• Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

     Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Le refrain est bien connu, dès qu’il s’agit d’Israël : il y a d’un côté les bons, les Palestiniens, et de l’autre les mauvais, les Israéliens, présentés comme les nazis du XXIème siècle. Et on a eu droit évidemment au dessin ignoble de Plantu qui devient maintenant le porte-parole officiel et soft de l’antisémitisme. Le 30 mars dernier les Gazaouis ont entrepris une marche symbolique dite Marche du retour. L’idée était de pénétrer en Israël et de revendiquer les terres qui selon eux ont été volées aux Palestiniens depuis 1948, mais aussi de rendre hommage à leurs morts de 1976. Plusieurs milliers de marcheurs, guidés par le Hamas, se sont alors massés à la frontière israélienne et se sont mis à provoquer l’armée israélienne, jusqu’à obtenir ce qu’ils étaient venus chercher, des morts : les femmes et les enfants d’abord. Pour l’instant on compte 16 morts. Mais parmi ces 16 morts, au moins 10 ont été identifiés comme des « terroristes » ou comme faisant partie de la branche armée du Hamas, ce qui vient jeter un doute sur le caractère pacifique de cette marche[1]. Plus basiquement les militaires israéliens ont empêché les marcheurs du Hamas de franchir la frontière. Ce énième épisode a déclenché comme il fallait s’y attendre une polémique féroce.

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    10 morts du Hamas identifiés 

    La position du Monde est assez bien représentée par le dessin de l’antisémite Plantu qui ne veut voir dans cette marche organisée par le Hamas qu’une marche pacifique de pauvres gens spoliés de leurs maisons à laquelle ils avaient un droit bien légitime. Vu la récurrence des dessins antisémites de Plantu, il faut bien croire que Le monde partage cette ligne politique. Et d’ailleurs les articles de fond de ce journal

    Personne ne semble vouloir se poser les bonnes questions, il y en a au moins deux :

    - tout d’abord comment se fait il que ce soit d’abord des membres de la branche militaire du Hamas qui ait été tués ?

    - ensuite, pourquoi lors de cette marche on mettait des enfants en avant ?

    Les réponses deviennent pourtant évidentes dès qu’on réfléchit un peu. Le Hamas cherchait à obtenir des morts et si possible des enfants morts, ce qui fait toujours un meilleur effet pour la propagande vers les Occidentaux. On oublie du même coup que cette marche se faisait comme d’habitude aux cris de « Kill the Jews ». On oublie aussi que le Hamas n’a jamais modifié son programme : chasser les Juifs d’Israël[2]. Et puis surtout on oublie que si Israël a fait usage des armes, c’est pour répondre aux attaques des « marcheurs » qui ont lancé des cocktails Molotov, et pour les empêcher de pénétrer en Israël. Contrairement aux pays européens, Israël ne vit pas, ne peut pas vivre quelques heures seulement en laissant ses frontières ouvertes.

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    A gauche le dessin de Plantu suite à la marche du 30 mars, à droite un vieux dessin dénonçant la lâcheté des colons israéliens qui protègent le vol des terres derrière l’armée 

    Comme un réflexe pavlovien, la gauche a emboîté tout de suite les positions du Hamas. Médiapart dont on connait bien maintenant les positions pro-islamistes, a entonné le vieux refrain des Juifs qui entameraient un génocide des Palestiniens comme eux ont souffert du génocide nazi[3]. Mélenchon s’y est mis aussi, en twittant sur « l’assassinat des marcheurs palestiniens – sous-entendus pacifiques », mettant en avant « la cruauté sans borne de l’Etat israélien », et demandant l’envoi des Casques bleus dans la région. Sur cette question où il est traditionnellement en position de faiblesse, il s’est un peu plus déconsidéré en avançant qu’Israël était le seul responsable de cette tuerie, dédouanant de fait le Hamas. On l’a trouvé moins attentif au sort des Kurdes dans le nettoyage ethnique en court à Afrin. Du reste la gauche partage exactement la position d’Erdogan sur cette question. Le dictateur Erdogan qui lui franchit les frontières pour faire un vrai génocide de Kurdes, a lui aussi fait la leçon à Israël, avançant que l’usage de la force par Tsahal était disproportionné et qualifiant Netanyahou de terroriste[4]. La gauche est toujours plus prompte à se mobiliser contre Israël qui défend ses frontières que contre les exactions de la Turquie qui les viole.

