• Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen

     Sur les réseaux sociaux, comme dans les médias mainstream, on tente de dramatiser l’enjeu du second tour des présidentielles, et donc pour tenter de rabattre des voix vers Macron, pour lui donner une certaine légitimité, on tente de culpabiliser l’électeur de base, en lui disant qu’il sera complice, s’il ne vote pas comme il faut, de l’installation du fascisme à la tête de l’Etat. La ficelle est grossière, on ne marchera pas.  

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen

    Les raisons de ne pas voter pour le jeune banquier sont très nombreuses, je les ai développées à de nombreuses reprises ici[1]. Nous allons les reprendre et les approfondir dans la perspective du second tour. Elles tiennent d’abord à son programme dont l’échec est programmé car il repose sur une logique pour le moins erronée, ensuite à la tactique insipide de l’oligarchie et ses médias qui nous ressorttent encore le chantage au fascisme, comme en 2002 pour qu’on le soutienne, mais aussi à sa personnalité arrogante et à l’entourage de bric et de broc qu’il a adoubé.

     

    Programme économique et social et théorie de l’offre 

    Faisons un peu d’économie. Le programme économique et social de Macron est dans la continuité directe de la politique qui est mise en place avec plus ou moins de résistance depuis une trentaine d’années dans le sens d’une intégration européenne. Les proximités avec le programme de François Fillon sont d’ailleurs évidentes.

    Il se résume ainsi :

    - déréglementation du marché du travail : flexibilisation accrue, fin du CDI, abaissement du droit du travail, durcissement des conditions d’accès aux allocations chômage, faciliter les licenciements ;

    - baisse de la protection sociale en diminuant les « charges » sociales, pérennisation du CICE de façon à abaisser les coûts du travail et à transférer de la valeur des ménages vers les propriétaires des moyens de production ; il est supposé également que la couverture des dépenses santé se fera de plus en plus par le développement des « complémentaires santé », donc un financement privé, ou par une sorte de TVA « sociale » destinée à compenser la baisse des ressources patronales en la matière  ;

    - baisse des impôts pour les plus riches (suppression de l’ISF) et baisse des impôts sur les entreprises. La baisse des taxes sera compensée par des coupes budgétaires de grande ampleur et une diminution du nombre de fonctionnaires, 120 000 durant el quinquennat.

    Le programme de Macron a été vertement critiqué par des économistes plus ou moins keynésiens qui pense que cela entrainera une récession[2]. La logique est celle de la théorie de l’offre qui est la base même de la vision économique de la droite réactionnaire depuis la fin du XVIIIème siècle, vision qui avait disparue entre 1945 et 1975, et qui a été remise au goût du jour par les conservateurs américains comme Milton Friedman et l’Ecole de Chicago, logique à laquelle s’est progressivement convertie la social-démocratie européenne et qui explique la multiplication des crises financière depuis la fin des années quatre-vingt-dix. L’idée est de faire baisser le coût du travail pour obtenir plus de compétitivité sur les marchés internationaux, et en même temps de faire remonter le taux de profit au nom du fameux théorème de Schmitt qui nous sert de boussole depuis un peu plus de quarante années : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain »[3].

