• Pierre Mauroy est décédé le 7 juin 2013

     

    Le 7 juin dernier disparaissait Pierre Mauroy. Ce n'est qu'un homme politique de plus qui s'en va, me direz-vous. Oui, mais ce n'est pas n'importe lequel. En 1981 François Mitterrand était élu président de la République, le premier homme de gauche sous la Vème République à atteindre ce résultat, et dans la foulée les Français donnèrent une Assemblée nationale "socialo-communiste". Il choisit Pierre Mauroy pour diriger le nouveau gouvernement et mettre en œuvre une vraie politique de gauche. On mit donc en place de larges nationalisations de la banque et de l'industrie, on réduit le temps de travail, sa durée légale passa de 40 heures à 39 heures, on ajouta une cinquième semaine de congés payés, et on créa même un ministère du temps libre, toutes choses qui paraitraient impensables aujourd'hui.

    On peut discuter des convictions de François Mitterrand à l'infini, là n'est pas la question. En tous les cas prenant le contrepied de la contre-révolution libérale impulsée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, les socialistes et les communistes menèrent une politique de rupture.

    Cependant, rapidement les difficultés arrivèrent, inflation, dégradation de la balance commerciale, etc. Dès lors Mitterrand se trouve devant un choix binaire : soit il conduit et approfondit une politique vraiment de gauche, et s'éloigne du dogme social-libéral et de l'impératif de faire l'Union européenne, en espérant donner l'exemple au reste de l'Europe, soit, il revient en arrière, met en place une politique de rigueur pour rejoindre l'Union européenne en remettant à plus tard l'idée de changement. Certains pensent alors que si d'autres pays européens votent à gauche, l'Europe pourra proposer des politiques sociales, voire de rupture.

    C'est le second choix qui fut fait. Et donc en 1983, Pierre Mauroy fut chargé de mettre en place une politique de rigueur. On parlait alors de faire une pause, comme si dans quelques temps, le temps d'apurer les passifs, l'Europe tout entière allait se remettre dans le sens de la marche vers le socialisme. Je me souviens encore que Pierre Mauroy expliquait au bon peuple que ses efforts n'étaient pas vains, et qu'il voyait "le bout du tunnel", selon sa propre expression.

    Depuis trente ans nous sommes dans "le tournant de la rigueur", et aujourd'hui Hollandreou nous dit qu'il sent un frémissement et que la courbe du chômage va enfin s'inverser. Et depuis trente on a approfondi l'intégration européenne, passant du grand marché à la déréglementation du marché des capitaux, en démantelant peu à peu le droit du travail, et couronnant le tout de la monnaie unique. Le moins qu'on puisse dire est que cette politique est un échec complet, et pas seulement sur le plan social, même du point de vue étroit et borné des économistes : la croissance est en berne, le chômage explose, la dette publique aussi, et le pouvoir d'achat est sur la pente déclinante.

    C'est donc il y a trente ans que le Parti socialiste est devenu un parti de sociaux-traitres, un parti de droite,  passant progressivement d'une logique de rupture à la mise en œuvre des préceptes archaïques de l'économie libérale. Et c'est Pierre Mauroy qui incarna ce changement. Depuis nous sommes allés de renoncements en renoncements, les allocations chômages se sont réduites, histoire de stimuler le marché du travail, le service public a été massacré et les banques ont été toutes privatisées, puisqu'il est bien connu que l'Etat est un moins bon gestionnaire que le marché. Sans parler d'autres braderies scandaleuses comme celles des autoroutes par exemple. Et aujourd'hui Hollandreou achève le travail commencé par son prédécesseur et en finit avec "l'archaïsme du droit du travail".

    Pourtant, vu les piètres résultats de cette Europe moisie, on peut se demander s'il n'est pas temps de revenir un peu en arrière et de reconnaître le caractère erroné de la politique suivie. Il en va bien sûr de notre avenir et de celui de nos enfants, mais aussi plus anecdotiquement de celui du Parti socialiste qui est en train de se suicider sous nos yeux.

     

    Référence

     

    Fakir, La semaine où la gauche est passée à droite, 29 avril 2013

    « Vive la banqueroute, sous la direction de Thomas Morel et François Ruffin, 2013Bernard Maris, Plaidoyer (impossible) pour les socialistes, Albin Michel, 2012 »
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