      

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Evidemment mettre l’accent sur les morts interdit tout débat de fond sur la question. S’il y a des morts, c’est bien qu’Israël est coupable, et cela suffit à la gauche, aux fascistes et autres antisionistes de profession. L’ignoble Piotr Smolar, accoutumé à faire la propagande anti-israélienne, parle dans Le monde d’une marche du désespoir, comme si l’idée d’une provocation du Hamas ne lui était pas venue à l’idée. Cet individu, coutumier des articles pro-palestiniens – ça va avec Plantu me direz-vous – considère que ceux qui parlent de provocation sont seulement les Israéliens de l’extrême-droite du type Lieberman[5]. Il suppose que si la colère des Gazaouis est légitime, il est tout autant légitime qu’elle se transforme en une revendication territoriale, un retour sur les terres des ancêtres. Je ne suis pas le seul à souligner la malhonnêteté de ce journaliste. Il s’était fait agrafer à propos de ses comptes rendus sur les portiques qu’Israël voulait installer au Mont du Temple[6]. Sans doute ce journaliste français d’origine polonaise a-t-il tété le lait de l’antisémitisme très jeune, il a appris son métier à Moscou ! Mais enfin personne au Monde ne songerait à y voir un rapport avec l’orientation de ses articles. Le lendemain, il remettait le couvert, et dans un article assez spécieux[7], il tentait de démontrer que la marche organisée par le Hamas ne pouvait être que pacifique. En filigrane cependant, il admettait que le Hamas voulait bien avoir des morts pour faire avancer sa cause. Piotr Smolar évoque aussi sans donner beaucoup de précision le fait qu’un membre de l’organisation militaire du Hamas a tiré à balle réelle vers les militaires israéliens et a ensuite été tué. Egalement il fait état d’une fillette de 7 ans qui aurait été envoyée par le Hamas pour traverser la frontière. Comme on le voit, même dans l’article embrouillé d’un ferme soutien à la cause palestinienne, il semble bien qu’il y ait eu des provocations générées par le Hamas. Mais quoi d’étonnant quand on sait que le Hamas est en perdition à Gaza et qu’il a besoin de reprendre les choses en mains pour montrer que si les Gazaouis vivent dans la misère, cela n’est pas la conséquence de sa gestion, mais uniquement de la faute des autorités israéliennes. Même Piotr Smolar s’en est rendu compte et l’énonce dans un article intitulé Affaibli, le Hamas soutient le mouvement de protestation civile, publié dans Le monde daté du 4 avril 2018, mais non mis en ligne. 