    La théorie de l’offre est fausse dans ses fondements théoriques et son application est très dangereuse parce qu’elle conduit à des crises financières à répétition. Pourquoi ? Parce que quand on augmente les profits (la part des profits dans la valeur ajoutée) on diminue la part des salaires, ce qui plombe la demande. C’est ce que nous voyons dans le graphique ci-dessous. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Dans un premier temps les économistes libéraux et le patronat ont justifié cette baisse de la part des salaires en avançant que le taux de marge avait beaucoup baissé et donc que les détenteurs des moyens de production n’avaient plus la capacité d’investir. La théorie de l’offre qu’on met en avant de partout dans le monde avec plus ou moins de violence serait évidemment justifiée si ces excédents de profit étaient réinvestis dans l’élargissement du capital productif et que la croissance, puis l’emploi, repartaient. C’est exactement l’inverse qui se passe depuis maintenant plus de trente ans. En réalité ces surprofits sont allés d’abord vers la spéculation et la rémunération des actionnaires. L’accroissement de la part des profits dans la valeur ajoutée s’est accompagné d’une baisse de l’investissement ou du taux d’accumulation comme le montre le graphique suivant. Donc il s’ensuit que le premier terme du théorème de Schmitt n’a jamais été réalisé : la hausse des profits n’entraîne pas mécaniquement l’investissement. Tout le monde sait cela, sauf peut-être Emmanuel Macron qui ne peut pas tout faire, puisqu’il ne peut pas étudier et en même temps faire les couloirs, tisser des réseaux pour devenir le représentant préféré de l’oligarchie financière. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Comment expliquer cet apparent paradoxe ? Essentiellement par le fait que ce n’est pas l’offre qui tire les investissements, mais la demande !! Or au niveau macroéconomique la déflation salariale tue la demande, et donc il s’ensuit que dans une situation de déflation salariale les entrepreneurs n’ont pas d’intérêt à investir, sauf pour réduire encore un peu plus les coûts salariaux. On sait cela depuis au moins 1814, cela a été mis en valeur par Malthus, par Sismondi, puis par Marx et puis plus tard par Keynes. Mais les économistes mainstream préfèrent, en bons réactionnaires qu’ils sont, revenir en arrière, c’est-à-dire à Jean-Baptiste Say, quasiment à l’âge de pierre en économie ! On peut pour comprendre l’erreur fondamentale de la théorie de l’offre utiliser la rationalité de l’entrepreneur : en effet un entrepreneur rationnel n’investit que si en face il peut y avoir une demande solvable, donc une espérance de profit. Sinon les excédents de profits vont trouver refuge dans des investissements spéculatifs : des actions ou des investissements immobiliers. Mais comme tous procèdent de la même manière, cela fait gonfler la valeur de ces investissements spéculatifs dont le rendement s’effondre naturellement. « Trop de profit tue le profit » disait Mariner Eccles à propos de la grande crise des années trente. Et c’est ce que nous avons vécu encore en 2008 avec la crise dite des subprimes, crise dont nous ne sommes pas encore sortis.  

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Regardons le graphique ci-dessus qui résume le cas français, mais dont l’allure pourrait très bien aussi refléter les tendances dans les autres pays développés. Il indique clairement que les gains de productivité du travail ont été accaparés par les capitalistes au détriment des travailleurs : les salaires augmentent régulièrement jusqu’en 1975 en suivant à peu près les gains de productivité du travail. Mais après 1975, les deux courbes ne suivent plus la même pente : cet écart indique que nous allons, à partir du milieu des années 70, lentement mais sûrement vers une crise de la demande. Cette crise de la demande a été masquée de plusieurs manières, soit par une hausse des dépenses publiques (en France et dans quelques autres pays européens) soit par une hausse de l’endettement des ménages (USA).

    Au vu de ces résultats on comprend que les personnes les moins riches, les petits salariés votent pour Marine Le Pen et pour Jean-Luc Mélenchon qui ont avancé fort justement qu’une augmentation des salaires, notamment du SMIC était urgente et nécessaire[4]. Il est donc clair que le programme de Macron ne peut en aucun ramener l’emploi et la croissance, et ce d’autant plus que c’est le monde entier qui se trouve aujourd’hui dans une crise de la demande. La croissance de la Chine est quasiment nulle.

    Mais il y a une autre erreur dans la logique de l’offre : c’est que lorsqu’on se lance tous ensemble dans la compétition mondiale en abaissant les coûts, les parts de marché au mieux restent les mêmes, au pire aboutissent à la ruine des pays les plus faibles comme le montrent les pays du Sud de l’Europe, à commencer par la Grèce. Car cette théorie postule sur une idée encore plus fausse, démentie en permanence par les faits : l’ouverture n’entraîne pas la croissance, bien au contraire elle l’affaiblit justement parce ce qu’elle détruit les structures productives des plus faibles, des pays les moins compétitifs. Regardons le graphique suivant qui concerne les pays développés : nous voyons que sur la longue période l’ouverture entraine le déclin de la croissance, la relation entre les deux courbes étant négative. Ce schéma qui est valable en tout lieu et en tout temps invalide complètement les fondements de l’Union européenne. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    L’idée selon laquelle le libre-échange tire la croissance tient plus de la certitude apodictique que de l’examen de la réalité. Le grand historien de l’économie Paul Bairoch était déjà arrivé à ces mêmes conclusions, il y a bien un lien négatif entre ouverture et croissance, lien qu’on peut prouver sur le plan empirique[5]. C’est pourquoi ceux qui tentent de nous faire peur avec le protectionnisme confondent généralement la cause et la conséquence : quand dans l’histoire on rétablit le protectionnisme, c’est parce que nous sommes en crise, ce n’est donc pas le protectionnisme en lui-même qui engendre la crise.

