• Présidentielles, dernière ligne droite

    Présidentielles, dernière ligne droite

    Dans quelques jours, le premier tour désignera les deux candidats qualifiés pour le second tour, et il sera possible de dire quel sera le prochain président. Normalement à quelques jours du scrutin, on devrait déjà le savoir. Mais l’effondrement du système électoral, et donc des partis traditionnels qui le représentent, est tel qu’on ne sait plus très bien ce qui se passe. La première conséquence de cette explosion est que les partis dits de gouvernement, P « S » et LR sont en voie de disparition. En effet, à eux deux ils ne représentent même pas un tiers des intentions de vote. D’une manière ou d’une autre, ce sont les candidats « hors système » qui font la course en tête. Même si bien évidemment Macron est un candidat du système, il profite de cette tendance qui le fait apparaître comme au-dessus des partis. C’est la nouvelle blague de ces élections.

     

    A droite toute ! 

    Le resserrement des sondages radicalise maintenant les positions. François Fillon candidat en perdition radicalise ses positions en avançant que Sens commun, la boutique néo-pétainiste issue de la Manif pour tous, pourrait très bien participer à son gouvernement[1]. L’idée est bien sûr d’attirer le ban et l’arrière ban de la réaction pour piquer quelques voix à Marine Le Pen. Mais cette arme est à double tranchant. En effet, ce que Fillon va gagner d’un côté, on a vu le fantomatique mouvement du néo-pétainiste Bruno Mégret rejoindre Fillon[2], il risque de le perdre de l’autre. La réaction d’Alain Juppé ne s’est pas faite attendre : si Fillon fait rentrer des membres de Sens commun dans son gouvernement, il se rangera dans l’opposition[3]. Cette annonce n’est pas anodine, cela signifie que tout en soutenant officielle Fillon, il autorise ses sympathisants à se déplacer vers Macron !

     Présidentielles, dernière ligne droite 

    Fillon ici avec Madeleine de Jessey 

    La bourde de Marine Le Pen sur la rafle des Juifs en 1942[4] doit être rangée dans le même genre de tactique. Malgré les précisions laborieuses sur le fait que Vichy ne représentait pas la France, donc en se référant à De Gaulle, c’est une manière pour elle de rappeler qu’elle est la fille de son père et que la repentance doit être oubliée. C’est une manière de rappeler que l’extrême-droite c’est elle, et non Fillon, la pâle copie affairiste. Il n’est pas sûr que cette tactique destinée à retenir les voix soit payante pour elle. Mais avait-elle le choix, sentant se dérober son électorat au fur et à mesure que Fillon développait une vision pétainiste du monde soutenant le grand capital.

    Il apparaît ainsi que quand les écarts sondagiers sont faibles, le débat électoral s’enlise dans des combines peu ragoutantes. Cette droitisation du discours se retrouve aussi chez les deux autres candidats, Macron, mais aussi Mélenchon.

     Présidentielles, dernière ligne droite 

    Le premier diffuse sur les réseaux sociaux des billets tendant à montrer que Mélenchon est un sacré dictateur dans la lignée de Staline, pas moins ! Evidemment cela lui permet aussi d’apparaître comme un candidat anticommuniste ce que la droite aime bien, même si le péril communiste n’existe plus depuis une bonne trentaine d’années. Cette débilité destinée à ramener vers Macron un vote utile des socialistes en manque de repères est relayée d’une manière plus subtile par Le monde qui devient de plus en plus un simple journal de propagande de l’oligarchie européiste. C’est ainsi que Thierry Wolton dont le fonds de commerce est l’anticommunisme soft, s’est lancé dans une comparaison oiseuse en mettant sur le même pied le nazisme et le communisme mais en plus en élaborant une filiation pénible entre Staline et Mélenchon d’un côté et entre Hitler et Marine Le Pen de l’autre[5]. Et tout ça pour quoi ? Pour nous inciter à voter pour le candidat le plus européiste qui soit, c’est-à-dire Macron.

    Mélenchon sait qu’il a une carte à jouer, fort de sa très bonne campagne, il peut se qualifier pour le deuxième tour, et l’emporter même face à Marine Le Pen ou François Fillon. Contre Macron ce sera plus difficile. Aussi il a adouci son discours sur l’Europe[6]. Il assure qu’il ne veut pas en sortir. Ce qu’il va gagner d’un côté, en récupérant quelques socialistes tentés par le vote utile du prremier tour, il va le perdre en cohérence : déjà que sa position sur l’Europe était assez ambigüe, il va se faire taxer de Tsipras, on sait en effet ce que les négociations avec l’Eurogroupe veulent dire. Autrement dit soit nous sortons de l’Union européenne et de l’euro pour nous retrouver dans la situation du Royaume Uni, soit nous y restons, et là il apparait clairement que la renégociation des traités est une simple chimère. Certes il reste la possibilité que Mélenchon se rebelle rapidement et ne cède pas au chantage de l’Eurogroupe, mais ses possibilités seront ténues.

