiale qu'en décembre 2014 ! Et que par contre ils prétendent à ce que les Grecs remboursent rapidement leurs dettes. Les Grecs évaluent cette somme entre 200 et 1000 milliards d'euros ! en comptant les intérêts et les retards. De quoi effacer leur dette propre. Mais l'Eurogroupe considère que ça ne le concerne pas puisque les Allemands ne doivent rien ni à l'Eurogroupe, ni à la BCE ni même au FMI. La couverture européenne favorise évidemment l'Allemagne. Je pense que ce sujet ressortira d'ici à la fin de l'année. On peut imaginer que les Grecs faisant fi de l'amitié entre les peuples européens pourraient gagner devant un tribunal international.

    3
    lili13
    Mardi 14 Juillet 2015 à 10:46

    Bonjour,

    Je ne comprends pas comment pourrait s'effectuer concrètement une sortie de la Grèce de l'euro : pour faire tirer les drachmes par exemple ? Des économistes de gauche comme Jacques Généreux disent que ce serait très compliqué, plus que d'y rester,  si on s'en tient uniquement à l'économie.

    Par ailleurs , le président allemand est favorable  au paiement de la dette allemande aux Grecs pour les massacres et les exactions commises par les nazis. 

    Merci a bientôt.

    4
    Mardi 14 Juillet 2015 à 20:00

    C'est pas plus compliqué q'en sortir que d'y entrer. Généreux est membre du parti de Gauche, comme Tsipras ils n'ont jamais envisagé de sortir de l'UE - seule voie pour se débarrasser de l'euro. Pour sortir c'est assez simple : 1. il faut nationaliser la banque centrale 2. interdire pendant un temps tous les mouvements de capitaux 3. relibeller la dette dans la nouvelle monnaie, mais on peut aussi la répudier. C'est sûr que pour le faire il faut s'y prendre astucieusement. mais les Grecs ont ils le choix ? en tous les cas sur les deux ans à venir le gain est évident : 1. rééquilibre des comptes extérieurs 2. fin des politiques d'austérité. 

    Le président de l'allemagne a peut être des bonnes intentions, mais le pouvoir ce sont les Thénardier de l'europe qui le possèdent. La seule chose dont ils ont peur c'est justement une sortie de l'euro : 1. parce que les excédents allemands fondraient comme neige au soleil 2. parce que la rente qu'ils retirent de la dette les obligeraient à travailler plus pour payer leurs retraites.

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