    Macron est européiste avant que d’être patriote, on se souvient d’ailleurs de ses élucubrations sur la culture français qui selon lui n’existerait pas[6]. Et en tant qu’européiste, il est donc naturellement un des derniers défenseurs de l’euro. Il est d’ailleurs cocasse de trouver parmi les soutiens à Macron des gens comme Joseph Stiglitz[7] qui par ailleurs avance que l’euro n’a pas d’avenir[8], comme quoi la cohérence n’est pas du côté du prix Nobel ! Or l’euro est bien ce qui a détruit ce qu’il restait de l’industrie française. C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant. Mais c’est également l’euro qui a donné de la puissance à l’Allemagne, ses excédents commerciaux étant grosso modo la somme des déficits commerciaux des autres pays de la zone euro, ce qui équivaut à un transfert systématique de richesse et d’emplois depuis 15 ans vers ce pays qui s’apparente à une sorte de pillage. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Le graphique ci-dessus montre qu’il y a une rupture nette dans l’allure des courbes. Nous voyons clairement que l’euro est responsable de l’expansion de l’industrie allemande et de la déconfiture de ses voisins. Encore faut-il expliquer pourquoi. Essentiellement c’est parce que nous sommes rentrés dans l’euro en réévaluant notre monnaie (le franc) tandis que l’Allemagne dépréciait le mark. Il en est résulté que l’Allemagne a pu se tailler des parts de marché sur le compte de ses voisins, et la fixité des taux de change n’a plus permis ensuite de rétablir les conditions de compétitivité de notre industrie.

     

    L’Europe politique et le transfert de souveraineté 

    Au premier tour des élections présidentielles de 2017, le bloc souverainiste était représenté par Marine Le Pen, Nicolas Dupont Aignan, François Asselineau, Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon. Ces candidats étaient souverainistes à des degrés très divers. Ils rassemblent pourtant près de la moitié des suffrages. Il ne faudrait pas trop pousser les Français si un référendum sur la sortie de l’Europe avait lieu pour qu’ils s’y rallient. Mon hypothèse est que potentiellement le courant anti-européen est déjà majoritaire chez nous[9]. Or Macron représente l’oligarchie européiste, les multinationales et les élites mondialisées si on veut, il est donc potentiellement minoritaire car sociologiquement il ne représente rien. C’est d’ailleurs une des raisons qui nous poussent à na pas voter pour lui, signifier qu’il est avant même que d’être élu minoritaire. Un forte abstention marquerait clairement cela. L’opinion publique de partout en Europe est très mobilisée aussi contre les traités de libre échange comme le CETA ou TAFTA, deux traités que le très réactionnaire Macron trouvent fort à son goût et dont il encouragera la mise en place. De TAFTA nous sommes aujourd’hui protégé par le dingo que les Américains ont mis à la tête de leur pays, mais pas de CETA. Autrement dit on ne peut pas être à la fois contre ces traités ignominieux concoctés dans les officines louches des think tanks financées par les multinationales et en même temps voter Macron. C’est tout simplement absurde. Le fait d’ailleurs que la Commission européenne approuve ces deux traités comme le parlement européen, est déjà en soi une raison de sortir de l’Europe[10]. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Mais l’Europe ne fonctionne pas sur le plan économique et social, fort chômage, baisse des salaires et faible croissance : conséquence, Macron nous propose plus d’Europe encore ! Quand on va dans le mur Macron propose d’accélérer. Son « plus d’Europe » irait dans deux sens :

    - d’abord la proposition de la création d’un superministère de l’économie pour la zone euro[11]. Bien que cette proposition n’a strictement aucune chance de se réaliser à cause de l’opposition de Berlin, on voit que ce que Macron propose c’est encore de réduire un peu plus la souveraineté des Etats nationaux en transférant toujours plus de compétences à Bruxelles ou à Berlin. Sur ce point il est tout à fait en phase avec ce que proposait François Fillon, une fois de plus.

    - ensuite il propose, toujours comme le sinistre Fillon, de mettre sur pied une défense européenne[12]. Contre qui cette nouvelle armée serait-elle tournée ? Evidemment contre la Russie. Ce qu’il ne dit pas. Mais on remarque que cette armée européenne non seulement achèverait la souveraineté de la France en transférant ses moyens militaires en dehors de notre territoire, mais en outre, elle nous paralyserait dans nos choix d’intervention à l’étranger. On remarque que quelles que soient les critiques qu’on peut faire à Hollande en la matière, la France est intervenue aussi bien au Moyen Orient qu’en Afrique sans attendre le feu vert de Berlin. Je ne pense pas que la proposition de Macron pourra se réaliser car de nombreux pays en Europe tiennent à garder un peu de souveraineté dans le domaine militaire, se méfiant notamment de l’Allemagne.

    Ce que nous voyons c’est que Macron est devenu – ce qui est cohérent quand on est libéral finalement – un grand défenseur de l’Europe qui fonctionne essentiellement pour le profit de l’Allemagne. C’est ce qui explique qu’à pluisieurs reprises il ait fait allégeance à Merkel et à Schaüble le ministre de l’économie ultra-conservateur qui s’applique à piller la Grèce[13]. Ce dernier le lui rend bien puisqu’il le soutient[14]. Macron propose une collaboration étroite avec l’Allemagne[15], ce qui nous rappelle de curieux souvenirs car on sait qu’Hitler aussi voulait contruire l’Europe de la paix et de la prospérité[16].

    Je passe sur le fait que Macron nous rappelle d’une manière stupide que l’Europe ait permis la paix depuis 70 ans. Cette assertion est tout simplement fausse : en effet de nombreux pays qui n’étaient pas dans l’Union européenne ne se sont pas fait la guerre depuis plus de 70 ans, par exemple le Japon et les Etats Unis, la Russie et les Etats Unis, la Chine et le Japon, la Chine et la Russie, etc. cela veut dire qu’on peut avoir une situation durable de paix sans être dans l’Union européenne ! Pour ce qui est de la France et de l’Allemagne, il est clair que ce qui a empéché le retour de la guerre c’est avant tout une propsérité retrouvée.

     

    Marine Le Pen est plus à gauche que Macron 

    C’est au moins vrai pour ce qui concerne le volet économique et social. Les plus pauvres ne s’y trompent pas puisqu’ils votent soit Marine Le Pen, soit Jean-Luc Mélenchon. Henry De Lesquen, Rivarol, Bruno Mégret ou encore les pétainistes de Sens commun ne s’y sont pas trompés qui se sont rangés derrière l’abominable François Fillon, trouvant Marine Le Pen un peu trop gauchiste. Si on ne vote pas pour elle au second tour des élections, c’est pour d’autres raisons. La première est que les cadres de son parti sont très souvent représentés par des vrais fachos, capables de se tatouer avec des croix gammées. La seconde est qu’elle est encore capable de bourdes grossières et condamnables comme elle l’a rappelé en parlant de la rafle du Vel d’Hiv. C’est évidemment pain béni pour tous ceux qui cherchent à agiter sans complexe l’épouvantail du fascisme qui vient[17]. Quoiqu’il en soit Marine Le Pen n’a pas les moyens de transformer son parti en un parti fasciste ou néo-nazi, ce n’est plus l’époque.

    Mais le fait que son parti grimpe de plus en plus haut ne vient pas de cet aspect fangeux, il vient d’abord du fait qu’elle prend en compte les exclus de la mondialisation heureuse, ceux qui pensent que seule la nation est capable de réunir le corps social au lieu de le diviser. Le gonflement du nombre de ses électeurs fait d’ailleurs que ce parti ne peut plus être considéré comme fasciste, et que s’il revenait à ses vieux démons, par exemple en passant sous la férule de Marion Maréchal-Le Pen, il se dégonflerait très rapidement et retomberait à un étiage de 5 ou 6%... comme Hamon ! Mais contre la mondialisation heureuse des soutiens hétéroclites de Macron, Marine Le Pen représente aux yeux du peuple les intérêts de la France, c’est ainsi qu’elle a refusé fort justement le drapeau européen[18], ce qui est un signe fort de résistance.

    Ce serait insulter gravement le petit peuple qui vote Marine Le Pen que de considérer que c’est un enesmble homogène de fascistes ou de nazis, de racistes et d’intégristes rancis. Du reste ce parti attire la jeunesse bien plus que Macron. Sans doute que Jean-Luc Mélenchon l’a compris puisqu’il n’a pas appelé à voter Macron au motif douteux de faire barrage au fascisme. Il y a en effet parmi ces électeurs une masse qui serait sensible à un programme de gauche fermement anti-européen et qui défendent l’idée de nation souveraine.