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 

    Lors de la marche du 30 mars, les enfants et les femmes sont en première ligne 

    Piotr Smolar ne dénonce jamais les coups de pub des Palestiniens. C’est ce qu’on voit quand il fait le compte rendu du procès de Ahed Tamimi qu’il regarde uniquement comme un acte de courage[8], comme si de gifler un soldat qui ne peut pas répondre relevait du courage, surtout quand ce geste est mis en scène et filmé[9]. Que la gauche se joigne à cette mascarade et soutienne le panislamisme est confondant, mais explique certainement aussi pourquoi elle perd de plus en plus de crédibilité dans l’opinion publique. La cause palestinienne est un combat qui la dépasse, un terrain sur lequel ses connaissances sont prises en défaut continuellement. On remarquera que ce sont les mêmes qui soutiennent le retour des réfugiés palestiniens – et surtout de leurs descendants – qui dans un même mouvement soutiennent aussi les migrants. On peut penser qu’il s’agit là d’un élan de générosité selon lequel nous sommes tous les enfants d’une même terre, et que les frontières sont absurdes et n’amènent que des conflits. C’est la logique mondialiste si on veut, cette logique qui voudrait que s’il n’y a pas de frontière entre la France et l’Allemagne, et bien il n’y a plus de guerre. C’est le genre de raisonnement plus que simplet que nous vend l’Union européenne. Mais justement dans le cas du conflit israélo-palestinien, les frontières sont plus que nécessaires. Le Hamas est d’ailleurs lui aussi pour abolir les frontières entre les Territoires palestiniens et Israël, en espérant que cela lui permettra à terme d’en finir avec les Juifs. Pour cette raison, et quels que soient les errements des uns et des autres, la seule solution passe par deux Etats séparés, sécurisés et viables. C’est de ça que nous devons nous occuper si nous voulons que la cause de la paix avance un peu. Et qu’on ne vienne pas me dire que seuls les Israéliens sont responsables de ce blocage. Non seulement parce que le Hamas ne veut pas d’une solution à deux Etats, mais aussi parce que l’OLP a reconnu Israël très tardivement, et encore du bout des lèvres. Mais peu importe le passé finalement. Malgré toutes les déconvenues, cette solution est encore possible, parce que c’est la seule raisonnable aussi bien pour les Palestiniens que pour les Israéliens[10]. Je ne vois pas beaucoup d’hommes politiques français qui travaillent sérieusement sur cette idée, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition d’ailleurs. Les déclarations d’intention, il y en a beaucoup, mais elles ne s’appuient guère sur la réalité du terrain et à combattre les idées reçues en la matière. Par exemple ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que les Israéliens et les Palestiniens de Cisjordanie travaillent très souvent ensemble, je ne parle même pas des Arabes israéliens. Ce qui veut dire qu’ils se connaissent très bien et que les solutions sont à portée de main. Les Occidentaux feraient un grand pas en avant s’ils cessaient de regarder Israël comme le seul responsable des blocages à la mise en œuvre notamment parce qu’ils colonisent une terre qui ne leur appartiendrait pas. On sait très bien que cette colonisation peut s’achever si un plan de paix global est accepté, par exemple dans un échange de territoires entre Israël et le futur Etat palestinien, même si les extrémistes ne le souhaitent pas. Mais les Palestiniens sont-ils prêts à gérer un Etat moderne, avec tout ce que cela implique ?

    Un mouvement qui doit durer 6 semaines  

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ?

    Le 6 avril les Palestiniens du Hamas ont recommencé à se masser à la frontière de Gaza. Cette Marche du retour doit durer en tout six semaines. Elle est supposée dénoncer la confiscation des terres par Israël, et donc signifier que les Palestiniens reviennent sur les lieux dont ils ont été chassés en 1948. Evidemment cette idée ne tient pas trop debout parce que ces Palestiniens qui manifestent n’ont pas trop l’âge d’avoir été chassé. Ce n’est pas trop crédible. Mais ce qui est crédible, c’est d’obtenir des morts et des blessés. Le 6 avril donc, il y a eu de nouveau des morts et des blessés. Mais on sent maintenant que l’opinion, si elle n’est pas favorable à Israël, se montre pour le moins septique sur les intentions du Hamas. The times of Israël soulignait comme la plupart des journaux que la mobilisation palestinienne s’essoufflait[11]. Sans doute parce que les buts du Hamas apparaissent assez peu clairs. Au-delà du fait que les morts et les blessés sont là pour démontrer qu’Israël est mauvais, ils veulent aussi pouvoir montrer qu’ils sont capables d’enfoncer les frontières. Et si les frontières n’existent plus, Israël n’existent pas non plus. Tous les blessés et les morts ont été touchés alors qu’ils tentaient de franchir la frontière, toujours en envoyant en avant des enfants. Il y a eu donc 9 morts et 250 blessés, soit deux fois moins que le vendredi précédent. On peut donc supposer que c’est là la preuve d’un certain essoufflement.

