• Présidentielles 2017, les positions se clarifient

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient

    Hollande met un terme à sa carrière politique 

    Il se passe tous les jours quelque chose qui nous dit que nos modèles institutionnels dans les pays occidentaux sont à bout de souffle et ne fonctionnent plus très bien. Hollande a donc rendu sa décision. Il ne se représentera pas, ainsi que nous l’avions annoncé il y a quelques mois déjà. On aurait pu croire que la désignation de l’ultra-droitier François Fillon l’aurait requinqué : en effet pour la gauche il est plus facile de combattre le brutal Fillon, candidat de la banque et des multinationales, sorti tout droit d’une caricature du XIXème siècle qu’un plus souple et louvoyant Juppé, voir même un Sarkozy.

    En vérité Hollande est revenu à ce qui est fondamental et moins soumis à la conjoncture. Pour se présenter avec quelque chance de faire bonne figure, Hollande aurait dû pouvoir accéder au deuxième tour. Mais tous les sondages l’indiquent maintenant depuis des mois, au mieux il ne pouvait viser que la troisième place, et le plus probable il aurait terminé derrière Mélenchon. C’est que presque certainement les deux premières places sont promises à Marine Le Pen et à François Fillon : la première parce qu’elle a un socle électoral très solide et un vote d’adhésion, le second parce qu’il représente l’ensemble de la droite un peu rance pour laquelle il suffit de parler de baisse d’impôt et d’augmentation des durées travaillées. Outre les très mauvais sondages, Hollande était handicapé aussi par le problème de la primaire dite de gauche. En effet, le simple fait de participer à cette mascarade l’aurait fait se rabaisser par rapport à la fonction qu’il prétendait incarner. Beaucoup on soulignait la dignité de son discours d’adieu, mais en vérité il a pris cette décision car aucune autre ne convenait. Autrement dit il n’avait pas d’autre choix que d’abandonner. S’il a caressé un temps l’idée de se représenter, c’est sans doute parce qu’il savait avoir raté son premier quinquennat et qu’il avait la tentation de se refaire la cerise en réussissant le second. Dans sa situation actuelle qui l’oblige à partir la queue entre les jambes, il sait qu’il va rejoindre la longue cohorte des politiciens que l’histoire a oubliés.

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    Le fait qu’Hollande renonce signifie évidemment que sa démarche politique était erronée depuis le début. Il vient de le toucher du doigt au bout de 4 ans d’errements. Pour des raisons aussi bien de culture (il a fait HEC le malheureux) que d’entourage, il s’est laissé embarquer dans une politique de l’offre européiste qui est complètement étrangère à la culture de la gauche depuis des décennies. Il était dès lors facile d’opposer les cadeaux faits au patronat – le CICE coûte 20 milliards en année pleine – et la rigueur de la loi El Khomri, la volonté de ne pas donner de coup de pouce au SMIC, etc. sans doute pensait-il verrouiller sur sa droite et priver celle-ci d’argument. C’est l’inverse qui s’est produit, par sa position droitière, il a conduit la droite à se donner à son représentant le plus conservateur et le plus revanchard par rapport aux salariés. En outre les résultats n’ont pas été au rendez-vous, mais ils ne pouvaient pas y être. Peut-être cet aveu d’échec servira de leçons aux politiciens qui font  commerce de situer sur la gauche – encore que les socialistes ont bien du mal à retenir quelque leçon de ce soit.

    La décision d’Hollande pour compréhensible qu’elle soit n’a pas été anticipé par la presse en général qui, au contraire de moi, pariait sur sa candidature. Décidemment la presse mainstream, quel que soit le pays d’où elle émane n’est même plus capable d’analyser correctement les situations politiques et donc d’anticiper ce qui peut se passer dans les pays concernés. Après des décennies de désaveu cette presse-là  est maintenant au bout du rouleau et rien ne peut masquer sa médiocrité.  

    Présidentielles 2017, les positions se clarifient

    Mélenchon ne peut pas gagner la présidentielle 

    Je ne m’appesantirai pas sur les défauts des postures mélenchonistes : sa fausse veste de travailleur ou son hommage déplacé de l’ancien dictateur Fidel Castro. Ce sont des petites fautes que l’électorat le plus jeune est prêt à lui pardonner. Il fait une très bonne campagne, il multiplie les réunions, il développe un vrai programme de gauche et réunit des foules importantes à chacun de ses meetings. Parti très tôt, s’affranchissant de l’emprise des partis et du calvaire de la primaire, il a très bien joué sa carte. Il présente un programme qui parait très cohérent en ce qui concerne l’abolition de la loi El Khomri, la mise en place d’un programme de développement des énergies propres, ou encore la baisse du temps de travail à 32 heures par semaine, s’inspirant en cela de ce qui se fait en Suède par exemple. Il peut également s’appuyer sur le rejet que le petit peuple manifestera face au programme régressif du très réactionnaire Fillon. On ne peut pas non plus donner tort à Mélenchon lorsqu’il indique qu’une partie de la dette illégitime ne sera pas remboursée. Seulement Mélenchon se trompe sur deux points fondamentaux qui l’empêcheront d’accéder au second tour : l’Europe et la question de l’immigration.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Souvenons-nous, en 2012 on pensait que Mélenchon pourrait faire un très beau score, et puis non, il a été devancé par Marine Le Pen. Pourquoi ? Parce que cette dernière avait su jouer de la défiance de la population française face à l’Europe. Et c’est même à partir de ce moment-là qu’elle a su ramener à elle un important vote ouvrier qui lui a permis de progresser encore. L’Europe c’est la clé de l’élection de 2017.