    En 2002 Chirac a été réélu avec 80% des suffrages, avec une abstention relativement faible de 20%. Ça ne risque pas d’arriver pour Macron. Si les sondages lui donnent entre 60% et 65%, il est très probable qu’il tombera en dessous dus core de Jacques Chirac :

    - d’abord parce qu’une grande partie de la gauche mélenchoniste va s’abstenir, et ensuite parce que Marine Le Pen ralliera des suffrages hétéroclites qui viendront de cette même gauche (on évalue à 9% des votants de Mélenchon qui se porteraiens sur Marine Le Pen) et aussi de certains électeurs de François Fillon qui considérent que Macron est un dangereux socialiste ;

    - parce que face à Marine Le Pen, notamment sur les questions européennes, Macron ne fera pas le poids dans le débat qui aura lieu le 3 mai prochain. Il ne peut pas en effet inventer des résultats positifs pour l’Europe quand ceux-ci n’existent pas ;

    - enfin parce que l’idée du barrage républicain est maintenant bien éventée et que les électeurs sachant compter, il est évident qu’il n’y a aucun danger fasciste en France en 2017. Non seulement Marine Le Pen n’accédera jamais à la présidence, même si l’abstention était massive, son parti est bien incapable de construire autour de lui une majorité pour gouverner.

    En 1969 l’abstention était au dessus de 30%, cette année là, la gauche avait été éliminée au premier tour, le candidat socialiste Gaston Defferre avait réalisé, en s’alliant avec le père de la deuxième gauche française Pierre Mendes-France, moins de 6% des voix, à peine 5%, tandis que le candidat communiste, le terne Jacques Duclos passait la barre des 20%. Il est à parier que l’abstention sera dans ces eaux là, et plus l’abstention sera élevée et plus la victoire de Macron sera étriquée. C’est ce qu’il y a de mieux pour préparer les luttes à venir. De rapides calculs montrent que pour que Marine Le Pen soit en mesure de l’emporter, il faudrait que l’abstention s’élève à plus 50%, ce qui voudrait dire qu’une très grande partie des électeurs de Macron du premier tour, les « socialistes » et les Républicains restent couchés le 7 mai[19], ce qui est ubuesque.

     

    Les soutiens de Macron 

    Macron nous joue la partition de la jeunesse comme si c’était une excuse ! Très bon bonnimenteur comme un marchand de voitures d’occasion, il passe son temps à recycler de vieilles idées dans son programme qu’il noie dans un simulacre d’enthousiasme. Mais il suffit de voir qui sont les soutiens de Macron pour se rendre à l’évidence : Macron est le candidat de la bourgeoisie mondialiste. On y retrouve Cohn-Bendit, Dominique de Villepin (qui sans doute expliquera à Macron comment faire passer la différenciation du SMIC ou la disparition du CDI), Alain Madelin qui vient carrément de l’extrême-droite (le GUD pour être plus précis). Et les vieux oracles comme Minc ou Attali qui se trompent avec constance depuis quarante années maintenant. Des anciens communistes comme Hue ou Braouezec qui n’ont plus les moyens intellectuels de distinguer la gauche de la droite. La droite honteuse du P « S », Valls, Le Foll le bien nommé,  l’opportuniste Bartolone, l’extrême centre de Bayrou. Bref un ramassis d’incapables et de girouettes, hétéroclites et sans honneur. Mais surtout ce sont des vieux de la vieille, des personnalités qui ont toujours échoué sur le plan politique dont la moyenne d’âge tourne autour des 70 ans. Ajoutons y Bernard Henry-Levy et Dominique Strauss-Khan et c’est complet. Rien que de mêler ma voix aux leurs, j’en tremble ! Toute cette engeance depuis longtemps déconnectée de la réalité profonde et qui n’a strictement aucune idée de ce que sont les conditions de vie du bas peuple qui n’a pas idée de ce que sont les exigences du patronat pour des salariés payés au SMIC. Tous ces gens gagnent en moyenne entre 7 000 et 20 000 € par mois, mais ils ont des idées pour empêcher que le SMIC augmente et ne tue l’économie ! 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Au-delà de cette classe oisive et paresseuse qui voudrait bien qu’on la dise un peu intellectuelle, Macron est le candidat du MEDEF, et des milliardaires comme Drahi, Bergé, Niel, Bolloré qui est passé de Sarkozy à Macron, Bernard Arnaud si justement moqué par Ruffin dans son film Merci patron ! Il y en a encore d’autres, de bons gros capitalistes, ami des marchés et du libre-échange et de ses traités, champions de l’évitement fiscal[20]. On ne peut pas soutenir ce capitalisme dérégulé au nom d’une fumeuse lutte contre le fascisme.

