• Quantitative Easing (QE), quelle efficacité pour la nouvelle politique de la BCE ?

     

    A grands coups de trompettes on a annoncé un changement de politique monétaire dans la zone euro, la BCE rompant avec le dogme d’une monnaie forte comme norme de développement dans la zone euro. Mais il faut encore en mesurer les effets concrets.

     

    L’assouplissement monétaire en question

     Quantitative Easing (QE), quelle efficacité pour la nouvelle politique de la BCE ?

    Après bien des tergiversations, la BCE s’est mise elle aussi au QE – en français on parle d’assouplissement monétaire. Il y a deux raisons principales à cela : d’une part la peur de rentrer dans une période de déflation qui engendrerait une récession durable – c’est la raison officielle qui est avancée, et d’autre part la nécessité de répondre aux autres pays qui mènent déjà et depuis des longs mois une politique de QE. Cette politique de QE lancée par Mario Draghi consiste à créer de la monnaie par le biais de rachats massifs de titres par la BCE. Les chiffres avancés sont les suivants : 1000 milliards d’euros sur 18 mois, au rythme de 60 milliards par mois. Il faut d’abord remarquer que cette politique d’assouplissement monétaire a été imposée à la fois contre l’Allemagne et contre les Traités européens, aussi bien que contre les règles mêmes de la BCE. On voit que lorsque le rapport de forces est favorable, les traités sont violés sans complexe, alors que dans le même temps on somme les Grecs de respecter ces mêmes traités européens. Les Thénardier de l’Europe, la mère Merkel et le père Schaüble, n’y étaient pas favorables, mais ils se sont fait une raison, parce que la durée de la récession est tellement longue en Europe qu’on ne sait plus trop quoi faire pour en sortir. Il est donc évident que le choix du QE par la BCE est d’abord une nécessité : dans une économie mondialisée, maintenir une monnaie forte – avec un taux de change élevée – lorsque l’économie est en stagnation est un quasi suicide.

     

    Quelles conséquences sur l’économie ?

    La politique de la BCE qui consiste à injecter des liquidités rend l’euro moins rare, et donc moins cher. La première conséquence directe de la politique de QE est donc de faire chuter la valeur de la monnaie. En même temps que la valeur de la monnaie baisse les taux d’intérêt plongent maintenant dans des zones négatives. 

    Quantitative Easing (QE), quelle efficacité pour la nouvelle politique de la BCE ?

     Le cours de l’euro contre le dollar depuis trois mois 

    Quantitative Easing (QE), quelle efficacité pour la nouvelle politique de la BCE ? 

    Evolution du CAC 40 depuis trois mois 

    De façon tout aussi symétrique, si la valeur de la monnaie baisse et que les taux d’intérêt baissent aussi, cela rend plus attrayante la bourse. Et on remarque d’ailleurs que depuis 3 mois les valeurs boursières se sont envolées.

    Il y a plusieurs conséquences à attendre à court terme de cette politique. La première est que la valeur de l’euro baissant, les exportations de la zone euro devraient connaître une hausse, et les importations une baisse. Ces deux mouvements devraient donc se traduire par une augmentation du PIB et une baisse du chômage un peu de partout dans la zone euro, mais plus particulièrement en  Espagne, en Italie et au Portugal. L’effet serait d’autant plus fort que le pays est inséré dans la concurrence mondiale dans une compétitivité par les coûts. L’effet serait ainsi moindre pour l’Allemagne.

    En ce qui concerne la France, si on prend pour base les calculs effectués par Bruno Ducoudré et Éric Heyer pour une dévaluation de l’euro de 10%, et si on prend en compte que l’euro a vu sa valeur baisser d’environ 30 %, on arrive aux projections suivantes :

     

     

    2015

     

    2016

    2017

    2018

    Hausse du PIB due à la baisse de la valeur de l’euro

     

    0,6

    1,5

    1,5

    0,3

    Accroissement de l’emploi

    60 000

    159 000

    221 000

    129 000

    Ces calculs sont un peu grossiers, ils prennent en compte seulement les effets d’une baisse de la valeur de l’euro. C’est-à-dire qu’ils supposent que les autres pays, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et le Japon ne réagissent pas par une nouvelle dévaluation de leur monnaie. Comme on le voit, l’effet est bien réel à court terme, et dès la quatrième année, il disparait presque. On note évidemment que cela n’a qu’un effet très limité sur le chômage. Il semble bien qu’en 2015, 2016 et 2017, le chômage baissera… un peu. Evidemment on se rend compte que cet effet sur l’emploi est faible par rapport aux enjeux. Sans doute la droite au gouvernement – Hollande, Valls, Macron et d’autres, en tireront prétexte pour persister dans leur politique régressive de démantèlement des droits des travailleurs et de l’Etat-Providence. Ils viendront nous rappeler que dans une économie mondialisée, il faut améliorer encore la compétitivité-coût et donc faire encore baisser le coût global du travail.

    De l’inflation

     

    Les économistes associent souvent la déflation et la crise, et donc ils espèrent que le QE relancera un peu l’inflation. Cette illusion repose sur une analyse fausse des économistes orthodoxes qui supposent que l’émission d’un surplus de monnaie se traduit mécaniquement par de l’inflation – soit une hausse des prix. C’est confondre la cause et l’effet : la déflation n’est pas la cause de la crise économique, mais son résultat. Autrement dit ce n’est pas la déflation le vrai danger, mais plutôt la stagnation de l’économie. Si l’inflation provient d’une hausse des salaires, alors elle entraîne l’économie à la hausse, c’est ce qui est montré dans le graphique suivant.

      Quantitative Easing (QE), quelle efficacité pour la nouvelle politique de la BCE ?

    Mais il y a de très nombreux facteurs qui tendent à montrer que le QE de la BCE n’entraînera pas d’inflation. La première raison est que l’effet du QE sur l’emploi est bien trop faible pour peser sur les salaires. Surtout que le chômage structurel a atteint des niveaux très élevés. La seconde raison, c’est que le prix des matières premières est orienté à la baisse pour encore de longs mois. Et donc cela pousse les prix mondiaux à la baisse aussi, donc entraîne la déflation. Mais il y a encore une autre raison pour que le QE n’entraîne pas une hausse des prix, c’est que la majeure partie de cette monnaie supplémentaire va être gelée parce que les banques de second rang dans la zone euro vont recapitaliser.

    Conclusion 

    Le changement de politique monétaire en Europe est bien réel, et il devrait avoir un effet positif sur l’économie réelle, toutefois peu en rapport avec les enjeux et il apparaît que cette politique eut été plus adéquate si elle avait été mise en place plus tôt. Son caractère tardif en amenuise les effets bénéfiques. En même temps le QE en zone euro aura un effet négatif sur l’économie du Royaume-Uni, et probablement aussi sur les pays de l’Union européenne qui n’ont pas l’usage de l’euro. Cependant ce changement ouvre la voie à cette idée qu’en manipulant la monnaie, en l’ajustant à la valeur de sa balance des paiements, on peut sortir du marasme économique, et donc si on dévalue l’euro par rapport au dollar à travers un QE, on voit bien qu’il est possible de faire la même chose au niveau d’une nation en revenant à une monnaie nationale ! Cette liberté que s’octroie tout soudain la BCE, pourquoi ne l’utiliserions nous pas à notre tour en sortant de l’euro ? 

    Liens

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-economie-de-la-zone-euro-va-t-elle-s-engager-dans-un-cercle-vertueux-462784.html

     

    http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/baisse-de-leuro-et-desinflation-competitive-quel-pays-en-profitera-le-plus/

    « Marx & Engels, Les grands hommes de l’exil, Agone, 2015Naomi Klein, Tout peut changer, capitalisme et changement climatique, Actes Sud, 2015 »
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