• Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015

     Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015

    Manifestement il y a des dysfonctionnements dans la vie politique française. Les électeurs ne sont pas contents et l’abstention devient un mode de critique sur le mode mineur de ce que fabriquent nos élus. Le livre de Philippe Pascot analyse ce phénomène sous un angle particulier, celui du déroulement de la carrière d’un élu. Et c’est là qu’on comprend mieux pourquoi finalement non seulement les élus sont une catégorie à part, non représentative de la population, mais aussi dans l’incapacité d’avoir une vision différente de la vie politique et de ses objectif : d’un parti à l’autre, les politiques proposées et mises en œuvre se ressemblent tellement qu’effectivement il ne pourrait n’y avoir qu’un seul parti.

    Faire de la politique n’est pas être au service de la République pour œuvrer dans le sens du bien commun, mais c’est construire une carrière qui permet d’empiler les mandats, de construire un patrimoine et de se débrouiller pour avoir au bout du compte des retraites très confortables.

    En effet, un homme politique un peu actif qui a fait son chemin, ça gagne entre 15000 € et 30000 €, même sans taper dans la caisse, seulement en utilisant les ressources qu’offre le système. On peut envisager aussi la corruption qui viendrait s’ajouter à ça : par exemple quand des députés font passer en catimini un amendement favorable aux cigaretiers, on se demande si des fois ils n’auraient pas  touché un petit quelque chose.

    Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015 

    L’objectif de Philippe Pascot n’est pas de dévoiler un énième scandale, il y aurait sans doute trop à faire, mais plutôt de dénoncer une classe particulière coupée de la population. Non seulement il rappelle que les parlementaires sont issus principalement des classes supérieures – seuls 3% des élus viennent de la classe ouvrière et de celle des employés – mais qu’en outre, pour être sélectionné et arriver à être élu, il faut se livrer à des contorsions très particulières. C’est pourquoi ce ne sont pas les plus intelligents et les moins corrompus qui progressent dans la hiérarchie d’un parti, mais les plus entreprenants, ceux qui ont le souffle suffisant pour atteindre le but qu’ils se sont fixés.

    Le livre est consacré plus particulièrement à ce que touchent les élus, que ce soit leurs rémunérations, leur indemnité chômage ou encore les retraites. Tout cela les range dans une catégorie à part : par exemple la façon dont les élus peuvent obtenir facilement une retraité à taux plein à peu de frais est évidemment en contradiction avec les différents plans que l’UMPS nous a imposé pour soi-disant faire face aux difficultés de leur financement. Et comme les mandats sont cumulables, les retraites le sont aussi !

    Cette double dérive renforce cette tendance naturelle depuis trente ans vers la post-démocratie. On remarque que plus Bruxelles ôte aux hommes politiques – avec leur consentement, il est vrai – l’exercice du pouvoir, et plus leurs avantages pécuniers semblent gonfler, un peu comme s’il trouvait une compensation à leur inutilité en accumulant du pognon.

     

    Vivre en dehors des lois

     

    Les députés et les sénateurs votent des lois pour les autres, mais les règlements de l’Assemblée nationale et du Sénat est très différent, tant du point de vue fiscal, que du point de vue judiciaire. C’est donc une sorte de communauté qui vit dans les marges, à qui ne s’appliquent pas les lois du commun. Et quand ils sont pris les doigts dans le pot de confiture, c’est toujours la même rengaine : « c’est un complot de mes adversaires politiques », « si j’ai un compte en Suisse, je n’ai pas fait exprès », « les Français n’aiment pas ceux qui réussissent », etc. l’ivresse du pouvoir fait qu’ils se sentent tout permis, et ce d’autant plus que depuis que la France applique les lois qui sont concoctées à Bruxelles, ils n’ont plus beaucoup de travail. Et pourtant pour faire semblant qu’ils travaillent – les bancs du Sénat ou de l’Assemblée nationale sont souvent vides, sauf si c’est le jour où la télévision les filme – ils font fabriqué par leurs assistants qui souvent ne comprennent rien des lois diverses et variées qui souvent ont été déjà votées il y a quelques années. Mais bien évidemment les hommes politiques jouissent d’un grand pouvoir autant que de l’argent – l’argent n’est que le signe distinctif de la richesse – ils ont le pouvoir de nommer des gens  - ou leur parentèle – sur des postes enviés, ils se déplacent gratuitement en avion ou en train. Ils bénéficient de tellement d’avantages en nature qu’on se demande à quoi peut bien leur servir leur indemnité de parlementaire qui, elle, n’est même pas imposable. Avares parmi les avares les élus, pour qui tout doit être gratuit, se votent même des avantages insignifiants que le commun de mortels n’aurait même pas imaginé. Par exemple les élus de Paris peuvent aller autant qu’ils veulent à la piscine gratuitement, alors que le ticket d’entrée n’est que de 1,7 €.

     Philippe Pascot, Pilleurs d’Etat, Max Millo, 2015 

    Le sénat discutant je ne sais quelle loi devant des bancs vides 

    Critiques 

    Le livre de Pascot est essentiel parce qu’il montre comment fonctionne un système. Les chiffres, les exemples sont bien choisis. On lui fera cependant deux critiques.

    La première c’est qu’il pense qu’en France il y a trop d’élus et que cela est un problème. Personnellement je ne le pense pas. Au contraire plus il y a d’élus et mieux la démocratie fonctionne, même chose le grand nombre de communes est en faveur de la démocratie locale. Le problème est plutôt dans le fait que les élus sont grassement rémunérés et que leur but est plus d’accaparer des postes que de mettre en place une vraie politique.

    La seconde est que Pascot considère que l’immobilisme politique provient du fait que les élus ne veulent fâcher personne et qu’ils marchent aux sondages. Cette idée est fausse. Depuis trente ans ils fâchent les électeurs en permanence avec leurs réformes. Cela se voit dans le grand nombre d’alternances depuis cette époque. En outre les sondages vont dans le sens inverse de ce que font les élus. Par exemple les sondages sont en faveur d’un resserrement des inégalités, amis tout est fait pour qu’elles augmentent. Ou encore non seulement les sondages mais le référendum de 2005 disaient combien il fallait se méfier de l’Europe et de sa Constitution aberrante. Cela n’a pas empêcher l’UMPS de la faire adopter sous le nom du Traité de Lisbonne, et bien sûr les électeur en ont tenu rancune à cette classe politique dévoyée.

    Il a navigué dans la sphère politique assez longtemps pour bien en connaître les mœurs, il a été entre autre l’adjoint de Valls à la mairie d’Evry. Le long catalogue des magouilles grandes ou petites de nos élus est tellement édifiant et variée, qu’on se demande encore comment Pascot peut penser qu’il y a un élu honnête.

    Les solutions envisagées par Pascot sont très sommaires : il considère que le vote blanc devrait être pris en compte ce qui ferait la honte aux élus qui le plus souvent sont élus avec une poignée d’électeurs. Moins il y a d’électeurs plus il est facile de les acheter. Sauf que s’éloigner de cette mascarade peut être salutaire et à terme permettre de réinventer les institutions et la politique. L’autre solution, selon lui, est de demander un casier judiciaire vierge pour postuler à une fonction élective. Puisqu’en effet on peut être un grand bandit, avoir été condamné maintes et maintes fois, on peut encore se faire élire ! Voyez l’étonnante saga des Balkany à Levallois-Perret. Certes on ne peut pas dire qu’on serait contre une telle mesure, tout ce qui dérange leurs petites magouilles est bon à prendre ! Mais ça semble bien insuffisant. A la base c’est le fonctionnement même des partis qui est pourri. Il n’y a plus de militants. Et on se rend compte en regardant les carrières des uns et des autres de la médiocrité des élus aussi bien sur le plan de la morale que sur le plan intellectuel. Comment des médiocres comme Sarkozy ou Hollande ont-ils pu devenir un jour président ! Si on veut que la coupure entre les élus qui vivent dans leur bulle douillette et le peuple, se réduise, il faut au minimum une refondation complète des institutions. Le passage le plus intéressant de l’ouvrage se trouve au début : comment gérer un plan de carrière. Malheureusement le manque de profondeur de la pensée politique de Pascot ne lui permet pas de développer ce point des plus importants.

     

    Le livre a le mérite d’exister, mais il eut été aussi bien mieux sans les trop nombreuses coquilles qui l’émaillent et si le style avait été un peu plus soigné.

     

    P.S. Au moment où je publie ce petit billet, j’apprends que les sénateurs se sont votés une étrenne de 8000 € pour la Noël voilà le lien http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/06/17/a-noel-les-senateurs-ump-recevaient-8-000-euros-d-etrennes_4656347_823448.html

    C’est difficile de dire que « mais non, mais non, ils ne sont pas tous pourris ». 

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