• Penser la terreur islamiste aujourd’hui

     Penser la terreur islamiste aujourd’hui

    Avant d’approfondir mon analyse, je voudrais d’abord bien préciser ceci : il va de soi que l’Islam radical est minoritaire dans notre pays parmi les musulmans, et il va aussi de soi que ceux qui sont capables de mettre en œuvre cette culture de mort, ne sont pas si nombreux que ça, même au sein de la mouvance islamiste radicale. De même je n’ai aucune complaisance pour le gouvernement actuel et je n’approuve pas la politique étrangère de Hollande. 

    De la débilité politique 

    Dès le  premier jour qui a succédé aux attentats islamistes, chacun y est allé pour manifester sa ligne de conduite politique face à ces actes inacceptables. La droite dite de gouvernement s’est, par la voix de Sarkozy, ridiculisée en demandant des comptes à François Hollande, comme si ce dernier était responsable des attentats par le fait qu’il aurait mené une politique laxiste. Même si les Français ont la mémoire courte, ils se souviennent que c’est bien durant le quinquennat de Sarkozy que les effectifs de la police et des renseignements ont été diminués pour des raisons d’économies budgétaires. Alors même que les cadavres étaient encore chauds, beaucoup se sont lancé dans des polémiques stériles tout autant qu’honteuse.

    La palme revient comme toujours à l’extrême gauche. Le NPA a publié un communiqué odieux où il signalait sans trop se soucier des victimes que cette violence répondait à une violence plus grande encore de la part de François Hollande et de l’impérialisme occidental.

    « Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l'aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. » 

    Cette analyste simpliste nous laisse entendre qu’il y aurait un lien de cause à effet entre les bombardements de l’armée française et les actes terroristes. Cette approche qui manque autant d’intelligence que de dignité, est fausse. Fausse parce qu’au même moment des attentats faisant de nombreuses victimes civiles du même type avaient lieu en Turquie et au Liban. Or, le Liban et la Turquie ne bombardent pas Daesch, on peut même dire que ces deux pays font même preuve d’une certaine complaisance. En outre, ces attentats sont du même type que ceux qui ont eu lieu à Paris en 1995 ou à Londres en 2005. Il est difficile de relier cet ensemble dans une logique de riposte cohérente. Mais le NPA ou LO qui sont prompts à hurler à l’islamophobie – sans trop savoir ce que c’est d’ailleurs – ne se posent pas de question sur la chair à canon qui a été utilisée pour les attentats du 13 novembre 2015. De même ils se pressent plus pour dénoncer et prévenir l’islamophobie plutôt que de s’appesantir sur le triste sort des personnes massacrées. 

    Des profils similaires 

    Depuis une bonne vingtaine d’années on connait très bien le profil de ces jeunes gens prêts à se faire sauter, prêts à tuer au nom d’une idéologie religieuse qu’ils ne connaissent pas vraiment. Ils sont issus des quartiers difficiles, passés par la case prison pour des faits de droits communs et se sont convertis à l’Islam radical en prison sous la houlette d’imans salafistes. Ce sont des individus violents, et imprégnés d’une culture de mort. Je veux dire par là que probablement s’il n’y avait pas le prétexte de la Syrie, ils se trouveraient d’autres raisons plus ou moins politiques de tuer et de mourir. Comprendre et expliquer n’est pas excuser. La pauvreté n’explique pas tout : les pauvres n’avaient pas dans le temps ce goût pour le terrorisme aveugle. Et quand les mouvements sociaux débordaient parfois vers des assassinats politiques, les cibles étaient très précises, et en outre, ces individus ne disposaient pas d’un soutien dans une partie de l’opinion communautaire.

     Penser la terreur islamiste aujourd’hui 

    Se donner la mort après l’avoir donnée aux autres est tout de même singulier. On ne trouve pas cela dans d’autres communautés. Le 17 novembre 2015 au matin, une jeune femme cernée par le RAID à Saint-Denis s’est également faite exploser. Si on peut toujours s’interroger sur les itinéraires de ces jeunes gens, il est erroné et mensonger de les présenter comme des victimes du manque d’intégration dans la vie civile française ou d’expliquer ces actes comme une réponse sensée mais un peu exagérée à l’impérialisme occidental. Vu le profil des terroristes et de ceux qui les manipulent, il faut complètement dissocier les problèmes et ne pas mélanger les genres. Les gauchistes plaquent leur schéma en terme de luttes de classes et d’impérialisme sans se douter une seconde que ces analyses sont imperméables à la logique de l’islamisme radical. Il est assez comique de les voir ensuite en appeler à l’union des prolétaires de tous les pays comme la seule solution possible. Il est temps de réviser ce logiciel usé, et cela d’autant plus que ces partis d’extrême-gauche prétendent parler au nom du peuple. Pourtant le résultat est sans appel : les trois quarts des Français approuvent – une fois n’est pas coutume – Hollande dans son action contre le terrorisme. 