     

    Les économistes au secours des candidats 

    Dans cette conjuration des imbéciles, et faute d’arguments sérieux, voici qu’on ressort de la naphtaline des économistes sensés venir à la rescousse des candidats en difficultés. Le monde, confirmant ainsi son rôle de journal de propagande, publie une tribune de 25 prix Nobel d’économie qui dénoncent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon comme mauvais sujets anti-européens[7]. Ils signent un libelle à la gloire des bienfaits de l’Union européenne et de l’euro, en sortir serait une catastrophe, etc… Mais le pire est sans doute que cette diatribe soit signée par Joseph Stiglitz qui lui-même à publié il y a quelques mois un gros ouvrage pour nous dire tout le mal qu’il pensait de l’euro et de la nécessité d’en sortir[8] ! A croire que ceux qui signent ne lisent pas ce qu’ils cautionnent. Evidemment Tout le monde ne peut pas avoir des prix Nobel. On murmure que ce serait ce vieux cuistre de Jean Tirole qui se serait occupé de soutenir ainsi indirectement Macron en rameutant les signatures de ces collègues.

    Mélenchon n’est pas en reste. Lui aussi a trouve des économistes pour soutenir la politique qu’il préconise[9]. Mais ce ne sont pas le dessus du panier, ils se retrouvent dans la hiérarchie un cran au-dessous. En fait c’est une question de classe : si tu veux être soutenu par des prix Nobel d’économie, il faut que tu sois proche de l’oligarchie. Sinon tu n’as droit qu’au deuxième choix, des économistes pas vraiment arrivés du point de vue financier ! Il est curieux que l’on n’ait pas souligné chez les économistes qui se piquent de politique :

    1. qu’une politique de relance par la demande comme la propose Mélenchon n’est pas compatible avec le libre-échange, et donc avec l’Union européenne et sa monnaie unique ;

    2. qu’une politique de renforcement de l’intégration européenne telle que la proposent Macron et Fillon n’est compatible qu’avec toujours plus de déflation salariale au nom d’une compétitivité améliorée.

    C’est une faute professionnelle qui montre que les économistes connaissent très mal l’histoire de l’économie, et encore moins les théories économiques.

    Mais que pèsera la voix de cette profession sans scrupule habituée à rouler pour l’oligarchie ?

     

    Sondages 

    Les sondages cependant indiquent une tendance. Or il est assez peu probable maintenant que les tous derniers jours de la campagne la modifient en profondeur. D’autant que le système des vases communicants est tel que la remontée d’un côté risque de se payer d’une descente de l’autre comme n ous venons de le dire. Il n’y a plus guère de temps pour renverser les tendances. La synthèse des derniers sondages semble indiquer qu’à quelques jours du scrutin, il y a quelques incertitudes, mais sauf coup de théâtre de dernière minute, les jeux sont faits. 

    Présidentielles, dernière ligne droite

    Les soutiens de Fillon, ou encore Hollande crient au loup en affirmant que Marine Le Pen est le plus grand danger, le but est de rabattre quelques poignées de voix prisent ici et là sur les petits candidats pour consolider (Macron) ou atteindre (Fillon) une deuxième place pour le second tour. Ce chantage éhonté au FN, identifié aux nazis, ne tient pas debout, parce que n’importe qui peut battre Marine Le Pen au second tour, et même Fillon, c’est dire ! Les chiffres en ce sens sont stables depuis des mois, et cela malgré les affaires crasseuses du représentant de LR. En outre, les récentes démêlées de Marine Le Pen avec la justice à propos d’emplois fictifs et ses propos sur la rafle du Vel ’d’hiv, la tiennent encore très loin du pouvoir et pour longtemps, quel que soit le degré de décomposition du reste de la classe politique. Mais du même coup, il apparaît un curieux paradoxe, alors que les Français sont de plus en plus hostiles à l’Union européenne et à l’euro, et qu’un référendum en France amènerait le Frexit, l’heure n’est pas encore venue d’en sortir.  Il s’ensuit que quelle que soit l’issue des élections, non seulement les Français seront frustrés dans leur grande majorité, mais qu’en outre nous rentrerons dans une grande période d’instabilité politique.

     Présidentielles, dernière ligne droite 

     


    [1] http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/sens-commun-pourrait-etre-present-dans-un-gouvernement-fillon_2147497.html

    [2] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/presidentielle-le-mnr-fonde-par-megret-appelle-a-qualifier-fillon-face-a-le-pen_1899892.html

    [3] http://www.bfmtv.com/politique/juppe-ne-soutiendra-pas-un-gouvernement-fillon-avec-sens-commun-1145463.html

    [4] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/15/thierry-wolton-les-deux-extremes-rouge-et-brun-nous-menacent_5111640_3232.html

    [6] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/18/jean-luc-melenchon-assure-qu-il-ne-veut-pas-sortir-de-l-europe_5113230_4854003.html

    [7] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/18/25-nobel-d-economie-denoncent-les-programmes-anti-europeens_5112711_3232.html

    [8] L'Euro : comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe, LLL, 2016

    [9] http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/04/18/pour-une-politique-economique-serieuse-et-a-la-hauteur-des-enjeux-votons-melenchon_1563456

    « Fin de campagne et incertitudesAttaques répétées sur Mélenchon »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :