• Peut-on sortir de l’Europe ?

     

    La question est à nouveau posée par les élections générales qui se profilent en Grèce et qui donnent à Syriza un très net avantage. Le corrompu président de la Commission européenne est intervenu en faveur du corrompu ministre grec Samaras. On l’a tout de suite accusé d’ingérence dans les affaires d’un pays qui en théorie, mais en théorie seulement, est une nation souveraine. Il est vrai que les « marchés » cette entité qui semble exister au-dessus des hommes et des partis politiques se montrent très inquiets. La bourse d’Athènes dévisse à n’en plus finir, ajoutant aux malheurs de la Grèce l’angoisse d’un abandon. A l’évidence, les marchés, la troïka et Juncker vont s’efforcer de jouer sur la peur du chaos pour faire élire leur candidat et tenter de maintenir le statu quo. Pour eux il est pratiquement interdit de discuter de l’appartenance de la Grèce ou d’un autre pays à l’Europe. La question ne doit pas être posée, et surtout ce tabou les dispense d’argumenter l’intérêt qu’il pourrait bien y avoir à continuer à faire tourner cette boutique.

     Le jeu difficile de Tsipras

     

     

    Tsipras finalement à l’aise avec la bureaucratie corrompue de Bruxelles

     

    La Grèce est le pays qui a le plus souffert justement de la politique libérale de l’Union européenne. Son niveau de vie – officiellement mesuré par le PIB par tête – a chuté de 40% depuis que l’Europe lui administre la purge austéritaire que l’on sait. Malgré les messages rassurants – Samaras parle de bons résultats – le chômage reste durablement à des niveaux très élevés, la croissance ne repart pas, et la dette publique ne recule pas non plus. Cinq ans de purge n’ont pas permis de régler les problèmes. C’est donc bien ce pays qui aurait le plus de raison de sortir de l’Union européenne et de l’euro, tout en répudiant une partie au moins de sa dette. Cinq ans, c’est long, il n’y a pas d’exemple dans l’histoire qui aient vu une crise durer aussi longtemps. Soit la crise débouche sur un conflit militaire, soit la crise est étouffée par un changement radical de modèle. Il faut bien partir du fait que la crise a été engendrée par les déréglementations successives[1]. Parmi ces modes de déréglementations, il faut compter l’Union européenne et la mise en place de la monnaie unique. Dès lors on comprend qu’en matière économique et sociale on ne peut pas soigner le mal par le mal à doses massives, ni même à doses homéopathiques.

     


    La question qui se pose alors est pourquoi Tsipras et Syriza ne sont pas plus offensifs ? En effet, lorsqu’on interroge le charismatique Tsipras, bien qu’il effraye encore le rentier, il ne donne que de vagues indications sur ce qu’il ferait en tant que premier ministre. Il n’envisage pas de rupture et souhaite que l’Union européenne continue à « aider la Grèce » à financer sa dette. Or il est facile de comprendre même pour un non initié que cela mettra toujours d’une façon ou d’une autre la Grèce sous les exigences de ses créanciers. Tsipras est en train de faire le grand écart, d’un côté il réclame une hausse du salaire minimum, des investissements de l’Etat et l’abandon des deux tiers de la dette publique, mais de l’autre il réclame des négociations avec Bruxelles et refuse de sortir de l’euro. Or les exigences de Tsipras sur le plan intérieur ne sont pas compatibles avec les exigences de ceux qui dirigent l’Europe, ni avec celles des marchés. 

    Si la City fait semblant d’avoir peur de l’arrivée de Tsipras au pouvoir, les forces de la réaction pourraient par contre y trouver leur compte. Passons sur le fait que Tsipras ait reçu l’onction du Pape avec qui il se trouve des convergences. Mais son but suprême reste de sauver l’Europe avec la complicité active des sociaux-démocrates allemands et autrichiens. Il fait semblant de ne pas comprendre que cette Europe qu’il veut sauver – on se demande bien pourquoi cela serait un but noble – est celle-là même que les sociaux-démocrates ont construite. Emettre simplement l’idée que l’Europe et ses institutions sont réformables c’est finalement cautionné un système anti-démocratique et corrompu.

    La question qui se pose alors est de savoir pourquoi Tsipras est si timide – à côté Franklin Roosevelt passerait pour un dangereux bolchevique. Il me semble que la réponse tient en quelques mots. Il n’est pas sûr que ses troupes et les électeurs le suivraient sur la voie escarpée de la sortie de l’euro et de l’Europe. En outre une telle décision est difficile à prendre, ce n’est pas parce qu’on sent qu’elle est nécessaire qu’on soit capable aussi de l’administrée. On a déjà vu que les marchés jouent et vont jouer de plus en plus de cette peur du vide. Le leitmotiv est que la sortie de l’euro est inédite et risquée, ce qui est vrai, mais après tout l’entrée dans l’euro était elle aussi très risquée et les faits ont montré que ce risque était bien réel. Mais quand on est entré bêtement dans l’euro, non seulement les « marché » se montraient rassurant, mais aussi l’ensemble de l’oligarchie et encore les journaux qui massivement leur sont inféodés.

     

    Histoire d’avenir

    Pour ma part je ne pense pas que les structures de l’Union européenne et les mécanismes du fonctionnement de la monnaie unique permettent à la Grèce ou à un autre quelconque pays d’adopter une politique de « gauche », même vaguement de « gauche », avec relance de la demande par le biais des bas salaires par exemple. Mais les pesanteurs sont telles qu’il semble également qu’à court terme il soit impossible d’en sortir. Le chantage au chaos, le chantage à la dette, la propagande outrancière dont le corrompu Juncker n’est qu’un exemple, tout cela empêche même que nous vienne à l’idée de prendre une telle décision. En France cela est renforcé par le fait qu’on va nous dire que sortir de l’euro ça fait partie du discours du FN qui est brandi comme l’ultime épouvantail.

    La Grèce est habitée par cette maladie de langueur qui en même temps permet de développer – la nature ayant horreur du vide – des nouvelles formes de sociabilité, des tendances autogestionnaires. Tsipras n’appuie pas ce mouvement, il reste dans le cadre légal et dépassé des vieilles institutions bourgeoises. Yannis Youlantas à qui je faisais part de mon étonnement me disait que si les Grecs sont bien conscients des impasses de l’Europe – cette Europe que le PCF vouait aux gémonies avant 1983, comme l’Europe des banquiers du grand capital – ils ne sont pas prêts à prendre le risque de sortir de l’euro et de l’Union européenne. Bref ils ne sont pas prêts à se libérer de leurs chaînes. Ils attendent encore un miracle, même si celui-ci tarde bien à venir.

    Mais comme en même temps l’Europe et sa monnaie unique ne sont pas capables de produire des résultats même bêtement sur le plan de la croissance, de l’emploi et des salaires, il semble que l’on doive s’attendre à une décomposition lente de ce cadavre. Les électeurs vont bien entendu se désintéresser de plus en plus de cette pseudo-démocratie qui les bafouent à longueur de temps. Ce qui veut dire aussi que pendant des années encore on va vivre avec l’augmentation de la pauvreté et du chômage, avec la hausse des inégalités et donc aussi avec des mouvements de révolte aussi confus que désorganisés. La police y est préparée et elle semble avoir reçu des instructions un peu partout pour utiliser une violence assez inédite comme le montre ce qui se passe en France, les lois qui ont été votées récemment en Espagne, et bien sûr la sauvagerie de la répression en Grèce.

     

    Répression policière en Espagne

    Les intérêts financiers en jeu à court terme sont tels qu’on voit mal l’oligarchie aborder un virage sérieux. Elle préférera jouer le pourrissement qui peut durer des années et des années. La seule chose qui pourrait démentir ce pronostic très pessimiste c’est une nouvelle crise financière de grande ampleur, car à ce moment-là les Etats nationaux ne pourraient plus sauver une nouvelle fois les banques, et seraient dans l’obligation de procéder à des nationalisations pures et simples, mais dans ce cas l’Europe en tant qu’institution aurait vécu.

     

    Moscovici, social-traître patenté et homme de droite avec un faux-nez est lui aussi allé vanter les mérites de cette crapule de Samaras. Bruxelles met le paquet. On a trouvé un député socialiste qui ne semble pas avoir compris que la deuxième gauche a liquidé le P « S », Guillaume Balas, qui s’est indigné de ce curieux concubinage. Il faisait remarquer fort justement qu’en soutenant ouvertement Samaras, la bureaucratie bruxelloise visait peut-être l’inverse, à savoir une victoire de Tsipras. Avec Syriza en position de gouverner, même au travers d’une alliance, ils démontreraient alors que finalement Samaras ou Tsipras c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

    Je me pose la question, comment un parti de gauche, avec certainement des militants de gauche, a-t-il pu laisser l’appareil aux mains de ces gens-là ? Pourquoi les ont-ils adoubés pour être leurs élus et leurs représentants ?

    P.S.

    Un appel est lancé par des personnalités de gauche justement pour poser ces questions qui dérangent sur l'Europe et sur l'euro. 

    http://www.marianne.net/La-gauche-doit-rompre-avec-l-euro-liberalisme_a243449.html

    Liens

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20141212tribbbbf0fd89/grece-que-fera-syriza-une-fois-au-pouvoir.html

    http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/11/alexis-tsipras-version-3-0-coopte-sainte-alliance-socialos-jezes/

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/12/15/25002-20141215ARTFIG00406-un-eurodepute-ps-dit-sa-honte-apres-la-visite-en-grece-de-moscovici.php



    [1] C’est un fait, même si on avance que ces déréglementations ont été nécessaires pour continuer l’accumulation du capital comme le signalent certains marxistes qui voient un peu trop souvent la réalité économique comme une simple mécanique qu’aucun amendement ne permettrait finalement de contrôler.

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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Samedi 27 Décembre 2014 à 12:10
    Sortir de l'Europe
    Tsipras craint la dévaluation importante qui augmenterait la dette extérieure de façon considérable.Il a tort car il pourrait prendre son temps pour en payer une petite partie seulement. En fait le peuple veut garder bêtement l'Euro qui il est vrai leur a pas mal profité. C'est idiot car la perte de niveau de vie est déjà là. Il espère un retour de croissance à partir de l'étiage actuel. Mais c'est peu probable. Alors qu'une bonne dévaluation relancerait le commerce extérieur. Ses conseillers ont simplement peur aussi bêtement de l'inconnu. Je crois que Merkel and co ont réussi à le persuader que la Grêce serait le maillon faible qui ferait tout casser de l'U.E
    2
    Dimanche 28 Décembre 2014 à 06:44
    Commerce extérieur ?
    En même temps, à part le tourisme et la Feta, je ne vois pas trop ce que la Grèce peut vendre à l'étranger ...
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