    La logique de la guerre et les délires de l’interprétation

    Penser la terreur islamiste aujourd’hui 

    Attentat au Liban le 12 novembre 2015 

    Ces derniers jours une polémique a éclaté pour savoir s’il était approprié de parler comme l’a fait Hollande de « guerre ». Dominique de Villepin qui s’était fait remarquer en 2014 en affirmant que la guerre contre le terrorisme ne pouvait pas être gagnée, est revenu sur cette idée qu’il ne s’agirait pas d’une guerre contre Daesch, avançant que le terrorisme n’était pas représenté par une armée et donc qu’en aucun cas on ne pouvait lui déclarer la guerre. Il a été rejoint sur ce thème par Cohn-Bendit qui n’en rate décidemment jamais une. En vérité ce qui donne du corps à l’idée qu’il s’agit bien d’une guerre, fut-elle d’un genre nouveau, c’est que les attentats sanglants se répètent de manière coordonnée dans le monde, avec le but évident d’ouvrir en permanence de nouveaux fronts, et que les terroristes se considèrent eux-mêmes comme des soldats d’une cause nouvelle.

    En janvier l’émotion était moins intense, sans doute parce qu’inconsciemment, beaucoup trouvait que Charlie et ses journalistes l’avaient bien cherché en provoquant les islamistes. Cette fois ce sera plus difficile. Certes on peut aussi voir ces attentats comme une critique en acte du consumérisme occidental. On a même trouvé un pasteur qui à Montréal a critiqué le public du Bataclan pour avoir assisté à un spectacle de musique dégénère. On peut également supposer que d’aller à la terrasse d’un café ou assister à un match de foot est aussi quelque chose de douteux. Mais cela va être difficile à admettre dans un pays où un minimum de tolérance vis-à-vis de son voisin est requis. Du coup, on a vu cette fois de nombreux musulmans manifester leur indignation. Et on commence aussi à se poser la question de savoir quel est le lien qu’il peut bien exister entre l’Islam en général et l’islamisme radical. C’est le sens de l’intervention de Kamel Dahoud dans un article publié sur le site du Point.Afrique.

    Les véritables buts de Daesch ne sont pas très clairs : ouvre-t-il ces nouveaux fronts dans le but de disperser ses ennemis et d’avoir les mains plus libres pour agir plus facilement en Syrie ? Veut-il engendrer comme certains l’ont écrit ces derniers jours des guerres civiles dans des pays comme la France ? Est-ce là une manière de dire que le mouvement est large et mondial ? On ne le sait. Un des buts apparents est de susciter la peur et de traumatiser des populations qui avaient jusqu’ici pris l’habitude de vivre dans une certaine quiétude. En tous les cas il est clair qu’il veut relier ces actes criminels avec ce qui se passe en Syrie, au motif qu’au fond c’est bien parce que la France s’est engagée dans la guerre au Moyen-Orient d’une manière inconsidérée qu’elle le paye aujourd’hui. Cette thèses est relayée d’ailleurs directement par l’extrême-gauche trotskiste. Mais en même temps elle justifie le discours de Hollande selon lequel Daesch et ses alliés doivent être frappés en Syrie aussi bien que sur le territoire français. Là encore la brutalité des attentats. Je passe sur les quelques rares débiles qui ont soutenu que les attentats avaient été le fait des « sionistes » comme pour ceux de Charlie. 

    Penser la terreur islamiste aujourd’hui 

    Margot Wallström 

    Plus étrange la ministre suédoise des affaires étrangères considère que les attentats de Paris sont la conséquence des mauvais traitements que les Israéliens infligent aux Palestiniens. Quand on sait que Daesch est l’ennemi déclaré du Hamas et qu’au printemps dernier Daesch a massacré un camp de réfugiés palestiniens, cette analyse ne manque pas de sel. A mon avis cette Margot Wallström devrait faire autre chose que de s’occuper de politique étrangère. En tous les cas c’est encore une manière détournée de dire que les Juifs sont à l’origine de tout le chaos du monde. Il ne s’agit pas ici de la critique qu’on peut faire de la politique israélienne, mais ce confusionnisme intéressé renvoie forcément à autre chose qu’à une analyse sérieuse de l’origine des attentats. 

