• Qu’est-ce que la démocratie ?

    Qu’est-ce que la démocratie ? 

    Les dérives de l’Europe 

    Vaille que vaille, dans le chaos du quotidien, la question de la démocratie revient dans les discussions. Certes on connait la définition de ce mot, mais sur le plan pratique c’est bien plus compliqué. Le renouveau de ce débat vient d’abord de ce que les institutions ne respectent pas leurs propres règles qui sont sensées justement garantir la démocratie. Beaucoup d’exemple peuvent être tiré du mode de fonctionnement de l’Union européenne. Citons en deux très connus, en 2005 les peuples sont conviés à voter par référendum sur la question de savoir s’ils approuvent ou non le TCE. La France et les Pays-Bas se prononcent contre, mais cela ne convenant pas aux « élites » qui gouvernent, elles font passer le texte sous une autre forme, le traité de Lisbonne. L’autre exemple est celui de la crise grecque. Dans un premier temps les Grecs votent contre un programme d’austérité aggravé qui n’a en rien apuré les comptes du pays, ni relancer l’économie, mais on fait savoir au peuple grec que cela ne convient pas à une structure opaque, l’Eurogroupe. Dans un second temps Tsipras demande par référendum de rejeter les propositions de cet Eurogroupe. Il est suivi par une très large majorité du peuple, mais il fait comme si le résultat avait été une approbation de ces mêmes propositions austéritaire et décide de trahir non seulement le programme pour lequel il a été élu, mais encore la volonté exprimée au moment du référendum.

    De nombreux arguments ont été avancés pour justifier cet état de choses été de laisser entendre que malgré tout nous vivions en démocratie. Par exemple lorsque les Français ont voté « non » au TCE en 2005, on a invoqué le fait que ce « non » n’était pas homogène, rassemblant des voix d’extrême-droite et des voix d’extrême-gauche. Ou encore que les Français de base qui avaient voté « non » n’avaient pas les capacités de comprendre les enjeux. Ce qui veut dire en quelque sorte que la démocratie est juste représentative et ne se pense pas comme l’exercice d’une volonté populaire véritable. A propos de la Grèce qui revendiquait de ne pas appliquer les programmes d’austérité votés par ses précédents gouvernements, on a invoqué le fait que la Grèce étant dans l’eurozone, elle dépendait forcément de l’avis des autres pays, cet avis étant représenté par l’Eurogroupe.

    Je n’insisterais pas sur le fait que la plupart des hommes politiques font des promesses qu’ils ne tiendront pas ou qu’ils mentent ouvertement à leurs électeurs. Hollande racontant dans sa campagne pour les présidentielles qu’il allait taxer à la marge les revenus au-dessus d’un million à 75%, ou encore qu’il réinstaurerait la retraite à soixante ans, et bien sûr que son ennemi c’est la finance. Le peuple est tellement habitué à ce genre de retournement de veste qu’il n’y fait même plus attention, c’est pourtant une forme d’escroquerie qui curieusement n’est pas condamnée. On se souvient aussi de Chirac qui en 1995 abuse ses électeurs en disant que son mandat se placerait sous le signe de la lutte contre la fracture sociale, et que « la feuille de paye n’est pas l’ennemi de l’emploi », sous entendant pas là qu’il est favorable à une relance de l’économie par une hausse des salaires. Elu en mai, il dénonce son propre programme en octobre et annonce un virage austéritaire.

      Qu’est-ce que la démocratie ?

    Au passage on fera remarquer qu’au nom de la croissance et de l’emploi on applique depuis 1983 des politiques dites de l’offre qui sont sensées réduire les coûts et relancer la croissance et l’emploi. Comme ça fait plus de trente ans que ça dure, on pourrait penser que la preuve est fait de l’inanité d’une telle politique, mais non on en remet une couche au motif qu’on n’a pas été assez loin dans les réformes. Le fait d’ailleurs que le PS et l’UMP avec plus ou moins de brutalité aient pratiqué la même politique renvoie à l’idée qu’on entend souvent : pourquoi voter si l’alternance conduit à la même politique ? Il va de soi qu’une telle continuité dans la médiocrité politicienne des partis dits de gouvernement renforce le FN qu’ensuite on se plait à peindre sous les traits du monstre contre lequel il faut s’unir. 