    L’apogée de ce mouvement doit intervenir dans un mois pour la célébration du 70ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Les dirigeants du Hamas espéraient à ce moment-là pouvoir mobiliser un million de personnes, un objectif qui parait très difficile à atteindre en regard de la mobilisation du 6 avril. D’autres en Israël ont avancé que le but de ces marches était d’introduire des terroristes de façon à pouvoir commettre par la suite de nouveaux attentats, mais c’est difficile à vérifier. Piotr Smolar reconnait cependant qu’en brulant des pneus, les Palestiniens cherchaient effectivement à pénétrer en Israël en se cachant derrière la fumée ainsi dégagée[12].

    L’opinion internationale est également en train de s’essouffler à soutenir la cause palestinienne, même Piotr Smolar très pro-palestinien semble sceptique sur les buts réels du Hamas. Sans doute comprend-elle, même si c’est tardivement, que le Hamas règle des problèmes politiques en comptant ses martyres. Ce scepticisme est assez visible dans le compte rendu de RFI[13]. Pourquoi cette quête morbide sans que quelque embryon de solution ne soit sérieusement avancé ?  L’Humanité, journal du Parti communiste et soutien récurrent de la cause palestinienne ne donnait le 7 avril strictement aucune information à la une de son site Internet sur les affrontements de la veille. N’est-ce pas une manière indirecte de l’opinion pro-palestinienne de condamner les actions du Hamas ? Les comptes rendus de Libération ont également été plutôt très sobres, assez peu impliqués, alors que ce journal est généralement prompt à appuyer sur la corde sensible. Bref si la semaine dernière le Hamas semblait avec ses morts avoir marqué des points, il semble qu’aujourd’hui ce soit le contraire et que plus personne ne comprenne cette obstination mortifère. 

    Que se passe-t-il à Gaza et à la frontière israélienne ? 



    [1] https://fr.timesofisrael.com/au-moins-10-des-16-morts-a-gaza-etaient-membres-de-groupes-terroristes/

    [2] https://fr.timesofisrael.com/hamas-le-coran-nous-ordonne-de-renvoyer-les-juifs-de-la-totalite-de-la-palestine/

    [3] Une page du blog d’Abdourahmane a été publiée le 1er avril sur ce thème, puis ensuite enlevée. Son titre était Israël poursuit la Shoah des Palestiniens.

    [4] http://www.rtl.fr/actu/international/tensions-entre-gaza-et-israel-erdogan-accuse-netanyahu-d-etre-un-terroriste-7792862339

    [5] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/31/a-la-frontiere-de-la-bande-de-gaza-une-grande-marche-du-retour-pacifique-mais-meurtriere_5278985_3218.html

    [6] https://www.dreuz.info/2017/07/25/piotr-smolar-envoye-du-monde-a-jerusalem-repond-aux-questions-des-lecteurs-et-dreuz-a-fact-checke-ses-reponses/

    [7] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/04/03/autopsie-d-une-marche-du-retour-meurtriere-a-gaza_5279767_3218.html

    [8] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/13/le-proces-de-l-adolescente-palestinienne-ahed-tamimi-s-ouvre-a-jerusalem_5256185_3218.html

    [9] http://in-girum-imus.blogg.org/la-vie-moderne-d-ahed-tamimi-sous-les-projecteurs-a135351064

    [10] Shaul Arieli, « La solution à deux États est encore possible », Politique étrangère 2014/3 (Automne), p. 79-93.

    [11] https://www.timesofisrael.com/idf-says-it-thwarted-hamas-prevented-victory-picture-of-breached-border-fence/

    [12] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/04/06/nouvelle-journee-de-sang-a-gaza-le-long-de-la-frontiere-avec-israel_5281948_3218.html

    [13] http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180406-marche-retour-nouveaux-heurts-frontiere-gaza-israel

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