    Dans le numéro de L’Obs du 1er décembre 2016, Mélenchon détaille son programme. Il se positionne en pensant que l’Union européenne peut être réformée de l’intérieur, il reprend donc l’antienne d’une autre Europe, arguant que bon gré mal gré l’Allemagne devra se plier aux désidératas de la France puisque c’est grâce à l’Europe qu’elle réalise la plupart de ses excédents commerciaux. Il a raison sur le fait que l’Union européenne sans la France ne peut pas exister. Mais il sous-estime les capacités de résistance de l’oligarchie européenne : en effet, réviser les traités européens nous ferait entrer dans une période de négociation de plusieurs années qui renverrait les résultats de cette négociation aux calendes grecques. L’Eurogroupe et la Commission savent très bien faire traîner les choses, voyez comme ils ont étranglé la Grèce. Le second point c’est que Mélenchon ne veut pas sortir de l’euro. On ne sait pas pourquoi, alors même qu’on sait que l’euro est le facteur principal qui fait diverger les trajectoires économiques. Il affirme que le problème c’est la BCE, donc la banque centrale, et pas la monnaie unique. C’est évidemment erroné : pour que la monnaie unique ne soit pas un problème, il faudrait que l’Europe soit fédérale et qu’elle permette les transferts des Etats riches vers les Etats plus pauvres. Jacques Sapir a clairement montré que cela ne pouvait se faire, l’Allemagne s’y opposera et ce d’autant plus qu’elle est travaillée maintenant par un mouvement puissant anti-européen[1]. De même il ne peut pas proposer de taxer les hauts revenus – il parle de taxer à 100% les revenus supérieurs à 400 000 € par an – dans le contexte européen de la monnaie unique qui rend impossible le contrôle des mouvements de capitaux. Mettre en place une fiscalité plus favorable aux classes les plus pauvres ne peut se faire que dans un cadre international non concurrentiel.

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    Le deuxième point sur lequel va buter rapidement Mélenchon c’est évidemment l’immigration. Dans l’interview que nous avons citée, il affirme qu’on ne peut pas arrêter les migrants. C’est bien sûr une absurdité. Les filières par lesquelles passent les migrants sont connues, et il est facile de les tarir, soit en confisquant les bateaux, soit en les coulant. Il est en effet impossible de se présenter comme le garant de l’intégrité de la nation si on n’est pas capable par ailleurs d’en défendre les frontières. L’idée même de la frontière est à l’inverse de celle de la mondialisation, et fait apparaître les migrations massives comme la face cachée de la mondialisation et du libéralisme : on ne peut pas être contre l’un et pour l’autre.

    Les migrants alimentent deux craintes différentes mais qui se cumulent : d’abord le problème des conditions de travail et de la concurrence avec les travailleurs locaux, on le voit déjà avec les travailleurs détachés. On a beau raconter ce qu’on veut dans un pays qui doit faire face à un chômage massif de l’ordre de 6 millions de personnes, il n’est plus possible de dire que les migrants sont une chance pour l’économie. Ensuite, il y a la question de l’Islam. Même si Mélenchon a commencé fort heureusement à prendre ses distances avec le discours souvent lénifiant qu’on trouve à gauche et qui sous-entend que l’Islam est la religion des pauvres et donc doit être soutenue. Il peine cependant à prendre en considération le fait que massivement les Français ne veulent pas que l’Islam et tout ce que cela comporte de régressif dans son implantation, deviennent un élément de la culture française.

     Présidentielles 2017, les positions se clarifient 

    Le rejet massif de la religion musulmane est maintenant un élément structurant de la vie politique française qui est associé à la déferlante de l’immigration en Europe. Celle-ci non seulement fragilise la position des salariés dans l’économie, mais également semble avoir un effet délétère sur les formes de la vie sociale.

    Dans ces conditions, Mélenchon ne peut pas gagner, surtout qu’il est allié au PCF ou des personnages comme Clémentine Autain qui ont misé presque tout sur la défense des migrants et de l’Islam. Il n’a pas les capacités politiques et intellectuelles pour contourner à la fois l’obstacle de l’Europe et celui de l’immigration. Mais Valls non plus ne peut pas gagner, le P « S » atteint un tel discrédit, il est tellement divisé, qu’il ne peut pas gagner sur une ligne droitière, proche de celle de Macron et de Fillon en ce qui concerne  l’économie. On peut considérer aussi que le renoncement de Hollande c’est de fait la fin de la social-démocratie dans ses orientations libérales et le début d’autre chose pour la gauche réformiste en Europe. Autrement dit une gauche qui renonce à la nation ne peut absolument pas gagner par les temps qui courent et qui nous mènent naturellement vers la démondialisation. 

    Conclusion 

    Certes les choses peuvent évoluer d’ici au mois de mai. Mais l’élection présidentielle semble promise au sinistre Fillon, malgré la lourde charge du bilan accablant qu’il porte en tant qu’ancien hôte de Matignon[2]. Et il est probable que cette élection s’assortira d’un taux d’abstention extrêmement élevé. La gauche va sans doute mettre des années à se remettre des conséquences de la mauvaise politique de François Hollande. Mais c’est le destin de la social-démocratie que de disparaître chaque fois qu’elle fait un effort pour ressembler à la droite.

    Pour le reste on peut faire confiance à Fillon pour qu’il devienne rapidement aussi impopulaire qu’Hollande. Il fera tout, soyons en sûr, pour nous faire regretter l’actuel président.

     

     


    [1] L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe, éditions du Cerf, 2016

    [2] On sait tout le mal que je pense de François Hollande et du PS, mais il faut bien reconnaitre que son bilan est finalement moins mauvais que celui de la doublette Sarkozy-Fillon : http://in-girum-imus.blogg.org/l-affairiste-francois-fillon-son-incompetence-et-ses-futures-casserole-a127677102

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