    Les causes de la disparition de la démocratie 

    La démocratie parlementaire a un peu fonctionné durant les Trente glorieuses. C’est-à-dire que les gouvernements faisaient tout de même attention de tenir un peu compte de l’opinion publique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et cela pour au moins trois raisons. La première est que nous sommes de plus en plus gouvernés par des traités – Union européenne, OMC et bientôt TAFTA – qui vide le fonctionnement de la démocratie parlementaire de son sens. La seconde est que dans les parlements il n’y a pratiquement plus de représentants des classes les plus pauvres. Or, c’est grâce à cette représentation du peuple que la démocratie a progressé entre disons 1880 et 1980. La troisième cause est plus connue, c’est la méthode de financement des partis politiques. En effet pour être élu maintenant il faut avoir le soutien non pas du peuple, mais de réseaux financiers importants. Cette mode qui est venue d’Amérique a modifié le fonctionnement des partis politiques. Prenons l’exemple du PS. A l’origine c’est un parti de gauche, certes un peu mou, mais de gauche, qui vise à réduire par la loi les inégalités sociales. Mais après Mitterrand cela devient une machine électorale qui curieusement propulse à sa tête des gens de droite – étiquetés pour lors « deuxième gauche » - qui, comme Hollande travaillent la main dans la main avec le syndicat patronal. Cette situation qui conduit d’ailleurs à l’effondrement programmé du PS produit une forme de schizophrénie : de nombreux électeurs de gauche n’osent plus voter pour le PS, ils le font contraints et forcés pour des motifs tendancieux : il faut faire barrage au FN, ou l’UMP serait pire que le PS. Cette culpabilisation de l’électeur ne fonctionne plus très bien et les taux d’abstention grimpent dans tous les pays occidentaux. Il est à prévoir que pour la France ce sera la même chose, non seulement pour les régionales, mais aussi pour les élections de 2017 où le peuple de gauche ne se mobilisera guère. Cette dérive à l’américaine se traduit dans les faits par la transformation de l’UMP en Les Républicains. Et on sait que Manuel Valls voudrait rebaptiser le PS car le mot socialiste le gêne. On lui suggère Parti Démocrate.

      Qu’est-ce que la démocratie ?

    La démocratie jusqu’où ? 

    S’il est facile de critiquer les insuffisances de la démocratie parlementaire, il est plus compliqué de dire ce que la démocratie devrait et pourrait être. Si en effet on suppose que la démocratie doit être l’expression d’une large volonté populaire encore faut-il être capable de prendre celle-ci en compte. Prenons quelques exemples. Majoritairement le peuple est pour une réduction des inégalités sociales et plébiscite l’Etat providence. Il est favorable à une hausse des salaires pour relancer l’économie. Mais il est aussi favorable à une politique protectionniste qui protège la nation en contrôlant les importations et les exportations. Il n’est pas favorable à plus d’Europe. Si on continue on s’aperçoit que le peuple est aussi majoritairement pour un contrôle strict de l’immigration et qu’il est assez opposé au communautarisme, notamment aux demandes répétées des musulmans pour transformer les règles sociales, que ce soit en matière de gestion des cantines scolaires ou autre. Il est probable aussi que le peuple n’aurait jamais aboli la peine de mort. Beaucoup trouvent qu’en l’espèce ce fut une bonne chose que de contourner la démocratie pour imposer cette évolution. Bien que je sois moi-même opposé à la peine de mort, je n’en suis pas si sûr. Parce qu’au fond imposer l’abolition de la peine de mort contre l’avis du peuple, c’est la même chose que d’imposer au peuple la Traité de Lisbonne alors qu’il vient de voter contre le TCE. 

     

     Qu’est-ce que la démocratie ?

    L’extrême gauche s’est quant à elle souvent gaussé de la démocratie, considérant que le peuple avait besoin d’une avant-garde qui le guide plutôt que des moyens de s’exprimer. C’est la position trotskiste qui a fait la preuve de son inanité. Parce qu’en effet, croire qu’on peut guider  le peuple, c’est prétendre à un savoir qu’on ne possède pas forcément et qu’on pense supérieur à celui du peuple. C’est d’ailleurs pour cette raison que le peuple de gauche s’est finalement détourné du PCF et a porté ses voix vers le PS qu’il pensait à tort plus capable de prendre en compte leurs desiderata. Et puis l’évolution de la société est telle que le peuple veut donner son avis, veut participer à des débats. C’est d’ailleurs cela qui fait le succès sur la toile des réseaux sociaux et des blogs des internautes. Les institutions ne sont pas adaptées. Aujourd’hui on peut être élu président de la république, non seulement sur un malentendu, mais aussi avec une faible représentativité compte tenu du nombre des abstentionnistes par exemple.

      Qu’est-ce que la démocratie ?