    Et puis on ne peut pas voter pour un nouveau Sarkozy, on savait Macron très arrogant avec le bas peuple, se vantant lui aussi de ses costumes auprès chômeurs[21], stigmatisant les ouvrières illettrées[22], lui qui ne sait rien ni en histoire, ni en géographie, ni en économie. Mais jouant les bouffons de service, mettant la charrue de la victoire avant les bœufs qui voteront pour lui, il est parti fêter sa victoire à la Rotonde, le très vulgaire Sarkozy avait au moins attendu d’être élu pour aller offrir sa tournée au Fouquet’s. 

    Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen 

    Nous n’irons pas voter le 7 mai 2017, par contre il va falloir affuter nos armes car la lutte des classes va reprendre très vite, sans doute dès l’automne, car cet été Macron va vouloir aller très vite, n’étant lié par aucune promesse de mettre au pas la finance ou de réduire les inégalités, il sait qu’il va être rapidement impopulaire par ses mesures de destruction de la protection sociale. Et nous ferons tout pour qu’il le reste.

     

     


    [2] Par exemple https://www.challenges.fr/economie/quand-deux-economistes-etrillent-la-vision-et-le-bilan-economique-de-macron_424743

    [3] On attribue cette idée stupide à Helmut Schmitt chancelier social-démocrate qui a été chancelier de l’Allemagne entre 1974 et 1982, soit approximativement durant le septennat de Giscard d’Estaing qui, toujours à la recherche d’une soumission à l’Allemagne, parlait de lui comme d’un ami.

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/5934

    [5] Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l'histoire économique, La Découverte, 1999

    [6] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    [7] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/18/25-nobel-d-economie-denoncent-les-programmes-anti-europeens_5112711_3232.html

    [8] https://francais.rt.com/economie/31623-pour-prix-nobel-economie-joseph-stiglitz-fin-euro-question-temps

    [9] Voir les travaux du Pew Research Center sur le thème de l’euroscepticisme. http://www.pewglobal.org/2016/06/07/euroskepticism-beyond-brexit/

    [10] https://blogs.mediapart.fr/raoul-marc-jennar/blog/240914/ceta-tafta-des-traites-jumeaux-pour-detruire-la-souverainete-des-peuples

    [11] https://start.lesechos.fr/actu-entreprises/societe/les-5-points-a-retenir-du-programme-economique-d-emmanuel-macron-7481.php

    [12] http://www.opex360.com/2017/03/02/defense-les-propositions-de-m-macron-sinscrivent-dans-la-continuite-de-la-politique-du-president-hollande/

    [13] Schaüble s’est fait nommer à la tête de la structure de défaisance des biens grecs, les affaires sont les affaires ! http://www.humanite.fr/grece-connivences-bourgeoises-autour-du-magot-579589

    [14] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/13/en-allemagne-le-conservateur-schauble-lache-fillon-pour-macron_5110589_4854003.html

    [15] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/10/emmanuel-macron-a-berlin-pour-se-donner-une-stature-europeenne_5060405_4854003.html

    [16] http://in-girum-imus.blogg.org/dix-citations-sur-l-europe-a117198068

    [17] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [18] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/19/marine-le-pen-exige-le-retrait-du-drapeau-europeen-pour-un-entretien-tf1-accepte_5113911_4854003.html

    [19] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/04/25/presidentielle-2017-la-participation-cle-du-second-tour-macron-le-pen_5117137_4355770.html

    [20] http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/macron-candidat-du-systeme-drahi-189015

    [21] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/05/27/25001-20160527ARTFIG00392-emmanuel-macron-le-meilleur-moyen-de-se-payer-un-costard-c-est-de-travailler.php

    [22] http://www.europe1.fr/economie/macron-et-les-illettres-des-abattoirs-gad-un-vrai-sujet-2234175

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  • Commentaires

    1
    habib ayyoub
    Lundi 1er Mai à 08:48
    le vieux truc de. l'epouv antail rue de fonction er encore longtemps...la droite étant convaincue d'avoir découvert le sesame:faire le ax pour se retrouver en ballottage avec le EN au er tour...comme en 2002...bravo pour l'eclairage...reste aux français à se mgner le train...avant d'être hachés menu
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