    La réponse du gouvernement 

    Hollande a réagi de plusieurs manières. D’abord en ordonnant des frappes aériennes sur Raqa qui semble être la ville où le commandement de l’EI s’est installé. On note que deux jours plus tard la Russie répétait ses frappes sur ce même lieu. Tout indique que sur le plan militaire les jours de Daesch sont maintenant comptés. L’issue politique reste évidemment incertaine, les occidentaux voulant remplacer Assad – c’est pour cette raison qu’ils ont laissé faire Daesch dans un premier temps – les Américains l’ayant encouragé vivement à combattre celui qu’ils considèrent comme un dictateur. On remarque au passage que l’échec de cette politique inepte en Afghanistan et en Irak n’a pas guéri les Etats-Unis des actions tordues qu’ils n’arrivent plus au bout d’un moment à contrôler. Les Russes au contraire pensent qu’Assad est le meilleur garant de la stabilité politique dans la région.

     Penser la terreur islamiste aujourd’hui 

    Hollande devant le congrès réuni à Versailles 

    Dans le billet précédent, je faisais un rapprochement entre la déstructuration de l’Etat national sous les coups de boutoir de la politique austéritaire européenne. Hollande a repris ce thème d’une manière indirecte en disant qu’il allait faire des dépenses pour renforcer la sécurité et les renseignements sans se préoccuper du déficit budgétaire !!

    On voit bien évidemment qu’Hollande en recherchant l’approbation du peuple va renforcer l’Etat sécuritaire. Il propose ainsi de modifier la Constitution pour faciliter le travail des policiers et des services de renseignement. Egalement il a promis d’expulser les bi-nationaux qui font l’objet de la fameuse fiche « S ».   Il en a rajouté dans la nécessité de faire le ménage pour éradiquer les mosquées aux mains des salafistes. En quelque sorte il a coupé l’herbe sous les pieds de la droite dure et de l’extrême-droite qui sombrent dans la caricature en surenchérissant. On a vu Sarkozy réclamer de revenir à la peine de mort pour les terroristes – c’est toujours la même blague des gens de droite, ils réclament la peine de mort pour les criminels pédophiles, pour les terroristes, sans voir qu’en additionnant ces sujets, c’est le retour pur et simple de la peine de mort qui serait validé. Marine Le Pen a de son côté demandé qu’on arrête d’accueillir les migrants.

    Les députés du parti de Nicolas Sarkozy se sont distingués un peu plus par leur médiocrité le 17 novembre en chahutant Valls à l’assemblée. En réalité ils étaient furieux de n’avoir rien à opposer à Hollande. Cette pitoyable palinodie a discrédité un peu plus la représentation nationale. Mais ils n’ont même pas fait attention au fait que Hollande a prévenu qu’il demanderait la fermeture des frontières pour contrecarrer l’incapacité de l’Union européenne à sécuriser son territoire. La crise des migrants a déjà de fait mis fin à Schengen, il semble que les attentats sont en passe de porter un coup mortel à l’Union européenne et à sa logique austéritaire. Il va de soi que quelle que soit l’analyse des causes de ces actes terroristes, ils conduisent forcément à la nécessité de reconstruire l’Etat-nation.

    Evidemment il est à craindre que les changements voulus par Hollande dans la Constitution française conduise à un renforcement de l’appareil répressif et que cela finisse par servir à tout autre chose qu’à combattre les terroristes. Mais il est facile de comprendre pourquoi les Français dans leur immense majorité se rangeront derrière ces propositions.

     

    Liens 

    http://www.lepoint.fr/monde/ou-va-le-monde-pierre-beylau/pourquoi-daesh-ne-peut-pas-gagner-17-11-2015-1982439_231.php

    http://russeurope.hypotheses.org/4476

    http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/17/a-l-assemblee-la-droite-survoltee-face-au-gouvernement_4812162_4809495.html

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2015/11/15/25001-20151115ARTFIG00076-villepin-le-piege-c-est-l-idee-que-nous-sommes-en-guerre.php

    http://www.journaldemontreal.com/2015/11/16/un-pasteur-chretien-critique-les-victimes-du-bataclan-pour-avoir-assiste-a-un-concert-de-death-metal

    http://www.i24news.tv/fr/actu/international/europe/92641-151116-la-suede-lie-les-attaques-terroristes-a-paris-au-desespoir-des-palestiniens

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/11/13/en-difficulte-l-ei-frappe-le-hezbollah-a-beyrouth_4808875_3218.html

    http://afrique.lepoint.fr/actualites/attentats-de-paris-mais-que-dire-que-penser-que-faire-16-11-2015-1982025_2365.php#xtor=CS2-240

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