    On a même vu récemment certains demander l’interdiction du Front National au motif que ce parti ne leur plait pas. Mais évidemment c’est une absurdité développée par un avocat de renom qui s’explique à la fois par cette vision absurde qu’on a d’un Etat qui nous protégerait de la peste brune parce qu’on n’est pas capable de le faire nous-mêmes, et par le fait qu’on croit ce parti plus dangereux que les autres. Si nous n’ignorons pas que le FN concentre un ramassis de fachos, il n’est pas prouvé qu’il soit plus dangereux pour les libertés que les décisions anti-démocratiques prisent à Bruxelles dans le secret des cabinets de lobbying.  Certains s'alarment du fait que le FN pourrait prendre le pouvoir alors qu'il est minoritaire dans le pays - 70% disent le rejeter. Mais à ce moment-là ne doit-on pas changer les institutions qui permettent justement à un parti minoritaire en voix de détenir tous les pouvoirs ?

      Qu’est-ce que la démocratie ?

    Certains se sont émus que les référendums en Suisse ne soient pas conformes dans leurs résultats à ce qu’eux souhaitent, par exemple ils dénoncent l’idée des Suisse de rester à l’écart de l’Europe ou de restreindre l’immigration. Autrement dit au nom d’une morale dont ils détiendraient le secret, ils voudraient une démocratie peu participative qui leur semble porteuse des germes du populisme. Mais on ne peut pas faire de détail, soit on considère que la voix d’un individu lambda vaut celle d’un riche, d’un instruit, d’un journaliste du Monde, soit on revient à une démocratie ou le peuple se retrouve coupé de ses représentants. 

    Propositions

    Qu’est-ce que la démocratie ?

    Je ne suis pas le seul à dénoncer ces dysfonctionnements, c’est même devenu un lieu commun. Que faire face à ce désir du peuple de participer à la vie politique et pour éviter que ses volontés soient détournées ? On peut d’abord proposer de réécrire la constitution et interdire la professionnalisation de la vie politique. Le motif est simple c’est que les professionnels de la politique non seulement sont corrompus et ne s’inquiètent que de leurs petites affaires, mais ils ont fait la preuve de leur manque de résultat sur le plan économique et social. Ils ont démontré leur incapacité à s’opposer aux volontés des banques et des multinationales. A partir de là on peut procéder à un tirage au sort de 1000 députés pour une durée de 4 ans et supprimer le Sénat. Un président de la République serait élu parmi eux et représenterait la France au niveau international. Ces députés ne feraient pas carrière, et en outre ils seraient au moins représentatifs de la population. N’ayant pas la possibilité de s’enrichir, ils seraient plus soucieux du bien public. On aurait un pourcentage cohérent de femmes et d’hommes, de jeunes et de vieux, de chômeurs et de patrons. Bien sûr il y aurait aussi des fachos et des révolutionnaires. On voit tout de suite le changement par rapport à la situation actuelle : les classes supérieures perdraient leur domination sur l’assemblée. Dassault n’y siégerait probablement plus, mais des petits patrons pourraient y accéder. On remarque au passage que la démocratie peut se passer des élections, ce qui est un gain de temps et de richesses, mais elle ne peut pas se passer de débats.

    A partir de ce moment on devrait procéder au vote de lois. Et si on décide par exemple qu’une loi devra être votée par au moins les deux tiers de la représentation populaire, alors il y a des chances que cette loi qu’elle nous plaise ou non représente la volonté populaire. Les décisions les plus importantes pourront être éventuellement prises à partir d’un référendum, par exemple l’idée de rester ou non dans l’Europe. Evidemment le vote des lois et des décisions qui engagent la France devrait être précédé d’un vaste débat comme cela s’est fait pour le TCE en 2005 qui a vu l’échec de la propagande européiste pourtant suréquipée.

    Voilà une démocratie qui serait un peu plus qu’un cache misère. Et cela aurait l’avantage de la simplicité. Mais les obstacles sont importants : par exemple il faut une volonté populaire pour changer de système, on n’imagine par les partis d’aujourd’hui réclamer la mise en place d’un tel système qui les priverait de tout. Il s’agit donc d’une révolution. Et une telle révolution ne pourra avoir lieu que quand l’ancien système se sera complètement effondré. En attendant on peut toujours militer pour une refonte totale de notre vie politique et pour une démocratie véritable.

     

    Bibliographie 

    Alain Deneault, La médiocratie, Lux, 2015

    Jacques Rancière, La haine de la démocratie, La Fabrique, 2005 

    Liens 

     

    http://www.franceinter.fr/emission-invite-de-7h50-eric-dupond-moretti-le-fn-nest-pas-un-parti-republicain-il-faut-linterdire

    « L’état d’urgence, réponse à Frédéric LordonElections régionales »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :