• Pierre Dardot et Christian Laval, Marx, prénom Karl, Gallimard, 2012

     

    Il existe une littérature très abondante sur Marx. Souvent très partielle et très partiale, les auteurs tentent de tirer une interprétation de son œuvre qui vienne conforter leur vision politique. Et il y a bien sûr beaucoup de travaux qui ne servent pas à grand-chose. Ce n’est pas le cas ici de l’ouvrage de Dardot[1] et Laval. C’est un ouvrage de plus de 800 pages, et cependant, il est loin de suffire pour comprendre la génèse et le sens de l’œuvre de Marx. Bien sûr on peut toujours se demander à quoi sert de disserter à l’infini sur Marx, si c’est utile pour les luttes sociales, sachant que celles-ci se sont toujours passées d’une connaissance théorique approfondie, fusse-t-elle des œuvres de Marx. Mais enfin on a été élevé comme ça, avec l’idée que la connaissance nous aidait à nous émanciper, alors on continue.

     

    Parmi les aspects les plus intéressants du livre, il y a le fait que Marx, grand lecteur, recycle, voire détourne tout ce qu’il lit pour en faire quelque chose de personnel et d’original. Cette méthode de travail pour le moins originale aboutit pourtant à des hésitations et même des contradictions. Dardot et Laval vont ainsi exhumé les sources de sont approche du socialisme, insistant sur les racines utopistes de celle-ci, notamment les saint-simoniens. Ou encore, ils vont rechercher les origines du terme plus-value (surplus value en anglais). Ils remontent ainsi à William Thompson que Marx avait lu. C’est intéressant, même si après ils se perdent dans l’analyse du perme plus-value, invoquant assez malheureusement Lacan pour justifier leur nouvelle traduction en « plus de valeur ».

      

    On s’intéressera aussi aux longs développement entre la philosophie hégélienne et Marx, encore que ces différences entre jeunes et vieux hégéliens, entre hégéliens de droite et hégéliens de gauche n’aient jamais empéché les ouvriers de dormir. Bien entendu pour suivre ces débats il faut avoir à la fois une bonne connaissance de Marx et une bonne connaissance de Hegel. Au passage on pourra regretter que les travaux de Bruno Bauer qui fut tout de même très proche de Marx au moment de sa jeunesse et qui l’influença, ne soit pas plus facile d’accès au public français qui n’a pas fait des études germaniques, en dehors du fameux La trompette du jugement dernier qu’ils auraient écrit ensemble.

    Le plan de l’ouvrage suit un développement logique, traditionnel, partant de la méthode pour aller ensuite vers les nécessités de faire l’histoire à travers le développement de la lutte des classes. L’économie de Marx apparaît alors simplement comme résiduelle dans sa propre logique, simplement là pour démontrer l’impérétie du système de la marchandise et l’impossible perpétuation de son accumulation.

    Il y a tout de même des erreurs grossières. Par exemple ils signalent que les « marxistes » ont attendu les années soixante et les début des difficultés du bloc soviétique pour réviser leur interprétation de Marx vers une forme moins autoritaire de pouvoir. Ils pensent que cela s’est fait en repensant la classe comme une réalité qui s’autoproduit, ce qui mène directement à la critique d’un parti communiste centralisé. Ils citent p. 215 d’ailleurs l’historien gauchisant Edward P. Thompson pour un livre publié en 1963, alors même que ces thèses sur l’autonomie de la classe par rapport aux partis centralistes était en débat au moins dans toute l’ultra-gauche au lendemain de la Première Guerre mondiale.

    Le plus surprenant est sans doute que, presque cinquante ans après la publication de La société du spectacle, Dardot et Laval en redécouvrant laborieusement les principaux résultats. Mais leur origine politique les empêchent de citer aussi bien l’ultra-gauche que Guy Debord. Ce qui est bien dommage pour eux.

     

    Une photo étonnante de Marx qui s’était fait coupé les cheveux à Alger en avril 1882

     

     



    [1] Pierre Dardot est un ancien trotskiste et un ancien compagnon de Jean-Christophe Cambadelis. 

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