• Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

     Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Il n’y a pas qu’en France qu’un président peut être la honte de son propre pays. Quand on observe d’un peu près la qualité du personnel politique dans le monde entier, on est surpris par sa médiocrité sur tous les plans. Sans doute cela provient-il d’une sorte d’état de crise permanent dans lequel nous vivons maintenant depuis au moins 2008, crise qu’aucun homme politique n’arrive à dénouer d’une manière satisfaisante pour donner un semblant d’espérance aux populations. Il nous semble cependant que les élections de mi-mandat aux Etats-Unis présentent des traits un peu nouveaux et intéressants, à défaut d’un changement fondamental.

    Comme à son ordibnaire Donald Trump a joué les fanfarons. Il a tenté de présenter le résultat des élections du 6 novembre comme un succès incroyable (a tremendous success), alors qu’il vient de perdre la chambre des représentants et donc qu’il sera forcé de cohabiter avec une majorité démocrate, donc de trouver des compromis, chose à laquelle il n’est pas habitué depuis qu’il est tout petit. Certes il a conforté sa majorité au Sénat – et encore tous les sénateurs républicains ne sont pas trumpistes loin de là – mais il l’avait déjà. On a souligné également qu’au Sénat seuls un tiers des sièges étaient renouvelables, et que les démocrates étaient plus exposés à ces élections, mais aussi que les Républicains s’étaient livrés intensément au charcutage des circonscriptions pour tenter d’éviter une défaite plus amère. Ajoutons que les sondages ne se sont pas trompés et ont annoncé à peu près exactement les résultats.  

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Pour bien comprendre la situation politique aux Etats-Unis il faut partir du fait que Trump a toujours été minoritaire. Elu légalement, grâce à un système électoral scabreux, avec plusieurs millions de voix de moins que sa rivale Hillary Clinton, sa popularité a toujours été inférieure à 50%. Au plus haut, en octobre 2018, il atteignait les 44%[1]. Il n’a donc jamais été capable d’acquérir une légitimité dans son propre pays, sans parler que sur le plan international il est assez isolé, mis à part Bolsonaro, personne ne le soutient franchement. Il faut aussi considérer que cette année la participation a été particulièrement forte. Quoi qu’on en dise, les pauvres votent plutôt pour les démocrates, et les riches plus souvent pour les Républicains. Et si les trumpistes ont démontré une grande capacité à mobiliser leur base, les résultats montrent que les démocrates ont progressé encore plus. L’ubuesque Donald Trump et ses soutiens comptaient sur deux arguments pour remporter cette bataille :

    - des indicateurs économiques au beau fixe. Un taux de croissance proche de 4% en 2018, un taux de chômage officiellement aujourd’hui de 3,7%. De quoi faire rêver Macron et toute l’Union européenne !

    - ensuite une campagne contre les milliers de migrants qui arrivent en procession de l’Amérique latine, du Venezuela, du Honduras, de Colombie, via le Mexique, et qui prétendent forcer la porte d’entrée des Etats-Unis – on se demande encore pourquoi les frontières existent, mais ce n’est pas notre sujet. Donald Trump dans un élan de bouffonnerie dont il est coutumier, avait même avancé que l’armée pourrait tirer sur les migrants[2]. Ce qui dans un pays de migrants – Trump est lui-même un descendant de migrants allemands et n’a rien d‘un autochtone – n’est pas du meilleur effet. 

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres 

    Migrants honduriens en route vers les Etats-Unis 

    Manifestement c’est raté, les électeurs démocrates se sont suffisamment mobilisés pour assurer la défaite de Trump qui va rapidement redevenir un boulet pour les Républicains. Malgré ses fanfaronnades – Trump a diffusé l’argument repris par tous les trumpistes du monde : les midterms sont toujours perdus par le parti au pouvoir – le locataire de la Maison Blanche a reconnu sa défaite en se félicitant (!) de pouvoir travailler à des compromis avec Nancy Pelosi qui va prendre la tête des troupes démocrates au Congrès.

    Les raisons qui expliquent la défaite de Trump et des républicains sont très nombreuses et difficiles à hiérarchiser. D’abord sa personnalité, il est arrogant et menteur, brutal, il vient de licencier le très conservateur ministre de la justice Jeff Sessions[3], celui-ci ne l’ayant pas assez protégé selon lui des différentes enquêtes en cours qui, si elle ne le mène pas à la destitution vont plomber sérieusement la fin de son mandat. Ensuite son attitude désinvolte face à des problèmes graves comme le développement des ouragans dont la violence est liée au réchauffement climatique, ou les tueries par armes à feu – c’est près de 10 000 morts par an. Ici comme ailleurs il y a une prose de conscience de plus en plus aiguë des dégâts que le capitalisme fait encourir à la planète. Et puis il y a l’Obamacare (ACA). Ce système de couverture sociale s’il a été très controversé dans ses débuts au motif de défendre le libre choix individuel, il est maintenant largement approuvé par les Américains, ce renversement date d’il y a deux ans maintenant, et cela malgré un matraquage incessant des médias et des compagnies d’assurance privées qui tremblent de perdre une partie de leurs revenus. Or Trump se propose de le démanteler. Il parait douteux qu’il puisse y arriver. Il mangera son chapeau sur cette question. Même s’il a réussi à compliquer la tâche d’un système de santé accessible à tous, l’Obamacare reste debout. Paul Krugman avançait il y a quelques mois que les midterms se joueraient aussi sur cette question[4]. L’importance de tous ces points mis bout à bout explique aussi que le vote des femmes a été déterminant dans la victoire démocrate. Il est vrai que Trump a une position antiféministe des plus archaïques qui sert facilement de repoussoir sur ce sujet. On voit également qu’il y a une percée féminine au Congrès et à terme cela pourrait changer bien des choses, par exemple dans l’ordre de priorité des sujets abordés. Les femmes sont sans doute plus sensibles que les hommes à la question des armes à feu ou encore à celle de la couverture sociale.  

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Il y a d’autres explications à la défaite de Trump. C’est qu’une partie des électeurs se rend compte que l’économie ne va pas si bien que ça. D’abord la plupart des mesures fiscales de Trump ont profité aux plus riches, c’est une habitude chez les Républicains depuis Reagan. Ce qui a creusé encore un peu plus les inégalités sociales qui sont très fortes aux Etats Unis. Or de nombreux électeurs avaient voté pour Trump en 2016 justement parce qu’ils croyaient que celui-ci engendrerait une répartition plus équitable des revenus. Cela n’a pas été le cas et a certainement engendré de la déception[5]. Trump avait fait sa campagne contre les banques et la finance, haïe par le petit peuple américain, et évidemment en nommant à la Maison Blanche des conseiller issus de Goldmann & Sachs, cela a du mal à passer. En fait l’économie c’est toujours déterminant, mais ce n’est pas forcément les indicateurs de la croissance et de l’emploi qui comptent le plus, d’autant que pour certains observateurs le taux de chômage très bas masque un effondrement de la population active dont le taux est tombé à 62,5% de la population en âge de travailler. Ce qui fait qu’on peut recalculer à partir de ce faible taux le taux de chômage et il serait alors de plus de 20% ! Plus de 100 millions de personnes en âge de travailler, seraient sans emploi[6].

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    En outre le dynamisme de l’économie américaine a été impulsée par le creusement du déficit public, là encore Trump suit l’exemple de Reagan, on fait de la relance de la demande, mais sans le dire, en appuyant par exemple les dépenses militaires. C’est un point très important parce que ce creusement va devoir s’arrêter très bientôt, et pas seulement parce que les Démocrates vont contrôler le budget et son utilisation. Ces déficits extravagants ne pouvaient se concevoir que dans le cadre d’une politique très laxiste de la FED. Or celle-ci va rapidement être contrainte de relever ses taux, la planche à billets a ses limites, ce qui aura deux effets, d’abord renchérir le coût de la dette, et donc obliger le vote de nouveaux impôts ou une hausse des impôts sur les hauts revenus, ensuite de renchérir le coût des investissements, ce qui entrainera un ralentissement de la croissance. Certes Trump pourra toujours dire avec la mauvaise foi qui l’habite que c’est la faute des Démocrates, mais il n’est pas sûr que les électeurs le croient. En tous les cas Trump ne pourra pas se faire passer pour un gestionnaire économe des deniers publics ! Si Obama avait l’excuse de la crise de 2008 pour creuser le déficit public, Trump ne peut pas user de cet argument, dans une économie riche et officiellement prospère

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

    Il y a une autre dimension de la défaite de Trump qui n’a pas été encore suffisamment analysée : le Parti Démocrate a beaucoup changé ses deux dernières années. Ses cadres se sont rajeunis – même si c’est encore la vieille Nancy Pelosi qui sera le leader de ce parti à la Chambre – et il s’est aussi féminisé, diversifié dans tous les sens du terme. Mais plus encore dans la manière de mener campagne, ils ont abandonné les anciennes techniques de communication basées sur l’argent et la publicité pour aller un peu plus vers le peuple. Cela est le résultat de la défaite de Clinton qui passait pour trop proche des milieux d’affaire, mais aussi probablement de la percée inattendue de Bernie Sanders durant la campagne des présidentielle en 2016, campagne durant laquelle il avait osé parler de socialisme. Peut importe que cette vieille buse de Noam Chomsky nous dise que Bernie Sanders n’est pas un vrai socialiste, qu’il est juste un Newdealer. Mais Noam Chomsky n’a finalement pas beaucoup d’importance sur le plan pratique, et il n’amuse plus grand-monde, même en dehors des Etats-Unis. En tous les cas Bernie Sanders parle devant des foules considérables et ose employer le mot de « socialisme ». Aux Etats-Unis c’est d’une audace considérable, il y a tellement longtemps que ce mot est banni du discours politique – c’est peut-être au fond le contrecoup inattendu de l’effondrement du système soviétique, puisqu’en effet l’URSS n’existant plus, il n’est guère possible de confondre aujourd’hui le socialisme avec. 

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    La jeunesse avec Bernie Sanders 

    Je ne veux pas raconter ici que le Parti Démocrate a viré sa cuti et est devenu un parti qui va aller vers le socialisme, ni même encore à une remise en route de l’esprit du New Deal, je constate seulement qu’il y a clairement une inflexion à gauche, comme si les Américains tenaient compte de l’échec complet de ce qu’on appelle la social-libéralisme, ou encore que le Parti Démocrate devrait avoir pour mission de s’intéresser un peu plus aux pauvres. La plupart des commentateurs sérieux aux Etats-Unis anticipe une victoire Démocrate à la présidentielle de 2020. C’est d’autant plus possible que Trump va être cerné par les affaires judiciaires, et sa propre imbécillité. Il est possible qu’une partie des Républicains les moins bornés le lâchent d’ici là, un peu comme lorsqu’ils avaient lâché Nixon dans sa confrontation avec John F. Kennedy en 1960. Trump compte énormément d’ennemis dans son propre parti. Encore faut il que les Démocrates trouvent le candidat idoine. Joe Biden a cette ambition, mais il est âgé et encore trop lié à la campagne d’Hillary Clinton. On parle aussi de Kamala Harris, la gouverneur de l’Etat de Californie. Mais c’est encore l’establishment. Matthew Yglesias considère que c’est Bernie Sanders qui fera l’élection, soit en se présentant lui-même, mais il est très âgé, soit en soutenant Elisabeth Warren sénatrice du Massachussetts[7]. Elle a cet avantage d’être plus à gauche que les autres candidats démocrates potentiels, et en plus d’avoir confondu Trump qui contestait qu’elle ait dans les veines du sang amérindiens et donc qu’elle mentait. Elle avait publié alors ses tests ADN qui prouvait qu’elle ne mentait pas, faisant passer Trump à la fois pour un imbécile et pour un immigrant de fraiche date[8]. On dit qu’elle se prépare, mais elle aura déjà 70 ans en 2020. On sait que les candidats désignés sont souvent assez inattendus, et donc il est encore trop tôt pour anticiper ce que sera la future campagne présidentielle. 

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres 

    Elisabeth Warren ici en campagne avec Bernie Sanders 

    Pour ma part je pencherais plutôt pour un homme jeune, dynamique et blanc qui viendrait de l’Amérique profonde, réconciliant ainsi le vote de l’Est et de la Californie avec celui des valeurs plus traditionnelles du Midwest[9] et du Texas ! Notamment parce qu’Obama a beaucoup déçu à cause de son inertie face aux banquiers de Wall Street. Evidemment si Beto O’Rourke avait remporté son pari de se faire élire au Texas dans un bastion républicain réputé très conservateur, il aurait été, de par son charisme, le candidat idéal. On l’a surnommé pour son abattage le Obama blanc. Certes il n’a pas à rougir de sa défaite, le très conservateur Ted Cruz n’ayant été réélu que de très peu, à peine plus de 50% des voix. Les paris sont ouverts. Nous verrons bien, car les choses ne sont pas très stables, comme si quelque chose était en train de se recomposer. Trump aura tout de même l’avantage de représenter la continuité d’un système à bout de souffle, face à une Amérique de plus en plus diverse et éclatée et qui vit à crédit depuis bien trop longtemps.  

    Première défaite pour Trump, il y a en aura sans doute d’autres

     Malgré sa courte défaite Beto O’Rourke est populaire 

    Terminons par un mot pour rire, Denis Hof proxénète et patron de bordel a été élu à l'assemblée du Nevada alors qu'il était décédé depuis 3 semaines. Il va de soi que ce bonhomme était trumpiste ! http://www.leparisien.fr/international/elections-americaines-un-proxenete-pro-trump-elu-3-semaines-apres-sa-mort-07-11-2018-7937355.php 



    [1] https://news.gallup.com/poll/243971/trump-job-approval-improves.aspx

    [2] https://www.lemonde.fr/donald-trump/article/2018/11/02/trump-suggere-que-l-armee-peut-faire-feu-sur-les-migrants_5377740_4853715.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/international/2018/11/07/01003-20181107ARTFIG00399-donald-trump-pousse-jeff-sessions-a-la-demission.php

    [4] https://www.rtbf.be/info/dossier/chroniques-de-paul-krugman/detail_le-genie-tres-stable-de-l-obamacare-paul-krugman?id=9889581

    [5] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0301109747393-joseph-stiglitz-trump-et-les-impots-2143007.php

    [6] http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

    [7] https://www.vox.com/policy-and-politics/2017/7/5/15802616/bernie-sanders-2020

    [8] https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/15/surnommee-fausse-pocahontas-par-trump-la-senatrice-elizabeth-warren-devoile-un-test-adn-pour-le-faire-taire_a_23561514/ Ce crétin de Trump la surnommait mesquinement Pocahontas.

    [9] https://www.lopinion.fr/edition/wsj/midterms-midwest-penche-desormais-cote-democrate-167862

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